Grand Popo et après? (BENIN)

Grand popo est considérée comme la plus belle plage du Bénin. Même si l’océan est puissant et dangereux, l’étendue du sable à perte de vue, les pirogues qui attendent de prendre le large, et les cocotiers inspirent au calme et à la tranquillité. Passage obligé des touristes, point de repos des expatriés le temps d’un weekend, mais aussi l’endroit idéal pour tout jeune Béninois qui compte offrir à sa petite – ou future petite – amie un weekend de rêve.  Grand Popo, jadis petit village de pêcheurs, attire du monde, de plus en plus de monde et devient petit à petit une station balnéaire qui perd ses charmes.

Il est loin le Grand Popo de 2005 (année où je l’ai découvert). Et j’ai peur, comme beaucoup de nostalgique d’une époque où Grand Popo était synonyme d’amusement, de calme, de sérénité, de fraternité, que dans quelques années il n’y en ait plus aucune trace . Grand Popo se résumait alors en Peace and Love. Les tambours battaient le rythme enjoué par le balafon, harmonica et guitare. Les ballets passaient et repassaient, en danse, en chanson, sur échasse ou en acrobatie. On dormait là où on était et mangeait tous ensemble. Il y avait Coco Beach qui accueillait tous les rastas et ceux qui voulaient l’être le temps d’un séjour, on buvait un coup au milieu de la nuit chez Thomas, on errait sous les cocotiers ou en pirogue sur le fleuve Mono avec les hippopotames.

Huit ans après, la plage est toujours là, les cocotiers un peu, quant aux hôtels, ils se sont multipliés chacun dans son style, sans se soucier de l’Environnement ou du voisin. Les murs de béton se montent comme des châteaux de sable, et les petites paillotes roots de l’époque ont laissé place à des étages  robustes bien que posés sur du sable…

Chaque année Grand Popo perd un peu de son âme et emporte avec lui la simplicité de son village d’antan.

Ce weekend il y avait la célèbre fête de Novitcha, célébré depuis 1921 pour la Pentecôte. C’est la fête de la fraternité,  celle pour qui tous les Xwala et Xwéda (ethnies de la région de Grand Popo) , peu importe où ils ont élu domicile, se réunissent le temps d’un weekend de joie. Les djembés reprennent du volume, les trompettes, trombones et autres les accompagnent, et ensemble font danser les Popos et les invités de cette fête annuelle.

Les marques d’eau, de boissons diverses, de télécoms et autres s’en donnent à cœur joie pour distribuer leur pub et leurs business. Heureusement le tout dans une atmosphère bon enfant où chacun se souhaite bonne fête et s’échange les rires, sourires et plaisanteries les plus béninoises qu’il soit. Le temps d’un weekend peut-être que Grand Popo retrouve quelques choses de son âme.

Les pécheurs eux ne prennent pas le temps de s’amuser trop longuement, le poisson n’attend pas et est déjà bien assez rare. Avant même que le soleil n’apparaisse ils tirent les filets qu’ils ont dispersés la veille. En rythme, en chanson et dans un effort colossal, des heures durant, ils tirent les filets pour les ramener du large.

Le soleil est à son zénith, de plus en plus de monde se joint à la tache de plus en plus hard. C’est en début d’après-midi, alors que nous sommes plusieurs dizaines que nous en venons à bout. Le filet est sorti de l’eau. Mais comme chaque jour la pêche est bien maigre. En dehors d’un gros baracouda, seules des dizaines de petits poissons, juste bon pour de la friture, se trémoussent entre les quelques méduses et sachets plastiques.

Je regarde autour de moi, nous sommes plusieurs dizaines à avoir tiré les filets. Le maigre butin sera partagé en autant de familles. Déjà les femmes sont là, on leur remplie leurs bassines (à peine 5), elles les déposent sur leur tête et s’en vont déjà les vendre.

Les pécheurs n’ont pas fini la journée. Alors que d’autres sont partis en mer pour les filets du lendemain, ceux restés lavent, et enroulent les filets qu’ils viennent de tirer.

