Éloge du risque (nécessaire)

Dans un monde où l’on tente de tout contrôler et de tendre le facteur risque vers zéro, je me risque à faire l’éloge du risque – non puéril mais consenti – afin qu’il revitalise la première fonction de l’Homme qui est de vivre. Vouloir soustraire le risque ou le danger de tout parcours de l’existence revient à retirer le sel d’un plat ou même l’ensemble de ses arômes. Car si l’imprévu est la première disposition à l’épanouissement de l’être il va sans dire que le risque qui en découle en est l’électrochoc. Lire la suite

La tête de la pieuvre

Ce parc gigantesque (Central Park), faussement naturel, poumon artificiel des citadins New-Yorkais, s’étale dans Manhattan, séparant Harlem et le Bronx du sud de la ville. Là-bas où brille Time square, Chelsea, Broadway, et le nouveau World Trade Center. Les rues sont larges, mais la hauteur invraisemblable des bâtiments, donne au tout, un aspect encaissé. A l’ombre des tours, la fourmilière grouille, chacun s’active à sa tache, à son rôle, au bon déroulement du système. Lorsque midi approche, les vendeurs de donuts laissent place à ceux de hot dog, et toujours dans la même frénésie, chacun se ravitaille sans perdre de temps, dans les fast-foods, les pizzas sur le pouce, les tacos ou les sandwichs orientaux dégoulinants de sauce.

Au pied du nouveau World Trade Center, on s’imagine la chute des jumelles qui le précédaient. C’est tout un symbole qui fut frappé ce tragique premier jour – selon le calendrier copte (premier calendrier Chrétien) – du 3ème millénaire. Nous sommes les jeunes de cette génération. Celle de la cristallisation du nouvel ordre mondial. De la dictature mondiale du marché, de l’économie, de la pensée. Ce fut le point zéro. Parce que l’histoire a besoin de dates, l’Homme de chronologie, de repère dans le temps qui s’évade. Chacun des jeunes de ma génération se souviendra du 11 septembre 2001. Du crie sourd de la peur. La peur, de la terreur qui s’immisce dans la peau, franchissant les seuils de nos chaumières par la boîte à image, par les ondes des radios et de l’internet. La division, le règne sur le troupeau de bêtes. Lire la suite

Le chant d’Harlem

Browstones de Harlem - Série de maisons en grès rouge, identiques, construites au XIX siècle. Browstones de Harlem – Série de maisons en grès rouge, identiques, construites au XIX siècle.

Sur la 125ème, entre vendeurs Portoricains de donuts, et vendeurs noirs à la sauvette, quelques camés finissent leur nuit d’épaves échouées sur les trottoirs d’Harlem où naviguent des sachets plastiques balayés par les vents printaniers. A deux carrés, une église nous accueille pour le sermon du dimanche. Les chœurs gospels emplissent les âmes vides et emportent les âmes pleines. Voilà une démonstration d’amour qui s’échappe des Hommes, une étincelle divine qui transite par une trachée pour éclabousser la foule de l’énergie de la vie. Et les paroles de Louis Armstrong prennent là tout leur sens :

« Ce que nous jouons, c’est la vie ! » Lire la suite

La folie citadine

Broadway - New York 2013

Broadway – New York 2013

Je me balade sur Broadway avec la démarche des Gendarmes, la tête qui oscille vers les cieux, et Saez qui hurle dans mes oreilles d’une voix nasillarde : « God blesse America ». Je ne peux pas m’empêcher de sourire bêtement, comme un enfant, c’est que j’ai l’impression d’être dans un film. Étrange ressenti. New-York, on a l’impression de connaitre pis en même temps, on ne connaît pas. Si bien que, lorsqu’on y est, ça semble irréel  spectateurs une fois de plus, du rêve américain, du délire mégalomane d’un pays prophète, d’une propagande bien faite. « America is God ! » pour bien du monde, mais pas pour le bien du monde. Les drapeaux flottent patriotiquement sur les façades des tours de Babel, qui s’élancent comme des minarets vers le ciel, caressent les dieux, insolents, d’acier et de ciment, de brique et de fric, de sueur et de labeur. L’irrégularité, l’imperfection, qui par leur dichotomie en font la perfection est anéanti dans la construction des démons fait homme, en éloge de la ligne droite, du carré, du parallèle et du perpendiculaire. L’architecte à équerre n’est qu’un profane de la nature qu’il blasphème. Elle, d’un nombre d’or ou de rien, souffle la vie dans chaque recoin. Lire la suite

La silhouette de la liberté

Le fameux drapeau Américain, qui flotte patriotiquement, sur les façades des tours de Babel. USA 2013

Le fameux drapeau Américain, qui flotte patriotiquement, sur les façades des tours de Babel. USA 2013

Le temps passe et fidèle à moi-même, je le laisse faire, sans tenir la discipline qui fait l’être, en me laissant balancer par le vent que j’admire. Presque 5 mois passé en France depuis le retour d’Amérique du Sud, et pas un article. Mais me voici, depuis quelques semaines, de nouveau sur les routes. Une destination qui c’est un peu décidé au dernier moment. Nous hésitions, notre cœur balançait, Afrique de l’Est ? du Sud peut-être ? et pourquoi pas USA ? Lire la suite

Il était une fois un mariage ! (PEROU)

Le marié passe l’anneau au doigt de sa nouvelle épouse. Même si cela fait trente ans qu’ils partagent leurs repas, leurs quotidiens, leurs vies. Trente ans de vie commune ont précédé ce grand jour. C’est aujourd’hui, qu’enfin ils s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’œil bienveillant de Dieu. Ils ont surmonté tous les obstacles de la vie et mis au monde trois enfants avant de valider l’acte devant des témoins. Ce n’est pas par souci de vérifier préalablement l’amour avant de s’engager qui pousse à patienter, mais les économies nécessaires à la réalisation du mariage. Et le récit qui va suivre vous le fera comprendre !

