CE MONDE QUE JE VOIS ET QUE TU NE VERRAS PAS

(Vue sur la Belle Etoile depuis ma maison Venthonaise - France 2011)

(Vue sur la Belle Etoile depuis ma maison Venthonaise – France 2011)

La pluie s’abat sur la vallée – jusqu’au fond de la combe de Savoie les sommets de calcaire disparaissent dans la brume et les nuages. Et nous, comme le temps, nous sommes abattus. Ce temps d’automne qui dans sa tourmente transporte la tristesse du monde et la mélancolie. Et plus que jamais elle s’empare de moi et je voltige dans son impétuosité.

Alors que j’écris ces mots, je pense à ces quelques enfants, perdus et anonymes, qui snifent de la colle sous le porche lugubre de l’église Bon Pasteur de Cotonou. Bientôt les plus âgés – quelques gosses misérables – « casseront les fesses » aux plus jeunes. Ils n’y pourront rien car on leur a fait de même et qu’ils ne connaissent que ça, la rue, l’abandon, la misère. Au-dessus de leur tête, une croix. Eux, la porte sur leurs âmes meurtries. À quelques pas, le quartier de la Haie-Vive abrite les expatriés fortunés – cloisonnés dans leurs forteresses blindées de béton battis en remparts – arrogants colons, narguant dans l’ignorance la misère qui suinte à leurs pieds. Lire la suite

Toutes les étoiles du ciel

En ce début de mois de juin, j’ai le plaisir de vous informer que nous rejoignons, avec mon ami Clément Burelle, l’équipe à l’esprit farouchement nomade de la Croisée des Routes.

Pour ceux qui ne connaissent pas, la Croisée des Routes – dirigée par l’anthropologue et écrivain  Franck Michel, Alain Walther et Joël Isselé – est une plateforme culturelle d’échanges et de réflexions sur le thème qui nous est cher ici, le Voyage.

« Chronique Trimarde » est le nom de la chronique mensuelle que nous tiendrons.

Je vous laisse découvrir la première en cliquant ici: Toutes les étoiles du ciel

Bonne lecture!

Chaleureusement,

Julien

 

Vidéo 1 – Le voyage et l’école

Bonjour à tous,

Voici la première vidéo d’une série à venir – pour le projet Le Voyage et l’École – qui souhaite faire partager les rencontres, les paysages, les ambiances, que l’on croise, qui nous inspirent en voyage. Quelques vidéos qui illustrent l’esprit de la Route, l’état d’esprit du voyage, l’ouverture à l’Autre, au Monde et à la VIE.

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QU’EST CE QUE LA GUERRE DES KIVUS ?

Carte des KivusJoseph Conrad, ancien capitaine de steamer (bateau à vapeur) pour le compte de la Compagnie du Commerce et de l’Industrie du Congo, écrivait en 1904 : « c’est tout de même incroyable que la conscience de l’Europe qui a abolit il y a soixante-dix ans le trafic d’esclaves pour des motifs humanitaires, tolère aujourd’hui l’Etat du Congo. C’est un peu comme si la pendule de l’ordre moral avait retardée de plusieurs heures. » A cette époque coloniale, le Congo perdait déjà 6 000 000 d’humains…

110 ans après… Un monde s’active dans la folle course de sa Civilisation, bien pensant, le civilisé consomme et consomme, à l’aise dans son sofa, ralle devant les inflations du marché et la spéculation qui le dépasse et lance d’un crie de muet ses discours humanistes ou idéologiques. Sous le silence de ses pantoufles délicates, un autre monde agonise, un monde qui meurt dans le silence, qui souffre sans voix, qui pleure sans larme, dans les méandres de la Civilisation, la fourmilière d’esclaves qui triment pour que le sommet de la pyramide, la face visible de la grande parade, puisse s’activer dans sa terrible frénésie. Conrad tira de ses aventures au Congo, un roman titré « Au cœur des ténèbres ». Il savait à quel point ses mots étaient justes, ce qu’il ignorait, c’est que 110 ans plus tard, si le Congo est toujours le cœur des ténèbres oubliés, la région des Kivus est le fin-fond de ses entrailles. Lire la suite

Podcast chez Voyagecast

L’hiver est là et emporte mon temps, entre le ski, Globetrotte 4 Peace, Le voyage et l’école, la Villa du Grand Bivouac, et  projet de reportage, le blog n’est pas très actif!

Voici un petit billet pour partager un podcast sur le voyage bien-sur!

