QU’EST CE QUE LA GUERRE DES KIVUS ?

Carte des KivusJoseph Conrad, ancien capitaine de steamer (bateau à vapeur) pour le compte de la Compagnie du Commerce et de l’Industrie du Congo, écrivait en 1904 : « c’est tout de même incroyable que la conscience de l’Europe qui a abolit il y a soixante-dix ans le trafic d’esclaves pour des motifs humanitaires, tolère aujourd’hui l’Etat du Congo. C’est un peu comme si la pendule de l’ordre moral avait retardée de plusieurs heures. » A cette époque coloniale, le Congo perdait déjà 6 000 000 d’humains…

110 ans après… Un monde s’active dans la folle course de sa Civilisation, bien pensant, le civilisé consomme et consomme, à l’aise dans son sofa, ralle devant les inflations du marché et la spéculation qui le dépasse et lance d’un crie de muet ses discours humanistes ou idéologiques. Sous le silence de ses pantoufles délicates, un autre monde agonise, un monde qui meurt dans le silence, qui souffre sans voix, qui pleure sans larme, dans les méandres de la Civilisation, la fourmilière d’esclaves qui triment pour que le sommet de la pyramide, la face visible de la grande parade, puisse s’activer dans sa terrible frénésie. Conrad tira de ses aventures au Congo, un roman titré « Au cœur des ténèbres ». Il savait à quel point ses mots étaient justes, ce qu’il ignorait, c’est que 110 ans plus tard, si le Congo est toujours le cœur des ténèbres oubliés, la région des Kivus est le fin-fond de ses entrailles. Lire la suite

L’aimant des villes

La tradition scrute la modernité - La Paz (Bolivie)

La tradition scrute la modernité – La Paz (Bolivie)

Perché dans les airs, profanant le royaume des êtres à plumes, dans un de ces oiseaux de fer qui polluent l’atmosphère et sa légèreté, je survol l’Amérique des grandes plaines. Souvent, les Etats-Unis, dans nos idées atrophiées, ce sont les grandes villes. Ce qui m’amène ici c’est tout le contraire. Ce sont les grands espaces que le vieux continent, depuis trop longtemps peuplé par l’Homme blanc, son ambition ravageuse, sa curiosité mal placée et son orgueil démesuré, n’ont pas sus préserver. Ces grandes plaines qui sont synonymes mêmes de la liberté. Là où ont couru Sitting Bull et Crazy Horse, là où des nuées de Bisons détallaient librement avant que le visage pâle, en quatre siècles, réduisit leur nombre de plus de 50 000 000 à 750 ! Ces plaines qui se confondent avec le ciel, défiant l’horizon, concrétisant la notion étrangère à notre esprit, d’infinité, de la non-limite, de l’expantion éternelle. Perché là-haut, où devrait être l’aigle et non l’Homme, je rêve de courir comme un Sioux, dans les herbes de la plaine. Lire la suite

Voyage dans l’espace – temps

"Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent... " Pérou

« Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent…  » Pérou

 

« No puedes comprar mi vida » – Tu ne peux pas acheter ma vie

Calle 13

Dans les rues du Bronx chante le lingala, les pantalons se portent bas, le noir ne détonne pas, Malcolm X est un roi, les bières sont des cerveza et la nuit les boomers des caisses customisées bombardent du Calle 13.

« Soy, soy lo que dejaron, soy las sobras de lo que te robaron… »

Je ressens soudain le souffle du temps m’aspirer de nouveau dans la cantine de mes souvenirs. Du Bronx, je m’envole pour Santa Marta en Colombie. Le marché grouille de monde. Les bananes sont empilées à l’arrière des pick-up, quelques noirs aux dents d’ors, les jettent par-dessus bord, afin qu’elles s’étallent sur les comptoirs des vendeuses. L’odeur des fruits et des légumes, se mélange aux gazes d’échappement, aux cris incessants et à la chaleur latine, qui émane, telle une saveur, des hommes nés sous les tropiques. Juteux et sucrés comme leurs fruits colorés, l’humain des tropiques, qu’importe sa race, sa couleur ou sa foi, agite son postérieur au rythme des tambours, de la houle et de la mélodie de la joie. Les anges chantent au soleil. Le diable joue au tamtam, soulèvent d’un souffle les jupes légères, et en diapason avec les dieux bienveillants, emporte le bonheur des instants éternels sous les latitudes que notre machine économique à l’habitude d’écraser. Le Bronx reprend de la couleur.

« Soy Latina America, un pueblo sin piernas pero que camina… » Lire la suite

Le voyage – Mon école

Pourquoi suis-je parti à 18 ans en Afrique ? Voilà une question que l’on me pose souvent. Une question sans trop de réponse. N’avez-vous jamais ressenti le souffle de la vie ? Un souffle qui vous conte les rêves les plus fous ? Un souffle, un esprit, une conscience, des signes, une énergie qui vous dit : vas-y c’est maintenant ! Où ? Nous l’ignorons et c’est pour cela qu’il est délicat de s’en aller. Contre toute opinion, parfois toute logique, il faut lâcher la laisse, se laisser porter par les vents de l’inconnu vers nos rêves les plus fous.

La vie est mouvement. Le souffle de la vie, la langue du monde, l’énergie de l’univers portent les âmes légères. C’est ce que j’ai voulu lorsque je suis parti pour la première fois en Afrique, lâcher prise, balancer un avenir certain, une routine alarmante, un Julien qui n’était pas moi.

J’ai fêté mes 19 ans au Bénin, je fête aujourd’hui mes 26 ans en Colombie. Qui a-t-il entre les deux ? Qu’en est-il  7 ans plus tard ? Lire la suite

Le monde du voyageur est beau (?!) – Fin d’une légende

« Tout est beau en voyage » c’est pour les premières années lorsqu’on pense avoir révolutionné la pensée humaine parce que nous avons mis notre vie dans un sac. Une panglossémie qui fait rêver les autres. On se vante par fausse humilité d’avoir rencontré plein de monde et qu’ailleurs les gens sont mieux. Affirmer ça en fuyant le pas de sa porte pour celui d’un bout du monde c’est être celui qu’on pense que lorsqu’on le veut (ou qu’on le peut).

Tout n’est pas beau en voyage. Pour la simple raison que voyager c’est aller à la rencontre de la vie et du monde. Si dans un premier temps nous admirons ce que l’on croyait perdu ou que l’on n’avait pas pris le temps de voir chez son voisin, très vite nous sommes confrontés à la décadence, au vacarme, au dégueuli de notre monde. La gerbe de notre société éclaboussée aux quatre coins du globe. Les démunis, les réfugiés, les exclus, les clochards, ceux qui se morfondent sous le bruit de nos bottes. Ceux qui plient sous le poids de notre système. Les mendiants sans jambes de Cotonou abandonnés à un enfer quotidien, les enfants des rues de Kinshasa adossés à un destin misérable, les rues dégueulasses de Brazzaville, les déserts redécorés de sachets plastiques et les lacs où flottent des bouteilles qui rêves d’être des bateaux. Et puis la plus grande misère de l’Homme, sa cupidité universelle, ses yeux de bâtard qui brillent devant l’or, son obsession mondiale pour l’ »avoir », ses manies de conquistadors, de missionnaires corrompues, son regard de chien battu et son comportement de mouton. Celui qui vénère quelques peuples ou culture qui sois n’a pas dépassé l’étape de la panglossémie.

(Entre rire et pleur dans les rues de Brazzaville – CONGO 2012)

Moi l’optimiste baroudeur je suis valdingué dans ce monde obscur. Parcours les terres en espérant capter de la lumière pour grandir mon optimisme. J’essaie même parfois de convertir ceux qui se décompose devant l’état du monde. Mais je suis obligé de courber l’échine devant une vérité qui n’a pas de maître : notre monde est laid. Pas le monde, mais le nôtre. Et voyager c’est se confronter à cette réalité. Celui qui ne veut pas la voir voyage naïvement pensant qu’il est un nouvel explorateur et découvre ce que les autres ignorent. Celui qui n’est pas près et qui tombe nez à nez avec cette réalité se retrouve submergé et chute avec elle dans les méandres d’une société qui n’a aucune pitié.

Les Hommes voyagent et reviennent conquis par les ruines de civilisations qui ont prospéré comme la nôtre, en sacrifiant humains et animaux et en opprimant les minorités. Ils ne comprennent pas que ce passé est notre futur et qu’a quelques pas ou même sous leur pas vivent ces minorités opprimées. Nous continuons à les mortifier en clamant que le monde est beau. Et nous rentrons donnant des leçons à ceux qui n’ont pas bougé. Tels des enfants qui préfèrent les jouets des voisins, nous préférons les pays lointains.

Que de mensonges!

Passer un mois ou deux dans un pays permet-il d’en discerner les réalités ? Ou seulement d’en efleurer le mythe qui lui colle à la peau ? Un voyageur qui divague tout azimute de contrée en contrée peut-il se permettre de tirer des conclusions ? La patience doit être au voyageur ce que le carburant est à la voiture. Voir le monde n’est pas le comprendre. J’ai pensé dans un premier temps que voyager ouvrait l’esprit. C’est faux ! Je crois aujourd’hui après avoir rencontré un tas d’autres voyageurs que voyager enferme plutôt dans sa connerie ! Certains font le tour du monde, se disent roots, voyageurs vétérés, squattent les parcs publics (ça fait bien), jouent de la guitare aux coins des rues (ça fait rêver) et collectionnent les conclusions attives. Disent préférer vivre avec les pauvres (comme si c’était un hobbie) parcqu’ils sont plus heureux et gentilles. « Quand on est nue, même au diable on souhaite la bienvenue » chante Tiken Jah Fakoly. Ils osent affirmer que les pauvres sont les plus heureux. Et bien côtoyez un long moment les pauvres et on en reparlera. Connaitre la faim, perdre un enfant à cause d’une simple anémie, ne pas pouvoir soigner son frère d’une banale maladie, mourir et dépérir d’un banal accident de la route, devoir mendier, vous pensez que ça rend heureux ? Devoir déféquer dans les lieux les plus sordides de la planète, craindre une diarrhé et ne jamais savoir quand tout cela cessera, ça rend heureux ? Vivre avec les « pauvres » une semaine ou un mois, on voit des sourires, y rester de long mois et on voit la souffrance, la fatalité et l’injustice d’un monde nauséabond.

