Le voyage – Mon école

Pourquoi suis-je parti à 18 ans en Afrique ? Voilà une question que l’on me pose souvent. Une question sans trop de réponse. N’avez-vous jamais ressenti le souffle de la vie ? Un souffle qui vous conte les rêves les plus fous ? Un souffle, un esprit, une conscience, des signes, une énergie qui vous dit : vas-y c’est maintenant ! Où ? Nous l’ignorons et c’est pour cela qu’il est délicat de s’en aller. Contre toute opinion, parfois toute logique, il faut lâcher la laisse, se laisser porter par les vents de l’inconnu vers nos rêves les plus fous.

La vie est mouvement. Le souffle de la vie, la langue du monde, l’énergie de l’univers portent les âmes légères. C’est ce que j’ai voulu lorsque je suis parti pour la première fois en Afrique, lâcher prise, balancer un avenir certain, une routine alarmante, un Julien qui n’était pas moi.

J’ai fêté mes 19 ans au Bénin, je fête aujourd’hui mes 26 ans en Colombie. Qui a-t-il entre les deux ? Qu’en est-il  7 ans plus tard ?

(4h du matin gare de Pereira – Colombie – 26 ans et toujours pas de dents de sagesse. Je ne pouvais pas rêver mieux pour ce jours symbolique que de vagabonder…)

A 17 ans, avec prétention j’ai quitté le système scolaire en me disant qu’à 25 ans j’aurais fais le tour du monde, et qu’à ce terme j’en saurais plus que ces étudiants pédants. Avec humilité je reviens sur ma bêtise en disant que tout ce que j’ai compris c’est que « je ne sais rien et que le peu que je sais peut-être faux » (Socrate).

Je pensais que les voyages allaient me faire, ils m’ont défait. Qu’ils allaient répondre à mes questions, ils m’ont interrogé. Qu’ils allaient me faire grandir, ils m’ont rabaissé. Qu’ils allaient m’insérer, ils m’ont bousculé, valdingué, hurlé dessus, ont brisé mes certitudes, m’ont plongé dans le doute et dévoilé le brouillard dans lequel je vis.

Le voyage fait grandir. Grandir quoi ? Votre barbe ? Vos histoires que vous racontez avec fausse humilité ? Parcourir la petite portion que j’ai parcourue du vaste monde m’a remis à ma place. Ma place de petit ignorant qui complique tout comme tout un chacun. Compliquer la vie, tenter de la comprendre, en philosophie, en hermétisme, en parole, en rêve, les Hommes savent le faire. Balancer leurs calcules, leurs sciences, leurs écrits, leurs aventures tentant de s’impressionner soi-même, oubliant l’essentiel, la simplicité de la vie, de l’essence, de l’amour. Perdu dans la machine infernale de notre intellect vantard  de notre ego orgueilleux, de notre raison peureuse, nous ne vivons qu’à travers le spectre de notre être, l’ombre de nos rêves, le regard des autres, et la glorification de l’imposteur que nous sommes. Un milliard d’années ne suffisent pas à démonter des humains vieux de 20 ans ni même ceux qui en ont cent.

(Collège d’une citée de Mostar – Bosnie 2011)

Marcher, chercher, sans savoir quoi, si ce n’est ce qui me pousse à refaire mon sac, puis à rentrer. Peut-être est-ce ma raison d’être, fouiller, chercher le trésor, chercher – non l’étincelle – mais la flamme éternelle. Sur les routes, près de chez moi, en plongeant mes yeux dans ceux des autres, en plongeant mon regard au fond de mon cœur. Sonder les âmes, entrevoir à l’entrebâillement de leurs portes. Ici et ailleurs en ouvrant la porte que notre monde d’Hommes nous apprend à fermer, par peur, par crainte, par vanité.