En novembre dernier, alors que le froid venait en rafale balayer les massifs de Savoie, quelques semaines après le Grand Bivouac (festival du voyage et des découvertes partagées – Albertville), j’ai eu le plaisir d’enregistrer un podcast avec Jonathan Maitrot de Voyagecast. On y parle  philosophie de voyage, sa transmission, Globetrotte 4 Peace, révolte et engagement… quelques réflexions en freestyle! Comme toujours, sans cadre, dans le désordre, comme ça vient…

Jonathan Maitrot, de sa voix calme et posée, sait mener ses podcasts et nous emmener avec lui, en voyage, grâce à l’intimité du son. Je vous invite à découvrir son site.

Bonne écoute!

SOURIRES D’AVENIRS

Aux quatre coins du globe les enfants sont merveilleusement les mêmes, dans les joies et malheureusement les peines. Ils portent en eux les qualités humaines fondamentales. Chacun de nous devrait s’inspirer d’eux et retrouver l’enfant qui est en lui. Ils sont l’avenir et nous apportent la possibilité d’un monde meilleur. Il est de notre devoir de leur permettre de garder leurs qualités pures afin qu’ils réussissent là où nous échouons.

Je vous transmets en photos leurs Sourires d’Avenir: cliquez ici pour voir la série.

Julien

AmitiéFraternité

Éloge du risque (nécessaire)

Dans un monde où l’on tente de tout contrôler et de tendre le facteur risque vers zéro, je me risque à faire l’éloge du risque – non puéril mais consenti – afin qu’il revitalise la première fonction de l’Homme qui est de vivre. Vouloir soustraire le risque ou le danger de tout parcours de l’existence revient à retirer le sel d’un plat ou même l’ensemble de ses arômes. Car si l’imprévu est la première disposition à l’épanouissement de l’être il va sans dire que le risque qui en découle en est l’électrochoc. Lire la suite

S’alléger en Voyage

« Le voyageur sait bien que si la route aide à s’alléger de tous ses biens, elle ne débarrasse pas de ses maux. » écrit Sylvain Tesson dans son Petit traité sur l’immensité du monde. Plus d’une fois je fus d’accord, en croisant sur la route les routards consommateurs d’exotisme, friands d’aventures « authentiques », et de preuves de leurs pérégrinations. Pourtant je mentirais si je disais que le voyage  ne m’avait pas permis d’évoluer intérieurement.  Alors parfois je veux croire que la route ouvre le cœur des Hommes. Il en a besoin – qu’il parte ! – qu’il s’allège de son superflu, qu’il s’allège de ses pensées, qu’il vive léger. Qu’il libère son cœur du poids qui l’écrase et l’étouffe. Sur la route j’ose croire qu’il  le verra s’ouvrir. Ô il s’ouvrira lorsque sa peau de chair sentira la brise le caresser, que ses yeux contempleront le coucher du soleil puis, la nuit, les étoiles, qu’il entendra le murmure des oiseaux, humera les saveurs des forêts. Oui ils s’ouvrira lorsqu’il écoutera l’Autre, tentera de le comprendre, lui et le monde. Ô il s’ouvrira face au soleil levant, face aux regards de l’enfant, face au sourire de la vie. Lire la suite

SOURIRE DU CONGO

Sourire du Congo

Le quartier n’a ni eau courante, ni électricité, ni hôpital, ni école… les cicatrices de la guerre sont omniprésentes – dans les habitudes, les réflexes vifs, les souvenirs – et pourtant il est là – Précieux – lui et tant d’autres, et son sourire radieux, son rire sincère et profond, et ses yeux, oh! ses yeux qui pleurent de joie!

Il est là Précieux,  et il éclabousse le monde de sa simplicité, de son bonheur intemporel, de cet instant de grâce qui défie toutes les médiocrités des hommes.

Ils sont là, les joyaux du Congo, dans ces rires éclatants!

Julien Masson

PROJET: LE VOYAGE ET L’ECOLE

Il y a chez l’enfant, la plus belle expression de l’Homme, parce qu’il n’a ni jugement, ni projet, ni soucis, mais il a cette douce curiosité innocente. L’enfant se mou, s’agite, touche à tout pour « sentir » par lui-même, il se crée par l’expérience. L’enfant rêve joyeusement, il voit le monde comme une merveille fantastique, un jeu infini. Et il bouge, il sourit, il pleure, il rit, pour de simple choses. Lire la suite

Pensées en blog-notes – 1

Dans le bus de nuit entre Abancay et Ica (Pérou). Le chauffeur roule vite, très vite, façon sportive, tendance veut gagner un rallye  Le bus est haut, très haut, pour mieux tanguer, pour plus de sensation ! Mais ce n’est pas un simulateur, c’est bel et bien un bus péruvien. Alors je pense :

–          L’Homme est sociable mais sauvage. S’exprime mais hypocritement. Sait aimer mais préfère haïr. L’Homme est un paradoxe complexe qui se complaît de la facilité.

