Il était une fois un mariage ! (PEROU)

Le marié passe l’anneau au doigt de sa nouvelle épouse. Même si cela fait trente ans qu’ils partagent leurs repas, leurs quotidiens, leurs vies. Trente ans de vie commune ont précédé ce grand jour. C’est aujourd’hui, qu’enfin ils s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’œil bienveillant de Dieu. Ils ont surmonté tous les obstacles de la vie et mis au monde trois enfants avant de valider l’acte devant des témoins. Ce n’est pas par souci de vérifier préalablement l’amour avant de s’engager qui pousse à patienter, mais les économies nécessaires à la réalisation du mariage. Et le récit qui va suivre vous le fera comprendre !

(Les mariés s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’oeil bienveillant de Dieu – Pérou 2012)

L’église est pleine à craquer. Les fidèles sont vêtus de leurs plus beaux costumes. Dehors la fanfare joue déjà. Portées par le vent leurs notes parviennent à nos oreilles. Des danseurs costumés, portant fièrement les traditions andines, ont animé l’allée centrale avant que la messe ne commence.  Puis des chants Quetchua ont trouvé échos dans l’architecture de cette vieille église coloniale et dans le cœur de ces Amérindiens. Les traditions vivaces qui ont nourri la cérémonie qui a précédé le mariage quelques jours auparavant déferlent leurs énergies dans ce lieu saint catholique. Une fois que les vibrations des chants de jadis ont raisonné, que l’histoire de leur culture s’est exprimé, que leur langue s’est dévoilé, que chacun se sent à sa place, le silence s’est instauré.  Les chapeaux melon se sont ôtés des têtes des femmes divulguant encore mieux leurs nattes. Les sombreros des hommes ont trouvé refuge dans leurs mains rugueuses d’éleveurs.

Maintenant tout est plus cérémonieux. Les mariés sont enfin unis comme ils se le doivent en bon chrétien. Les chants du Vatican peuvent enfin reprendre leur place, beaucoup plus pesé, beaucoup plus lourd, moins joyeux, plus sage peut-être.

Après un dernier chant chrétien, la fanfare locale joue plus fort encore, leurs notes ne font plus que parvenir à nos oreilles encore timides, mais viennent nous soulever l’échine, nous lever de nos bancs inconfortables, nous entraîner le pas pour quitter l’église. Les danseurs cagoulés et vêtus de mille couleurs portent la Vierge de Rosario pour la sortir de son enclos. La grande porte de l’église franchit les jeunes filles arrosent les mariés et leurs témoins d’une myriade de paillettes colorées. La fête commence ! La place du village est noire de monde qui dans la foulée entame la marche derrière la Vierge sûrement heureuse de prendre l’air. Une, deux, trois fanfares se mettent à jouer plein tambour ! Des hommes, des femmes, des enfants, tous costumés, en solo, en groupes, en troupes, se suivent dans un défilé haut en couleurs, majestueux en costumes, sublime en danses. Des milliers de personnes, le village entier et plus encore, sont dans la danse. Chaque rue sa fanfare, chaque rue ses danseurs, chaque rue animé d’une ambiance magique de carnaval. L’Amérique du sud entière se résume dans ce bal de joie, dans cette symphonie lumineuse et énergique qui porte les âmes. Aussi organisé qu’une fête nationale, aussi raffiné qu’un défilé officiel, aussi coloré que le carnaval de Rio, l’assemblée du mariage a quelque chose de démesuré mais de merveilleux.

(Sous une pluie de paillettes – Pérou 2012)

(La Vierge de Rosario – Pérou 2012)

Le village est en extase, enflammé, endiablé, réveillé par ce tourbillon qui décolle chaque esprit, chaque être, et rythme les pas de tous. Des costumes plus spectaculaires les uns que les autres et des danses plus séduisantes les unes que les autres. Les fanfares orchestrent le tout dans la simplicité et la joie des enfants. Tous les âges s’entremêlent dans cette marche émerveillée. Les rires foisonnent et les sourires s’échangent.