(Cicatrices de guerres – centre de Mostar – Bosnie 2011)

Les sentiments des Hommes sont les mêmes dans toutes les classes sociales et tous les pays . Partout on s’aime et on se hait. Partout j’ai vu le racisme, l’intolérance et la jalousie. Partout j’ai vu l’Homme se déchirer, convoiter son frère, et participer à l’effondrement de Babel. Et où j’ai eu le plus peur c’est qu’en chacun d’eux je me suis vu. Triste réalité que de constater que nous ne valons pas mieux que celui qui tente d’ensorceler son voisin parce que son commerce fonctionne, que nous ne valons pas mieux que celui qui lève son doigt quand on le klaxon, que celui qui exploite un peuple pour son pétrole. Je ne vaux pas mieux parce que tout ça c’est moi. Parce que tous ces maux sont en nous et que si le monde est malade c’est parce que nous le sommes.

Tout est beau en voyage pour celui qui lit les grands titres ou qui court les grands sites de l’UNESCO . C’est mieux ailleurs et une légende que les voyageurs aiment conter pour épater leurs auditeurs incarcérés dans leur vie, pour justifier le fait qu’ils ne trouvent pas leur place. C’est partout le même scénario avec de bons côtés et de terribles, avec la façade et l’intérieur, avec la vie et la mort.

Penser comprendre ce que les autres ignorent c’est ignorer à soi-même que l’on ne sait rien.

Julien Masson

(« Où est l’humanité? » – Congo 2012)

Terre des Aieux (TOGO)

« Drôle » de pays qu’est le Togo ! Un pays qui, malgré son éloignement, est depuis longtemps proche de moi. Des heures, des jours, des mois, des années à côtoyer des exilés et des réfugiés ont encrés en moi la mémoire et la souffrance collective du peuple togolais. C’est comme avoir vécu le Togo avant même d’y avoir mis les pieds.

C’est donc avec émotion que je traverse la frontière pour pénétrer dans une des plus terribles dictatures du monde. Celui qui ne le sait pas sera vite avisé et forcé de constater que l’argent du pays n’est pas engagé pour la population. En effet l’état des routes est plus que laborieux quand les écoles sont loin de pouvoir résister à des intempéries et que l’Observatoire international du Bonheur vient de classer le Togo (mi 2011) comme étant le pays le plus malheureux du monde… Alors que déjà en juillet 2010  le magazine Forbes avait publié le résultat des recherches (faites entre 2005 -2010) de « Gallup World Pull » qui classent le Togo dernier des pays de la planète en termes de bien-être de la population.

Et pourtant cette petite bande de terre qu’est le Togo est riche, très riche même, grâce notamment à son phosphate. Cette matière première qui fait la richesse … de Faure Gnassingbé le président monarque élu par le sang en 2005 succédant ainsi en « bon uniforme » à son père le vaillant sanguinaire dictateur Gnassingbé Eyadema qui venait de décéder.

Mais quelles mouches ont piqué les présidents français qui depuis l’assassinat de Sylvius Olympio (premier président du Togo) en 1963 soutiennent celui qui a fièrement revendiqué ce crime ? Et pire, qui soutiennent depuis son coup d’Etat en 1967 son régime totalitaire ? Quelle mouche a piqué Jacques Chirac quand il annonce au peuple togolais en 1998 qui venait de se faire massacrer par milliers qu’aucune irrégularité ne peut remettre en cause l’élection de son ami, le président Gnassingbé Eyadema ? Quelle mouche l’a encore piqué lorsqu’il déclare à la mort du défunt dictateur : « avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel » ?

Quels liens occultes lient notre république si fièrement humaniste à cette république si banalement bananière ? « La France n’a pas d’ami, elle a des intérêts » disait François Mitterrand. Ces intérêts suffisent-ils à expliquer l’implication de la France dans les milliers de morts, de torturés et d’exilés que le régime togolais a faits ? Expliquent-ils à eux seules le droit de veto qu’a posé la France aux Nations Unies lorsqu’il s’agit du Togo ? Voilà une question qui ne devrait pas rester muette lors des débats politiques français. Les Français comme les Togolais où autres peuples victimes de la politique impérialiste de la France sont en droit de savoir ce qu’il en est.

Et une fois de plus ce 12 juin, alors que nous sommes parfaitement accueillis par nos amis Togolais, les lacrymogènes, les balles en caoutchouc, celles réelles et les matraques, répriment violemment hommes, femmes et enfants qui manifestaient ou non pour qu’un semblant de démocratie puisse naitre un jour dans ce pays.

A quelques kilomètres de là, la vie semble suivre son cours à Togoville, cette petite ville en bordure du lac Togo. Les pirogues traversent le lac, les pécheurs vérifient leurs installations à crevettes et crabes, alors qu’un peu plus haut, le monde s’anime dans un marché coloré qui anéantit le peu de trafic qu’il y a. C’est certain, les violences n’ont pas encore débordé de Lomé, ici on mange encore les beignets de banane.

Le 13 juin les violences battent leur plein. Les taxis ne vont plus à Lomé. La capitale est livrée à elle-même. La carrière de phosphate d’Hahote, elle, tourne à plein régime. Des énormes machines sorties droit de l’enfer creusent la terre mère pour en extraire cette matière jaunâtre qui est la sueur des Togolais. Elles avancent dans leurs vacarmes vers des villages qui sentent leurs fins arriver. Les numéros peints sur les murs des maisons leur annoncent leurs morts prochaines. En effet, ceux qui ont le malheur d’être nés, d’avoir construit, de cultiver, de rire, de pleurer, de vivre sur du phosphate, de gré (contre quelques billets) ou de force sont contraints de tout abandonner pour que les machines de l’enfer puissent continuer d’enrichir leur président monarque.

Au village on s’active aux tâches quotidiennes. Une pompe crache de l’eau grâce à l’énergie d’un groupe électrogène. C’est des dizaines et des dizaines de personnes qui, bassine sur la tête, font le plein les unes après les autres de l’élément indispensable à la vie. Les vieux assis à l’ombre dans leur pagne sont heureux de recevoir notre visite et de nous accueillir. C’est l’occasion d’ouvrir leur bouteille de rhum brun qui attendait patiemment l’occasion idéale pour révéler sa saveur. C’est avec plaisir qu’ils nous font pénétrer dans leur couvent et nous présente leur vodou. Puis fièrement on nous amène à la rencontre des plus grands oiseaux du monde : les autruches et leur majestueux plumage.

Le chef du village est un homme calme et serein et c’est pour ça qu’il a été choisi. Seule la sagesse doit conduire l’Homme à être chef. Quelle autre compétence est plus importante lorsqu’il s’agit d’être responsable de ses prochains ?Il est enchanté de nous recevoir au moins autant que nous le sommes de le rencontrer. Le tambour chante dans le couvent, les fétiches sont avertis de notre arrivée.

Le village vit son quotidien ignorant les violences de Lomé mais sachant pertinemment que le pays est sous le joug d’un dictateur et pas passif devant ce fait qui complique la vie à toute la population.

Les agriculteurs fiers de leur métier sont heureux de nous présenter leur champ d’ananas et de nous en offrir quelques-uns.

C’est ça la vie dans les villages africains. Ce n’est pas simple, c’est même très dur surtout dans des pays où le gouvernement vous ignore et peut vendre vos terres sans même vous avertir. Mais dans les villages, on sait vivre avec l’autre. On connaît et respecte le monde des dieux, celui de la nature et celui de l’Homme. Une source d’eau est un point central qui relie tout le monde. Que se passerait-il si un jour chacun avait son robinet ? Voilà une question que devraient se poser les ONG au grand cœur qui pense bien et font mal.

La vie dans les villages c’est la vie sans télé mais avec les contes des vieux et les enfants qui apprennent. La vie dans les villages c’est sans goudron mais avec la terre qui est la même partout, dans sa maison, dans la rue, sur la place. La vie dans les villages c’est le contact avec la dureté de la terre mais aussi avec sa simplicité qui offre à ceux qui l’ont, la chance d’être heureux même avec peu.

Si le Togo est une dictature violente c’est aussi un peuple. Un peuple accueillant, souriant, chantant qui garde en mémoire que leur terre est la terre des aïeux. Et c’est pourquoi, coup de matraque après coup de matraque, il se relève toujours montrant au diable que l’ange est immortel.

Adolf Teacher, Ras Ly, Foo Yao, chantent cette âme d’un Togo fort et fière qui ne pourra jamais mourir ni s’écraser sous le fracas des bottes. Parce que si certains voient le Togo comme du phosphate, eux savent que le Togo c’est avant tout les Togolais.

Julien

Pour plus de photos: http://www.flickr.com/photos/julien-masson/

Face à la Nature (BENIN)

N’avez-vous jamais rêvé de voir comment évoluerait la nature sans l’intervention de l’Homme ? Alors suivez-nous au nord du Bénin, dans le parc de la Penjari !

Après avoir franchi l’entrée du parc, dans le petit village de Batia, nous croisons déjà la route d’un troupeau d’éléphants. Un peu plus loin ce sont les babouins qui nous souhaitent la bienvenue. C’est parti nous voilà au cœur de la nature avec un grand N. Nous roulons le long de la chaine de l’Atakora. La seule chaine de montagnes (ou de collines…) que compte le pays. Les petites montagnes, dont la plus haute culmine à 800m à peine, sont souvent couvertes de jolies forêts alors qu’elles se terminent souvent par des falaises rocheuses. A leurs  pieds de verte prairies nous prouvent que la saison des pluies vient de commencer après 6 longs mois de sécheresse. Puis à perte de vue s’élance la grande savane africaine. Cette grande savane qui fait rêver, rêver d’évasion, de grands espaces, de liberté !