(Les mariés s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’oeil bienveillant de Dieu – Pérou 2012)

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Le Machu Picchu oublié – CHOQUEQUIRAO (PEROU)

Certains voyageurs sont poussés par l’envie « moutonesque » de visiter ce que le vénérable UNESCO a classé. Et par-dessus tout, pour pouvoir fièrement cocher une case de plus sur leurs listes de choses à faire dans cette courte vie – qu’ils courent et qu’ils courent ! comme un train qui se glisse dans l’espace sans changer à l’intérieur -, ils se précipitent sur les – soi-disant – 7 merveilles du monde. Et en haut du classement des patrimoines « exotiques » presque mystiques ou mythiques, le fameux Machu Picchu ! devenu à lui seul emblème du Pérou et même de toutes les Andes. Alors tout un monde soucieux de son curriculum vitae de voyageur qui a tout « fait »  et peu soucieux de ce qui se défait, se précipite sur les hauteurs du majestueux site pour lui arracher une photo et en faire un profil Facebook. Tel un trophée, une case cochée, un « ça c’est fait », le symbole de la folie Inca est figé dans le temps 20 000 fois par jour par ces hordes de touristes IN. à moins de 100 km de là des tribus isolées sont condamnées, mais ça les touristes l’ignorent et d’ailleurs s’en contrefichent car ils ne sont pas là pour cela. Non ! eux sont là pour la citadelle la plus célèbre du monde qui à elle seule justifie parfois le voyage. La visitant ils espèrent toucher à cette gloire. Loin de chez eux non pour découvrir le monde, le comprendre ou l’aimer, mais pour le consommer, le « voir », l’immortaliser en images mortes.

Et j’ai souvent du mal à comprendre comment l’on peut résumer un pays à des sites « morts », à des ruines figées dans un temps disparu, lorsque la vie continue dans son mouvement permanent. Si voyager c’est courir après le passé du monde autant le faire dans un musée. Si je pars sur les routes c’est bien pour faire la connaissance de ce qui est vivant ! « Pour découvrir un autre monde sans le conquérir, l’apprécier sans le déprécier, le partager sans le confisquer. » comme l’écrit si bien Franck Michel. Mais non ! la foule enragée est toujours la même qu’au temps des colons et des conquistadors, elle se rue sur le monde avec l’appétit d’un ogre ! Et alors que l’UNESCO l’a classé parmi les sites en dangers et recommande vivement de limiter les visites à 800 par jour, les vieilles ruines incas sont envahies chaque jour par 2000 pairs de jambes. Oh oui ! l’affaire est trop juteuse et la gourmandise n’a pas de nationalité. A environ 45 dollars l’entrée (2012) on comprend l’engouement. Et puis il y a l’Orient Express, cette firme anglaise qui s’est emparée de toutes les concessions autour de la poule aux œufs d’or. Acheter une bouteille d’eau ou aller aux toilettes et c’est dans leurs poches profondes que tombe votre monnaie. Mais le clou de l’affaire c’est le train. Le train que la majorité des visiteurs prennent (environ 40 dollars) appartient lui aussi à l’Orient Express.

Et puisque le vice n’a pas de morale et que dans le monde capital l’humain est un profit ou une perte, l’Orient Express a racheté la ligne populaire reliant Puno à Cuzco. Transformé en train de luxe, cette ligne jadis utilisée par les locaux, est devenue le chemin de fer le plus cher du monde au kilomètre ! Joyeux sont les chanceux qui profitent de la cuisine à bord et photographient les « pauvres » autochtones – véridique j’en fus témoin – en traversant les villages depuis leur wagon d’or. Et une fois encore, les réflexions de Franck Michel sonnent terriblement juste lorsqu’il écrit dans  Eloge du voyage désorganisé « Pouvoirs publics et entreprises privées se pressent au chevet des merveilles du monde, ici en sursis, là déjà à l’agonie. Mais des affaires restent encore à faire. »

Alors il n’y a aucun doute, le Machu Picchu doit être exceptionnel, unique, magnifique et mystérieux. Mais exclu du monde capital-profit le raisonnement du voyageur pourrait-il dépasser son ambition à vouloir – à tous prix – voir ce qui doit l’être ? Et se poser une question simple : Dois-je mettre au-dessus de moi l’Histoire et la condition humaine ? A ceux qui n’auraient pas compris : La visite d’un site aussi magnifique soit-il me donne-t-il le droit de consciemment participer à sa destruction, de favoriser les inégalités et de contribuer au vol culturel et économique d’une région ?

Chacun pourra répondre à cette question sans que mon cœur en soi le juge. Certains dilemmes ne peuvent appartenir qu’à la conscience de chacun. Que le mouton devienne un loup en se le cachant n’a rien d’effrayant que pour les autres moutons. Il est amusant – ou non – de constater que l’Empire Inca reste encore aujourd’hui une mine d’or pour les âmes de conquistadors qui ne cessent – toujours pas – de le souiller de leurs sales bottes. Tant qu’il reste à détruire, détruisons tant que l’on s’enrichit. Parole d’homme moderne.

( chemin abrupte vers le Choquequirao - Perou 2012)

( chemin abrupte vers le Choquequirao – Perou 2012)

A 70 km des troupeaux de touristes, se cache un autre site. Un des seuls à n’avoir jamais été découvert par les Espagnols. Un site 7 à 8 fois plus étendu que le Machu Picchu, perché à 3100 m d’altitude dans les pentes abruptes de sommets recouverts de la haute Amazonie. Un site qui a hébergé la résistance Inca et en a initié les Rois. Un site ni envahi à l’époque par les conquistadors, ni aujourd’hui par leurs descendants, les touristes avides.

Le Choquequirao (le « Berceau d’or » en Quechua) est fier d’être oublié. C’est son destin.

Aucune route n’y conduit, aucun train, aucune concession de l’Orient Express. Aucun poster ne le vend aux quatre coins du monde, aucune agence de voyages ne le classe en tête de liste. Même celle de Cuzco le rajoute comme un vendeur de glaces ajoute un parfum jamais acheté pour ameuter ceux qui vont où il y a le plus de choix – comme pour se sentir libre. Mais ils n’y vont pas. Trop loin, trop dur, trop pénible (et pas à la mode).

Après avoir pris bus et taxis collectifs, quatre jours de marche sont nécessaires. Plus de 3000 m de dénivelé positif et autant de négatifs. On descend la vallée pour la remonter puis on recommence. Les chemins sont raides et escarpés. On boit l’eau des rivières et on se fait littéralement manger par des pucerons démoniaques. Il faut s’attendre à avoir mal aux pieds, peut-être aux genoux, et se préparer aux centaines de piqûres qui vous démangeront toutes les nuits. Les moins téméraires pourront être aidés de mules et de muletiers rendant le parcours beaucoup plus accessible. Pour les autres, il leur faudra porter leur tente, leur sac de couchage et leur nourriture. Un magnifique trek en autonomie avec nuit à la belle étoile dans un décor féerique. Au-dessus des têtes baissées par la fatigue, des sommets enneigés s’élèvent vers les cieux et à leurs pieds, d’autres recouverts de jungle.