 

–          L’Homme moderne est un arbre sans branche, j’espère au moins qu’il a des racines.

 

–          L’Homme moderne est pressé. Pressé comme un citron avec la même amertume. Lorsqu’il n’a plus de jus on le jette.

 

–          L’Homme n’existe qu’en philosophie. Il n’a ni tête, ni cœur, ni jambe, ni bras. Il est une idée utopique, une unité insoluble. Un rêve d’humaniste ou un futur lointain.

 

–          Si comme le pense Berkeley le monde n’existe pas en dehors de notre pensée. Peut-être devrions nous fermer les yeux et le penser différemment.

 

–          Le pessimisme s’est faire preuve de réalisme tout en niant le poids de sa propre pensée.

 

–          Dans notre consommation excessive nous ne connaissons plus la durabilité, que ce soit des objets, des relations ou des bâtiments. Jamais notre monde n’a été aussi éphémère et jamais nous ne nous sommes sentis aussi éternels et invulnérables.

 

–          Le cœur n’a pas d’œil mais il guide les gens heureux. La tête qui voit clair guide les peureux.

 

–          « –  On n’a qu’une vie !  clame le prétentieux pour justifier son insouciance.

–  En es-tu sûre ?  lui rétorque le sage.»

 

–          S’attacher à un passé c’est construire sa prison.

            Ruminer un passé c’est boire un poison.

           Vivre dans le passé c’est être un mort-vivant .

 

–          Chercher l’authenticité peut parfois provoquer des nausés. (Les voyageurs me comprendront…)

 

–          La solitude est nécessaire à la construction de l’être. Ne pas savoir être seul c’est ne pas s’accepter.

 

–          Que cherche-t-on en ouvrant les yeux dans une piscine ? Le clore qui les pique ?

 

–          Parfois être humaniste ça fatigue comme de ne croire en rien.

 

 

–          Avoir des idéaux ça rassure comme de se construire un clocher. Eh bien j’aime quand les pigeons chient sur le mien. ça me rappelle qu’ils ne valent rien.

 

–          Toute personne qui n’éprouve pas de plaisir en mangeant un plat délicieux (tout en ayant ses sens) est réduit à l’état de machine.

 

–          Le bonheur ne se cherche pas il se vit.

 

–          Le bonheur n’existe que dans l’instant.

 

–          Les Hommes aiment être jugent. Pour cela des fois, ils s’assoient sur un banc public.

 

–          Être tiède c’est facile dans un mode qui ne demande que ça. « Mettre de l’eau dans son vin » dit-on. Mais le dit-on à un oenologue ? Exister c’est être chaud ou froid, noir ou blanc. Le gris c’est la transparence, l’inexistence.

 

–          L’ordre et la sécurité c’est ce que demandent les moutons à leur berger en n de leur laine. Vivre tranquille, sans danger, surveillés, protégés et bien guidés c’est ce qu’ils demandent à leur bourreau en échange de leur viande.

 

–          Une fourmi demande à un termite :

           « Comment fait-on un palais ? »

           « Avec de la terre et des mythes . »

           Nos rois avaient tout compris.

 

 

 

Fin.

 

Julien Masson

Le Machu Picchu oublié – CHOQUEQUIRAO (PEROU)

Certains voyageurs sont poussés par l’envie « moutonesque » de visiter ce que le vénérable UNESCO a classé. Et par-dessus tout, pour pouvoir fièrement cocher une case de plus sur leurs listes de choses à faire dans cette courte vie – qu’ils courent et qu’ils courent ! comme un train qui se glisse dans l’espace sans changer à l’intérieur -, ils se précipitent sur les – soi-disant – 7 merveilles du monde. Et en haut du classement des patrimoines « exotiques » presque mystiques ou mythiques, le fameux Machu Picchu ! devenu à lui seul emblème du Pérou et même de toutes les Andes. Alors tout un monde soucieux de son curriculum vitae de voyageur qui a tout « fait »  et peu soucieux de ce qui se défait, se précipite sur les hauteurs du majestueux site pour lui arracher une photo et en faire un profil Facebook. Tel un trophée, une case cochée, un « ça c’est fait », le symbole de la folie Inca est figé dans le temps 20 000 fois par jour par ces hordes de touristes IN. à moins de 100 km de là des tribus isolées sont condamnées, mais ça les touristes l’ignorent et d’ailleurs s’en contrefichent car ils ne sont pas là pour cela. Non ! eux sont là pour la citadelle la plus célèbre du monde qui à elle seule justifie parfois le voyage. La visitant ils espèrent toucher à cette gloire. Loin de chez eux non pour découvrir le monde, le comprendre ou l’aimer, mais pour le consommer, le « voir », l’immortaliser en images mortes.

