Les forêts de Sequoias

Nous sommes accueillis dans le nord de la Californie par une immense forêt de séquoia. Que dire de ces forêts millénaires ? Tels des citadelles, les conifères ancestraux s’élancent vers les cieux, ombragent l’humus, propagent dans les bois du Redwood l’atmosphère poignant des âges reculés. Imaginez, une sorte d’épicéa dans la forme de ses aiguilles, un pin dans sa coupe, dépassant parfois les cent mètres de haut et huit mètres de diamètre. Leurs écorces profondes décrivent des univers entiers, des cartes de contes mystérieux, un royaume fantastique et épique qui ferait office de royaume merveilleux. Signé de ses rides millénaires, l’arbre qui tiendrait nos vieux chênes pour arrière petits enfants, incarne la sagesse. L’histoire est inscrite dans sa sève et coule en lui, détenteur de la connaissance des époques qui n’appartiennent ni à l’Homme moderne, ni à l’écrit qui salie la mort des bois. Je ne peux m’empêcher voyant quelques boursouflures ou tumeurs qui sortent de leurs troncs comme des têtes ou des membres, d’imaginer les esprits qui vivent en ces majestueux conifères. Je les entends me parler du temps jadis ou le flot des vagues qui se fracassent contre la grève de la côte toute proche n’annonçait pas encore l’arrivée de navires espagnols ou de corsaires britanniques. L’Indien, sans prendre plus qui ne le devait, marchait à ses racines, respectant son esprit d’ancêtre, ses pieds sur l’humus de cette jungle tempérée n’étaient ni un affront ni un blasphème. Dieu merci, les Etats-Unis d’Amérique, après avoir arraché à la terre 96 % de cette forêt primaire, ce sont décidés en 1968 – alors que le cours du bois n’avait plus que peu d’intérêt face au pétrole ou autres énergies fossiles –  à protéger ces dernières forêts de séquoias ainsi que ses habitants que sont : les ours noires, les cerfs, les wapitis, les écureuils ou encore les lynx, les coyotes, les pumas, les castors et loutres de rivière. La protection, ou plutôt le respect de la nature, ne vient, chez nous pauvres humains, qu’en dernier recours après que nos mains sales de notre avidité aient souillé la sainteté originelle.

"Je ne peux m’empêcher voyant quelques boursouflures ou tumeurs qui sortent de leurs troncs comme des têtes ou des membres, d’imaginer les esprits qui vivent en ces majestueux conifères." - Forêt de sequoias - Californie

« Je ne peux m’empêcher voyant quelques boursouflures ou tumeurs qui sortent de leurs troncs comme des têtes ou des membres, d’imaginer les esprits qui vivent en ces majestueux conifères. » – Forêt de sequoias – Californie

Nous voici bien bruyant à leur coupe, le regard plein d’admiration, sans comprendre qu’ils vivent et depuis si longtemps que leur écorce est une bibliothèque. A l’image de Dieu ils n’ont pas besoin d’adorateur ou dévot. Le respect silencieux leur vaut mieux. Seul quelques serviteurs en mal de prosternation s’y agenouilleront en récit de protectorat et par leur révérence naïve finiront par tacheter la biodiversité qui les entours en royaume vivant. Là est toute la dichotomie d’un écologiste. Nos pas sont lourds depuis que nous sommes modernes. Nous ne savons pas marcher dans la nature sans l’estampiller de notre empreinte, sceau de notre maladie. Nous sommes tous des morts qui déambulons dans le sauvage une faucheuse à la main.

De celui à feuille de Lis qui s’étire en élégance ou le Géant qui s’impose en masse, les forêts de séquoia transcendes l’esprit, l’imagination, la sérénité et parfois la crainte. Son paysage Tolkienien aiguise les sens et à chaque craquement de branche l’on s’attend à voir un hobbit ou un elfe. Je ne doute pas un instant que les fées y sont si nombreuses que les plus clairvoyants d’entre nous, ou les enfants encore non-pervertie par les dessins animés, puissent les voir et les entendre. J’y vois aussi des gnomes et des lutins, qui vivent ici, dans ce royaume vieux de 200 000 ans aux pieds de géants vieux de plus de 2000 ans. Que l’Homme ne s’enfonce que peu dans ces royaumes de légendes n’est que mieux. Il en a déjà bien assez fait. Qu’il ne se contente à présent, à pied, sur quelques miles, d’admirer ce qui l’a précédé, ce qui le dépasse, mais qu’il s’abstienne d’aller plus loin ; de dénaturer ce qui ne doit l’être, et de laisser la vie simple des ours, des cerfs et des pumas mais aussi celle des elfes, des gnomes et des fées. La nature n’a pas à être souillée, au mieux de notre amour pour elle, au pire de notre curiosité. Elle l’a déjà trop été par notre vanité.

Julien

"Son paysage Tolkienien aiguise les sens et à chaque craquement de branche l’on s’attend à voir un hobbit ou un elfe."

« Son paysage Tolkienien aiguise les sens et à chaque craquement de branche l’on s’attend à voir un hobbit ou un elfe. »

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5 réflexions sur “Les forêts de Sequoias

  1. merci de me faire voyager dans cette merveilleuse forêt ancestrale. Merci aussi pour les sensations mises en éveil et les échos de l’Histoire que ton récit fait émerger. Soraya

    • Merci à toi de me lire! Je suis ravis que cela te plaise 😉
      Pas facile de transmettre les sentiments que procurent ces vieilles forêts. Si j’ai pu t’y conduire un instant, j’en suis comblé!

  2. Jolie balade au milieu de ces géants. On se sent régénéré après avoir lu cet article. Puisse-t-on protéger ce jardin d’Eden de ses ennemis héréditaires et de leur soif de richesses naturelles.

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