Brazza la Verte! (CONGO)

L’avion est rempli (ou presque) de Congolais qui rentrent au pays pour de brèves visites familiales, portant fièrement leur réussite ou masquant leurs difficultés derrière un accoutrement élégant. Mais surtout l’avion est bondé de colons chargés de leurs jeunes progénitures ,qui grandissant dans les écoles d’expatriés et autres fils de ministres, s’en iront sans doute, agrandir les foules de ces pédants représentants d’un système qui noie l’Afrique.  Chacun se raconte ses vacances en France en illustrant leurs récits avec leur I-pad, s’échangeant les derniers « sons » du « mouv » avec leur I-pod, et leur nouveau numéro avec leur I-phone. Lorsque l’un se vante de passer par la zone VIP grâce  son passeport diplomatique (s’il vous plaît), l’autre riposte en affirmant de ne pas être  qu’une riche à Brazza et une pauvre en France mais bien riche dans les deux cas (ça vous en bouche un coin…) . Mais pas de touriste à l’horizon (on les aurait reconnue à leur dégaine – sans doute proche de la mienne…) et une jeune fille le regard plein d’intention mais manifestement un peu perdu qui semblait être une nouvelle  humanitaire (on l’a reconnu à sa dégaine) sauveuse du monde et porteuse (surement) de la bonne nouvelle. Bref un bon plateau mixte prêt à fouler le tarmac d’un aéroport tout neuf (enfin bientôt fini).

Ouah ! La classe ! L’aéroport flambant neuf (pour sa partie achevée) est d’un standard européen, moderne et accueillant. Certes ce n’est pas Charles de Gaulle mais quand même. La cargaison de néo colons que venait de déposer l’avion et le standing surprenant de l’aéroport m’ont tout de suite averti : Congo Brazzaville zone située en Pétro-dollars !

Une avenue tout fraichement goudronnée nous fait quitter l’aéroport pour nous conduire dans Brazzaville. Vraiment la ville a l’air développée. Aie aie que n’avais-je pas osé penser ! La réalité rattrape vite les rêves (ou illusions). Où sont les expatriés ? Où sont les affaires ? Où sont les pétro-dollars ? Au centre-ville bien sûr ! Et le reste de Brazzaville me diriez-vous ?

Brazzaville, comme un apartheid, est divisée en deux zones : quartier nord, majoritairement derrière le pouvoir en place, et les quartiers sud, ceux qui ont subi la guerre, les quartiers oubliés et frappés de pleins fouet par ce qu’on appelle dans le journal télévisé : la précarité.

Deux zones séparées par  Poto-poto, centre-ville, l’arrondissement 1 qui regroupe le quartier des affaires et autres commerces. Peuplé majoritairement par les «  Loungari » ( les ouest-africains), mais aussi par beaucoup d’autres étrangers, Libanais, Chinois, et les Kinois voisins qui sont devenues presque plus nombreux au Congo que les congolais eux-mêmes. «  La France » l’appelaient-ils encore avant la guerre, ce petit Congo français qui faisait face au géant centre-africain , le ZAIRE Ex-Congo-belge.

Après la fin du conflit de 1997, et la prise de pouvoir (pour la deuxième fois)  de Sassou NGuesso, il a été décidé de réduire massivement la population du Pool. Un vieux présage congolais dit que le Pool est la tête du Congo, tenir le pool c’est tenir le Congo. Mais le Pool était majoritairement derrière l’opposant principal Bernard Kolélas. Celui-ci dû s’exiler en France laissant derrière lui sa milice privée, les Ninjas. Ces derniers ont été récupéré par le Pasteur NToumi qui deviendra en un éclair un chef de guerre. Le service de sécurité de  Kolélas a perdu le contrôle de sa milice qui joue maintenant, sous les ordres et manipulation du pasteur, une rébellion. De l’autre côté Sassou Nguesso «  les Cobras » (sa milice privée) se voit gonfler par l’arrivée massive de mercenaires venus des quatre coins d’Afrique : Tchadiens, Rwandais, Angolais, Kinois etc… Leur rôle : réduire massivement la population du Pool sous couvert de repousser la rébellion des Ninjas.

Si en 97 la guerre avait vidé les quartiers nord et le centre Potopoto, en 99 tout le sud de Brazzaville est réduit à l’exil. C’est le néant. Partis à pied dans les villages lointains, les habitants sont massacrés tantôt par les Cobras, et tantôt par les Ninjas supposés être leurs alliés. Mais le pasteur est dans la confidence de Sassou NGuessoLes Ninjas sont devenues fous, drogués, manipulés, gonflés par des hordes d’enfants soldats, à l’instar des Cobra formé à cela, il massacre tout et tout le monde.

Brazzaville n’a pas encore pansé ses plaies, les quartiers sud aujourd’hui peuplés comme avant et même plus, n’ont aucune infrastructure, on cherche les écoles, on ne trouve peu d’hôpitaux, ni de clinique  ou même de dispensaire. Les pharmacies comme beaucoup d’habitations ne sont que des cabanes de taules. Les caniveaux sont pleins, les ruelles qui s’enfoncent dans l’obscurité d’une brousse en pleine ville sont jonchées de déchets, le réseau électrique n’est présent que chez les plus chanceux et parmi ces plus chanceux, il faut l’être encore plus pour que le réseau ne soit pas en délestage. L’eau courante manque, et certains quartiers subissent des coupures de plusieurs semaines ; j’en passe et des meilleurs (enfin ça dépend pour qui…)

Le sud de la ville vit au rythme d’un abandon continuel auquel ils font face grâce à une étonnante adaptation, une débrouillardise fabuleuse le tout dans une fatalité déroutante.