Et j’ai souvent du mal à comprendre comment l’on peut résumer un pays à des sites « morts », à des ruines figées dans un temps disparu, lorsque la vie continue dans son mouvement permanent. Si voyager c’est courir après le passé du monde autant le faire dans un musée. Si je pars sur les routes c’est bien pour faire la connaissance de ce qui est vivant ! « Pour découvrir un autre monde sans le conquérir, l’apprécier sans le déprécier, le partager sans le confisquer. » comme l’écrit si bien Franck Michel. Mais non ! la foule enragée est toujours la même qu’au temps des colons et des conquistadors, elle se rue sur le monde avec l’appétit d’un ogre ! Et alors que l’UNESCO l’a classé parmi les sites en dangers et recommande vivement de limiter les visites à 800 par jour, les vieilles ruines incas sont envahies chaque jour par 2000 pairs de jambes. Oh oui ! l’affaire est trop juteuse et la gourmandise n’a pas de nationalité. A environ 45 dollars l’entrée (2012) on comprend l’engouement. Et puis il y a l’Orient Express, cette firme anglaise qui s’est emparée de toutes les concessions autour de la poule aux œufs d’or. Acheter une bouteille d’eau ou aller aux toilettes et c’est dans leurs poches profondes que tombe votre monnaie. Mais le clou de l’affaire c’est le train. Le train que la majorité des visiteurs prennent (environ 40 dollars) appartient lui aussi à l’Orient Express.

Et puisque le vice n’a pas de morale et que dans le monde capital l’humain est un profit ou une perte, l’Orient Express a racheté la ligne populaire reliant Puno à Cuzco. Transformé en train de luxe, cette ligne jadis utilisée par les locaux, est devenue le chemin de fer le plus cher du monde au kilomètre ! Joyeux sont les chanceux qui profitent de la cuisine à bord et photographient les « pauvres » autochtones – véridique j’en fus témoin – en traversant les villages depuis leur wagon d’or. Et une fois encore, les réflexions de Franck Michel sonnent terriblement juste lorsqu’il écrit dans  Eloge du voyage désorganisé « Pouvoirs publics et entreprises privées se pressent au chevet des merveilles du monde, ici en sursis, là déjà à l’agonie. Mais des affaires restent encore à faire. »

Alors il n’y a aucun doute, le Machu Picchu doit être exceptionnel, unique, magnifique et mystérieux. Mais exclu du monde capital-profit le raisonnement du voyageur pourrait-il dépasser son ambition à vouloir – à tous prix – voir ce qui doit l’être ? Et se poser une question simple : Dois-je mettre au-dessus de moi l’Histoire et la condition humaine ? A ceux qui n’auraient pas compris : La visite d’un site aussi magnifique soit-il me donne-t-il le droit de consciemment participer à sa destruction, de favoriser les inégalités et de contribuer au vol culturel et économique d’une région ?

Chacun pourra répondre à cette question sans que mon cœur en soi le juge. Certains dilemmes ne peuvent appartenir qu’à la conscience de chacun. Que le mouton devienne un loup en se le cachant n’a rien d’effrayant que pour les autres moutons. Il est amusant – ou non – de constater que l’Empire Inca reste encore aujourd’hui une mine d’or pour les âmes de conquistadors qui ne cessent – toujours pas – de le souiller de leurs sales bottes. Tant qu’il reste à détruire, détruisons tant que l’on s’enrichit. Parole d’homme moderne.

( chemin abrupte vers le Choquequirao - Perou 2012)

( chemin abrupte vers le Choquequirao – Perou 2012)

A 70 km des troupeaux de touristes, se cache un autre site. Un des seuls à n’avoir jamais été découvert par les Espagnols. Un site 7 à 8 fois plus étendu que le Machu Picchu, perché à 3100 m d’altitude dans les pentes abruptes de sommets recouverts de la haute Amazonie. Un site qui a hébergé la résistance Inca et en a initié les Rois. Un site ni envahi à l’époque par les conquistadors, ni aujourd’hui par leurs descendants, les touristes avides.

