La silhouette de la liberté

Le fameux drapeau Américain, qui flotte patriotiquement, sur les façades des tours de Babel. USA 2013

Le fameux drapeau Américain, qui flotte patriotiquement, sur les façades des tours de Babel. USA 2013

Le temps passe et fidèle à moi-même, je le laisse faire, sans tenir la discipline qui fait l’être, en me laissant balancer par le vent que j’admire. Presque 5 mois passé en France depuis le retour d’Amérique du Sud, et pas un article. Mais me voici, depuis quelques semaines, de nouveau sur les routes. Une destination qui c’est un peu décidé au dernier moment. Nous hésitions, notre cœur balançait, Afrique de l’Est ? du Sud peut-être ? et pourquoi pas USA ? Ce grand pays qui fait tant parler. Cet Empire idolâtré ou haïs, critiqué sans cesse mais toujours suivie comme l’on suit le guide. Le symbole du capitalisme et de son impérialisme mais aussi de la liberté. Ce pays qui regroupe un peu toutes les histoires des peuples, comme le melting-polt, le chemin croisé des passés du monde. Des Européens vaniteux, à ceux partis en quête d’une vie meilleure, d’une liberté. Ces Africains arrachés à leurs terres de force qui ont bâti, de leur sueur et de leur sang, les murs de ce pays et ceux, qui plus récemment, ont cherché à le joindre. Les latinos et les Asiatiques qui par millions ont immigré eux aussi sur le nouveau monde. Et bien sur, les vieux Américains, ceux qui sont là depuis si longtemps que chacun les oublie; les sioux, les lakotas, les crows ou les apaches, les navajos ou biens d’autres encore, toujours vivants, ou survivants dans les réserves, comme un chien dans une niche fermée, posée au milieu de grandes prairies, dans un pays aux étendues que les Européens ne connaissent pas et n’ont jamais connu. Oui, ce grand territoire des états-Unis, de ses grandes plaines aux Rocheuses, du Pacifique à l’Atlantique, de ses déserts à ses mégalopoles, nous le connaissons tous, à travers le cinémas et la musique, nos préjugés et nos jugements. Il était temps pour moi, qui depuis 8 ans, voyage principalement dans « les pays du sud » comme on dit, d’aller voir l’extrême opposé. D’aller, une nouvelle fois, affronter la réalité sans écran interposé, sans discours de commère, sans drogue qui pourrait aider l’homme à affronter les émotions, les idées et la vérité. Me voilà donc de nouveau sur les routes, celles de Kerouac et London ou d’ Edwards Abbey, mais aussi de Crazy Horse, Sitting Bull ou Géronimo.

Il est dur de tenir un rythme, de poster des articles, des photos ou autres quand on est dans l’instant de la route, dans l’esprit du voyage, dans son mode de vie qui est celui du vent. Je suis à San Francisco, quelques jours de « repos » dans un hôtel miteux, au-dessus de bars à striptease. Et comme le hasard fait bien les choses à quelques mètres d’un « museum » sur les beatniks, la beat génération et sa figure emblématique, Jack Kerouac. J’ai donc pris le temps, avant de gonfler le foc, et de refiler dormir où bon me semble sous les étoiles, de poster ce premier article. Bien d’autres sont déjà écrits et n’attendent que d’être lu. Ils se suivront, comme les chapitres d’un livre.

Voici donc le premier :

La silhouette de la Liberté

La silhouette d’une reine, d’une mère, d’une déesse se dresse à la porte de New York. La main levée comme un révolté. Une torche flamboyante comme la lumière de l’étoile qui guide les évadés. Droite et fière, le regard perdu dans celui des opprimés, elle lance un appel au monde des agenouillés, un cri sourd pour la liberté. Je la contemple comme elle le fait pour nous. Le symbole a la force, le pouvoir, l’énergie de sa signification. Je suis ému, parce que comme l’antilope qui s’élance dans la savane, le chocard à bec jaune qui voltige en pirouettes dans les alizés, ou le nomade des steppes du monde, figée dans son bloc, dans le temps et dans l’espace, elle crie «  Liberté ! ». Et j’entends cet appel, au fond de mon âme. C’est cet appel, il y a huit ans, qui m’a conduit sur les routes. Puisque sans cesse le monde dérive, qu’il s’enfonce, qu’il s’enlise, puisque sans cesse certains haussent le ton pour l’égalité, élèvent la voix pour la dignité ou se lèvent pour la liberté mais que le temps les emporte, que la civilisation les avorte et que le monde leur ferme la porte ; que leurs récits, leurs paroles, leurs actes restent de marbre pour la vie de l’Homme, à chaque instant, cette statue, immobile dans le temps, même si bafouée, hurle au monde de briser ses chaines, que les rêves sont des rêves, mais qu’il ne suffit pas de rêver, il faut vivre, vivre dans la dignité et le respect de la vie. Vivre libre.