Dans ces grands espaces de liberté, les antilopes galopent en troupeaux et jouent à bondir . A notre vue, elles nous observent, et le moment venue fuient la présence de ces inconnus que nous sommes. Tels des joueurs de rugby, feintent et crochètent dans un sens puis dans l’autre, tel des sauteurs de haies, elles s’élancent par-dessus rivières et arbres couchés, tels des sprinters s’évadent plus loin, là où l’Homme, le plus grand prédateur ne met pas les pieds.

Nous, perchés sur le toit du 4X4, nous observons ce spectacle fabuleux. Nos narines hument des parfums naturels envoutants, nos sens s’éveillent, le vent nous caresse et nous permet de supporter l’hardeur du soleil.

C’est la grande mélodie de la nature et le chant d’une multitude d’oiseaux tous plus colorés les uns que les autres qui fait danser antilopes, antilopes cheval, buffles, phacochère, éléphant, singes etc..

Le spectacle est grandiose, étourdissant et nous en savourons chaque instant.

A midi, alors que nous sommes dans le parc depuis 7h du matin, nous pic-niquons à l’ombre d’un arbre avec les employés d’un des 2 hôtels du parc.  Fermé depuis le 31 mai, il rouvrira en décembre pour la saison sèche (et saison touristique) . Après avoir dégusté les mangues du marché de Tanguieta nous reprenons notre aventure dans la savane béninoise. Nous longeons la rivière Penjari qui fait frontière avec le Burkina voisin, et devant nos yeux, comme depuis le matin, le plus beau spectacle qui m’a été donné de voir continue.

Nous nous arrêtons à la mare sacrée. En saison sèche tous les animaux s’y rejoignent pour trouver à boire. C’est donc un point d’observation privilégier. Comme les pluies ont déjà commencé depuis un mois, les points d’eau perdent de leur intérêt pour le visiteur qui à plutôt intérêt à arpenter les pistes pour croiser les troupeaux. Cependant le lieu prête au repos et à la tranquillité. Ça tombe bien puisque c’est l’heure de la sieste. Nous devions rester là jusqu’à 16h et faire comme les animaux : se cacher de la chaleur de l’après-midi. Mais alors que nous observons les hippopotames et crocodiles, le ciel alors parfaitement dégagé, se charge en très peu de temps. Rapidement il s’assombrit et il ne faudra pas attendre longtemps pour que la pluie, précédée d’un fort vent, se mettent à battre son plein. Alors que nous nous hâtons de nous mettre à l’abri, nous pouvons constater que l’animal le plus évolué (paraît-il) est le seul à craindre la pluie. Les autres restent de marbre face aux trombes d’eaux qui s’abattent. Au contraire ils semblent jouir de cette eau qui leur tombe sur la tête, et même les oiseaux jouent avec le vent qui les berce,les bouscule et les stimule.

A 16h, comme prévus, nous reprenons la piste. La pluie a cessé depuis un petit moment. Et jusqu’à la fin de journée nous observons la nature dans son état le plus brute.

Nous gagnons le lieu de bivouac. Alors que nous échangeons avec Jacques, notre guide. Le jeune apprenti s’occupe de ramasser du bois et de faire le feu. Jacques est un fervent défenseur des traditions, des valeurs simples que cultivaient les Africains, et de son environnement. Il fuit la modernité destructrice et les désirs qu’elle provoque. Il se plaint de voir petit à petit les jeunes de sa génération ou des suivantes, oublier d’où ils viennent et de caricaturer un monde qu’ils ne connaissent pas ou qu’à travers le cinéma (des scénarios comme il dit). «  Pourquoi veulent-ils ressembler à des hipopiens ? Que trouvent-ils à s’éterniser devant des sénarios et des gens qui tirent sur tout ce qui bouge ? Avant les vieux racontaient des histoires aux jeunes garçons, et les vieilles aux jeunes filles. ça les éduquait. Qu’elle est leur éducation aujourd’hui ? Ce sont des fainéants qui prennent tout le négatif d’un monde qu’ils ne connaissent même pas. »

Jacques construit avec patience un campement (hôtel) naturel et écologique. Avec les savoir-faire ancestraux. Il se demande encore pourquoi les gens remplacent leur toit de chaume par de la taule qui n’isole pas de la chaleur, rouille, coute cher, et rend malade. Il s’étonne de voir ses frères construire des mûrs de ciment qui n’isolent pas de la chaleur ni du froid alors que les ciments de terre rouge font tout cela. Il s’étonne, et ça le ronge, de voir son peuple plonger tête baissée dans la modernité qui leur fait perdre leur identité et leurs connaissances. Il s’efforce de préserver le savoir-faire traditionnel que ce soit dans l’agriculture, le bâtiment ou les plantes médicinales. Comme l’Artemisia Anna  qui empêche le palu et que l’OMS sous la pression de l’industrie pharmaceutique avait fait interdire ( même de la cultiver). Depuis l’année dernière, grâce à des pays comme le Ghana, l’interdiction est tombée et Jacques en est bien heureux. Cette tisane, prise en cure une fois par an, permet au corps de rejeter le plasmodium transmis par les moustiques et cause du paludisme. Comme un vaccin naturel.

Nous parlons aussi de ses projets pour la suite. S’enrichir  avec le tourisme ? Non, mais en faire profiter les plus démunis de façon intelligente et durable. Avec des prêts d’animaux, de bétails, de graines etc… De l’aide durable, de la formation, et réapprendre à ceux qui ont oublié le savoir-faire des anciens.

Nous mangeons autour du feu, alors que les singes jouent en sautant de branche en branche et que les antilopes, à quelques pas de là, nous ignorent. La nuit tombe, les bruits de hyènes se font entendre puis celui du lion . Le lion rugi, nous sommes sur son territoire, il aime passer ses nuits là où nous avons décidé de planter les tentes. Mais Jacques nous rassure avec un conte africain  qui explique comment, depuis le jour où une lionne pour se venger de son lion l’a envoyé se battre contre un homme armé d’un arc, celui-ci n’attaque plus les humains, le plus grand prédateur. C’est alors qu’avec le bruit des animaux et notamment celui du lion, nous passons la soirée à discuter et écouter des contes et légendes africains. Jacques et Achille (son apprenti) prennent plaisir à nous les raconter et à se souvenir des vieux qui leur contaient le soir au village.

Le matin le réveille est prévu pour 6h. Ça fait deux nuits déjà que nous dormons peu. Il est temps d’aller rejoindre nos tentes Quechua seuls abris contre les lions. Ce soir nous sommes seuls dans tout le parc, même les gardes sont en weekend. Aucun autre visiteur, aucun autre guide. Les deux seules autres véhicules de visiteurs ne passaient pas la nuit dans le parc. Nous sommes seuls, Jacques, Achille, Nina et moi, face à la nature, et surtout au lion. Mais pas de panique nous avons une tente !

C’est cette nuit-là, alors que le lion ne cesse pas de rugir et de se rapprocher du campement, que Nina a choisi pour avoir de la fièvre. Jacques nous a dit de ne dormir que sur une oreille, je ne me suis pas fait prier pour le faire. Et dans la nuit, alors que nous venions de rentrer dans la tente après en être sorti pour le pipi, un animal au pas bien lourd et rapide est passé non loin de la tente nous jetant un bon coup de stress. Le lion ? Sans doute puisque après ça son rugissement était dans le sens opposé.

A 6h, on se hâte afin de surprendre le lion qui ne doit pas être loin vue la nuit qu’il nous a fait passer. Malheureusement nous ne le verrons pas bien que nous l’avons abondamment entendu… Sûrement que lui ne nous a pas ratés…

Puis nous reprenons notre safari et notre admiration pour cette nature à l’état pur. La savane, les forêts, la brousse, les prairies et les mares se juxtaposent pour le plaisir de nos yeux, de nos oreilles et de notre nez. Les verts qui témoignent des pluies contrastent avec les jaunes pastel qui restent de la saison sèche. Nous en prenons  pleins les yeux et lorsque notre souffle n’est pas coupé devant cette beauté, nous en profitons pour respirer à plein poumon cet air pur.

Malheureusement l’état de Nina ne va pas en s’arrangeant. Son mal de tête ne cesse d’empirer et sa fièvre d’augmenter. La fatigue ? Nous avons très peu dormi depuis quelques jours, entre le concert de Segun et Aston à Cotonou, le voyage de 12h en bus, le départ avant l’aube pour le parc, le nuit dans la tente avec le lion etc. Ou palud ? Elle ne cesse de se faire piquer depuis notre arrivée à Brazza, et à Cotonou ça ne c’est pas calmé.

Nous ne trainons pas trop, bien que nous profitons quand même de la matinée pour observer les troupeaux comme celui de buffle qui a traversé la piste à toute allure, 5m devant le véhicule. Impressionnant, des dizaines et des dizaines de buffles en pleine course devant et derrière le 4X4. Assis sur le toit, nous ne sommes pas rassurés mais admirons le spectacle grandiose que nous vivons . On se rend bien compte de notre faiblesse face à de tels animaux.