Le Choquequirao (le « Berceau d’or » en Quechua) est fier d’être oublié. C’est son destin.

Aucune route n’y conduit, aucun train, aucune concession de l’Orient Express. Aucun poster ne le vend aux quatre coins du monde, aucune agence de voyages ne le classe en tête de liste. Même celle de Cuzco le rajoute comme un vendeur de glaces ajoute un parfum jamais acheté pour ameuter ceux qui vont où il y a le plus de choix – comme pour se sentir libre. Mais ils n’y vont pas. Trop loin, trop dur, trop pénible (et pas à la mode).

Après avoir pris bus et taxis collectifs, quatre jours de marche sont nécessaires. Plus de 3000 m de dénivelé positif et autant de négatifs. On descend la vallée pour la remonter puis on recommence. Les chemins sont raides et escarpés. On boit l’eau des rivières et on se fait littéralement manger par des pucerons démoniaques. Il faut s’attendre à avoir mal aux pieds, peut-être aux genoux, et se préparer aux centaines de piqûres qui vous démangeront toutes les nuits. Les moins téméraires pourront être aidés de mules et de muletiers rendant le parcours beaucoup plus accessible. Pour les autres, il leur faudra porter leur tente, leur sac de couchage et leur nourriture. Un magnifique trek en autonomie avec nuit à la belle étoile dans un décor féerique. Au-dessus des têtes baissées par la fatigue, des sommets enneigés s’élèvent vers les cieux et à leurs pieds, d’autres recouverts de jungle.

Marcher sur les pentes abruptes de cette vallée ramène aux bonheurs simples. De quoi se met-on à rêver devant un dénivelé qui n’en finit pas ? Eh bien on rêve du plat de pâtes de mauvaise qualité et de sa sauce tomate en sachet que l’on mangera le soir venu. Un plat de bagnard qui devient celui d’un Ritz. Et le soir venu la gamelle de ration est savourée et procure un réel bonheur, un bonheur simple. Et s’étend la vallée encaissée et les nuages filtrent les couleurs du crépuscule, comme des ombres chinoises, les mythes et les légendes jouent leurs scènes théâtrales. Ces nuits à la belle étoile, autour d’un feu, avec les amis, ou seul devant un plafond infini, on se retrouve à sa place. Sa simple place dans la nature. Et l’esprit s’apaise et l’on pénètre les sphères intérieures, le cœur s’ouvre au monde, et on se sent comme ces vallées encaissées qui s’ouvrent enfin sur un horizon plein, un horizon vide, un horizon infini. A l’aurore, – alors que le rideau de la brume est transpercé de quelques rayons de soleil qui le déchirent paisiblement – sans faire plus de bruit que le vent on reprend la marche, et parfois la fatigue s’oublie et laisse pénétrer une méditation inconsciente mais active qui réveille les sens. Chaque ascension est une initiation. Le sol dur nous rappelle l’existence, la douceur de la nuit celle de nos rêves, et dans l’effort nait la conviction que toutes réalisations passent par l’action. On se reconnecte durant ces treks autonomes, durant ces marches rudes, le poids sur les épaules qui aide à porter celui de la vie. Et si l’objectif final est – d’apparence – le site archéologique, il y aura toujours la rencontre avec soi et la nature.

( Terrasses de Choquequirao - Perou 2012)

( Terrasses de Choquequirao – Perou 2012)

Le Choquequirao se mérite.

Des dizaines de terrasses surplombent des précipites vertigineux. Son étendue est fascinante – bien plus d’une journée est nécessaire à qui veut l’explorer – et son emplacement incompréhensible. Lorsque l’on arrive sur le site on s’exclame : « ils sont fous ces Incas ! ». Ahah ! que j’aimerais connaitre l’architecte qui s’est pointé un jour chez le grand Inca pour lui dire : « Bonjours, J’ai trouvé un lieu idéal pour construire une cité.

–  Ah bon où ça ? lui demande alors le grand Inca.

–  Perché sur un col à plus de 3000 m, entouré de falaises, une bonne prise au vent, environ 4 jours de marche depuis le Machu Picchu, peut-être 10 depuis Cuzco. Il y a beaucoup de moustiques, c’est très difficile mais je vous assure que personne ne nous trouvera ! »

Et personne ne les trouva.