De Cotonou à Bangkok, des Andes au Sahara, de la Méditérranée au Pacifique, j’ai avancé sans but précis, avec seul cette envie de comprendre et cette curiosité d’enfant. J’ai fait de la musique avec un reggaeman Togolais pour dénoncer la dictature de son pays en pensant pouvoir aider au changement. Un échec qui m’a permis de constater les rouages occultes du monde des Hommes, sa dangerosité, son degré de haine et d’atrocité. Je commençais à toucher ma corde, au fond de l’être, quelque chose se réveille parfois, vous indique vos fausses notes mais vous confirme que vous êtes sur la voie. Pas celle d’une quelconque vérité qui puisse exister, mais celle qui vous conduit vers votre trésor, votre épanouissement, votre être profond.

Des mois dans les quartiers insalubres de Cotonou m’ont apporté la preuve que l’Homme peut s’habituer à tout. Après ça, j’ai été choqué par ceux qui affirment, sans douter une seconde, que les pauvres sont plus heureux parce qu’ils n’ont pas de soucis ! Comme si ne pas savoir quand sera le prochain repas n’en est pas un.

Puis Brazzaville cette capitale où l’on compte les écoles, où l’on cherche les hôpitaux, où l’eau courante est un luxe et l’électricité un miracle. Kinshasa et ses vingt mille enfants des rues. Potosi et ses mineurs qui se meurent dans les entrailles de notre monde. Grand Popo et ses pécheurs qui ne tirent plus rien de l’océan que du désespoir. Agadez et ses Touaregs tiraillés entre leur culture d’Homme du désert, de nomade, les dangers des groupes armés, la pression de la modernité, celle des multinationales, et le temps où passe la caravane. Cette mère Péruvienne qui élève seule ses enfants, larmes aux yeux, impuissante  devant l’agonie funèbre de sa seule richesse matérielle, son troupeau d’alpagas. Ce gamin de la rue de Cotonou que j’ai vu grandir. Ces clochards d’Albertville qui n’ont pas bougé depuis mon enfance. Les réfugiés Togolais, ceux qui ont fui les sécheresses du sahel ou la vie infâme du Nigéria. Tous ont laissé leur trace, tous ont ouvert un peu plus la porte, tous ont baissé ma tête mais ouvert mes yeux.

(Jouet d’un enfant Congolais fait par lui-même – Congo 2012)

Heureusement, j’ai aussi rencontré le calme, la sérénité, la grandeur du Sahara et ses dizaines d’étoiles filantes. La beauté de la Corse, celle de la côte Adriatique, la douceur des manteaux neigeux des Alpes, la clarté des eaux de la mer de Chine, la chaleur de l’Amazonie. Et surtout, la simplicité des cœurs remplis d’Amour, l’humilité de ceux qui aiment la vie, le partage des Hommes généreux. J’ai rencontré l’amitié, celui qui n’a pas de jugement, celui qui n’a pas d’attente. Le partage, la joie, l’échange, le contacte, les signes, les bonheurs simples. L’émerveillement devant la nature ou devant des hommes forts, courageux, de ceux qui déplacent les montagnes. L’extase d’être au sein du monde, dans le chemin le plus fou, à contresens, dans les jupes du destin, dans les bras de la vie, sous la coupe de l’univers.

Puis en voyageant, j’ai retrouvé mes parents, ma famille, que la société eut essayé de me faire renier.

Et surtout en voyageant j’ai commencé à me rapprocher de mon cœur, de mon être, de mon âme. Parce que le véritable voyage, le vrai voyage, le seul qui vaille, c’est le voyage intérieur.

En voyageant, paradoxalement, je me suis enraciné. Je crois aujourd’hui que plus nos racines sont solides, plus nous pouvons affronter les tempêtes du monde et de la vie. Je connais la terre d’où je viens, de laquelle je suis issu, celle qui m’a vue naître, m’a nourri et m’a fait grandir. J’aime cette terre parce que je suis d’elle. Cette terre, ma famille, mes amis, voilà ce qu’il y a de plus important. Sans racines le voyageur ne se relèvera pas. Nous ne devons jamais oublier d’où nous venons, ce serait oublier qui nous sommes.

(Vue sur la Belle Etoile depuis ma maison Venthonaise – France 2011)

Deux voyages sont alors entrepris : le voyage vers l’extérieur, et le voyage vers l’interieur. Deux voyages qui fusionnent, deux voyagent qui ne sont qu’un. Se connaître et connaître le monde, s’entendre et entendre le monde, puisque nous sommes les deux.