En fin de matinée nous sortons du parc et longeons la chaine de l’Atacora en traversant les villages permanents et traditionnels des autochtones, ainsi que ceux éphémères des nomades peuls venus s’installer, comme chaque année, à flanc de montagne pour cultiver les terres durant la saison des pluies. A la saison sèche ils reprendront la route avec leurs troupeaux. Sur la piste, des dizaines de femmes et enfants se dirigent à pied, avec cargaison sur la tête, dans la même direction que nous : vers Tanougou. C’est le jour du grand marché. En effet, chaque dimanche, un marché auquel participent tous les villages des alentours se tient dans le petit village de Tanougou. Un village à flanc de montagne qui veut dire « porte des montagnes ».  C’est ici que les ancêtres traversaient la chaine de l’Atacora. Le village est donc resté un carrefour commerciale où chacun vient vendre ses céréales, ses produits animaliers ou artisanaux. Mais nous, en dehors du marché, c’est les cascades qui nous attirent ici. De majestueuses chutes qui coulent des roches lisses de l’Atacora. Le lieu est magique, au fond du village, plusieurs cascades qui s’enchainent dont une grande de plusieurs dizaines de mètres. Nous en profitons pour manger mais ne nous attardons pas trop, l’état de Nina s’aggrave sérieusement. Ce n’est surement pas la fatigue.

Ce qui est rassurant c’est qu’à Tanguieta il y a un hôpital tenu par des Italiens qui est réputé dans toute l’Afrique de l’Ouest. Nous en avons même entendu parler jusqu’à Nouadhibou en Mauritanie, à Nioro du Sahel au Mali et bien souvent à Cotonou.

Arrivé là-bas, après avoir tout de même prie une douche (après une nuit dans la savane, c’est la moindre des choses…), nous constatons que le « meilleur hôpital » du Bénin ne donne pas envie d’y rester trop longtemps… Ce n’est peut-être pas plus mal, ça peut faire effet placebo… Le médecin qui nous reçoit, apparemment pas inquiet par l’état de Nina, nous demande de patienter pendant qu’il termine sa pintade et son riz qu’il mange à la main sur le bureau des consultations.  Après plusieurs minutes, l’assiette est vide, il demande les symptômes, prend la température, constate la fièvre, me demande d’aller cherché un ticket à la caisse et fait appeler un médecin. « A  parce que vous n’êtes pas médecin? Non, le dimanche ils ne travaillent pas, mais il va venir, allez chercher un ticket à la caisse pour le dossier ». Je fais la queue à la caisse un petit moment (comme au supermarché) jusqu’à ce qu’enfin l’hôtesse, ou la caissière, me présente la facture et le ticket. Ça y est Nina a le droit de voir le médecin. Mais le dernier n’est pas encore là puisqu’il ne travaille pas, nous sommes dimanche. Mais Nina est déjà sous perfusion. Nous patientons une bonne heure quand enfin le médecin arrive. Bien agréable, très courtois, aussi gentil que l’infirmier qui nous a acceuilli avec sa pintade et qui depuis a mangé un autre plat de pâte et … de pintade. Étonné par le nom de Nina il demande d’où elle vient : « ah tient une voisine, moi je suis Kinois ». Ben voilà comment se faire soigner dans un village du nord du Bénin par un Congolais. Prise de sang et compagnie. Le temps passe, ça va mieux, le médecin rentre chez lui en nous rassurant, s’il y a un problème il n’habite pas loin. Les résultats arrivent un bon moment plus tard, rien d’inquiétant, petit début de palud, on peut rentrer chez Jacques. Pour une fois ce n’est pas moi qui est eut la perf !

Le lendemain journée de repos, on décale le retour sur Cotonou. Malheureusement le mal perdure, ce n’est pas que le palu mais bien une sinusite qui s’est infectée. Nina ne quitte pas la chambre de toute la journée. Sa tête lui fait mal même si elle n’a pas de fièvre. Le lendemain nous prenons le bus tout de même pour rentrer à Cotonou. Ce fut un véritable calvaire pour Nina. 11h de bus avec un mal de tête insupportable et un chauffeur qui klaxonne sans cesse et sans raison. Ajouté à cela un enchaînement de séries ghanéennes et nigérianes avec un doublage surnaturel. Lorsque enfin le bus s’arrête à St Michel près de la maison, nous sommes bien heureux et Nina se hâte d’aller se coucher.

L’aventure nord Bénin, comme à chaque fois que j’y suis allé, restera une fois de plus dans les annales.

Tanguieta est un lieu magique, authentique et chaleureux. La majorité des maisons sont encore traditionnelles, les femmes portent les habits traditionnels,  la bonne humeur et la politesse sont une tradition. La chaleur et la tranquillité de la région de Tanguieta, ajouté à cela ses paysages, sa faune et sa flore, en font pour moi le plus beau coin du Bénin.

Julien

Pour tous ceux qui souhaitent s’y rendre, voici l’email de Jacques : samhmal@yahoo.fr

Plus que votre guide, il sera votre ami tout le long de votre séjour et fera tout pour vous arranger. De plus son hôtel dispose de chambres confortables mais aussi de cases traditionnelles et d’une véritable Tata Somba. Pour plus d’informations contactez-moi.

Grand Popo et après? (BENIN)

Grand popo est considérée comme la plus belle plage du Bénin. Même si l’océan est puissant et dangereux, l’étendue du sable à perte de vue, les pirogues qui attendent de prendre le large, et les cocotiers inspirent au calme et à la tranquillité. Passage obligé des touristes, point de repos des expatriés le temps d’un weekend, mais aussi l’endroit idéal pour tout jeune Béninois qui compte offrir à sa petite – ou future petite – amie un weekend de rêve.  Grand Popo, jadis petit village de pêcheurs, attire du monde, de plus en plus de monde et devient petit à petit une station balnéaire qui perd ses charmes.

Il est loin le Grand Popo de 2005 (année où je l’ai découvert). Et j’ai peur, comme beaucoup de nostalgique d’une époque où Grand Popo était synonyme d’amusement, de calme, de sérénité, de fraternité, que dans quelques années il n’y en ait plus aucune trace . Grand Popo se résumait alors en Peace and Love. Les tambours battaient le rythme enjoué par le balafon, harmonica et guitare. Les ballets passaient et repassaient, en danse, en chanson, sur échasse ou en acrobatie. On dormait là où on était et mangeait tous ensemble. Il y avait Coco Beach qui accueillait tous les rastas et ceux qui voulaient l’être le temps d’un séjour, on buvait un coup au milieu de la nuit chez Thomas, on errait sous les cocotiers ou en pirogue sur le fleuve Mono avec les hippopotames.

Huit ans après, la plage est toujours là, les cocotiers un peu, quant aux hôtels, ils se sont multipliés chacun dans son style, sans se soucier de l’Environnement ou du voisin. Les murs de béton se montent comme des châteaux de sable, et les petites paillotes roots de l’époque ont laissé place à des étages  robustes bien que posés sur du sable…

Chaque année Grand Popo perd un peu de son âme et emporte avec lui la simplicité de son village d’antan.

Ce weekend il y avait la célèbre fête de Novitcha, célébré depuis 1921 pour la Pentecôte. C’est la fête de la fraternité,  celle pour qui tous les Xwala et Xwéda (ethnies de la région de Grand Popo) , peu importe où ils ont élu domicile, se réunissent le temps d’un weekend de joie. Les djembés reprennent du volume, les trompettes, trombones et autres les accompagnent, et ensemble font danser les Popos et les invités de cette fête annuelle.

Les marques d’eau, de boissons diverses, de télécoms et autres s’en donnent à cœur joie pour distribuer leur pub et leurs business. Heureusement le tout dans une atmosphère bon enfant où chacun se souhaite bonne fête et s’échange les rires, sourires et plaisanteries les plus béninoises qu’il soit. Le temps d’un weekend peut-être que Grand Popo retrouve quelques choses de son âme.

Les pécheurs eux ne prennent pas le temps de s’amuser trop longuement, le poisson n’attend pas et est déjà bien assez rare. Avant même que le soleil n’apparaisse ils tirent les filets qu’ils ont dispersés la veille. En rythme, en chanson et dans un effort colossal, des heures durant, ils tirent les filets pour les ramener du large.

Le soleil est à son zénith, de plus en plus de monde se joint à la tache de plus en plus hard. C’est en début d’après-midi, alors que nous sommes plusieurs dizaines que nous en venons à bout. Le filet est sorti de l’eau. Mais comme chaque jour la pêche est bien maigre. En dehors d’un gros baracouda, seules des dizaines de petits poissons, juste bon pour de la friture, se trémoussent entre les quelques méduses et sachets plastiques.

Je regarde autour de moi, nous sommes plusieurs dizaines à avoir tiré les filets. Le maigre butin sera partagé en autant de familles. Déjà les femmes sont là, on leur remplie leurs bassines (à peine 5), elles les déposent sur leur tête et s’en vont déjà les vendre.

Les pécheurs n’ont pas fini la journée. Alors que d’autres sont partis en mer pour les filets du lendemain, ceux restés lavent, et enroulent les filets qu’ils viennent de tirer.

Pas de fête pour ces pêcheurs qui souffrent du manque de poisson. Mais que s’est-il passé ? Les chalutiers trop nombreux me dit-on. Ils passent et repassent au large à des distances qu’ils leur sont interdites. Les licences sont délivrées trop facilement pour les firmes de la pêche. Et puis, il y a le phosphate relâché dans l’océan au Togo voisin (15 km). Les phytoplanctons sont détruits par le phosphate, les poissons qui s’en nourrissent disparaissent. Ah vraiment ce n’est pas simple…

La côte du Nigeria est ravagée par le pétrole, une marrée noire continuelle se déverse dans le golf du Bénin depuis plus de 25 ans. Au Togo le phosphate se rabats sur les côtes, au Ghana s’est le mercure et autres métaux issus de l’électronique. Et puis il y a les ports,les plateformes pétrolières qui jaillissent,  les chalutiers etc…

Ah vraiment ce n’est pas simple… Surtout pour les habitants de cette longue côte ouest-africaine. S’étonnerons-nous encore, comme en Somalie, lorsque dans quelques années des pirates naitrons de cette côte qui souffre de notre mondialisation libérale et incontrôlée ?

