Aventure dans les Balkans: Episode 2 (BOSNIA)

Bosnie – Herzegovine

La Bosnie… On ne savait pas trop à quoi s’attendre. La seule image pour nous est celle de la guerre à une époque où nous jouions au ballon prisonnier dans la cour d’école. Mais c’était nos premières images de guerres, celles du JT, celles des réfugiés qui arrivaient à Albertville… Des images qui ont marqué notre jeunesse. Mais pour nous qui avons toujours connu la paix, la Bosnie c’était tout de même loin.

Déjà nous sommes arrivées dans le pays par une voie tertiaire, une frontière cachée, avec des douaniers… comment dire… hallucinés devant notre connerie. (On a ça en commun avec Clément, une connerie à toute épreuve.)

Nous voilà donc à Sarajevo. En chemin les paysages sont magnifiques mais nous commençons à nous faire une triste idée du pays: aucune maison n’a été épargné par la guerre, cimetière dans les jardins ect… 15 ans plus tard, ce ne sont pas des cicatrices de la guerre que nous découvrons mais des plaies encore béantes.

Une nouvelle nuit dans la voiture, il ne fait pas chaud mais on se marre bien en faisant le bilan de notre journée et des quelques rencontres insolites faites dans notre nouveau pays hôte: La Bosnie!!

Le centre de Sarajevo est presque entièrement reconstruit, et ce petit centre historique à ses charmes entre modernité et tradition sous ses aires de cité médiévale. Les églises flirtent avec les mosquées pour le pire et le meilleur… peut-être un jour…

Mais lorsqu’on s’éloigne du centre (ce qu’on aime faire…) on découvre un autre visage de cette petite ville marquée par son passé chaotique. Les immeubles des cités-dortoirs sont criblés de balles, et d’impacts de mortiers ect… beaucoup d’enfants mendient, les gens vivent dans des ruines à ciel ouvert. Et ça, ça nous marquera lors de toute la traversée de ce pays. Les villages ont été déserté par les jeunes, abandonné avec leurs anciens rescapés dans passé tragique, d’une vie difficile dans un environnement hostile. En effet, il fait froid en ce mois d’octobre et beaucoup vivent dans les ruines de maison auquel il manque des murs ou des parties de toits. Nous avons alors compris que les guerres ne durent pas que le temps des affrontements, et lorsqu’un pays n’a pas d’atout jugé intéressant pour les investisseurs ou les « grands » pays alors il s’enlise seul, face aux dos de ceux qui se disent les défenseurs des droits de l’Homme et de la paix.

Nous prenons la direction de Mostar. C’est la ville qui nous aura le plus marqués durant ce voyage. Nous savons qu’il y a un pont mythique que l’on cherche en arrivant et qu’on ne trouve pas. Je crois que nous ne sommes naturellement pas attirés par les lieux touristiques… On se perd plutôt dans les hauteurs de la ville, puis dans les différents quartiers, dans les cités etc… Ici la guerre semble avoir fait encore plus de ravage qu’à Sarajevo et la reconstruction reste précaire.

Ce soir, nous sommes accueillis par une famille de Mostarien dans une des tours bétonnées criblées d’impacts. L’ascenseur est encore moins rassurant que ceux de Bobigny… Cette soirée fut génial, généreuse, pleine d’échange, de partage, d’écoute etc… Nos hôtes, Semir, Senada et leur fille Sarah sont musulmans (non pratiquants) et rescapés du génocide qui sévit au début des années 90. Sarah leur fille est née de cette guerre puisqu’elle a 15 ans. Sa génération cherche l’union, la paix qui pourtant reste très précaire. Les musulmans, les Croates et les Serbes sont séparés à l’école… Pleins de craintes, ils nous confient que beaucoup ont encore une kalachnikov sous leur lit et que chacun à peur que tout ça recommence. Mais que quoi recommence? Voilà ce que nous cherchions avec Clément, nous qui sommes venus sans préjugé… Ce soir là nous allions avoir des réponses et tant d’autres questions…

Un matin a 6h on sonne à leur porte; « quel est ton nom? » lorsqu’il répond Sémir, on l’embarque direction camp de concentration à quelques kilomètres de la ville. Une usine réquisitionnée. Sa femme survivra seule plusieurs mois dans le noir… sans s’approcher des fenêtres, sans même ouvrir les volets. Les snipers en place sur les collines entourent la ville. Le moindre mouvement dans un appartement déclenche des rafales…

Après plusieurs mois, Sémir s’évade du camp de concentration, il rejoint sa femme et ensemble se réfugient sous les ponts de Mostar, ils mangent racines et herbes durant plusieurs années.

Mostar est devenue le théâtre de l’Apocalypse; environ 500 tires d’obus de grenade donne le ton, rythme les longues minutes d’agonie, de survies… L’ONU comme spectateur. Le simple fait de citer cette organisation internationale met en rage Semir… Ils ont été témoins et n’ont rien fait, devant eux tant de gens se sont fait massacrer…  La Vie, la morale, l’humanité a fichue le camp; le sang appelle le sang, la mort la mort…

Un jour ils réussissent à quitter cet enfer pour rejoindre l’Allemagne en traitant avec des mafieux, faux papiers, passeurs ect… digne d’un film mais pas des plus réjouissants. En Allemagne ils refont tant bien que mal leur vie en travaillant pour BMW. Mais un beau jour leur cher pays d’accueil les invite gentiment à rejoindre le leur (ils n’ont pas eu le choix). De retour chez eux, ils n’ont plus rien pas même un appartement puisque le leur est occupé par un militaire croate.