( Partie supérieur du site du Choquequirao - Perou 2012)

( Partie supérieur du site du Choquequirao – Perou 2012)

Mais je me demande encore et toujours ce que le voyageur ou touriste peut chercher dans ces ruines d’un passé perdu lorsqu’il ne se déplace – quasiment – que pour cela? Quelle gloire va-t-il placer dans le passé ? Pourquoi tente-t-il toujours d’y voir un âge d’or qui aurait péri ? Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas plus au monde qui l’entoure et qui lui, est bien vivant, bien présent, et qui a besoin de bien plus d’énergies et d’actions positives pour se construire sur une voie plus juste, plus égale, plus respectueuse de la vie, sur une Autre voie ! Non ! Il préfère pleurer ou s’extasier devant un passé perdu – et qu’il a détruit – et végéter son présent, le vivre sans s’y engager, en l’ignorant. Et les descendants d’Incas ou des autres ethnies  – à l’époque opprimées par les incas – vivent à l’ombre de leurs ancêtres comme si leurs cultures, leurs traditions, leurs coutumes d’aujourd’hui, sont exemptes d’intérêt ? Faut-il qu’elles meurent elles aussi (comme c’est d’ailleurs le cas) pour qu’enfin elles deviennent dignes d’intérêt ?

Je refuse de croire que voyager c’est se déplacer dans l’espace pour observer un temps révolu et oublier le présent et le vivant. Le monde n’est pas un musée d’œuvres mortes. Le monde est une biosphère remplie d’être vivant. Parmi eux des humains qui ne vivent pas toujours dans des conditions dignes et acceptables. Et ils valent plus que quelques ruines qui finiront tôt ou tard  – et plus tôt que tard si nous continuons de les consommer (consumer !) – par disparaître. Et je doute que les visiteurs de ces sites historiques soient tous des passionnés d’histoires !

Ce texte est alors dédié aux  vivants. Ceux que l’on oublie, ceux que l’on ne juge pas digne d’intérêt ni aujourd’hui qu’ils sont en vie, ni demain lorsqu’ils seront mort, car notre civilisation mercantile les a placé dans les pertes nécessaires à son exponentielle évolution destructrice – et sans doute le Macchu Pichu aussi en fait-il parti – .

Bien sûr ces ruines riches d’histoire sont des témoignages qu’il convient d’étudier et de préserver mais surtout pas de vendre et de consommer sous prétexte que le monde – le plus riche – doit pouvoir s’instruire. Ce n’est pas de l’instruction que de conquérir indéfiniment une histoire qui fut déjà écrite, ne l’oublions-pas, par les vainqueurs.

Et j’aime me rappeler que lorsque Cuzco fut pris par nos amis conquistadors, les habitants du Machu Picchu ont fui vers la cité cachée de Choquequirao. Détruisant derrière eux le chemin qui y menait, ils ont isolé le site encore plus qu’il ne l’était .Voici à quoi fut destiné le Choquequirao : au mystère, au silence, à l’oubli. Et aujourd’hui encore il attire ceux qui fuient le vacarme, la masse touristique et moderne, les chemins tracés, la facilité. Il appelle ceux qui veulent mériter ce que leurs yeux voient, mériter d’accéder à l’Histoire humblement, au passé et à la beauté naturelle de la nature.

Le Machu Picchu oublié, le Choquequirao,  n’est étrangement pas inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – et paradoxalement c’est peut-être ce qui le préserve -, il n’est pas inscrit non plus sur les tours opérateurs, ni dans les catalogues de voyages à ne pas rater. Peut-être sont-elles, ces vieilles ruines, un symbole de ces peuples bien vivants, de ces histoires, de ces résistances que l’on oublie – intentionnellement – et qui fleurissent ou fanent, vivent ou survivent, en marge de La Grande Civilisation, partout autour de la planète. Et il est là, comme il a toujours été, dans l’ombre de la gloire des Hommes, à la lumière de la gloire éternelle.

Julien

(Vue depuis le site sur la vallée de l'Apurimac - Perou 2012)

(Vue depuis le site sur la vallée de l’Apurimac – Perou 2012)

(Magie de la nature - Perou 2012)

(Magie de la nature – Perou 2012)

 

Le monde du voyageur est beau (?!) – Fin d’une légende

« Tout est beau en voyage » c’est pour les premières années lorsqu’on pense avoir révolutionné la pensée humaine parce que nous avons mis notre vie dans un sac. Une panglossémie qui fait rêver les autres. On se vante par fausse humilité d’avoir rencontré plein de monde et qu’ailleurs les gens sont mieux. Affirmer ça en fuyant le pas de sa porte pour celui d’un bout du monde c’est être celui qu’on pense que lorsqu’on le veut (ou qu’on le peut).