Marcher sur les pentes abruptes de cette vallée ramène aux bonheurs simples. De quoi se met-on à rêver devant un dénivelé qui n’en finit pas ? Eh bien on rêve du plat de pâtes de mauvaise qualité et de sa sauce tomate en sachet que l’on mangera le soir venu. Un plat de bagnard qui devient celui d’un Ritz. Et le soir venu la gamelle de ration est savourée et procure un réel bonheur, un bonheur simple. Et s’étend la vallée encaissée et les nuages filtrent les couleurs du crépuscule, comme des ombres chinoises, les mythes et les légendes jouent leurs scènes théâtrales. Ces nuits à la belle étoile, autour d’un feu, avec les amis, ou seul devant un plafond infini, on se retrouve à sa place. Sa simple place dans la nature. Et l’esprit s’apaise et l’on pénètre les sphères intérieures, le cœur s’ouvre au monde, et on se sent comme ces vallées encaissées qui s’ouvrent enfin sur un horizon plein, un horizon vide, un horizon infini. A l’aurore, – alors que le rideau de la brume est transpercé de quelques rayons de soleil qui le déchirent paisiblement – sans faire plus de bruit que le vent on reprend la marche, et parfois la fatigue s’oublie et laisse pénétrer une méditation inconsciente mais active qui réveille les sens. Chaque ascension est une initiation. Le sol dur nous rappelle l’existence, la douceur de la nuit celle de nos rêves, et dans l’effort nait la conviction que toutes réalisations passent par l’action. On se reconnecte durant ces treks autonomes, durant ces marches rudes, le poids sur les épaules qui aide à porter celui de la vie. Et si l’objectif final est – d’apparence – le site archéologique, il y aura toujours la rencontre avec soi et la nature.

( Terrasses de Choquequirao - Perou 2012)

( Terrasses de Choquequirao – Perou 2012)

Le Choquequirao se mérite.

Des dizaines de terrasses surplombent des précipites vertigineux. Son étendue est fascinante – bien plus d’une journée est nécessaire à qui veut l’explorer – et son emplacement incompréhensible. Lorsque l’on arrive sur le site on s’exclame : « ils sont fous ces Incas ! ». Ahah ! que j’aimerais connaitre l’architecte qui s’est pointé un jour chez le grand Inca pour lui dire : « Bonjours, J’ai trouvé un lieu idéal pour construire une cité.

–  Ah bon où ça ? lui demande alors le grand Inca.

–  Perché sur un col à plus de 3000 m, entouré de falaises, une bonne prise au vent, environ 4 jours de marche depuis le Machu Picchu, peut-être 10 depuis Cuzco. Il y a beaucoup de moustiques, c’est très difficile mais je vous assure que personne ne nous trouvera ! »

Et personne ne les trouva.

( Partie supérieur du site du Choquequirao - Perou 2012)

( Partie supérieur du site du Choquequirao – Perou 2012)

Mais je me demande encore et toujours ce que le voyageur ou touriste peut chercher dans ces ruines d’un passé perdu lorsqu’il ne se déplace – quasiment – que pour cela? Quelle gloire va-t-il placer dans le passé ? Pourquoi tente-t-il toujours d’y voir un âge d’or qui aurait péri ? Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas plus au monde qui l’entoure et qui lui, est bien vivant, bien présent, et qui a besoin de bien plus d’énergies et d’actions positives pour se construire sur une voie plus juste, plus égale, plus respectueuse de la vie, sur une Autre voie ! Non ! Il préfère pleurer ou s’extasier devant un passé perdu – et qu’il a détruit – et végéter son présent, le vivre sans s’y engager, en l’ignorant. Et les descendants d’Incas ou des autres ethnies  – à l’époque opprimées par les incas – vivent à l’ombre de leurs ancêtres comme si leurs cultures, leurs traditions, leurs coutumes d’aujourd’hui, sont exemptes d’intérêt ? Faut-il qu’elles meurent elles aussi (comme c’est d’ailleurs le cas) pour qu’enfin elles deviennent dignes d’intérêt ?

Je refuse de croire que voyager c’est se déplacer dans l’espace pour observer un temps révolu et oublier le présent et le vivant. Le monde n’est pas un musée d’œuvres mortes. Le monde est une biosphère remplie d’être vivant. Parmi eux des humains qui ne vivent pas toujours dans des conditions dignes et acceptables. Et ils valent plus que quelques ruines qui finiront tôt ou tard  – et plus tôt que tard si nous continuons de les consommer (consumer !) – par disparaître. Et je doute que les visiteurs de ces sites historiques soient tous des passionnés d’histoires !

Ce texte est alors dédié aux  vivants. Ceux que l’on oublie, ceux que l’on ne juge pas digne d’intérêt ni aujourd’hui qu’ils sont en vie, ni demain lorsqu’ils seront mort, car notre civilisation mercantile les a placé dans les pertes nécessaires à son exponentielle évolution destructrice – et sans doute le Macchu Pichu aussi en fait-il parti – .

Bien sûr ces ruines riches d’histoire sont des témoignages qu’il convient d’étudier et de préserver mais surtout pas de vendre et de consommer sous prétexte que le monde – le plus riche – doit pouvoir s’instruire. Ce n’est pas de l’instruction que de conquérir indéfiniment une histoire qui fut déjà écrite, ne l’oublions-pas, par les vainqueurs.

Et j’aime me rappeler que lorsque Cuzco fut pris par nos amis conquistadors, les habitants du Machu Picchu ont fui vers la cité cachée de Choquequirao. Détruisant derrière eux le chemin qui y menait, ils ont isolé le site encore plus qu’il ne l’était .Voici à quoi fut destiné le Choquequirao : au mystère, au silence, à l’oubli. Et aujourd’hui encore il attire ceux qui fuient le vacarme, la masse touristique et moderne, les chemins tracés, la facilité. Il appelle ceux qui veulent mériter ce que leurs yeux voient, mériter d’accéder à l’Histoire humblement, au passé et à la beauté naturelle de la nature.