Vivant dans des dépotoirs rendus vivables par le décor de brousse et de verdure qui envahit la ville, les Brazzavillois tiennent leur maison avec beaucoup de soin, se créant de petites cours qui peuvent être très agréable. Brazzaville a réussie à devenir une ville de plusieurs millions d’habitants tout en préservant la verdoyante nature dans laquelle elle s’est invitée. Cette ville est étonnante et ses ruelles ressemblant à des sentiers menant à des villages lui donnent un charme et une originalité certaine et évidente ! Rapidement on comprend le surnom qui lui est donné : Brazza la verte !

Dans la zone sud de Brazza, on marche beaucoup car certaines zones ne sont ni accessibles en voiture ni même en moto. Le relief colinéaire ne facilite pas l’écoulement des eaux qui a chaque pluie façonne un peu plus les sols.

On survie plus qu’on ne vit dans Brazza mais ce qui est sûr c’est que le mouvement de la vie est bien présent. Les foules en mouvements animent la ville et les centres commerçants comme le grand marché Total de Makélékélé (le plus grand marché du Congo).

Et puis à Brazza, on sait danser, et on danse ! Sans cesse, chaque fois que la lumière, après être passé par des oranges et autres couleurs surnaturelles, se tamise jusqu’à plonger la ville dans l’obscurité. Les Nganda s’animent aux sons des rumba, salsa, et autres rythmes qui font dandiner tous bons congolais qui se respectent ! La Primus (bière locale) coule alors à flot, et jusqu’à 2h du matin on oublie un peu qu’une fois le soleil levé, il va faire chaud, très chaud et ça va être chaud, très chaud…

Bien qu’entassé dans des bus, bousculé dans les marchés, enjambant les caniveaux, le Congolais en homme fier a toujours la classe ! Cette classe devenue pour certain une religion : la Sapologie ! Même si le costume n’est pas de mise au quotidien, on fait attention, on s’habille, on se sape, et on ne sort pas en culotte (en short), ni en sandale plastique ! Non vraiment, le Congolais à la classe et il sait danser !

Si le Congolais a la classe, la Congolaise sait cuisiner et pas qu’un peu ! Les légumes locaux s’agitent dans les marmites posées sur des feu de bois et charbons. Le manioc accompagne tous les plats, quand la pâte d’arachide s’invite souvent et que les légumes s’imposent toujours. Du Sakasaka (qui se prépare une journée durant) au Ndogodogo, en passant par le 3 pièces, poissons salés et autres plats au goût bien  éloigné de l’Europe mais tellement chaleureux !

Malheureusement tout le monde ne mange pas à sa faim, et les vieux qui n’ont pas de retraite ont parfois du mal à trouver de l’aide chez les jeunes qui n’ont pas de travail… Heureusement , pour sauver le pire, la solidarité familiale que l’on trouve en Afrique est ici plus que présente. La famille c’est large, c’est grand, c’est presque infini, c’est souvent 4 à 5 générations qui se côtoient, qui s’entraident, qui vivent ensemble pour le pire et le meilleur. Il n’y a que des mamies, papy, maman, papa, tonton, tantine, et frère et sœur. Le cousin n’existe pas, c’est un frère, la tante n’existe pas, c’est une maman, les sœurs de la mamie, sont elles aussi mamies. Et il n’y a pas de distinction, chacune de ces mamans peut être apte à éduquer ce que nous appelons leurs neveux. Quant aux tontons, c’est souvent les amis proches qui sont alors levés au rang de nos oncles et tantes . La famille africaine est soudée, elle ne s’ignore pas, mais vie vraiment ensemble et se respecte profondément même si cela n’est pas toujours sans histoire.

A Brazza, avec les Brazzavillois, on vit des moments irréelles, surnaturels, et on se dit souvent que ces moments ne pourraient sans doute se vivre nuls par ailleurs. Brazzaville c’est un ovni au milieu des capitales du monde, une ville dans la verdure, une ville qui défie les codes, qui survit sans infrastructure, qui bouge au rythme de la Rumba, qui danse, qui s’active, et qui rêve ( parfois un peu trop). Une ville à laquelle on s’attache et surtout des habitants auxquels on s’attache rapidement et avec lesquels on aimerait vivre encore et toujours, ces aventures, ces rires, ces moments que l’on ne vivrait pas ailleurs.

Comment un pays qui amasse autant d’argent et de pétro-dollars peut délester autant sa population et sa capitale ? Une population si digne et fière et une capitale si extraordinaire ?

Les Brazzavillois ne doivent pas avoir honte de leur ville, ils doivent en être fier, et doivent cristalliser cette fierté dans la préservation de ce qui fait son identité.

Julien

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6 réflexions sur “Brazza la Verte! (CONGO)

  1. Très beau récit. En tant qur photographe amateur passionné, j’aurais aimé quelques photos supplémentaires pour l’illustrer. Merci de me faire participer à ce voyage. Je suis avec intérêt.
    Amitiés et à+
    Alain

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