Tout n’est pas beau en voyage. Pour la simple raison que voyager c’est aller à la rencontre de la vie et du monde. Si dans un premier temps nous admirons ce que l’on croyait perdu ou que l’on n’avait pas pris le temps de voir chez son voisin, très vite nous sommes confrontés à la décadence, au vacarme, au dégueuli de notre monde. La gerbe de notre société éclaboussée aux quatre coins du globe. Les démunis, les réfugiés, les exclus, les clochards, ceux qui se morfondent sous le bruit de nos bottes. Ceux qui plient sous le poids de notre système. Les mendiants sans jambes de Cotonou abandonnés à un enfer quotidien, les enfants des rues de Kinshasa adossés à un destin misérable, les rues dégueulasses de Brazzaville, les déserts redécorés de sachets plastiques et les lacs où flottent des bouteilles qui rêves d’être des bateaux. Et puis la plus grande misère de l’Homme, sa cupidité universelle, ses yeux de bâtard qui brillent devant l’or, son obsession mondiale pour l’ »avoir », ses manies de conquistadors, de missionnaires corrompues, son regard de chien battu et son comportement de mouton. Celui qui vénère quelques peuples ou culture qui sois n’a pas dépassé l’étape de la panglossémie.

(Entre rire et pleur dans les rues de Brazzaville – CONGO 2012)

Moi l’optimiste baroudeur je suis valdingué dans ce monde obscur. Parcours les terres en espérant capter de la lumière pour grandir mon optimisme. J’essaie même parfois de convertir ceux qui se décompose devant l’état du monde. Mais je suis obligé de courber l’échine devant une vérité qui n’a pas de maître : notre monde est laid. Pas le monde, mais le nôtre. Et voyager c’est se confronter à cette réalité. Celui qui ne veut pas la voir voyage naïvement pensant qu’il est un nouvel explorateur et découvre ce que les autres ignorent. Celui qui n’est pas près et qui tombe nez à nez avec cette réalité se retrouve submergé et chute avec elle dans les méandres d’une société qui n’a aucune pitié.

Les Hommes voyagent et reviennent conquis par les ruines de civilisations qui ont prospéré comme la nôtre, en sacrifiant humains et animaux et en opprimant les minorités. Ils ne comprennent pas que ce passé est notre futur et qu’a quelques pas ou même sous leur pas vivent ces minorités opprimées. Nous continuons à les mortifier en clamant que le monde est beau. Et nous rentrons donnant des leçons à ceux qui n’ont pas bougé. Tels des enfants qui préfèrent les jouets des voisins, nous préférons les pays lointains.

Que de mensonges!

Passer un mois ou deux dans un pays permet-il d’en discerner les réalités ? Ou seulement d’en efleurer le mythe qui lui colle à la peau ? Un voyageur qui divague tout azimute de contrée en contrée peut-il se permettre de tirer des conclusions ? La patience doit être au voyageur ce que le carburant est à la voiture. Voir le monde n’est pas le comprendre. J’ai pensé dans un premier temps que voyager ouvrait l’esprit. C’est faux ! Je crois aujourd’hui après avoir rencontré un tas d’autres voyageurs que voyager enferme plutôt dans sa connerie ! Certains font le tour du monde, se disent roots, voyageurs vétérés, squattent les parcs publics (ça fait bien), jouent de la guitare aux coins des rues (ça fait rêver) et collectionnent les conclusions attives. Disent préférer vivre avec les pauvres (comme si c’était un hobbie) parcqu’ils sont plus heureux et gentilles. « Quand on est nue, même au diable on souhaite la bienvenue » chante Tiken Jah Fakoly. Ils osent affirmer que les pauvres sont les plus heureux. Et bien côtoyez un long moment les pauvres et on en reparlera. Connaitre la faim, perdre un enfant à cause d’une simple anémie, ne pas pouvoir soigner son frère d’une banale maladie, mourir et dépérir d’un banal accident de la route, devoir mendier, vous pensez que ça rend heureux ? Devoir déféquer dans les lieux les plus sordides de la planète, craindre une diarrhé et ne jamais savoir quand tout cela cessera, ça rend heureux ? Vivre avec les « pauvres » une semaine ou un mois, on voit des sourires, y rester de long mois et on voit la souffrance, la fatalité et l’injustice d’un monde nauséabond.