Grand Popo se modernise selon certain. Elle s’adapte aux demandes des touristes. Chacun veut en tirer parti et bâti son business. Mais quel exemple suivent-ils ? Celui de nos stations balnéaires que les gens sensés se mettent à fuir ? Pourquoi ne pas anticiper et investir dans un tourisme responsable et plus humain ? Avoir un train de retard n’est pas forcément une tare mais peut être, au contraire, un avantage permettant d’ anticiper l’avenir en évitant le temps des erreurs. Mais j’ai peur qu’une grande partie de Grand Popo ait préféré au développement durable, responsable et à la conservation de la culture, un développement économique, capitaliste basé sur la rentabilité rapide et sans loi.

Bien sûr nous sommes encore loin d’un tourisme de masse et même de celui de la côte sénégalaise. Mais faut-il attendre qu’il soit trop tard pour tirer la sonnette d’alarme ? Heureusement tous n’ont pas été amadoué par la tentation, bien au contraire, conscient, et même en pleine conscience, des artistes refusent de vendre leur culture et luttent plutôt pour la conserver. La conserver, la préserver en formant la jeunesse, en revitalisant la vieillesse et en partageant leurs arts et leur culture avec tous. Sans rien attendre en retour, ils diffusent leurs connaissances et se basent sur le partage pour faire avancer le Schimlblick. Certains des plus engagées se sont réunis dans l’association du CLAN (Contes et Légendes d’Afrique Noire) et ont créé le Centre Académique des Arts Africains et d’Ecoute. Ils forment tous les enfants qui le souhaitent au théâtre  à l’art de la marionnette, à la peinture, au batik, à la musique et à la danse. Parallèlement  ils diffusent le savoir ancestrale lié aux plantes médicinales et aux tisanes. Ils organisent des spectacles et concerts régulièrement. Motivés, de bon cœur, et vraiment conscient que le monde a besoin de revivre son humanité, ils donnent toutes leurs énergies dans cette œuvre collective. (Nous préparons un reportage sur le centre).

Comme toujours, là où les choses perdent leurs valeurs, naissent des Hommes, des mouvements, des idées qui luttent pour les préserver, pour louer la Vie, pour transmettre l’Amour et aider les Hommes à redevenir Humain. Garant de ce qui peut  pousser l’humanité  à s’élever, nous ne pouvons que les encourager et surtout se joindre à eux pour participer au grand changement qui s’opère partout autour de la planète.

Malgré les interférences et l’appelle du dieu argent, Grand Popo est donc toujours, dans la conscience de beaucoup, un lieu magique qui se doit d’être préservé à tout prix. Un lieu à part où les énergies positives vont bon train et emportent avec elles les plus volatiles d’entre nous, prêt à se laisser aller.

Julien

De Paris à Brazza: Le Sakasaka

Chaque Congolais, et plus particulièrement celui qui vit en France, a une relation spéciale avec la Sakasaka. Cela représente pour lui le repas de fête, le moment où la famille et les amis se retrouvent. On est alors plus un simple Congolais d’origine, on sent comme une appartenance à un groupe. Le repas de fête c’est comme des retrouvailles qui nous permettent de nous familiariser avec notre langue et nos coutumes. La musique traditionnelle, le pagne porté par nos mères et les récits de là-bas nous rappellent que, quelque part, nous sommes quand même Congolais.

Chacun, lors de ses retrouvailles, attend le plat obligatoire : le sakaksaka ! Que l’on soit 8 ou 50 autour du repas le sakakasa est le plat d’excellence. Il est presque mal vu de ne pas en servir…

J’adorais ce moment où ma mère posait le plat sur la table et que chacun salivait. A la première bouchée les compliments fusent dans tous les sens. Les hommes se contentent d’affirmer que le sakaksaka de ma mère est toujours aussi bon, quant aux femmes, plus curieuses en leur qualité de cuisinière, demandent : « mais comment tu l’as fait ? Qu’as-tu mis dedans ? ». Alors ma mère raconte fièrement sa préparation. Elle y met tellement d’amour qu’on a l’impression qu’elle nous conte une histoire. Elle explique comment faire, à quel moment introduire tel ingrédient afin qu’il n’influence pas le gout d’un autre et que le résultat final ne soit gâché.

Je savourais le conte de ma mère autant que je savourais son sakaksa. Je ne savourais d’ailleurs que le sakasaka de ma mère. Je mangeais bien celui des autres, mais bon, aucun n’égalait celui de ma mère qui est sans doute, le meilleur du monde. Oh, je peux y rajouter celui de ma grand-mère maternelle.

Ce classement vient sans doute de la préparation que ma mère accorde au sakasaka. Je me souviens encore me réveiller le samedi matin et sentir l’odeur de la feuille de manioc sur le feu. On se doute alors que notre mère n’a pas fait la grâce matinée. Elle s’est réveillée de bonne heure pour piler la feuille de manioc et obtenir la même texture que les épinards hachés. Vous imaginez sans difficulté le dur labeur que cela demande.

Petit ou grand on rentre souriant dans la cuisine : « Hum maman on va manger du sakasaka ? » , « Oui » nous répond-elle heureuse et fière de voir à quel point elle nous fait plaisir.

La première odeur que l’on sent c’est la feuille de manioc qui cuit pendant de longues heures pour enlever son amertume.

Je me souviens encore peler 3 gros oignons, plusieurs gousses d’ail et nettoyer les 2 gros poireaux en profondeur. Le tout est également pilé. Plus tard, après l’acquisition d’un super robot, ma mère les mixait. Le mélange est ensuite mis de coté et attendra le bon moment pour s’incorporer à la feuille de manioc. Il faudra également couper en petits morceaux 1 poivron vert et 1 aubergine.

Une fois que les feuilles de manioc ont perdu leur amertume on rajoute la mixture – poireaux, oignons, ail – ainsi que les poivrons et l’aubergine. On laisse encore cuire un moment. Combien de temps ? Impossible à dire ! Regardez, sentez, goûtez, vous saurez bien s’il faut passer à l’étape suivante. Pas de chrono dans la cuisine congolaise et africaine en général. Seule les sensations et l’attention que l’on porte à sa cuisine peuvent nous guider.

Pendant ce temps on incorpore le poisson (chinchard ou capitaine) dans de l’eau chaude salée. L’opération ne dure pas longtemps juste le temps que le poisson soit cuit et reste ferme. Bien entendu on aura préalablement vidé, écaillé, et nettoyé le poisson frais. Après cela vient le moment que j’appréciais le moins : enlever les arrêtes. C’est une opération qui demande de la précision du coup on ne m’a autorisé à le faire qu’une fois assez grande.

On récupère alors de petits morceaux que l’on incorpore aux feuilles de manioc. En laisse encore cuire en tournant le mélange comme il faut.

Vient ensuite l’étape que je préfère puisque selon mes papilles si cet ingrédient est mal dosé le sakasaka n’est pas à mon goût et je le considère parfois comme raté. Je disais souvent à ma mère que le sakasaka sans pâte d’arachide n’a aucun sens. Je l’entends encore me répondre « mais il y a plusieurs façons de le faire, c’est aussi selon tes moyens tu peux faire un sakasaka simple ». Quoi !!! Simple, est ce que cet adjectif et le mot sakasaka vont de pair ? Non impossible.

Pour la pâte d’arachide on chauffe un peu d’eau et une fois frémissante on y ajoute une bonne dose de pâte d’arachide. On mélange bien avec une grosse cuillère une fois que ce mélange fait des petites bulles on verse le tout dans les feuilles de manioc. On mélange tout doucement et on laisse cuire de nouveau quelques instants.

Ensuite vient la cuisson de l’huile de palme, bien rouge qui annonce la fin de la préparation. Celle-ci doit bien chauffer, c’est le moment où l’on ouvrait grand la fenêtre de la cuisine car ça sent fort et ça fume un peu. Quand ma mère disait « c’est bon », on incorporait toute l’huile  dans la grosse casserole de feuille de manioc qui n’attendait plus que cet ingrédient pour qu’on le nomme enfin sakasaka. J’adorais ce moment où les feuilles de manioc, l’oignon, l’ail, les poireaux, les aubergines, le poivron, le poisson et la pâte d’arachide frémissaient au contact de l’huile bien chaude. On mélangeait alors le tout, on (c’est le moment ou bizarrement toute la famille est dans la cuisine) prenait chacun une grosse cuillère à soupe pour goûter. « Hummmm, c’est trop bon, on mange !! »

Je n’ai encore jamais préparé seule ce plat que j’aime tant. Sans doute pour que je puisse faire un caprice à ma mère avant que je ne vienne lui rendre visite. Elle sait maintenant que chacune de mes visites s’accompagne du délicieux sakasaka qu’elle me préparait lorsque j’étais encore sa petite fille chérie à la maison.

Aujourd’hui ayant goûté le Sakasaka de ma grand-mère pendant mon retour aux sources, c’est-à-dire le Congo-Brazza, j’ai en effet compris qu’on y incorpore des choses selon nos moyens. Je n’ai pas retrouvé le poisson dans le Sakasaka de ma grand-mère mais tout le reste y était et plus particulièrement l’amour.

A partir de maintenant, en mangeant ce plat fabuleux je n’aurais plus besoin de m’imaginer ce Congo cher à mes parents. Je ne suis plus une Congolaise qui cherche ses origines. Le plat de ma grand-mère est le trait d’union qui me manquait, l’admirer pendant sa préparation a été une révélation.

Je sais aujourd’hui que le Sakasaka est mon plat préféré pour tout cela. Le Sakasaka c’est l’amour qu’on se donne en famille et la tradition culinaire que l’on transmet à sa fille.

Je me dois aujourd’hui de partager ce plat avec tous et de le confectionner moi-même. Je le dois car je veux transmettre à mes enfants tout mon amour et mes origines, en un mot, ce qui m’anime.

Ma Ditsiele

Assiette de sakasaka accompagné de poisson frit et safou.

Bienvenue dans MAD MAX! (R.D.C)

En 1910 Léopolville comptait moins de 10 000 habitants. Aujourd’hui, cent ans plus tard,qu’est devenue Léopolville  renommé, entre-temps, Kinshasa.