Les déguisements les plus surprenants défilent devant les danseuses les plus enivrantes. Les trombones soufflent des notes assourdissantes rythmées par des tambours colorés frappés avec enthousiasme. Les bottes à clochettes marquent les temps en frappant le sol fermement. Jamais l’union de deux êtres n’a offert tel spectacle à mes yeux. Ma tête facille dans tous les sens. Le tournis s’empare de moi comme entrainé de force dans la danse et la magie de cette célébration.

(Danseuses enivrantes du mariage – Pérou 2012)

(Symphonie de couleurs – Pérou 2012)

Les invités sont conviés dans la cour de l’école aménagée pour l’occasion en salle des fêtes. Ballons, tentes, scène, banderoles, toute la décoration typique du mariage accueille environ quatre cents personnes qui se répartissent sur les chaises en plastique qui occupent l’espace.

Tout ce monde installé, l’animateur donne le feu vert. La musique s’élance crachant sa mélodie grâce à des baffes tournées vers les convives. Les mariés ouvrent le bal. Timidement, poussé par la pression de la foule, un baiser s’échange. Les joues de la mariée, par un rouge vif, trahissent sa gêne et prouve la pudeur de ces gens des montagnes. Les invités sont ravis de cet échange farouche. La mère de la mariée, les beaux-frères et belles-sœurs, s’échangent les bras, croisent leurs pieds, profitent de la mélodie pour se rapprocher et partager ce moment unique.

Puis le repas est servi. En entrée une simple soupe d’alpaga. Ceux, vous vous en souviendrez, exécuter devant nos yeux lors de la cérémonie. La suite, vous l’aurez devinée, de la viande braisée d’alpaga. Chacun sort son petit sachet prévu pour l’occasion afin d’emporter son rabe. La mariée elle-même enfourne dans son sac le reste de sa cuisse d’alpaga.

De temps à autre un petit discours, un toast est porté, un verre est levé, un verre est sifflé.

La fanfare souffle de nouveau. Le moment est attendu. L’excitation monte d’un cran. C’est le grand moment, celui des cadeaux. Une fois encore, la surprise est de taille, la fête dépaysante. Un rituel souvent discret dans nos contrées françaises est ici une occasion de plus pour danser et se laisser porter par les rythmes joyeux de la fanfare. Tour à tour, en groupe, en danse, en musique, après avoir traversé la cour en tournant au-dessus de leurs visages ouverts leurs mouchoirs blancs, les invités offrent leurs présents. Toutes ces danses, tous ces ballets, tous ces queue leu leu sont accompagnées chaque fois de caisses de bière qui seront bues le jour même ou à une autre occasion. Un monsieur, vêtu comme un notable, visage sérieux et appliqué, est chargé de noter ce que chacun offre. Puis l’invité, entre les caisses de bière qui s’empilent au fil des passages, est convié à descendre dans une chope, cul sec, soixante centilitres de l’alcool de malte tant apprécié.

(Les bottes donnent le rythme en frappant le sol – Pérou 2012)

La fête bat son plein et n’est pas près de s’achever. La bonne humeur est contagieuse. Devant le regard heureux, parfois dépassé, toujours ému des mariés, l’accomplissement de leurs années de vie commune défile au fil de cette journée. Ces années à rire et pleurer, ces années d’aventures, ces années d’économies, résumées ici, dans les mélodies, les rires et les chants. Entourés de leurs proches, de leurs familles, de leurs enfants, c’est toute une existence qu’ils contemplent.

Peut-être est-ce ça le mariage, partager son amour pour son conjoin avec tous ceux qui nous sont chers. Le célébrer, le chanter et le danser. Embrasser cet amour, le louer, et le souffler aux autres, et prouver à ceux qui ne l’ont pas encore trouvé, qu’il est là, qu’il existe, aussi volatil qu’il soit, quelque part entre la peur et le bonheur, entre les rires et les larmes, entre le pire et le meilleur.

Julien Masson

(Costumes incroyables – Pérou 2012)

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8 réflexions sur “Il était une fois un mariage ! (PEROU)

  1. Un beau moment que tu nous fait partager… Il était une fois et une faim 😉
    Les photos de la pluie de paillettes et des danseuses sont sublimes, hâte de voir les prochaines !

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