(Cicatrices de guerres – centre de Mostar – Bosnie 2011)

Les sentiments des Hommes sont les mêmes dans toutes les classes sociales et tous les pays . Partout on s’aime et on se hait. Partout j’ai vu le racisme, l’intolérance et la jalousie. Partout j’ai vu l’Homme se déchirer, convoiter son frère, et participer à l’effondrement de Babel. Et où j’ai eu le plus peur c’est qu’en chacun d’eux je me suis vu. Triste réalité que de constater que nous ne valons pas mieux que celui qui tente d’ensorceler son voisin parce que son commerce fonctionne, que nous ne valons pas mieux que celui qui lève son doigt quand on le klaxon, que celui qui exploite un peuple pour son pétrole. Je ne vaux pas mieux parce que tout ça c’est moi. Parce que tous ces maux sont en nous et que si le monde est malade c’est parce que nous le sommes.

Tout est beau en voyage pour celui qui lit les grands titres ou qui court les grands sites de l’UNESCO . C’est mieux ailleurs et une légende que les voyageurs aiment conter pour épater leurs auditeurs incarcérés dans leur vie, pour justifier le fait qu’ils ne trouvent pas leur place. C’est partout le même scénario avec de bons côtés et de terribles, avec la façade et l’intérieur, avec la vie et la mort.

Penser comprendre ce que les autres ignorent c’est ignorer à soi-même que l’on ne sait rien.

Julien Masson

(« Où est l’humanité? » – Congo 2012)

Une mer à 4000 m (BOLIVIE)

Un bleu profond comme celui des calos de l’ONU, un air marin presque méditérannéen, un crie de mouette, une cordillère Royale et un soleil qui plonge dans ce tableau.  Le lac Titicaca fait rêver depuis des milliers d’années. Les Incas ont vu en lui la naissance de leur monde, lorsque certains en ont vu la fin, sacrifié face au soleil couchant.

Prisonnier du temps qui forme le visage de la patate que nous peuplons, Titicaca fut emprisonné par les robustes sommets enneigés. Pénible destin pour un bout d’océan forcé à devenir un lac. Mais quel lac ! D’anonymes morceaux d’océan  il est devenu le plus haut lac navigable du monde et père d’une cosmogonie qui régit la vie d’une région entière.

Copacabana , aux allures de station azurienne, nichée au creux d’une crique au sud-est du lac, vend ses excursions à ceux qui veulent rêver avec le lac. La cathédrale dressée par les Espagnols témoigne de leur machiavélisme. Le soleil se couche en éblouissant les trois croix copiant ainsi le temple du soleil de l’Isla del Sol. Tout est bon pour convertir ! A coup de massue sur les cultures et les croyances, de détermination et de persévérance, de trahisons et de stratégies douteuses, l’Amérique du Sud s’est vue agenouillée devant la toute-puissance du Vatican. Le temps n’y a rien changé, aucun ne retourne sa veste et tous prient le Dieu des Chrétiens.

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, dans le temps il en est aussi le mouton.

(Le soleil sur les croix de Copacabana – Bolivie 2012)

L’isla del Sol est une perle qui flotte sur ce bleu marin. Des aires majorquais, quelque peu corse sur cette île symbole de l’Empire Inca. Des plages de sable blanc, des eaux lucides, des campeurs et des lamas. Le nord de l’île garde un semblant d’authenticité. Les habitants élèvent cochons et moutons en attendant de vendre quelques truites aux touristes. Un sentier à guichets sillonne les crêtes qui se perchent 200m au-dessus des eaux. Le sud de l’île c’est « mercantile island ». Pizzerias en souvenir culinaire Inca, groupes d’Allemands en bermuda et bateaux folkloriques avec équipage déguisé. Le charme de l’île est sans appel, les agences et les guides le savent.

(criques au sable blanc – Isla del Sol – 2012)

Mais Titicaca c’est des centaines d’îles et même des artificielles ! Fabriqués par les Amérindiens Oruros pour fuir les Tiwanakus. Les milliardaires Qataris n’ont rien inventé ! Les îles flottent toujours du côté de Puno au Perou habitées par des usurpateurs, des pseudos descendants d’Oruros qui exploitent le filon pour survivre sur le lac des dieux.

A 3850m les eaux des océans lointains ont fait naitre les mythes les plus extraordinaires et enfantent encore aujourd’hui dans l’imaginaire des touristes les fantasmes les plus fous. On y vient en masse profiter de ses secrets, de son calme et de son soleil si vénéré.

 

Julien Masson

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(île perdu dans les eaux de Titicaca – Bolivie 2012)

 

(enfants sur un ponton de l’Île du Soleil – Bolivie 2012)