Le Machu Picchu oublié, le Choquequirao,  n’est étrangement pas inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – et paradoxalement c’est peut-être ce qui le préserve -, il n’est pas inscrit non plus sur les tours opérateurs, ni dans les catalogues de voyages à ne pas rater. Peut-être sont-elles, ces vieilles ruines, un symbole de ces peuples bien vivants, de ces histoires, de ces résistances que l’on oublie – intentionnellement – et qui fleurissent ou fanent, vivent ou survivent, en marge de La Grande Civilisation, partout autour de la planète. Et il est là, comme il a toujours été, dans l’ombre de la gloire des Hommes, à la lumière de la gloire éternelle.

Julien

(Vue depuis le site sur la vallée de l'Apurimac - Perou 2012)

(Vue depuis le site sur la vallée de l’Apurimac – Perou 2012)

(Magie de la nature - Perou 2012)

(Magie de la nature – Perou 2012)

 

Le monde du voyageur est beau (?!) – Fin d’une légende

« Tout est beau en voyage » c’est pour les premières années lorsqu’on pense avoir révolutionné la pensée humaine parce que nous avons mis notre vie dans un sac. Une panglossémie qui fait rêver les autres. On se vante par fausse humilité d’avoir rencontré plein de monde et qu’ailleurs les gens sont mieux. Affirmer ça en fuyant le pas de sa porte pour celui d’un bout du monde c’est être celui qu’on pense que lorsqu’on le veut (ou qu’on le peut).

Tout n’est pas beau en voyage. Pour la simple raison que voyager c’est aller à la rencontre de la vie et du monde. Si dans un premier temps nous admirons ce que l’on croyait perdu ou que l’on n’avait pas pris le temps de voir chez son voisin, très vite nous sommes confrontés à la décadence, au vacarme, au dégueuli de notre monde. La gerbe de notre société éclaboussée aux quatre coins du globe. Les démunis, les réfugiés, les exclus, les clochards, ceux qui se morfondent sous le bruit de nos bottes. Ceux qui plient sous le poids de notre système. Les mendiants sans jambes de Cotonou abandonnés à un enfer quotidien, les enfants des rues de Kinshasa adossés à un destin misérable, les rues dégueulasses de Brazzaville, les déserts redécorés de sachets plastiques et les lacs où flottent des bouteilles qui rêves d’être des bateaux. Et puis la plus grande misère de l’Homme, sa cupidité universelle, ses yeux de bâtard qui brillent devant l’or, son obsession mondiale pour l’ »avoir », ses manies de conquistadors, de missionnaires corrompues, son regard de chien battu et son comportement de mouton. Celui qui vénère quelques peuples ou culture qui sois n’a pas dépassé l’étape de la panglossémie.

(Entre rire et pleur dans les rues de Brazzaville – CONGO 2012)

Moi l’optimiste baroudeur je suis valdingué dans ce monde obscur. Parcours les terres en espérant capter de la lumière pour grandir mon optimisme. J’essaie même parfois de convertir ceux qui se décompose devant l’état du monde. Mais je suis obligé de courber l’échine devant une vérité qui n’a pas de maître : notre monde est laid. Pas le monde, mais le nôtre. Et voyager c’est se confronter à cette réalité. Celui qui ne veut pas la voir voyage naïvement pensant qu’il est un nouvel explorateur et découvre ce que les autres ignorent. Celui qui n’est pas près et qui tombe nez à nez avec cette réalité se retrouve submergé et chute avec elle dans les méandres d’une société qui n’a aucune pitié.

Les Hommes voyagent et reviennent conquis par les ruines de civilisations qui ont prospéré comme la nôtre, en sacrifiant humains et animaux et en opprimant les minorités. Ils ne comprennent pas que ce passé est notre futur et qu’a quelques pas ou même sous leur pas vivent ces minorités opprimées. Nous continuons à les mortifier en clamant que le monde est beau. Et nous rentrons donnant des leçons à ceux qui n’ont pas bougé. Tels des enfants qui préfèrent les jouets des voisins, nous préférons les pays lointains.

Que de mensonges!

Passer un mois ou deux dans un pays permet-il d’en discerner les réalités ? Ou seulement d’en efleurer le mythe qui lui colle à la peau ? Un voyageur qui divague tout azimute de contrée en contrée peut-il se permettre de tirer des conclusions ? La patience doit être au voyageur ce que le carburant est à la voiture. Voir le monde n’est pas le comprendre. J’ai pensé dans un premier temps que voyager ouvrait l’esprit. C’est faux ! Je crois aujourd’hui après avoir rencontré un tas d’autres voyageurs que voyager enferme plutôt dans sa connerie ! Certains font le tour du monde, se disent roots, voyageurs vétérés, squattent les parcs publics (ça fait bien), jouent de la guitare aux coins des rues (ça fait rêver) et collectionnent les conclusions attives. Disent préférer vivre avec les pauvres (comme si c’était un hobbie) parcqu’ils sont plus heureux et gentilles. « Quand on est nue, même au diable on souhaite la bienvenue » chante Tiken Jah Fakoly. Ils osent affirmer que les pauvres sont les plus heureux. Et bien côtoyez un long moment les pauvres et on en reparlera. Connaitre la faim, perdre un enfant à cause d’une simple anémie, ne pas pouvoir soigner son frère d’une banale maladie, mourir et dépérir d’un banal accident de la route, devoir mendier, vous pensez que ça rend heureux ? Devoir déféquer dans les lieux les plus sordides de la planète, craindre une diarrhé et ne jamais savoir quand tout cela cessera, ça rend heureux ? Vivre avec les « pauvres » une semaine ou un mois, on voit des sourires, y rester de long mois et on voit la souffrance, la fatalité et l’injustice d’un monde nauséabond.