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers. » Hermès Trismégiste

Mon voyage tourné vers l’extérieur n’en est qu’à son début.

Quant-au voyage intérieur, si mystérieux soit-il, il commence à peine à naître !

Mon œil s’aiguise doucement, mon cœur s’ouvre à l’univers, peut-être un jour aurais-je plus de réponse que de questions. Pour l’instant je m’interroge, sur le monde de l’Homme, sur sa conscience fermée, sur son cœur verrouillé, sur sa vanité.

L’Homme est partout le même et les problèmes sont partout les mêmes. Problèmes de terre, de famille, de jalousie, de mari violent, d’argent, de travail. La vie est dure aux quatre coins du monde et le cœur des Hommes saigne. Nous buvons de l’alcool, fumons l’amertume et calmons les douleurs dans des sourires de décorations. Voilà où l’Homme, celui avec un grand H, un Homme sans bras ni jambe, une utopie philosophique, un avenir lointain, en est. Des milliers d’années d’évolutions, de progrès, et il reste incapable de vivre dans sa société. Incapable d’être heureux même pour les plus riches. Nous avons créé un monde dans lequel une poignée pilote le train, fier d’eux, sans jamais regarder derrière. Quelques-uns ont pris place dedans sans savoir où ils vont, en regardant de temps à autre par les fenêtres constatant sans mots ni geste, que le plus grand nombre cours exténué après les wagons indifférents. Mais combien sautent de ce train ? Combien refusent d’être guidé comme l’on guide les moutons ? Combien veulent prendre leurs rêves, leur vie en main ? Combien désirent réellement vivre libre ?

La fin est proche et inéluctable  La balance penche pour se renverser. Les années à venir vont être dures, très dures, puis il y aura l’atterrissage. La fin du monde disent certains, si l’on ne peu quand douter, la fin d’un monde (de notre monde) disent d’autres. Quoiqu’il en soit le choc sera violent. Il en sera à ceux qui vont survivre, à nos générations futures, de ne pas oublier ce qui nous a conduits là à maintes reprises. Ce souvenir que la cupidité, l’avidité, la vanité et la peur créent des sociétés déséquilibrées. Que le déséquilibre crée l’injustice. L’injustice la pauvreté, la misère, la violence qui à leur tour, ramènent vers la peur. Ils devront admettre que la société, la communauté, tout ce que crée l’Homme est une copie de son intérieur, de son cœur. Ils devront comprendre ce qu’Albert Sheiwtzer avait compris : Seules les actions basées sur le respect de la vie peuvent enfanter quelque chose de saint et d’équilibré.

(Une nuit en Amazonie – Equateur 2012)

La nature est construite de cycle. Nous sommes aussi la nature. Nous l’avons oublié. Nous nous en sommes séparé, jusqu’à mettre du béton entre nous et elle, jusqu’à vivre à contresens, jusqu’à vouloir en devenir maître. Tout nous échappe parce que nous sommes un grain de sable qui pense être maître du Sahara. Parce que nous sommes une goutte d’eau qui pense dompter l’océan. L’univers respire, l’univers vit, l’univers est conscient. En son sein nous sommes plus infiniment petits et impuissants qu’une bactérie et nous voudrions être l’être ultime, la conscience suprême. Alors que nous ne voyons pas le bout de notre nez ! Pour notre bonne conscience nous avons décrété que les animaux n’en étaient point dotés. Et pour nous élever au rang de maître de la terre (et pourquoi pas de l’univers) nous en avons conclu qu’il n’y avait pas de conscience plus élevé. Nous nous sommes mis à croire avec une foi orthodoxe que le hasard scientifique avait fait de nous l’être ultime, le sommet de la pyramide, la conscience la plus évoluée. Croire avec une foi sans failles que ce que nos cinq pauvres sens ne distinguent pas, n’existe pas. Nous avons réduit l’univers à notre portée, la nature à notre simplicité, pour nous convaincre que rien n’est plus évolué, qu’aucune autre conscience, qu’aucune autre loi ne pourrait nous défier. Ou simplement nous faire échouer à notre place, nous ramener à ce que nous sommes, nous faire comprendre que nous sommes cette poussière dans le Sahara. Cette cellule qui pense gouverner un corps sans en déceler la conscience.