Aujourd’hui c’est plus de dix millions de personnes qui s’entassent dans les cités de Kinshasa devenue la plus grande ville d’Afrique centrale. Cette croissance exponentielle, que rien ne semble pouvoir arrêter, a apporté son lot de problèmes, si ce n’est de catastrophes. Catastrophes écologiques, sanitaires, sociales, et humanitaires. Quasi-inégalé dans le monde entier, les emplois créés par le secteur informel dépassent les 95% ! La misère et l’insalubrité se sont emparées de toute la capitale. Les restes d’un âge d’or de la cité tombent en ruine, à l’image du glorieux stade qui a accueilli le plus grand match de boxe du siècle dernier : Forman vs Ali.  Ce stade aujourd’hui délabré devient chaque nuit le refuge de milliers d’enfants des rues. Effectivement, Kinshasa est envahie par les enfants des rues, les shegués. C’est plus de vingt mille shegués qui airent nuit et jour dans le centre de la capitale. Le phénomène est parvenue à un point de non-retour puisque Kinshasa vient de voir naître la première génération de shegués nés de shegués… Un phénomène qui trouve sa source dans la misère de cette mégalopole  chaotique. La population déshéritée se réfugie dans des pseudos églises protestantes appelées églises du Réveille. De dangereuses sectes à la tête desquelles des prophètes ou pasteurs sans scrupule qui hypnotisent la foule et pillent les plus pauvres les suçant jusqu’à la moelle. Ceux qui ne donnent pas assez sont souvent amenés à abandonner un enfant accusé par ces pseudos pasteurs d’être des sorciers. Actuellement plus de 80% des shegués sont des enfants sorciers. Beaucoup d’entre eux ont été torturé, humilié en public, dans ces églises du réveille qui endorment les populations profitant de leurs misères. Le phénomène est plus qu’inquiétant ou révoltant, il est terrible, horrible et inhumain.

Ces shegués devenus adultes s’organisent alors en gangs armés jusqu’aux dents de machettes, coupes-coupes, lames et armes à feu. On les appelle les Kululnas (bandit en lingala). Ils sèment la terreur dans la ville, entre braquages, agressions violentes, meutres et enlèvements. La police les craints, ils n’ont pas peur de mourir ni même de tuer. Les kulunas sont là et il faut faire avec ! Enfin ça dépend quand… En effet lors d’évènements majeurs comme prochainement le sommet de la francophonie, pour lequel la France a débloqué plusieurs millions d’euros pour 3 pauvres jours de « dandinage » diplomatique, les pauvres shegués seront embarqués dans des camions par l’armée et la police pour être lâchés à quelques 300 km du centre… Le temps qu’ils reviennent les diplomates et gens de bonnes tenues seront repartis…

Les familles ne sont pas pauvres à Kinshasa, elles ont dépassé ce stade, elles sont littéralement dans la misère. Tout est saturé, que ce soit le sanitaire comme le transport. La fourmilière bouillonne et il ne manque qu’une étincelle pour que tout explose.

Alors Kinshasa c’est quoi cent ans plus tard ?

Kinshasa c’est MAD MAX, un monde post-apocalyptique, sans loi véritable, là où la police se confond avec les bandits, là où tout peut arriver surtout le pire. Une ville où il n’y a pas d’âge pour la prostitution, ni d’âge pour porter autour de la taille une machette. Kinshasa c’est l’échec de la modernité, c’est le revers de notre monde moderne, la conséquence de notre civilisation éclairée, c’est l’un des symboles de l’oubli de notre système et de nous-même qui en profitons. Kinshasa c’est là où on ne veut pas regarder pour ne pas être dérangé quand on remplit notre réservoir d’escence, qu’on allume notre lampe électrique à énergie nucléaire, que l’on rêve d’or, de diamants ou juste lorsqu’on écrit sur du papier issu de la déforestation. Chaque maison à sa poubelle, c’est bien connue l’Afrique est celle du monde, mais Kinshasa et sa grande sœur Lagos en sont sûrement le fond.

On parle souvent des villes de l’avenir, du futur, des voitures qui volent et des gratte-ciel qui chatouilles les Dieux. Et si les villes du futur c’étaient Kinshasa ou Lagos ? Des millions de cabanes en taules, des rues mélangeant la boue et les déchets, des familles qui mangent une fois tous les 3 jours, des milliers d’enfants errants et armées, des immeubles délabrés qui s’écroulent et quelques milliardaires qui passent au milieu de tout ça enfermés dans leurs 4X4 climatisés ?

Heureusement, il y a aussi l’espoir, la lumière qui jaillit de cette ombre, il y a les consciences. Les consciences qui s’éveillent (sans église du Réveille). Kinshasa se dresse entre mille et s’impose comme la capitale centre-africaine de l’art ! De l’art dans toutes ses formes :  musique, slame, arts plastiques, peinture, danse, cinéma etc… La création fait affront à la destruction. Refusant de sombrer dans les méandres et les enfers de notre monde, la ville bouge, se débat, la ville vit ! Nous prouvant que l’espoir ne doit jamais être terni par la réalité, que le courage et la volonté ne sont pas vains et que de l’obscurité peut jaillir la lumière.

Si Kinshasa est, comme beaucoup le disent, un enfer sur terre, alors souvent les démons doivent danser avec les anges.

Julien

Brazza la Verte! (CONGO)

L’avion est rempli (ou presque) de Congolais qui rentrent au pays pour de brèves visites familiales, portant fièrement leur réussite ou masquant leurs difficultés derrière un accoutrement élégant. Mais surtout l’avion est bondé de colons chargés de leurs jeunes progénitures ,qui grandissant dans les écoles d’expatriés et autres fils de ministres, s’en iront sans doute, agrandir les foules de ces pédants représentants d’un système qui noie l’Afrique.  Chacun se raconte ses vacances en France en illustrant leurs récits avec leur I-pad, s’échangeant les derniers « sons » du « mouv » avec leur I-pod, et leur nouveau numéro avec leur I-phone. Lorsque l’un se vante de passer par la zone VIP grâce  son passeport diplomatique (s’il vous plaît), l’autre riposte en affirmant de ne pas être  qu’une riche à Brazza et une pauvre en France mais bien riche dans les deux cas (ça vous en bouche un coin…) . Mais pas de touriste à l’horizon (on les aurait reconnue à leur dégaine – sans doute proche de la mienne…) et une jeune fille le regard plein d’intention mais manifestement un peu perdu qui semblait être une nouvelle  humanitaire (on l’a reconnu à sa dégaine) sauveuse du monde et porteuse (surement) de la bonne nouvelle. Bref un bon plateau mixte prêt à fouler le tarmac d’un aéroport tout neuf (enfin bientôt fini).

Ouah ! La classe ! L’aéroport flambant neuf (pour sa partie achevée) est d’un standard européen, moderne et accueillant. Certes ce n’est pas Charles de Gaulle mais quand même. La cargaison de néo colons que venait de déposer l’avion et le standing surprenant de l’aéroport m’ont tout de suite averti : Congo Brazzaville zone située en Pétro-dollars !

Une avenue tout fraichement goudronnée nous fait quitter l’aéroport pour nous conduire dans Brazzaville. Vraiment la ville a l’air développée. Aie aie que n’avais-je pas osé penser ! La réalité rattrape vite les rêves (ou illusions). Où sont les expatriés ? Où sont les affaires ? Où sont les pétro-dollars ? Au centre-ville bien sûr ! Et le reste de Brazzaville me diriez-vous ?

Brazzaville, comme un apartheid, est divisée en deux zones : quartier nord, majoritairement derrière le pouvoir en place, et les quartiers sud, ceux qui ont subi la guerre, les quartiers oubliés et frappés de pleins fouet par ce qu’on appelle dans le journal télévisé : la précarité.

Deux zones séparées par  Poto-poto, centre-ville, l’arrondissement 1 qui regroupe le quartier des affaires et autres commerces. Peuplé majoritairement par les «  Loungari » ( les ouest-africains), mais aussi par beaucoup d’autres étrangers, Libanais, Chinois, et les Kinois voisins qui sont devenues presque plus nombreux au Congo que les congolais eux-mêmes. «  La France » l’appelaient-ils encore avant la guerre, ce petit Congo français qui faisait face au géant centre-africain , le ZAIRE Ex-Congo-belge.

Après la fin du conflit de 1997, et la prise de pouvoir (pour la deuxième fois)  de Sassou NGuesso, il a été décidé de réduire massivement la population du Pool. Un vieux présage congolais dit que le Pool est la tête du Congo, tenir le pool c’est tenir le Congo. Mais le Pool était majoritairement derrière l’opposant principal Bernard Kolélas. Celui-ci dû s’exiler en France laissant derrière lui sa milice privée, les Ninjas. Ces derniers ont été récupéré par le Pasteur NToumi qui deviendra en un éclair un chef de guerre. Le service de sécurité de  Kolélas a perdu le contrôle de sa milice qui joue maintenant, sous les ordres et manipulation du pasteur, une rébellion. De l’autre côté Sassou Nguesso «  les Cobras » (sa milice privée) se voit gonfler par l’arrivée massive de mercenaires venus des quatre coins d’Afrique : Tchadiens, Rwandais, Angolais, Kinois etc… Leur rôle : réduire massivement la population du Pool sous couvert de repousser la rébellion des Ninjas.

Si en 97 la guerre avait vidé les quartiers nord et le centre Potopoto, en 99 tout le sud de Brazzaville est réduit à l’exil. C’est le néant. Partis à pied dans les villages lointains, les habitants sont massacrés tantôt par les Cobras, et tantôt par les Ninjas supposés être leurs alliés. Mais le pasteur est dans la confidence de Sassou NGuessoLes Ninjas sont devenues fous, drogués, manipulés, gonflés par des hordes d’enfants soldats, à l’instar des Cobra formé à cela, il massacre tout et tout le monde.