Manhattan comme la voyaient les immigrés qui débarquaient, en quête d’une nouvelle vie. USA 2013

Alors que je laisse la statue pour rejoindre Manhattan, ses drapeaux, ses gratte-ciel, ses hot-dogs, ses métros, son Wall Street, ses gens pressés, ses gens damnés, son cœur d’acier, l’odeur du pain s’invite dans mes narines et m’emporte huit ans plus tôt, à Ouidah, dans le sud du Bénin.

Mes yeux s’ouvrent pour la première fois en Afrique. Pour m’accueillir, une araignée plus grosse que ma main se tient sur le plafond. Elle fut ma première vision. Mon réflexe de civilisé agressif me pousse à l’écraser. Peut-être la dernière victime de la haine du jeune con que j’étais, bagarreur mais rêveur, idéaliste mais fumiste, satirique mais politique. L’odeur du pain chaud chatouille mes narines et me tire dans le couloir. La chaleur étouffante écrase ma peau de blanc. Comme un funanbule je suis le fil de l’odeur. Enfin la lumière aveuglante m’éblouis les rétines. Je reçois les premiers rayons de soleil tropical (et comprend pourquoi l’Africain est noir). Dans la cour centrale des enfants jouent avec une balle dégonflée. Alors que la porte qui donne sur la rue est close, une autre entrouverte attire ma curiosité, elle semble être la source de cette senteur qui réveille mes sens. Laissant filer mon corps à son instinct gourmand, je pousse la porte qui m’ouvre au monde des boulangers, cette merveilleuse odeur de pain chaud, la farine qui voltige, et la pâte qui se pétrit dans la transpiration des hommes. On me sourit et je le rends aimablement. L’odeur des baguettes est comme une main tendue, un repère inattendu, une mère qui m’accompagne dans ma nouvelle vie, sur mon chemin, celui de la découverte, de l’histoire ; ma quête de la liberté.

Les ouvriers du soleil et de la terre, ceux qui pétrissent la farine du blé or qui absorbe l’astre roi, et qui tire de la terre sa racine et sa force, m’indiquent une porte qui s’ouvre sur la rue. Je l’ouvre, ignorant encore que c’est celle du renouveau. Devant mes yeux l’inconnu s’agite. Je reste immobile et vois défiler, mieux que pour Dior ou Gauthier, de majestueuses femmes, droites comme peut l’être un saint, supportant courageuses de magnifique annanas aussi fondant qu’une glace italienne. Les couleurs des pagnes dansent entre les ombres et la lumière orangée qui balaient les murs en terre rouge. Des enfants courent, pieds nus, sur les pavés de la rue. Insouciant, imprudent et pourtant vivant. Puis le son des voix, qui s’élèvent comme la poussière rouille, s’étouffent sous le bruit des moteurs fumants des taxis-motos. Un vieil homme, nonchalant, navigue dans le von sur son vélo d’un autre temps. Il me salue ouvrant sa bouche édentée et m’offrant son sourire radieux. Je me retourne vers mon monde, humant encore le pain chaud, je referme la porte afin de prendre une dernière respiration, je m’accroche une dernière fois à mes repères car j’ai compris, que de l’autre côté du palier, il y a l’aventure, l’inconnu, la vie. La vie qui m’attend, la vie que j’attends.

« Ce n’est pas le danger que j’aime, je sais ce que j’aime, c’est la vie. » – St Exupéry

Ce fut le début, le premier pas. Ni la victoire de quoi que ce soi, ni le but, mais le début du chemin. J’ai commencé là, à briser la plus grosse de mes chaines, celle de  peur. La peur de l’autre et de soi, la peur du monde qui s’ouvre, de l’horizon sans fin, de l’univers sans fond, de l’infinité de possibilités. Cette peur qui enchaine l’âme à des corps ramollis, à des esprits sédentaires, à des routines d’enfer. La peur antipode de l’amour. L’amour le moteur, l’amour la voie, l’amour la vie. « Love is my religion » chante Ziggy Marley paraphrasant le Christ, « l’Amour est Dieu », et bien d’autres philosophes, mystiques, ou vagabonds sans but. L’amour n’est pas une solution, l’amour est la condition de l’inconditionnel, la source de la paix, de la joie et du bonheur.

Alors se fut décidé, ce fut clair pour moi, le voyage sera mon école. Je veux comprendre et connaitre le monde, son histoire et ceux qui y vivent. Je veux comprendre pourquoi rien ne va, pourquoi tant d’injustices et d’inégalités, de massacre et de haine. Je veux comprendre pourquoi je suis là, debout, avec la possibilité d’avancer et que mon cœur brûle de la flamme de la liberté.

« C’est alors que cette phrase est devenue ma sève, la Liberté ne doit pas être un rêve. »

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3 réflexions sur “La silhouette de la liberté

  1. Je ne dirai qu’un mot : MAGNIFIQUE ce premier article . continuer et toujours avancer dans cette voie qui t’appartient. voir mail

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