Ferro-Bus! (BOLVIE)

Il est 8h15 nous arrivons sac sur le dos au sommet de la pénible butte à flanc de montagne sur laquelle sont posées les vieux rails du fameux ferro-bus. Une vieille à couettes attend patiemment avec son lourd fardeau rempli de légumes qu’elle espère vendre à Vila-Vila. Bientôt d’autres arrivent. Tous portent leur cargaison sur le dos dans des baluchons colorés. Nous sommes rassurés. Si autant de monde attend le ferro-bus c’est qu’il ne fera pas faux bond aujourd’hui. Les hommes assis à l’ombre mâchent leurs feuilles de coca devant un jeune garçon qui, chapeau de cow-boy sur la tête, tente de les imiter.

(Dans l’attente du Ferro-bus – Bolivie 2012)

9h 30, alors que le bruit strident du ferro-bus se fait entendre, sa silhouette se dessine à l’horizon. Il s’arrête là, au milieu de rien, là où ni panneau, ni gare ne signal un arrêt. Les marchandises sont entassées sur le toit du vieux bus Mercedez devenue train. Une promotion incongrue ! Le chauffeur tire sur le sifflet et lance le coup d’envoi de cette aventure andine.

A travers des villages de plus en plus perdus nous chargeons du monde et de la marchandise. Puis au milieu de rien nous en déchargeons un peu. Un manège qui se répète tout le long du voyage . Au milieu de ces montagnes arides, en surplomb d’une rivière presque asséchée, cet insolite moyen de transport nous conduit avec nonchalance et parfois vacarme vers Cochabamba. Les charmantes vieilles à couettes sont heureuses de se retrouver et échanger les derniers potins. Les hommes discutent entre eux quand d’autres sommeillent et que nous, nous sommes tantôt le nez dehors à admirer les paysages, tantôt dedans à observer l’ambiance du wagon.

Vers 13h le ferro-bus se stoppe dans un patelin. Seule pause pipi et culinaire du voyage. Les femmes sont au rendez-vous pour vendre leurs ragouts, leurs patates à l’eau, leurs cuisses de poulet et leurs riz. Chacun se ravitaille. Tout est prévu. On peut même prendre à emporter dans des barquettes en plastique qui finiront jetées par les fenêtres. Pourquoi des gens qui vénèrent autant Pachamama se laissent aller à se genre de facilité ? L’ignorance tentent certains. Pour ma part je n’en suis pas sûr mais n’ai pas d’explication.

(Ferro-bus en pause ravitaillement – Bolivie 2012)

Nous reprenons notre route secoués comme des pruniers tout le long, passant par mainte tunnels et tout autant de ponts. Le soleil est ardu dans cette contrée andine et même si nous gagnons petit à petit de l’altitude nous ne sommes pas près de mettre un gilet.

Il est presque 16 h, une énième fois le ferro-bus s’arrête dans un village qui a l’air bien triste. Qui va descendre cette fois ? Et bien apparemment c’est nous ! Nous voici à Tarata, 33km de Cochabamba. A peine nos sacs sont-ils au sol que le ferro-bus reprend sa course en sifflant. Une fois sur la place centrale nous sommes rassurés. Il y a de la vie ! La place à son charme avec ses bâtisses coloniales. Demain ou plus tard, nous reprendrons la route vers Cochabamba.

Le ferro-bus ? Un bus posé sur des rails se faufile dans une vallée aride pour desservir des villages isolés. Une ambiance sincère, de la vie, des couleurs, des odeurs, du bazarre, du bavardage, des vieilles, des enfants, de la Bolivie ! Inoubliable, authentique, charmant et nonchalant. Un bon moyen de prendre le pouls d’une région peu visité de ce magnifique et sincère pays.

 

Julien Masson

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