Brazzaville n’a pas encore pansé ses plaies, les quartiers sud aujourd’hui peuplés comme avant et même plus, n’ont aucune infrastructure, on cherche les écoles, on ne trouve peu d’hôpitaux, ni de clinique  ou même de dispensaire. Les pharmacies comme beaucoup d’habitations ne sont que des cabanes de taules. Les caniveaux sont pleins, les ruelles qui s’enfoncent dans l’obscurité d’une brousse en pleine ville sont jonchées de déchets, le réseau électrique n’est présent que chez les plus chanceux et parmi ces plus chanceux, il faut l’être encore plus pour que le réseau ne soit pas en délestage. L’eau courante manque, et certains quartiers subissent des coupures de plusieurs semaines ; j’en passe et des meilleurs (enfin ça dépend pour qui…)

Le sud de la ville vit au rythme d’un abandon continuel auquel ils font face grâce à une étonnante adaptation, une débrouillardise fabuleuse le tout dans une fatalité déroutante.

Vivant dans des dépotoirs rendus vivables par le décor de brousse et de verdure qui envahit la ville, les Brazzavillois tiennent leur maison avec beaucoup de soin, se créant de petites cours qui peuvent être très agréable. Brazzaville a réussie à devenir une ville de plusieurs millions d’habitants tout en préservant la verdoyante nature dans laquelle elle s’est invitée. Cette ville est étonnante et ses ruelles ressemblant à des sentiers menant à des villages lui donnent un charme et une originalité certaine et évidente ! Rapidement on comprend le surnom qui lui est donné : Brazza la verte !

Dans la zone sud de Brazza, on marche beaucoup car certaines zones ne sont ni accessibles en voiture ni même en moto. Le relief colinéaire ne facilite pas l’écoulement des eaux qui a chaque pluie façonne un peu plus les sols.

On survie plus qu’on ne vit dans Brazza mais ce qui est sûr c’est que le mouvement de la vie est bien présent. Les foules en mouvements animent la ville et les centres commerçants comme le grand marché Total de Makélékélé (le plus grand marché du Congo).

Et puis à Brazza, on sait danser, et on danse ! Sans cesse, chaque fois que la lumière, après être passé par des oranges et autres couleurs surnaturelles, se tamise jusqu’à plonger la ville dans l’obscurité. Les Nganda s’animent aux sons des rumba, salsa, et autres rythmes qui font dandiner tous bons congolais qui se respectent ! La Primus (bière locale) coule alors à flot, et jusqu’à 2h du matin on oublie un peu qu’une fois le soleil levé, il va faire chaud, très chaud et ça va être chaud, très chaud…

Bien qu’entassé dans des bus, bousculé dans les marchés, enjambant les caniveaux, le Congolais en homme fier a toujours la classe ! Cette classe devenue pour certain une religion : la Sapologie ! Même si le costume n’est pas de mise au quotidien, on fait attention, on s’habille, on se sape, et on ne sort pas en culotte (en short), ni en sandale plastique ! Non vraiment, le Congolais à la classe et il sait danser !

Si le Congolais a la classe, la Congolaise sait cuisiner et pas qu’un peu ! Les légumes locaux s’agitent dans les marmites posées sur des feu de bois et charbons. Le manioc accompagne tous les plats, quand la pâte d’arachide s’invite souvent et que les légumes s’imposent toujours. Du Sakasaka (qui se prépare une journée durant) au Ndogodogo, en passant par le 3 pièces, poissons salés et autres plats au goût bien  éloigné de l’Europe mais tellement chaleureux !

Malheureusement tout le monde ne mange pas à sa faim, et les vieux qui n’ont pas de retraite ont parfois du mal à trouver de l’aide chez les jeunes qui n’ont pas de travail… Heureusement , pour sauver le pire, la solidarité familiale que l’on trouve en Afrique est ici plus que présente. La famille c’est large, c’est grand, c’est presque infini, c’est souvent 4 à 5 générations qui se côtoient, qui s’entraident, qui vivent ensemble pour le pire et le meilleur. Il n’y a que des mamies, papy, maman, papa, tonton, tantine, et frère et sœur. Le cousin n’existe pas, c’est un frère, la tante n’existe pas, c’est une maman, les sœurs de la mamie, sont elles aussi mamies. Et il n’y a pas de distinction, chacune de ces mamans peut être apte à éduquer ce que nous appelons leurs neveux. Quant aux tontons, c’est souvent les amis proches qui sont alors levés au rang de nos oncles et tantes . La famille africaine est soudée, elle ne s’ignore pas, mais vie vraiment ensemble et se respecte profondément même si cela n’est pas toujours sans histoire.

A Brazza, avec les Brazzavillois, on vit des moments irréelles, surnaturels, et on se dit souvent que ces moments ne pourraient sans doute se vivre nuls par ailleurs. Brazzaville c’est un ovni au milieu des capitales du monde, une ville dans la verdure, une ville qui défie les codes, qui survit sans infrastructure, qui bouge au rythme de la Rumba, qui danse, qui s’active, et qui rêve ( parfois un peu trop). Une ville à laquelle on s’attache et surtout des habitants auxquels on s’attache rapidement et avec lesquels on aimerait vivre encore et toujours, ces aventures, ces rires, ces moments que l’on ne vivrait pas ailleurs.

Comment un pays qui amasse autant d’argent et de pétro-dollars peut délester autant sa population et sa capitale ? Une population si digne et fière et une capitale si extraordinaire ?

Les Brazzavillois ne doivent pas avoir honte de leur ville, ils doivent en être fier, et doivent cristalliser cette fierté dans la préservation de ce qui fait son identité.

Julien

En compagnie Touareg (NIGER)

Les chameaux sont près. Maya, le chamelier, a déjà parcouru 20 km à pied pour nous les amener.

Eddie et moi, sommes habillés en Touareg, nous devons nous fondre dans le paysage et je ne pense pas que se soit aisé. Drôle d’impression lorsque le chameau se lève, je suis haut, perché, et me sens maladroit sur cette bête qui a des aires de dinosaures. Les gens de la rue nous regardent partir, les enfants nous saluent en agitant leurs mains ; un signe universel je crois.

Notre petite caravane circule dans les rues d’Agadez. Puis nous y sommes, après les dernières habitations, telle une barrière, voir une frontière que nous franchissons, nous sommes dans le désert. Il n’y a pas de relief, pas d’arbre, plus rien. Un océan de sable, de terre fine. Les dromadaires marchent calmement, la ville s’éloigne doucement et pas à pas nous avançons vers l’inconnu.

Des heures assis sur nos nouveaux compagnons de route guère plus confortable que le bus qui nous a conduit jusqu’à cette contrée lointaine…

Après une première phase d’euphorie, le calme et la sérénité s’emparent de moi. Ce calme, cette sérénité qui nous est communiquée par la nature et sa grande sagesse. Ce même calme que l’on ressent en montagne lorsque les seuls bruits sont ceux des murmures de la terre-mère. On l’écoute, on l’entend, on s’enivre de son souffle de vie. Il nous pénètre et tel des enfants nous ne pouvons que lui rendre un sourire humble et modeste. La nature sait nous remplir le cœur et le corps de sa vie et de son amour. Trop souvent nous oublions de l’accepter et de le sentir, pourtant elle est toujours là prête à nous rassasier de sa Vie.

Les chameaux ne sont assurément pas les moyens de transport les plus rapides et tant mieux. Grâce à leur nonchalance poétique, je savoure l’instant. Quelle stupidité pourrait pousser l’Homme à découvrir un pareil lieu à la vitesse d’un 4X4 ? Et pourtant c’est si souvent fait… Fracassant ce silence harmonieux par un vacarme mécanique est un sacrilège. Narguer cette nature à la vitesse du vent, balayant cette douceur, est une provocation aux forces de notre terre. Les Touaregs le savent et peu d’entre eux ont troqué leurs vieux compagnons contre des pick-up.

Nous nous arrêtons après 4h dans une oasis artificielle. Je dis artificiel car c’est un puits qui anime le coin. L’eau tirée par un chameau irrigue les majestueuses pastèques et les succulentes dattes. Autour de ce coin de vie quelques personnes travaillent calmement au rythme des pas de chameaux.

Mes babines goûtent les meilleures pastèques qu’il ne leur sera jamais proposé. Une extase sous les 60° qui nous déshydrate. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’une pastèque pouvait procurer autant de bonheur ! Ah ce bonheur que nous compliquons et cherchons tellement que nous oublions qu’il est si simple et surtout à la portée de tous. Cette manie de tout compliquer, de tout vouloir comprendre et expliquer, nous torture plus qu’elle nous serre.

C’est à 16h après avoir échangé avec ces habitants d’un monde sans temps ni heure que nous reprenons notre chemin vers l’horizon. Comment savent-ils où nous allons ? Je l’ignore et m’en fou, je m’éloigne du monde et de mes repères et ça, ça me plaît.

3h plus tard, nous nous stoppons pour la nuit. Moussa fait un feu. Maya le chamelier nourrit les dinosaures. Cette première nuit à la belle étoile est une révélation. J’ignorais qu’il y avait autant d’étoiles… Je me prends à imaginer qu’autour de chacune de ces étoiles s’organise et vit un système planétaire… Mais que sommes-nous là au milieu ? Comment pouvons-nous oser être si prétentieux ?

Les étoiles filantes passent et repassent, j’épuise rapidement tous mes vœux. Je préfère les vivre que les rêver.

Le ciel, le désert me parle, j’entends son silence qui a chaque instant me pénètre un peu plus. Mais où allons-nous ? Où m’emmènent mes nouveaux amis Touaregs ? Ce voyage est-il seulement terrestre et physique ?

« Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de soi-même » Confucius

« Nous pouvons faire le tour du monde sans quitter notre chambre » Socrate

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers » Hermès Trismégiste

Moussa est heureux de nous annoncer chaque jour que « ça sange tous les jours »… mais chaque journée a le même rythme : nous avançons environ de 7h à 11h puis de 16h à 19h. Entre les deux nous restons à l’ombre pour se protéger d’un soleil aussi hostile que le grand froid des montagnes.

