Bienvenue dans MAD MAX! (R.D.C)

En 1910 Léopolville comptait moins de 10 000 habitants. Aujourd’hui, cent ans plus tard,qu’est devenue Léopolville  renommé, entre-temps, Kinshasa.

Aujourd’hui c’est plus de dix millions de personnes qui s’entassent dans les cités de Kinshasa devenue la plus grande ville d’Afrique centrale. Cette croissance exponentielle, que rien ne semble pouvoir arrêter, a apporté son lot de problèmes, si ce n’est de catastrophes. Catastrophes écologiques, sanitaires, sociales, et humanitaires. Quasi-inégalé dans le monde entier, les emplois créés par le secteur informel dépassent les 95% ! La misère et l’insalubrité se sont emparées de toute la capitale. Les restes d’un âge d’or de la cité tombent en ruine, à l’image du glorieux stade qui a accueilli le plus grand match de boxe du siècle dernier : Forman vs Ali.  Ce stade aujourd’hui délabré devient chaque nuit le refuge de milliers d’enfants des rues. Effectivement, Kinshasa est envahie par les enfants des rues, les shegués. C’est plus de vingt mille shegués qui airent nuit et jour dans le centre de la capitale. Le phénomène est parvenue à un point de non-retour puisque Kinshasa vient de voir naître la première génération de shegués nés de shegués… Un phénomène qui trouve sa source dans la misère de cette mégalopole  chaotique. La population déshéritée se réfugie dans des pseudos églises protestantes appelées églises du Réveille. De dangereuses sectes à la tête desquelles des prophètes ou pasteurs sans scrupule qui hypnotisent la foule et pillent les plus pauvres les suçant jusqu’à la moelle. Ceux qui ne donnent pas assez sont souvent amenés à abandonner un enfant accusé par ces pseudos pasteurs d’être des sorciers. Actuellement plus de 80% des shegués sont des enfants sorciers. Beaucoup d’entre eux ont été torturé, humilié en public, dans ces églises du réveille qui endorment les populations profitant de leurs misères. Le phénomène est plus qu’inquiétant ou révoltant, il est terrible, horrible et inhumain.

Ces shegués devenus adultes s’organisent alors en gangs armés jusqu’aux dents de machettes, coupes-coupes, lames et armes à feu. On les appelle les Kululnas (bandit en lingala). Ils sèment la terreur dans la ville, entre braquages, agressions violentes, meutres et enlèvements. La police les craints, ils n’ont pas peur de mourir ni même de tuer. Les kulunas sont là et il faut faire avec ! Enfin ça dépend quand… En effet lors d’évènements majeurs comme prochainement le sommet de la francophonie, pour lequel la France a débloqué plusieurs millions d’euros pour 3 pauvres jours de « dandinage » diplomatique, les pauvres shegués seront embarqués dans des camions par l’armée et la police pour être lâchés à quelques 300 km du centre… Le temps qu’ils reviennent les diplomates et gens de bonnes tenues seront repartis…

Les familles ne sont pas pauvres à Kinshasa, elles ont dépassé ce stade, elles sont littéralement dans la misère. Tout est saturé, que ce soit le sanitaire comme le transport. La fourmilière bouillonne et il ne manque qu’une étincelle pour que tout explose.

Alors Kinshasa c’est quoi cent ans plus tard ?

Kinshasa c’est MAD MAX, un monde post-apocalyptique, sans loi véritable, là où la police se confond avec les bandits, là où tout peut arriver surtout le pire. Une ville où il n’y a pas d’âge pour la prostitution, ni d’âge pour porter autour de la taille une machette. Kinshasa c’est l’échec de la modernité, c’est le revers de notre monde moderne, la conséquence de notre civilisation éclairée, c’est l’un des symboles de l’oubli de notre système et de nous-même qui en profitons. Kinshasa c’est là où on ne veut pas regarder pour ne pas être dérangé quand on remplit notre réservoir d’escence, qu’on allume notre lampe électrique à énergie nucléaire, que l’on rêve d’or, de diamants ou juste lorsqu’on écrit sur du papier issu de la déforestation. Chaque maison à sa poubelle, c’est bien connue l’Afrique est celle du monde, mais Kinshasa et sa grande sœur Lagos en sont sûrement le fond.

On parle souvent des villes de l’avenir, du futur, des voitures qui volent et des gratte-ciel qui chatouilles les Dieux. Et si les villes du futur c’étaient Kinshasa ou Lagos ? Des millions de cabanes en taules, des rues mélangeant la boue et les déchets, des familles qui mangent une fois tous les 3 jours, des milliers d’enfants errants et armées, des immeubles délabrés qui s’écroulent et quelques milliardaires qui passent au milieu de tout ça enfermés dans leurs 4X4 climatisés ?

Heureusement, il y a aussi l’espoir, la lumière qui jaillit de cette ombre, il y a les consciences. Les consciences qui s’éveillent (sans église du Réveille). Kinshasa se dresse entre mille et s’impose comme la capitale centre-africaine de l’art ! De l’art dans toutes ses formes :  musique, slame, arts plastiques, peinture, danse, cinéma etc… La création fait affront à la destruction. Refusant de sombrer dans les méandres et les enfers de notre monde, la ville bouge, se débat, la ville vit ! Nous prouvant que l’espoir ne doit jamais être terni par la réalité, que le courage et la volonté ne sont pas vains et que de l’obscurité peut jaillir la lumière.

Si Kinshasa est, comme beaucoup le disent, un enfer sur terre, alors souvent les démons doivent danser avec les anges.

Julien

Publicités

3 réflexions sur “Bienvenue dans MAD MAX! (R.D.C)

  1. Pingback: Invitation au voyage |Voyage explorer - Destinations de vacances

  2. Pingback: Le monde du voyageur est beau (?!) « Partage Voyage

  3. Pingback: Le voyage – Mon école « Partage Voyage

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s