La côte nord de Californie

Assis, les pieds dans une terre rouge issue de la roche des nombreuses collines environnantes, je laisse mon esprit planer comme le faucon, qui à quelques pieds, flotte dans l’air qui le soulève au-dessus du Golden Bridge. Ce fameux pont, couleur âpre, rouge sang rouillé, orange internationale dit-on officiellement, traverse avec ingéniosité l’estuaire de la baie de San Francisco qui s’ouvre sur le grand Pacifique. Ce pont suspendu, aux larges structures, reconnu ouvrage d’art utile (devons-nous comprendre que certains, peut-être plus émotif ou sensitif, ne le sont pas ?) pourrait paraître bien disgracieux en d’autres circonstances, mais n’est-il pas ici, la porte de la ville mythique de San Francisco, la cristallisation des rêves de tant de gens ? Il prend là toute sa grâce, relient la ville magique aux collines vêtues d’un maquis fourni en papillons et oiseaux de toutes sortes, enivrant les promeneurs d’une myriade d’odeurs, tantôt d’un vert sombre ou strict, tantôt de l’or des pailles qui brillent au soleil californien. Sous la symphonie des oiseaux et la brise de l’océan qui lape mon visage, j’ai ce pont et cette ville sous mes pieds, et je ne m’en lasse point. Un voilier franchit, sur le dos de l’estuaire qui scintille d’un bleu acier, l’ombre du pont suspendu. Je pensais qu’il n’y avait pas meilleure façon d’enter dans la ville qu’en empruntant en voiture cette voie singulière et historique. Mais, en admirant le foc prendre la poupe et franchir dans un plein silence, sous le vacarme des voitures, la porte de la ville, je ne doute pas que la magie de cet instant éclipse la lourdeur du véhicule motorisé.

"Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon."

« Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon. »

Nous avons sillonné pendant plusieurs jours la côte nord jusqu’aux collines de San Francisco par la Highway 1.  Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon. Si le nord est boisé d’épicéas et de ces magnifiques et insaisissables forêts de séquoias, elle s’ouvre ensuite sur la beauté singulière de ces prairies qui se jettent dans les eaux en falaises abruptes. Les côtes normandes semblent avoir tiré d’ici l’exemple de leur morphologie. Des centaines de kilomètres durant on se réjouit de la promenade. Personne de sensible ne peut se fatiguer de tels panoramas. Un vent spirituel balaie cette côte, soulevant dans les aires mouettes et pélicans, couchant les arbres, arrachant la larme aux contemplateurs. Et nombreux doivent-ils être ces contemplateurs éphémères ou permanents, ces artistes, qui sans doute, ont mis pied à Mendocino ou dans une de ces maisons de bois propices à l’ermitage artistique, à la plume ou à l’acrylique. L’océan souffle à la roche le chœur de l’esprit des fonds. Il nous parvient, sourd et lourd, berçant nos âmes dans les sphères des mondes perdus. Les plages de sable, coincées entre les falaises noires, sont cimetières à bois mort que la mer a recraché sur la terre qui leur appartient. Les roches sombres ou teintées de gris divers, parfois de rouge ou de blanc, souvent tachetées de guano, troues la peau de ce grand dieu qui offre sa couleur à notre planète.

"la beauté singulière de ces prairies qui se jettent dans les eaux en falaises abruptes" - Côte nord de Californie

« la beauté singulière de ces prairies qui se jettent dans les eaux en falaises abruptes » – Côte nord de Californie

On s’imagine nager au milieu de ce tumulte, violence gracieuse, fourmi égarée dans un lac agité. Le vent lui-même qui vient du fond de l’horizon, murmure à l’homme de rester là où il est, les pieds sur la terre qu’il foule depuis sa naissance. Mais il y a là les infatigables, les téméraires, les corsaires de la vie, qui s’élancent à la rame ou à la voile braver les recommandations des vents. Que je les aime ces navigateurs des contrées oubliées et que je les comprends ces funambules du destin. L’appel de l’inconnu, l’appel de la liberté, pousse à ignorer les recommandations de la nature elle-même. Ce n’est pas la défier, c’est l’épouser. Elle n’est pas femme facile. Que l’on crie sa peine, oh âme errante, j’irais au bout des rêves à travers les océans.

Sur la houle indifférente, il y a plus de 400 ans, voguaient les corsaires et les explorateurs. Au loin, plusieurs mâts pavillons de la grande Reine, commandés par Francis Drake, suivaient le littoral et y plantèrent en premiers colons, l’étendard de la couronne, et nommèrent la terre de l’ouest : Nova Albion.

« Notre capitaine (Francis Drake), en ayant pris possession pour notre Sérénissime reine, l’a appelé Nova Albion, pour deux raisons : la première, parce qu’il est le premier qui en a fait la découverte ; la seconde, parce qu’elle a beaucoup de ressemblance avec notre Angleterre, étant fort belle le long de la côte de la mer. » Récit des voyages de Francis Drake (1577-1596)

Aventuriers de leur époque, épiques marins aux valeurs parfois douteuses, aux motivations souvent dévastatrices, étaient pourtant guidés par la folie de l’homme libre, par l’âme vagabonde de l’esprit céleste. La brise glaciale du nord et les flots tortueux du sud les attiraient comme des aimants et heureux étaient-ils de périr sous le chant des sirènes.

(à suivre…)

Julien

"Les roches sombres ou teintées de gris divers, parfois de rouge ou de blanc, souvent tachetées de guano"

« Les roches sombres ou teintées de gris divers, parfois de rouge ou de blanc, souvent tachetées de guano »

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