Les jours se ressemblent mais sont tous un pas de plus dans l’immensité du désert et en moi-même. Les paysages changent, Moussa a raison. Nous passons du sable au désert de pierre, franchissons des cols et suivons des plaines. Nous rencontrons les nomades, traversons et nous haletons dans les villages et autour des puits qui sont les principaux lieux de vie.

Les enfants sur dos d’âne charrient des bidons d’eaux. Ils nous regardent intrigués, je crois que nous faisons de même.

Les Touaregs sont majestueux, leur terre, leur droiture, leur façon fière et humble de marcher… La vie ici se déroule comme il y a des milliers d’années, au rythme du soleil et du vent. Le progrès, la modernité à laquelle nous sommes assouvis peine à s’imposer dans ces territoires hostiles. Quelques montres, quelques bidons plastiques, quelques cigarettes… sinon rien que le fruit du travail, de la terre et de l’ingéniosité des Hommes des premières heures. Aussi posés et sages que leur demeure : le grand Sahara.

Chacun d’entre eux, comme le veut la tradition, porte une épée. Les haches et outils sont artisanaux et forgés de leurs mains. Seules leurs rares petites radios sont made in china. Leur joie et leur bonheur nous sont transmis chaque jour. Pas besoin de mot ou de long discours, leur vie est un exemple d’humilité.

Maya qui ne parle pas un mot ni d’anglais ni de français est un homme libre et heureux. Sa vie n’est pas facile, loin de là, mais il sait l’apprécier et la louer. Son regard en dit long. Son visage porte les traces du désert et son rire en dégage la chaleur.

Un matin, avant l’aube, Maya nous réveille, Agali et moi, Mouhamed (ce sont nos noms locaux). Il nous conduit dans des collines de pierre. Les singes sont là, à quelques dizaines de mètres. Ils sentent notre présence, nous scrutent méfiant. Nous ne pouvons pas nous approcher plus, ils n’ont pas l’habitude de la présence humaine, ils sont libres comme les habitants du désert.

Les villages des Touaregs qui nous accueillent sont bâtis de petites cases qui ressemblent à des yourtes ou des igloos de bois et de chaume. Lorsqu’ils déménagent pour poursuivre leur route de nomade, ils laissent tout là, pour les suivants voyageurs ou ceux qui portés par le vent ou le destin en auront besoin.

Les femmes restent au village. Elles s’occupent de la nourriture, des enfants et de l’artisanat. Elles sont le pilier de leur culture. Les hommes eux, partent parfois plusieurs jours avec les troupeaux ou travailler dans les oasis.

La vie se déroule calmement. Non facilement mais calmement. Sans vague ni tempête qui viendrait rendre plus hostile une vie qui l’est déjà bien assez. Qu’est-ce qui pourrait briser ces Hommes qui ont bravé depuis des milliers d’années la dureté du désert ? La menace des grands groupes occidentaux comme Areva peut-être ou ceux qui viennent de Chine ? Il est vrai que l’environnement est hostile mais jusqu’ici ils s’y sont accommodés. Les gouvernements leur sont hostiles mais ils savent les ignorer (pour la majorité). Mais le désert est de plus en plus aride et les gouvernements pantins des grandes industries, de plus en plus injustes et brutales. Certains s’en vont rejoindre les rebelles ou les groupes comme Aqmi lorsque d’autres se réfugient dans les bandes criminelles. La drogue en provenance d’Amérique du Sud transit par le port de Lomé (orchestré par la dictature de Gnyassimbé qui s’en sert pour endoctriner la jeunesse), de Cotonou ou Lagos. Puis elle continue son chemin vers l’Europe propageant en route la misère liée à sa consommation, contaminant les agglomérations et les ghettos refuges à l’exode rural qui touche tous les pays du continent. La tentation est forte pour certain qui se laisse embarquer dans l’engrenage du trafic. Armes, drogues, humains, les convoies, les 4X4 arpentent le désert, ce no man’s land naturel. Quant aux caravanes de chameaux, elles continuent leur route tachant d’ignorer ce côté sombre d’une zone pleine de foi mais sans loi.

Le troc, l’échange, l’entraide, rassemblent ces Hommes sous l’étendard des étoiles du désert. Cette carte ouverte qu’ils sont les seules avec les navigateurs à partager le secret. Une carte que nous avons cessé de lire, de regarder même, préférant nous pencher vers nos pieds ou sur nos écrans.

La tête vers le ciel à rêver, les pieds dans le sable bien encrés. Où sont réellement nos racines ? Sur la terre ou au ciel ? Je pense qu’elles sont aux deux. C’est justement cet équilibre entre ciel et terre, entre visible et invisible, entre le cœur et la tête, entre le bon sens et la raison, entre instinct et intuition qui nous conduit à être nous-même. Cet équilibre des forces, cet équilibre du Ying et du Yang qui nous permet de voyager au plus profond de notre monde, de notre univers et de notre esprit. Les Touaregs le savent naturellement et c’est les pieds nus sur le sable encore chaud de la journée qu’ils rêvent la tête dans les étoiles les plus éblouissantes qui soient.

Le 5ème soir alors que Moussa prépare le feu et que Maya grimpe aux arbres à la recherche de nourriture pour ses dinosaures, je regarde cette montagne d’environ 300m de dénivelé. Elle ressemble à un amas de pierres entassées. Mon instinct savoyard revient au galop : « Eddie, on monte ? » « Allez, go ! ». On s’équipe d’un bidon d’eau et c’est parti. Quel spectacle ! Nous sommes sur la tour Eiffel naturelle du Sahara. Perchés sur ces pierres nous contemplons le territoire que nous foulons depuis cinq jours. L’immensité nous encercle et à perte de vue, le désert. Aucune trace visible de l’Homme et de sa modernité. Aucun temple au monde ne doit dégager autant de sérénité et d’humilité. Nous restons là à s’émerveiller. Euphorique, je prends conscience d’où je suis, perché là, à 19 ans, au milieu du Sahara. Il y a 10 jours je ne savais même pas que j’irai au Niger. La vie est belle et je la remercie.

Cette nuit-là, apprenant notre présence, un groupe d’enfants venue d’un village voisin nous a rejoint. Ils ne parlent pas notre langue, nous ne parlons pas la leur. Mais nous chantons, dansons et échangeons des rires et sourires qui resteront à jamais gravés. Nous nous couchons la tête pleine d’idées, allongés sur le sable nous contemplons les étoiles. Après avoir compté 22 étoiles filantes en deux heures nous avons arrêté de compter, convaincus que nos rêves se réalisent déjà. L’univers est en mouvement, la vie en est le moteur.

Le matin, une merveilleuse nouvelle nous parvient par le biais du téléphone arable. Un messager apprend à Maya la naissance de son huitième enfant ! Il est heureux, chante et danse partout. Il veut lui donner notre nom en notre souvenir. C’est vrai que même si nous ne parlons pas la même langue nous avons tellement échangé… Elle est née il y a trois jours, c’est le temps qu’il a fallu pour que de village en village, de puits en puits, le désert souffle la nouvelle jusqu’aux oreilles de Maya. Nous sommes subjugués ! Il semble, en fin de compte, avoir plus de vie qu’il n’y paraît.

La dernière nuit est un peu plus stressante, des coyotes ou chiens sauvages nous encerclent. On ne les voit pas, on les entend. Pas facile de dormir. Mais nos amis Touaregs n’ont pas l’air dérangé.

Ça y est nous rentrons avec une chèvre comme nouveau passager. La pauvre sera sacrifiée pour la naissance de la fille à Maya.

Petit à petit la silhouette d’Agadez se dessine. Nous nous rapprochons de cette ville en terre cuite. Une semaine ça passe vite mais le temps s’est arrêté. Un retour aux sources, à la simplicité et à soi-même. La ville se rapproche mais toujours dans le calme. Agadez est une ville sans bruit, sans agitation, une ville humble comme les Touaregs qui l’habitent.

Nous pénétrons dans la ville en traversant en dromadaire la piste de l’aéroport. Un tarmac déroulé sur le sable attend au soleil qu’un avion s’y pose. Seule une compagnie libyenne s’y aventure une fois par semaine. Le reste du temps elle fait juste partie du décor.

Le désert, les Touaregs, leur sagesse et leur simplicité ont marqué ma vie. Ils m’ont apporté quelques réponses, quelques pistes à explorer mais m’ont laissé avec toujours plus de questions en tête.

Julien Masson

Château Rouge et le 18ème!

De Barbés à Château Rouge en passant par la Goutte d’Or, vous voilà au cœur du Paris populaire le plus exotique qui soit. En quête d’épices, de nourritures tropicales, de vêtements bon marchés ou tout simplement de se retrouver dans un lieu animé, vivant et transpirant de réalité, vous êtes où il faut !

Château rouge c’est l’Afrique dans Paris ! Un continent entier dans un quartier ! Laissez vous déambuler dans son marché curieux de tout ces produits venues de si loin afin, sans doute, de laisser un goût d’Afrique, une odeur d’Afrique, un souvenir palpable à tout ceux qui ont dû la quitter. Et peut-être aussi pour offrir un parfum d’Afrique, une chaleur, un exemple de vie d’un continent qui dans la tête de beaucoup est mort et lointain.

Château rouge et tout le 18ème a aussi ces démons comme tous ces quartiers populaires qui mêlent leur richesse à la pauvreté, l’espoir et la vie à la misère proche. Mais Château rouge est tellement plus ! Ici la nostalgie de se retrouver loin de chez sois, la culpabilité d’avoir laissé les siens, la tristesse d’être si loin de ces racines laisse place à la joie, la couleur et la lumière d’un continent qui c’est fait sa petit place au cœur de Paris !

Château rouge vous ne connaissez pas encore ? Voilà un Paris qui ne vous laissera pas indifférent !