L’univers a son rythme, nous avons voulu aller contre, nous sommes balayés. L’univers est en nous comme nous sommes en lui. Nous devons accepter que TOUT est UN et que nous ne pouvons pas nous en extraire. Aller contre les cycles naturelles c’est se battre contre soi-même. C’est se dérégler. C’est ce qu’à fait notre société.

Voilà ce que l’on constate en voulant aller à la rencontre du monde sans interprète. On constate que plus rien n’a de sens et que l’on dérive vers des côtes abruptes dans une tempête violente. Le réamarrer tiendrait du miracle.

Mais voilà, on constate aussi que les miracles se produisent. Dans l’obscurité la plus profonde il y a toujours de la lumière. Où il y a la lumière il y a une porte de sortie. L’univers ne nous abandonne jamais, c’est nous qui l’abandonnons. Mais qui l’écoute ? Qui l’entend ? Qui le comprend ? Notre premier language, La langue Universelle, nous l’avons oublié. Ce sixième sens, ce troisième œil, nous l’avons fermé lorsque nous nous sommes coupé de ce que nous étions. Lorsque nous nous sommes séparé du reste de l’univers. Lorsque chacun a construit sa tour de Babel.

Et partout dans le monde les cries sont les mêmes. Les larmes coulent sur les joues de nos enfants qui sont nés en dehors du train, dans un monde misérable, un enfer véritable, là où l’espoir est vain, la philosophie bien abstraite, et la naïveté New Age méprisante.

Regardons droit dans les yeux le monde et tentons de ne pas pleurer, de ne pas nous en vouloir, et de rester à son travail, devant sa télévision, devant ses livres, dans la certitude que notre raisonnement est cohérent. Essayez ceci, prouvez-vous que votre cœur est fermé, que vous êtes déjà mort. Aucun humain, si l’est-il encore, ne peut affronter le regard de notre monde sans s’en rendre malade de chagrin. Affrontez Kinshasa, Brazzaville, les enfants des rues, les bidonvilles de Cotonou, ceux de Cuidad el Estad, les épaves de Rio. Affrontez le regard des mendiants à qui vous refusez le pain. Affrontez le regard de notre monde sans interprète, sans médias, sans radios, sans images ni écrit.

(Entre les déchets qui font les rues de Brazzaville – Congo 2012)

Voilà ce que j’ai essayé. Je n’en ressort pas indemne. Personne n’en ressors indemne. J’ai d’abord été meurtrie, triste, je suis tombé à terre. J’ai été forcé de constater et constate encore que je suis responsable. Alors j’ai pris ma part de responsabilité. Aujourd’hui je suis persuadé qu’un autre monde est possible. Que notre cœur, notre société peuvent reprendre leurs visages naturels, celui de la beauté sans limite de l’univers. Je me suis relevé. Je vais continuer d’avancer dans ce monde insalubre pour en discerner les réalités et apprendre à parler le Langage Universel. Surtout, faire de mon mieux pour que ce monde soit meilleur en espérant que chaque jour d’autres s’ajoutent à la grande chaîne  Dans mon coin, à mon échelle, dans le maximum de mes actions, je veux avancer en me posant cette question simple :

« Est-ce que je respecte la vie? »

Julien Masson

(Les élèves de ECOLOJAH – Bénin 2012)

En décembre 2011, avec Clément Burelle, nous avons créé l’association Globetrotte 4 Peace qui a pour but de créer et/ou soutenir des projets et actions pour un monde meilleur basé sur le respect de la vie.

Ecolojah est une école que nous soutenons. Cette année, grâce aux membres qui nous ont rejoins ainsi qu’aux dons, nous avons pu financer la construction de 3 salles de classes. Merci à vous tous.

Pour agir cliquez ici.

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