(Cicatrices de guerres – centre de Mostar – Bosnie 2011)

Les sentiments des Hommes sont les mêmes dans toutes les classes sociales et tous les pays . Partout on s’aime et on se hait. Partout j’ai vu le racisme, l’intolérance et la jalousie. Partout j’ai vu l’Homme se déchirer, convoiter son frère, et participer à l’effondrement de Babel. Et où j’ai eu le plus peur c’est qu’en chacun d’eux je me suis vu. Triste réalité que de constater que nous ne valons pas mieux que celui qui tente d’ensorceler son voisin parce que son commerce fonctionne, que nous ne valons pas mieux que celui qui lève son doigt quand on le klaxon, que celui qui exploite un peuple pour son pétrole. Je ne vaux pas mieux parce que tout ça c’est moi. Parce que tous ces maux sont en nous et que si le monde est malade c’est parce que nous le sommes.

Tout est beau en voyage pour celui qui lit les grands titres ou qui court les grands sites de l’UNESCO . C’est mieux ailleurs et une légende que les voyageurs aiment conter pour épater leurs auditeurs incarcérés dans leur vie, pour justifier le fait qu’ils ne trouvent pas leur place. C’est partout le même scénario avec de bons côtés et de terribles, avec la façade et l’intérieur, avec la vie et la mort.

Penser comprendre ce que les autres ignorent c’est ignorer à soi-même que l’on ne sait rien.

Julien Masson

(« Où est l’humanité? » – Congo 2012)

Une mer à 4000 m (BOLIVIE)

Un bleu profond comme celui des calos de l’ONU, un air marin presque méditérannéen, un crie de mouette, une cordillère Royale et un soleil qui plonge dans ce tableau.  Le lac Titicaca fait rêver depuis des milliers d’années. Les Incas ont vu en lui la naissance de leur monde, lorsque certains en ont vu la fin, sacrifié face au soleil couchant.

Prisonnier du temps qui forme le visage de la patate que nous peuplons, Titicaca fut emprisonné par les robustes sommets enneigés. Pénible destin pour un bout d’océan forcé à devenir un lac. Mais quel lac ! D’anonymes morceaux d’océan  il est devenu le plus haut lac navigable du monde et père d’une cosmogonie qui régit la vie d’une région entière.

Copacabana , aux allures de station azurienne, nichée au creux d’une crique au sud-est du lac, vend ses excursions à ceux qui veulent rêver avec le lac. La cathédrale dressée par les Espagnols témoigne de leur machiavélisme. Le soleil se couche en éblouissant les trois croix copiant ainsi le temple du soleil de l’Isla del Sol. Tout est bon pour convertir ! A coup de massue sur les cultures et les croyances, de détermination et de persévérance, de trahisons et de stratégies douteuses, l’Amérique du Sud s’est vue agenouillée devant la toute-puissance du Vatican. Le temps n’y a rien changé, aucun ne retourne sa veste et tous prient le Dieu des Chrétiens.

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, dans le temps il en est aussi le mouton.

(Le soleil sur les croix de Copacabana – Bolivie 2012)

L’isla del Sol est une perle qui flotte sur ce bleu marin. Des aires majorquais, quelque peu corse sur cette île symbole de l’Empire Inca. Des plages de sable blanc, des eaux lucides, des campeurs et des lamas. Le nord de l’île garde un semblant d’authenticité. Les habitants élèvent cochons et moutons en attendant de vendre quelques truites aux touristes. Un sentier à guichets sillonne les crêtes qui se perchent 200m au-dessus des eaux. Le sud de l’île c’est « mercantile island ». Pizzerias en souvenir culinaire Inca, groupes d’Allemands en bermuda et bateaux folkloriques avec équipage déguisé. Le charme de l’île est sans appel, les agences et les guides le savent.

(criques au sable blanc – Isla del Sol – 2012)

Mais Titicaca c’est des centaines d’îles et même des artificielles ! Fabriqués par les Amérindiens Oruros pour fuir les Tiwanakus. Les milliardaires Qataris n’ont rien inventé ! Les îles flottent toujours du côté de Puno au Perou habitées par des usurpateurs, des pseudos descendants d’Oruros qui exploitent le filon pour survivre sur le lac des dieux.

A 3850m les eaux des océans lointains ont fait naitre les mythes les plus extraordinaires et enfantent encore aujourd’hui dans l’imaginaire des touristes les fantasmes les plus fous. On y vient en masse profiter de ses secrets, de son calme et de son soleil si vénéré.

 

Julien Masson

PS: De plus en plus de visite par jour. Merci à vous qui lisez, suivez et partagez.  N’hésitez pas à vous inscrire sur la droite du blog pour être averti des nouveaux articles sur votre boite mail.

(île perdu dans les eaux de Titicaca – Bolivie 2012)

 

(enfants sur un ponton de l’Île du Soleil – Bolivie 2012)

 

Sur les traces des Tiwanakus et des Incas (BOLIVIE)

Lorsque la société vous pèse, la nature vous allège. Après tout elle est notre mère et nous vivons en son sein. Parfois (même souvent) il est bon de marcher, de s’évader et de se reconnecter à Pachamama. Un trek en autonomie en est un bon moyen.

Un chemin préhispanique faisant partie du  Qhapaq Nanquitte la Cumbre (4650m) pour franchir un col à 4900m et plonger  dans une magnifique vallée qui en perdant de l’altitude voit s’inviter sur ses flancs une vaste forêt : la haute Amazonie.

Le vent froid nous gèle les oreilles jusqu’au col où nous découvrons une gorge ouverte et profonde dans laquelle nous devons descendre. Une vieille voirie Tiwanaku récupéré de force par les Incas et utilisée aujourd’hui par les paysans, s’élance dans cette descente infernale. Se courbant une dizaine de fois sans se mordre la queue, elle vient se soulager à 4400m contre la rivière Lama Khuchu. Les ruines du tombeau Lama Khuchu  demanderaient beaucoup d’imagination à celui qui tenterait une reproduction mentale des scènes de vie de jadis.

(Tombeau Lama Khuchu – Bolivie 2012)

Quelques paysans grimpent courageusement, seuls ou accompagnés de lamas, dans l’espoir de vendre leurs pommes de terre à ceux qui partent nourrir les millions de Citadins de la Paz.