Semir et Senada se retrouvent à nouveau sans toit et entament des recherches afin de retrouver une preuve écrite que leur appartement leur appartient (étant donné que l’armée Croate les avait exproprié et brûlé toutes les preuves durant la guerre). Cela durera 4 ans… puis ils parviendront à récupérer leur appartement (encore rempli de Grenades et fusils- mitrailleurs de l’armée).

Ils ont eu de la chance nous disent-ils car nombreuses personnes ainsi expropriées de façon violente et inhumaine ne récupérèrent jamais leurs biens et errent encore aujourd’hui dans les rues de Mostar et de Sarajevo.

Les larmes ont coulé lorsque Senada nous apprit que son père est mort dans le camp de concentration, que son frère a été brûlé vif dans sa maison, que tous les habitants de l’immeuble voisin ont été exécuté le jour où Sémir fut embarqué… et bien d’autres encore…

Leur fille d’à peine 15 ans écoute, elle sait, elle est née de ce conflit. Ses amis ne sont pas tous musulmans et au plus profond d’eux chacun veut la paix mais comment oublier? Les pères, mères, sœurs et frères… Les massacres, la faim, la misère…

Peut-être cette nouvelle génération? Ils l’espèrent et prient pour, mais prient aussi pour quitter Mostar, quitter la Bosnie et ne plus jamais revenir. Les tensions sont toujours là et les souvenirs aussi. Dans le regard des gens, sur leurs visages, leurs corps, mais aussi les bâtiments et les comportements. Ici, il y a 3 présidents pour les trois groupes, les écoles sont partagés, et les commerces ne servent pas à tout le monde suivant son groupe d’appartenance. Qui a dit que l’argent n’avait pas d’odeur et que le business est le business?

Collège de Mostar

La Bosnie nous aura marqués par son courage et sa sincérité.

Bien sur, nous avons aussi bien rit et toujours et encore partager. Clément a appris le roller à Sarah pendant que je discutais avec les jeunes (13 -15 ans) du quartier. Ils fument clope sur clope et se demandent pourquoi nous sommes là. Ils me montrent leurs bâtiments en me disant « que cherches-tu? Pourquoi aller en Bosnie? Pourquoi aller au Niger, au Bénin ou en Mauritanie? »

Pourquoi? Toujours ce pourquoi? Je voyage pour comprendre, pour partager, pour aimer sans doute et pour être. Pourquoi dans ces pays? Parce que la sincérité est là où le matériel n’est pas. La vie s’exprime paradoxalement où la survie s’invite.

Antonio me répond lorsque je lui dis que fumer est dangereux: « La vie elle-même est dangereuse, non? ».

Une leçon de plus, voilà pourquoi aussi je voyage… Les leçons que nous recevons à chaque coin de rue, de bled et de chemin, au gré des rencontres, de l’imprévu, de l’inconnu. L’échange, l’écoute, chacun sur sa route, nous nous croisons, alors pourquoi ne pas s’arrêter et prendre le temps d’échanger?

Merci encore à Semir, Senada, Sarah, Antonio et tous les jeunes. Bonne chance à vous.

Quand au fameux pont et son quartier touristique nous avons fini par le découvrir. Ce majestueux pont symbole de l’empire Ottoman a été bombardé durant plusieurs jours afin d’écraser tout ce qui pouvait représenter les musulmans.

Aujourd’hui reconstruit, des cars venus de la Croatie voisine déposent des hordes de  touristes allemands et français qui n’auront comme seul aperçu de Mostar et de la Bosnie un joli quartier historique et un pont d’où se lancent quelques mostariens en échangent de quelques euros…

Nous quittons Mostar avec une sensation étrange, une froide découverte, de vrais images, de vrais récits d’une guerre qui nous étais apparue à travers un écran de télévisions entre nos dessins animés.

Ce soir là, nous camperont entouré de forêt au pied des cascades de Kravice. Les lumières sont magnifiques, le paysage prête au calme, à la méditation. Nous sommes seules, le gardien du parc nous à laissé dormir ici et à fermé le portail derrière nous.

Nous sommes les rois du monde! Un monde que l’on passe la soirée à faire, à défaire et à refaire! Partage d’aventures de voyages, de rencontres, de rêves, de trames de vie depuis tout ce temps qu’on ne c’était pas revue. Entre photos et fou rire une soirée à l’image du voyage.

Le lendemain, le gardien devait revenir à 8h, mais les heures passent. Les nomades veulent prendre la route! C’est décidé on pète le cadenas du parc! On a testé la façon Ukrainienne, mais le cadenas était gros du coup on la fait façon Savoy-algérienne! Le saligot n’a pas tenue le choc!

Grosse barre de rire devant la tête du gardien qu’on croise quelques minutes après…

Doboldan!

Direction Croatia!!

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