La Montagne de l’Enfer (BOLIVIE)

Il était une fois une ville où l’argent coulait à flots. Plus riche que Paris ou Londres. Une ville bâtie par les conquistadors et les missionnaires les plus avides de fortunes. Si l’Eldorado est resté une légende, Potosi, la ville de l’argent ne le fut pas.

Construite à 4200m d’altitude la ville la plus haute du monde s’étale à flanc de montagne. Et quelle montagne ! Celle du diable : le Cerro Rico (la montagne riche). La plus grande réserve d’argent du monde à portée de l’homme le plus avide. Les Espagnols ne mirent pas longtemps à bâtir Potosi plus étincelante que les capitales du vieux continent. Ils ne mirent pas longtemps non plus à réduire en esclavage les Amérindiens locaux. Eux qui s’étaient abstenus, non par ignorance mais par respect, d’extraire l’argent du Cerro, se retrouvèrent à y travailler 20h sur 24h et y moururent dans des conditions atroces.

La richesse du Cerro Rico a servi à financer la « Renaissance » et les «  Lumières » du vieux continent. Un âge d’or en Europe issu d’un âge des ténèbres pour les Africains et les Amérindiens. Un passé, un « détail », que l’on oublie volontiers dans nos livres d’Histoire si fier des siècles des Lumières.

Puis le Cerro Rico ayant offert toute son argent, les Espagnols se sont retirés laissant les mineurs flirter avec le diable. El Tio, le dieu des mines, celui que vénèrent les mineurs, celui qu’ils craignent, celui à qui ils offrent alcool, cigarettes et coca. Jadis, les Espagnols leur contaient que Dieu les tuerait s’ils ne travaillaient pas. Dio ! En quetchua (langue locale), le « T » n’existait pas, c’est ainsi que Dio s’est transformé en Tio, un frère de Satan qui trône dans les profondeurs sombre et brulante (35°) du Cerro Rico.

Aujourd’hui, les mineurs travaillent et meurent toujours dans les mêmes conditions, troquant leur vie contre de l’étain, du zinc, du plomb ou de l’argent qui seront exportés en Europe. Un pacte avec El Tio qui prend leur vie petit à petit afin que leur famille puisse manger. La poussière s’infiltre dans les poumons et après quelques années de travail éprouvant, dans des conditions qui n’ont pas changé depuis 300 ans les mineurs meurent en crachant du sang. C’est la silicose. Si aujourd’hui près de 20 000 mineurs dont environ 800 enfants se meurent dans les quelque 5000 galeries qui se perdent sous le Cerro, 8 millions d’autres y sont déjà mort dans des conditions épouvantables.

La malédiction de la richesse a frappé bien des peuples, celui de Potosi ne fut pas épargné et ne l’est toujours pas. Le chômage hante les rues, et Potosi, le camp des mineurs et les environs sont belles et bien dans le côté tiers-monde de notre civilisation moderne.

« Le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Nous Européens, l’oublions souvent, eux, le savent très bien . Et puisque notre orgueil et notre ego n’ont aucune limite, les Européens de passage, touristes aventuriers de l’extrême (bêtise) ne se gênent pas pour visiter ses « pauvres » qui meurent avec des tours opérators qui mettent en avant le caractère très unique de visiter les mines du diable ! Et ils courent, ils courent, heureux de se retrouver dans Germinal et d’offrir une cigarette à un mineur et pourquoi pas pour le grand frisson, à El Tio !

On nous a vus en Thaïlande photographier  les femmes aux longs coups, en Afrique jeter des bonbons aux enfants, à Rio visiter une favela, nous voici aussi à Potosi jouer le temps de 3h au mineur à côté d’enfants sans père qui meurent pour nourrir leur sœur. L’expérience est intense et le souvenir sera grand. Dans leur salon, à côté de la photo du Machu Picchu avant qu’il ne se soit effondré, ils seront en photo à côté d’El Tio et d’un mineur qu’il aura déjà emporté.Aucune limite, aucune honte chez ce touriste  qui aime les pauvres parcqu’à côté d’eux il se sent bien et riche.

Par contre combien s’aventurent seuls dans les camps de mineurs pour prendre le temps d’échanger avec eux ? Sur leur condition de travail, sur leurs conditions de vie, sur les injustices qui font qu’eux meurent pour quelque pauvre bolivianos quand les coopératives des mineurs s’en mettent plein les poches ? Pourquoi eux grattent à la main ou à la dynamite dans les tréfonds de la montagne quand une entreprise européenne explote  l’or sur le sommet du Cerro ? Combien ont pris le temps avant de se jeter dans les mines derrière leur guide de se demander ce qu’en pensaient les mineurs ? Et ceux qui meurent chaque semaine laissant femme et enfants, auront-ils quelque chose pour leur famille ? Pourquoi les tours opérators qui sont en accord avec les coopératives minières ne reversent pas l’argent des visites à ses familles démunies ?

Les mines du diable sont pour ces touristes des trains fantôme, des attractions, quand pour d’autres, elles sont l’enfer. Le véritable enfer, celui décrit dans la Bible. Cette même Bible qui dit « aime ton prochain », celle qui demande à l’Homme d’aimer et de ne point tuer, de partager et de respecter.

Une équipe de mineurs rentre de leur dur labeur. Partage un verre et quelques feuilles de coca avant de rentrer au camp se reposer pour le lendemain.

Alors sous les chants des mineurs et le regard courageux de Che Guevara l’espoir pali sans jamais s’effondrer. Le Cerro Rico est belle et bien la montagne de l’enfer et sous ses entrailles, Potosi fait triste mine.

Julien

Publicités

3 réflexions sur “La Montagne de l’Enfer (BOLIVIE)

  1. Pingback: Le voyage – Mon école « Partage Voyage

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s