La vallée dresse des murs de roche en barricades accrochant les nuages sur ses sommets, s’isolant un peu plus . Comme une route céleste le bleu du ciel indique la voie. Après quelques heures de marche le seul village que nous verrons en trois jours se présente à nous. Construites de pierres, les maisons ne détonnent pas avec l’environnement. Les filles vêtues de leurs tenues traditionnelles jouent au foot supportées par leurs congénères masculins . La jeunesse de ce village doit se sentir bien emprisonné par ces pierres venues des sommets. La Paz est à 2 jours de marche lorsque pour Coroico il faut en compter 3. La glue du temps doit peser sur les âmes vagabondes. Mais le calme ramène les esprits à la plenitude. Comme  tous ceux qui ne sont pas natifs de ce village isolé nous continuons nos foulées. Petit à petits, alors que le soleil est en fin de course, la végétation s’épaissit.  Nous pénétrons les Yungas ces vallées chaudes et humides de la haute Amazonie. Après un pont de singe qui s’est vu amélioré par une modernité cablique, nous plantons notre tente (pas imperméable) sous un abri proposé par une famille sédentarisé sur ce bord de rivière. Le ciel abat ses gouttes toute la nuit. Désormais l’humidité nous habite. Toute la journée suivante les eaux des dieux nous alourdissent le pas et le rendent glissant. Ce deuxième jour nous tiendrons  la courbe de niveau de 2900m. Malheureusement sans voir l’ombre d’un plat. Que de descente succédant à des montées… Les pieds se ramollissent mais nous conduisent jusqu’à un autre camp proposant un abri semblable au précédent.

 

Deuxième nuit, deuxième plâtrée de pâte, mate de coca, et toujours pas de douche. L’humidité de la nature et celle de notre transpiration font drôles de ménage. Notre tente miniature mouillée de cette atmosphère conserve cette odeur bestiale. Ajoutée à cela celle de nos pieds qui se décomposent lentement, notre humble demeure n’est pas en état de recevoir quelconque invité. Même les insectes – excepté les mouches – nous évitent.

Malgré cela, cette végétation dense et cette verdure nous font du bien. Voilà deux mois que la nature luxuriante nous fait défaut. Même la pluie est appréciée.

(pont suspendu du Choro trek – Bolivie 2012)

Les quelques habitants que nous croisons, bien que soulagés des maux et des cries de notre société, ont une vie bien ardue. Leurs cultures de bananes, pommes de terre et maniocs sont accrochées à des pentes abruptes qu’ils ont débarassées de la forêt. Leurs dos sont cassés par les charges qu’ils transportent jusqu’au village. Les coups de bêche, les reins qui faiblissent, la vie qui marque.

Le dernier jour de marche dans les Yungas jusqu’au village de Chairo fut marqué par de fortes éclaircies. Des paysages toujours aussi beaux et luxuriants. Des cascades d’eaux et de fougères, des lianes éclaboussées par les quelques rayons de soleil qui percent la densité du feuillage, et des vues qui forces l’arrêt sur cette vallée surprenante.

Après avoir croisé un petit hameau et rencontré le chef du secteur, nous reprenons le chemin qui serpente sans arrêt dans une vertigineuse descente pour nous ramener 800m de dénivelé plus bas à Chairo.

(Yungas – Bolivie 2012)

De là, nous faisons du stop jusqu’à Coroico où nos pieds peuvent enfin se reposer. Le village est calme et exotique. Une autre Bolivie. Celle qui a vue s’installer les afro-boliviens. Les seules noires du pays. Apporté en Bolivie en 1550 pour travailler comme esclave (bien-sûr) dans les mines d’argent de Potosi suite à la reconnaissance par l’Eglise de l’existence d’une âme chez les Amérindiens. Ce n’était pas le cas pour les noires… Les survivants sont parties s’installer dans ces vallées chaudes et fertiles des Yungas où ils ne furent libres qu’en 1953. De leur rythme est né la lambada. Les transhumances forcées des noirs Africains ont donné naissance à de nombreux rythmes et danses : salsa, rumba, cubain, lambada etc… Rythmes jadis sacrées et sortis des couvents, seule moyen de garder un semblant de racine, de culture, et de moyen de communication.

Toujours est-il que ces Africains semblent bien intégrés dans ces vallées où les femmes portent le chapeau melon bolivien et les jupes andines. Une autre Bolivie comme je vous le disais !

 

Julien Masson

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Ferro-Bus! (BOLVIE)

Il est 8h15 nous arrivons sac sur le dos au sommet de la pénible butte à flanc de montagne sur laquelle sont posées les vieux rails du fameux ferro-bus. Une vieille à couettes attend patiemment avec son lourd fardeau rempli de légumes qu’elle espère vendre à Vila-Vila. Bientôt d’autres arrivent. Tous portent leur cargaison sur le dos dans des baluchons colorés. Nous sommes rassurés. Si autant de monde attend le ferro-bus c’est qu’il ne fera pas faux bond aujourd’hui. Les hommes assis à l’ombre mâchent leurs feuilles de coca devant un jeune garçon qui, chapeau de cow-boy sur la tête, tente de les imiter.

(Dans l’attente du Ferro-bus – Bolivie 2012)

9h 30, alors que le bruit strident du ferro-bus se fait entendre, sa silhouette se dessine à l’horizon. Il s’arrête là, au milieu de rien, là où ni panneau, ni gare ne signal un arrêt. Les marchandises sont entassées sur le toit du vieux bus Mercedez devenue train. Une promotion incongrue ! Le chauffeur tire sur le sifflet et lance le coup d’envoi de cette aventure andine.

A travers des villages de plus en plus perdus nous chargeons du monde et de la marchandise. Puis au milieu de rien nous en déchargeons un peu. Un manège qui se répète tout le long du voyage . Au milieu de ces montagnes arides, en surplomb d’une rivière presque asséchée, cet insolite moyen de transport nous conduit avec nonchalance et parfois vacarme vers Cochabamba. Les charmantes vieilles à couettes sont heureuses de se retrouver et échanger les derniers potins. Les hommes discutent entre eux quand d’autres sommeillent et que nous, nous sommes tantôt le nez dehors à admirer les paysages, tantôt dedans à observer l’ambiance du wagon.

Vers 13h le ferro-bus se stoppe dans un patelin. Seule pause pipi et culinaire du voyage. Les femmes sont au rendez-vous pour vendre leurs ragouts, leurs patates à l’eau, leurs cuisses de poulet et leurs riz. Chacun se ravitaille. Tout est prévu. On peut même prendre à emporter dans des barquettes en plastique qui finiront jetées par les fenêtres. Pourquoi des gens qui vénèrent autant Pachamama se laissent aller à se genre de facilité ? L’ignorance tentent certains. Pour ma part je n’en suis pas sûr mais n’ai pas d’explication.

