La côte nord de Californie

Assis, les pieds dans une terre rouge issue de la roche des nombreuses collines environnantes, je laisse mon esprit planer comme le faucon, qui à quelques pieds, flotte dans l’air qui le soulève au-dessus du Golden Bridge. Ce fameux pont, couleur âpre, rouge sang rouillé, orange internationale dit-on officiellement, traverse avec ingéniosité l’estuaire de la baie de San Francisco qui s’ouvre sur le grand Pacifique. Ce pont suspendu, aux larges structures, reconnu ouvrage d’art utile (devons-nous comprendre que certains, peut-être plus émotif ou sensitif, ne le sont pas ?) pourrait paraître bien disgracieux en d’autres circonstances, mais n’est-il pas ici, la porte de la ville mythique de San Francisco, la cristallisation des rêves de tant de gens ? Il prend là toute sa grâce, relient la ville magique aux collines vêtues d’un maquis fourni en papillons et oiseaux de toutes sortes, enivrant les promeneurs d’une myriade d’odeurs, tantôt d’un vert sombre ou strict, tantôt de l’or des pailles qui brillent au soleil californien. Sous la symphonie des oiseaux et la brise de l’océan qui lape mon visage, j’ai ce pont et cette ville sous mes pieds, et je ne m’en lasse point. Un voilier franchit, sur le dos de l’estuaire qui scintille d’un bleu acier, l’ombre du pont suspendu. Je pensais qu’il n’y avait pas meilleure façon d’enter dans la ville qu’en empruntant en voiture cette voie singulière et historique. Mais, en admirant le foc prendre la poupe et franchir dans un plein silence, sous le vacarme des voitures, la porte de la ville, je ne doute pas que la magie de cet instant éclipse la lourdeur du véhicule motorisé.

"Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon."

« Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon. »

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Les forêts de Sequoias

Nous sommes accueillis dans le nord de la Californie par une immense forêt de séquoia. Que dire de ces forêts millénaires ? Tels des citadelles, les conifères ancestraux s’élancent vers les cieux, ombragent l’humus, propagent dans les bois du Redwood l’atmosphère poignant des âges reculés. Imaginez, une sorte d’épicéa dans la forme de ses aiguilles, un pin dans sa coupe, dépassant parfois les cent mètres de haut et huit mètres de diamètre. Leurs écorces profondes décrivent des univers entiers, des cartes de contes mystérieux, un royaume fantastique et épique qui ferait office de royaume merveilleux. Signé de ses rides millénaires, l’arbre qui tiendrait nos vieux chênes pour arrière petits enfants, incarne la sagesse. L’histoire est inscrite dans sa sève et coule en lui, détenteur de la connaissance des époques qui n’appartiennent ni à l’Homme moderne, ni à l’écrit qui salie la mort des bois. Je ne peux m’empêcher voyant quelques boursouflures ou tumeurs qui sortent de leurs troncs comme des têtes ou des membres, d’imaginer les esprits qui vivent en ces majestueux conifères. Lire la suite

Le souffle d’une recontre

"le souffle d'une rencontre" - Seattle

« le souffle d’une rencontre » – Seattle

Le saloon est bâti comme les chalets canadiens, en rondin de bois croisés, comme les jeux de constructions de notre enfance. Aucun placo ou lambris artificiel n’est venu polir le naturel du sapin. Un long bar le coupe. Quelques manches à pression en sortent. Un gros barbu en salopette y est accoudé et se tourne la nuque chaque fois qu’elle passe dans son dos. Elle, a un mini short en jean, la taille fine, et est blonde comme une cigarette. Son sourire est affiché comme une publicité, mais son allure et sa façon de servir les vieux ours du coin, démontre un caractère trempé. Lire la suite

L’aimant des villes

La tradition scrute la modernité - La Paz (Bolivie)

La tradition scrute la modernité – La Paz (Bolivie)

Perché dans les airs, profanant le royaume des êtres à plumes, dans un de ces oiseaux de fer qui polluent l’atmosphère et sa légèreté, je survol l’Amérique des grandes plaines. Souvent, les Etats-Unis, dans nos idées atrophiées, ce sont les grandes villes. Ce qui m’amène ici c’est tout le contraire. Ce sont les grands espaces que le vieux continent, depuis trop longtemps peuplé par l’Homme blanc, son ambition ravageuse, sa curiosité mal placée et son orgueil démesuré, n’ont pas sus préserver. Ces grandes plaines qui sont synonymes mêmes de la liberté. Là où ont couru Sitting Bull et Crazy Horse, là où des nuées de Bisons détallaient librement avant que le visage pâle, en quatre siècles, réduisit leur nombre de plus de 50 000 000 à 750 ! Ces plaines qui se confondent avec le ciel, défiant l’horizon, concrétisant la notion étrangère à notre esprit, d’infinité, de la non-limite, de l’expantion éternelle. Perché là-haut, où devrait être l’aigle et non l’Homme, je rêve de courir comme un Sioux, dans les herbes de la plaine. Lire la suite

Le chant d’Harlem

Browstones de Harlem - Série de maisons en grès rouge, identiques, construites au XIX siècle. Browstones de Harlem – Série de maisons en grès rouge, identiques, construites au XIX siècle.