Pas de fête pour ces pêcheurs qui souffrent du manque de poisson. Mais que s’est-il passé ? Les chalutiers trop nombreux me dit-on. Ils passent et repassent au large à des distances qu’ils leur sont interdites. Les licences sont délivrées trop facilement pour les firmes de la pêche. Et puis, il y a le phosphate relâché dans l’océan au Togo voisin (15 km). Les phytoplanctons sont détruits par le phosphate, les poissons qui s’en nourrissent disparaissent. Ah vraiment ce n’est pas simple…

La côte du Nigeria est ravagée par le pétrole, une marrée noire continuelle se déverse dans le golf du Bénin depuis plus de 25 ans. Au Togo le phosphate se rabats sur les côtes, au Ghana s’est le mercure et autres métaux issus de l’électronique. Et puis il y a les ports,les plateformes pétrolières qui jaillissent,  les chalutiers etc…

Ah vraiment ce n’est pas simple… Surtout pour les habitants de cette longue côte ouest-africaine. S’étonnerons-nous encore, comme en Somalie, lorsque dans quelques années des pirates naitrons de cette côte qui souffre de notre mondialisation libérale et incontrôlée ?

Grand Popo se modernise selon certain. Elle s’adapte aux demandes des touristes. Chacun veut en tirer parti et bâti son business. Mais quel exemple suivent-ils ? Celui de nos stations balnéaires que les gens sensés se mettent à fuir ? Pourquoi ne pas anticiper et investir dans un tourisme responsable et plus humain ? Avoir un train de retard n’est pas forcément une tare mais peut être, au contraire, un avantage permettant d’ anticiper l’avenir en évitant le temps des erreurs. Mais j’ai peur qu’une grande partie de Grand Popo ait préféré au développement durable, responsable et à la conservation de la culture, un développement économique, capitaliste basé sur la rentabilité rapide et sans loi.

Bien sûr nous sommes encore loin d’un tourisme de masse et même de celui de la côte sénégalaise. Mais faut-il attendre qu’il soit trop tard pour tirer la sonnette d’alarme ? Heureusement tous n’ont pas été amadoué par la tentation, bien au contraire, conscient, et même en pleine conscience, des artistes refusent de vendre leur culture et luttent plutôt pour la conserver. La conserver, la préserver en formant la jeunesse, en revitalisant la vieillesse et en partageant leurs arts et leur culture avec tous. Sans rien attendre en retour, ils diffusent leurs connaissances et se basent sur le partage pour faire avancer le Schimlblick. Certains des plus engagées se sont réunis dans l’association du CLAN (Contes et Légendes d’Afrique Noire) et ont créé le Centre Académique des Arts Africains et d’Ecoute. Ils forment tous les enfants qui le souhaitent au théâtre  à l’art de la marionnette, à la peinture, au batik, à la musique et à la danse. Parallèlement  ils diffusent le savoir ancestrale lié aux plantes médicinales et aux tisanes. Ils organisent des spectacles et concerts régulièrement. Motivés, de bon cœur, et vraiment conscient que le monde a besoin de revivre son humanité, ils donnent toutes leurs énergies dans cette œuvre collective. (Nous préparons un reportage sur le centre).

Comme toujours, là où les choses perdent leurs valeurs, naissent des Hommes, des mouvements, des idées qui luttent pour les préserver, pour louer la Vie, pour transmettre l’Amour et aider les Hommes à redevenir Humain. Garant de ce qui peut  pousser l’humanité  à s’élever, nous ne pouvons que les encourager et surtout se joindre à eux pour participer au grand changement qui s’opère partout autour de la planète.

Malgré les interférences et l’appelle du dieu argent, Grand Popo est donc toujours, dans la conscience de beaucoup, un lieu magique qui se doit d’être préservé à tout prix. Un lieu à part où les énergies positives vont bon train et emportent avec elles les plus volatiles d’entre nous, prêt à se laisser aller.

Julien

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11 réflexions sur “Grand Popo et après? (BENIN)

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  3. Très intéressant ! Figure toi que j’ai découvert ce centre (centre académique des arts africains) grâce à ta page facebook et j’ai pu me rendre sur la leur. Je suis, comment dire, plus mais vraiment plus qu’intéréssée par leur centre ! As tu été bénévole là-bas ? J’aimerai vraiment m’y rendre en tant que telle, car en plus de partager les valeurs de protection d’une culture, je suis animatrice socioculturelle et m’investit beaucoup dans les arts du spectacles comme le théâtre ou la musique et je suis passionnée par les plantes médicinales et les medecines naturelles. Bref, j’aimerai vraiment m’y rendre !

  4. Bonjour Sarah, merci pour l’intérêt que tu portes au centre. Tu peux t’y rendre sans problème et tu y seras certainement très bien accueilli! Je t’envois par mail un contact.
    A très vite et au plaisir!

  5. bonjour julien, selon toi, comment serai le site touristique qui redonnerai l’ambiance d’avant, et s’intégrerai le mieux à la culture de Grand-Popo?
    Cette question me turlupine et ton avis m’intéresse beaucoup. Et au vu de ton article, je pense que tu est bien placé pour me répondre!
    merci!!

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