(Ferro-bus en pause ravitaillement – Bolivie 2012)

Nous reprenons notre route secoués comme des pruniers tout le long, passant par mainte tunnels et tout autant de ponts. Le soleil est ardu dans cette contrée andine et même si nous gagnons petit à petit de l’altitude nous ne sommes pas près de mettre un gilet.

Il est presque 16 h, une énième fois le ferro-bus s’arrête dans un village qui a l’air bien triste. Qui va descendre cette fois ? Et bien apparemment c’est nous ! Nous voici à Tarata, 33km de Cochabamba. A peine nos sacs sont-ils au sol que le ferro-bus reprend sa course en sifflant. Une fois sur la place centrale nous sommes rassurés. Il y a de la vie ! La place à son charme avec ses bâtisses coloniales. Demain ou plus tard, nous reprendrons la route vers Cochabamba.

Le ferro-bus ? Un bus posé sur des rails se faufile dans une vallée aride pour desservir des villages isolés. Une ambiance sincère, de la vie, des couleurs, des odeurs, du bazarre, du bavardage, des vieilles, des enfants, de la Bolivie ! Inoubliable, authentique, charmant et nonchalant. Un bon moyen de prendre le pouls d’une région peu visité de ce magnifique et sincère pays.

 

Julien Masson

La capitale sucrée (BOLIVIE)

Comme une cerise sur le gâteau, Sucre est sur les Andes. Une douceur dans l’aridité de l’altitude. Une ville haute en couleur mais surtout majestueuse. Capitale  éclipsé par la Paz mais qui garde toute son importance historique lorsqu’on sait que c’est ici, à la Casa de la Libertad que fut signée l’indépendance de la Bolivie  le 6 août 1825. Toute l’élégance d’une ville coiffée par l’Histoire. De ses ruelles pavées à son architecture coloniale, de ses églises splendides à son blanc immaculé qui contraste le bleu du ciel azur.

Son marché central s’anime tous les jours. Le matin les jus de fruits frais se vendent comme des petits pains. Pour les plus gourmands des salades de fruits sortis d’un monde enchanté se déguste assis sur un banc en admirant ces femmes qui les préparent. Gâteaux, beignets, empanadas se vendent dans les rues. A l’étage du marché central, les veilles dames vendent d’abondantes assiettes dans lesquels cohabitent patates, riz, salades, viande, œufs, oignons et betteraves. On mange ensemble, on savoure et on admire cette cuisine populaire .

Les monuments historiques, les musées et les places ne manquent pas d’intérêt ni de laisser sous le charme. Comme le parc Bolivar qui accueille chaque soir des centaines de personnes de tous les âges qui viennent développer leur talent de danseur ! Incroyable ballet qui se joue sous le regard des plus timides. Les fanfares jouent dans tous les coins et font danser les citadins dans une bonne humeur contagieuse.

Prendre de la hauteur en grimpant par le chemin de croix sur le cerro Churuquella en humant le parfum envoûtant des eucalyptus ou admirer la vue sur la ville depuis la place du monastère La Recolta permet outre  de passer un agréable moment, se rendre compte que la capitale de la Bolivie n’est pas à mettre dans le sac des grands centres urbains sans âme.

Le 2 septembre en Bolivie, c’est la journée sans voiture ! Nous avons pu profiter pleinement de la perle des Andes dans un silence édifiant. Les enfants jouent dans les rues, les vélos circulent sans crainte et défilent  fièrement, les vieux savourent une glace, la ville est plus vivante que jamais.

Ah que c’est bon une ville sans klaxon sans fumée d’échappement, sans embouteillage. Une ville pleine de piétons aux  parcs pleins de danseurs, d’enfants, de vieux et d’amoureux. Le soir la musique bas son plein comme le cœur de cette capitale qui pour une fois n’a rien en commun avec les autres. Sucre, nichée entre les montagnes, à l’air semblable à celui du midi, n’a pas de mal à nous faire comprendre pourquoi ici les Hommes ont aimé rester.

 

Julien Masson

La Montagne de l’Enfer (BOLIVIE)

Il était une fois une ville où l’argent coulait à flots. Plus riche que Paris ou Londres. Une ville bâtie par les conquistadors et les missionnaires les plus avides de fortunes. Si l’Eldorado est resté une légende, Potosi, la ville de l’argent ne le fut pas.

Construite à 4200m d’altitude la ville la plus haute du monde s’étale à flanc de montagne. Et quelle montagne ! Celle du diable : le Cerro Rico (la montagne riche). La plus grande réserve d’argent du monde à portée de l’homme le plus avide. Les Espagnols ne mirent pas longtemps à bâtir Potosi plus étincelante que les capitales du vieux continent. Ils ne mirent pas longtemps non plus à réduire en esclavage les Amérindiens locaux. Eux qui s’étaient abstenus, non par ignorance mais par respect, d’extraire l’argent du Cerro, se retrouvèrent à y travailler 20h sur 24h et y moururent dans des conditions atroces.

La richesse du Cerro Rico a servi à financer la « Renaissance » et les «  Lumières » du vieux continent. Un âge d’or en Europe issu d’un âge des ténèbres pour les Africains et les Amérindiens. Un passé, un « détail », que l’on oublie volontiers dans nos livres d’Histoire si fier des siècles des Lumières.

Puis le Cerro Rico ayant offert toute son argent, les Espagnols se sont retirés laissant les mineurs flirter avec le diable. El Tio, le dieu des mines, celui que vénèrent les mineurs, celui qu’ils craignent, celui à qui ils offrent alcool, cigarettes et coca. Jadis, les Espagnols leur contaient que Dieu les tuerait s’ils ne travaillaient pas. Dio ! En quetchua (langue locale), le « T » n’existait pas, c’est ainsi que Dio s’est transformé en Tio, un frère de Satan qui trône dans les profondeurs sombre et brulante (35°) du Cerro Rico.