Sur la 125ème, entre vendeurs Portoricains de donuts, et vendeurs noirs à la sauvette, quelques camés finissent leur nuit d’épaves échouées sur les trottoirs d’Harlem où naviguent des sachets plastiques balayés par les vents printaniers. A deux carrés, une église nous accueille pour le sermon du dimanche. Les chœurs gospels emplissent les âmes vides et emportent les âmes pleines. Voilà une démonstration d’amour qui s’échappe des Hommes, une étincelle divine qui transite par une trachée pour éclabousser la foule de l’énergie de la vie. Et les paroles de Louis Armstrong prennent là tout leur sens :

« Ce que nous jouons, c’est la vie ! » Lire la suite

Voyage dans l’espace – temps

"Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent... " Pérou

« Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent…  » Pérou

 

« No puedes comprar mi vida » – Tu ne peux pas acheter ma vie

Calle 13

Dans les rues du Bronx chante le lingala, les pantalons se portent bas, le noir ne détonne pas, Malcolm X est un roi, les bières sont des cerveza et la nuit les boomers des caisses customisées bombardent du Calle 13.

« Soy, soy lo que dejaron, soy las sobras de lo que te robaron… »

Je ressens soudain le souffle du temps m’aspirer de nouveau dans la cantine de mes souvenirs. Du Bronx, je m’envole pour Santa Marta en Colombie. Le marché grouille de monde. Les bananes sont empilées à l’arrière des pick-up, quelques noirs aux dents d’ors, les jettent par-dessus bord, afin qu’elles s’étallent sur les comptoirs des vendeuses. L’odeur des fruits et des légumes, se mélange aux gazes d’échappement, aux cris incessants et à la chaleur latine, qui émane, telle une saveur, des hommes nés sous les tropiques. Juteux et sucrés comme leurs fruits colorés, l’humain des tropiques, qu’importe sa race, sa couleur ou sa foi, agite son postérieur au rythme des tambours, de la houle et de la mélodie de la joie. Les anges chantent au soleil. Le diable joue au tamtam, soulèvent d’un souffle les jupes légères, et en diapason avec les dieux bienveillants, emporte le bonheur des instants éternels sous les latitudes que notre machine économique à l’habitude d’écraser. Le Bronx reprend de la couleur.

« Soy Latina America, un pueblo sin piernas pero que camina… » Lire la suite

La folie citadine

Broadway - New York 2013

Broadway – New York 2013

Je me balade sur Broadway avec la démarche des Gendarmes, la tête qui oscille vers les cieux, et Saez qui hurle dans mes oreilles d’une voix nasillarde : « God blesse America ». Je ne peux pas m’empêcher de sourire bêtement, comme un enfant, c’est que j’ai l’impression d’être dans un film. Étrange ressenti. New-York, on a l’impression de connaitre pis en même temps, on ne connaît pas. Si bien que, lorsqu’on y est, ça semble irréel  spectateurs une fois de plus, du rêve américain, du délire mégalomane d’un pays prophète, d’une propagande bien faite. « America is God ! » pour bien du monde, mais pas pour le bien du monde. Les drapeaux flottent patriotiquement sur les façades des tours de Babel, qui s’élancent comme des minarets vers le ciel, caressent les dieux, insolents, d’acier et de ciment, de brique et de fric, de sueur et de labeur. L’irrégularité, l’imperfection, qui par leur dichotomie en font la perfection est anéanti dans la construction des démons fait homme, en éloge de la ligne droite, du carré, du parallèle et du perpendiculaire. L’architecte à équerre n’est qu’un profane de la nature qu’il blasphème. Elle, d’un nombre d’or ou de rien, souffle la vie dans chaque recoin. Lire la suite

La silhouette de la liberté

Le fameux drapeau Américain, qui flotte patriotiquement, sur les façades des tours de Babel. USA 2013

Le fameux drapeau Américain, qui flotte patriotiquement, sur les façades des tours de Babel. USA 2013

Le temps passe et fidèle à moi-même, je le laisse faire, sans tenir la discipline qui fait l’être, en me laissant balancer par le vent que j’admire. Presque 5 mois passé en France depuis le retour d’Amérique du Sud, et pas un article. Mais me voici, depuis quelques semaines, de nouveau sur les routes. Une destination qui c’est un peu décidé au dernier moment. Nous hésitions, notre cœur balançait, Afrique de l’Est ? du Sud peut-être ? et pourquoi pas USA ? Lire la suite