Aujourd’hui, les mineurs travaillent et meurent toujours dans les mêmes conditions, troquant leur vie contre de l’étain, du zinc, du plomb ou de l’argent qui seront exportés en Europe. Un pacte avec El Tio qui prend leur vie petit à petit afin que leur famille puisse manger. La poussière s’infiltre dans les poumons et après quelques années de travail éprouvant, dans des conditions qui n’ont pas changé depuis 300 ans les mineurs meurent en crachant du sang. C’est la silicose. Si aujourd’hui près de 20 000 mineurs dont environ 800 enfants se meurent dans les quelque 5000 galeries qui se perdent sous le Cerro, 8 millions d’autres y sont déjà mort dans des conditions épouvantables.

La malédiction de la richesse a frappé bien des peuples, celui de Potosi ne fut pas épargné et ne l’est toujours pas. Le chômage hante les rues, et Potosi, le camp des mineurs et les environs sont belles et bien dans le côté tiers-monde de notre civilisation moderne.

« Le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Nous Européens, l’oublions souvent, eux, le savent très bien . Et puisque notre orgueil et notre ego n’ont aucune limite, les Européens de passage, touristes aventuriers de l’extrême (bêtise) ne se gênent pas pour visiter ses « pauvres » qui meurent avec des tours opérators qui mettent en avant le caractère très unique de visiter les mines du diable ! Et ils courent, ils courent, heureux de se retrouver dans Germinal et d’offrir une cigarette à un mineur et pourquoi pas pour le grand frisson, à El Tio !

On nous a vus en Thaïlande photographier  les femmes aux longs coups, en Afrique jeter des bonbons aux enfants, à Rio visiter une favela, nous voici aussi à Potosi jouer le temps de 3h au mineur à côté d’enfants sans père qui meurent pour nourrir leur sœur. L’expérience est intense et le souvenir sera grand. Dans leur salon, à côté de la photo du Machu Picchu avant qu’il ne se soit effondré, ils seront en photo à côté d’El Tio et d’un mineur qu’il aura déjà emporté.Aucune limite, aucune honte chez ce touriste  qui aime les pauvres parcqu’à côté d’eux il se sent bien et riche.

Par contre combien s’aventurent seuls dans les camps de mineurs pour prendre le temps d’échanger avec eux ? Sur leur condition de travail, sur leurs conditions de vie, sur les injustices qui font qu’eux meurent pour quelque pauvre bolivianos quand les coopératives des mineurs s’en mettent plein les poches ? Pourquoi eux grattent à la main ou à la dynamite dans les tréfonds de la montagne quand une entreprise européenne explote  l’or sur le sommet du Cerro ? Combien ont pris le temps avant de se jeter dans les mines derrière leur guide de se demander ce qu’en pensaient les mineurs ? Et ceux qui meurent chaque semaine laissant femme et enfants, auront-ils quelque chose pour leur famille ? Pourquoi les tours opérators qui sont en accord avec les coopératives minières ne reversent pas l’argent des visites à ses familles démunies ?

Les mines du diable sont pour ces touristes des trains fantôme, des attractions, quand pour d’autres, elles sont l’enfer. Le véritable enfer, celui décrit dans la Bible. Cette même Bible qui dit « aime ton prochain », celle qui demande à l’Homme d’aimer et de ne point tuer, de partager et de respecter.

Une équipe de mineurs rentre de leur dur labeur. Partage un verre et quelques feuilles de coca avant de rentrer au camp se reposer pour le lendemain.

Alors sous les chants des mineurs et le regard courageux de Che Guevara l’espoir pali sans jamais s’effondrer. Le Cerro Rico est belle et bien la montagne de l’enfer et sous ses entrailles, Potosi fait triste mine.

Julien

Pourquoi voyager?

Pourquoi voyager? Quel est l’intérêt? Pourquoi ne pas se contenter d’un circuit tracé, de son hôtel, d’un confort qu’on transporte avec nous Pourquoi même quitter son confort au final!? On m’a souvent posé la question, vous trouverez ici une partie de la réponse peut être.

Avez vous déjà remarqué, la vie rend triste, trop… sérieux!

Donner une feuille blanche à un adulte et demandez lui de dessiner, il vous répondra qu’il ne sait pas dessiner. Donnez là à un enfant et il vous contera ses rêves les plus fous!

Le voyage c’est ça, garder une partie de son enfance, réapprendre à vivre, c’est faire l’avion dans le désert, courir sans but dans les champs et danser dans la rue quand l’envie vous en prend!

Voyager c’est s’offrir des moments inexplicables. Comment décrire la façon dont raisonnent les chants gospel dans les églises d’Harlem, la chaleur que t’offre les premiers rayons de soleil sur le pont d’un voilier, se faire réveiller par le chant de muezzin en Algérie, le parfum des marchés du Burkina Faso…

Cela permet de poser des visages, des sons, des odeurs sur vos sentiments, cela vous “(re)connecte” au monde, c’est comme si un incroyable réseau prenait place en vous, tout se connecte, on compare, on se souvient, on se questionne, on apprend. Le voyage peut je pense vous permettre de retrouver cette douce curiosité qui animait votre enfance.

La vie à mon sens doit passer par le voyage, sur la route c’est là qu’on apprend, sur les autres certes mais aussi et surtout sur soi :

Courir le monde de toutes les façons possibles, ce n’est pas seulement la découverte des autres, mais c’est d’abord l’exploration de soi-même, l’excitation de se voir agir et réagir. C’est le signe que l’homme moderne a pris conscience du gâchis qu’il y aurait à rendre passive une vie déjà bien courte. – Xavier Maniguet

La vie en voyage réapprend je pense aux hommes modernes et “civilisés” que nous sommes ce qu’est l’humilité. Etre humble face aux éléments, face aux connaissances des gens qu’on rencontre en chemin. Cela nous permet notamment d’abandonner une vie citadine trop rationnelle et sans doute trop facile, on tourne le dos à la philosophie de l’interrupteur, ce mode d’existence où il nous suffit d’appuyer sur un bouton pour avoir du froid, du chaud, de l’eau de la lumière, de la musique, à boire, à manger, des amis. Un monde trop parfaitement maitrisé grâce à ces petits commutateurs on/off. Il est finalement peut être plus facile pour certains de se poser des questions existentielles au fond d’un canapé sur le manque d’eau, sur “pourquoi je vis” une fois tous les boutons pressés, et lorsqu’on commence à se sentir touché, vulnérable, on zappe…

Le voyage ne nous laisse pas le choix! Face à nos émotions et nos craintes pas d’interrupteur, il nous faudra assumer!

Bon vent à tous!

Auteur: Clément Burelle