GRAND BIVOUAC 2013

TOUS AU GRAND BIVOUAC!

Je vous invite à venir découvrir – si vous ne connaissez pas encore – le Grand Bivouac!

C’est quoi au juste?

  • du 17 au 20 octobre c’est un festival, la 12ème édition, qui compte chaque année 30 000 entrées. Mais c’est surtout trois jours d’échanges, de rencontres, de bonne ambiance avec pas moins de 110 rendez-vous: conférences, projections, débats, expositions, village voyage découverte, animations et concerts. En gros, c’est du Partage Voyage!
  • Toute l’année, c’est bien plus qu’un festival, c’est des interventions dans les écoles, des projets, des expositions, des conférences, et à partir de 2014, c’est la première université populaire du voyage et l’ouverture de la Villa Marco Polo (formation et accompagnement de voyageurs).

Le Grand Bivouac est un festival, qui grâce aux fondateurs, à l’équipe de salariés, aux bénévoles et bien sur à tous les festivaliers, est devenue Le festival référence du voyage et surtout, bien plus qu’un festival, un événement annuel qui perdure tout au long de l’année.

Cette année, l’association Globetrotte 4 Peace, tiendra un stand dans la cour du Lycée Jean Moulin avec les premiers pas de l’aventure afin de partager, d’échanger et de vous parler de nos projets! Le vendredi, nous recevrons des écoles de la région, mais, dès le samedi nous vous convions à nous rejoindre pour une partie d’Awalé, pour regarder quelques photos de voyages et surtout pour discuter et échanger. Parce que le Voyage c’est le Partage!

Surtout, n’hésitez pas à vous rendre à Albertville du 17 au 20 octobre, parce que ça va être bon! 🙂

Pour découvrir le programme du Grand Bivouac c’est ici

Rendez-vous au Grand Bivouac!

site internet: http://www.grandbivouac.com/

affiche-grand-bivouac-2013-L

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Le chapelet des Cascades

Perle du chapelet des Cascades dans l'état du Washington

Au petit matin, les « Elk » ou wapitis, cervidés de la taille de chevaux et nobles comme les cerfs, majorés mais en terre conquise, nous scrutent à la lisière du bois. Quel plus beau réveille ? Lire la suite

Le voyage – Mon école

Pourquoi suis-je parti à 18 ans en Afrique ? Voilà une question que l’on me pose souvent. Une question sans trop de réponse. N’avez-vous jamais ressenti le souffle de la vie ? Un souffle qui vous conte les rêves les plus fous ? Un souffle, un esprit, une conscience, des signes, une énergie qui vous dit : vas-y c’est maintenant ! Où ? Nous l’ignorons et c’est pour cela qu’il est délicat de s’en aller. Contre toute opinion, parfois toute logique, il faut lâcher la laisse, se laisser porter par les vents de l’inconnu vers nos rêves les plus fous.

La vie est mouvement. Le souffle de la vie, la langue du monde, l’énergie de l’univers portent les âmes légères. C’est ce que j’ai voulu lorsque je suis parti pour la première fois en Afrique, lâcher prise, balancer un avenir certain, une routine alarmante, un Julien qui n’était pas moi.

J’ai fêté mes 19 ans au Bénin, je fête aujourd’hui mes 26 ans en Colombie. Qui a-t-il entre les deux ? Qu’en est-il  7 ans plus tard ? Lire la suite

Il était une fois un mariage ! (PEROU)

Le marié passe l’anneau au doigt de sa nouvelle épouse. Même si cela fait trente ans qu’ils partagent leurs repas, leurs quotidiens, leurs vies. Trente ans de vie commune ont précédé ce grand jour. C’est aujourd’hui, qu’enfin ils s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’œil bienveillant de Dieu. Ils ont surmonté tous les obstacles de la vie et mis au monde trois enfants avant de valider l’acte devant des témoins. Ce n’est pas par souci de vérifier préalablement l’amour avant de s’engager qui pousse à patienter, mais les économies nécessaires à la réalisation du mariage. Et le récit qui va suivre vous le fera comprendre !

(Les mariés s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’oeil bienveillant de Dieu – Pérou 2012)

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Un jour au Pérou…

Le bruit de la porte en métal raisonne. Nous sommes déjà réveillés depuis quelques minutes. Il est l’heure de partir. Le sac est près. Nous le sommes aussi. Bien habillés, nous prenons les couvertures en laine d’alpaga que Ravelina nous a préparé, et rejoignons Javier dans la cour de la modeste maison familiale. Il est deux heures du matin à Sicuani et les rues sont mortes. Dans le silence et l’obscurité nous marchons jusqu’à la station-service. Un camion nous y attend. Alors que Javier accompagne le chauffeur dans sa cabine nous sommes invités à nous installer inconfortablement dans la benne à bestiaux. Aucun animal avec nous, seulement des pattes d’alpagas sacrifiés pour remplir le ventre des hommes.

Dans un raffut qui brise le silence de la nuit, le camion prend la route de la cordillère. La lune est quasiment pleine et le ciel parfaitement dégagé. Pas de goudron sur la piste mais de la poussière. Le froid nous gèle les pieds et les secousses retournent l’estomac. Recroquevillés dans un coin sous nos couvertures nous encaissons les -10 degrés et les kilomètres qui nous rapprochent de la brillance de l’astre qui s’oppose au soleil.

Puis comme une délivrance, après quatre heures de calvaire, le camion s’arrête enfin. Juste à temps pour que nous puissions contempler le lever du soleil. Mais nous n’avons pas de temps à perdre, le troupeau doit déjà être parti. Derrière Javier qui trotte comme un cabri, nous marchons à près de 5000 m d’altitude dans le paysage grandiose et sauvage de la cordillère.

(A l’aube dans la cordillère péruvienne – 2012)

Alors que le soleil se lève calmement, la lune à son opposé brille encore, comme pour résister à l’ordre naturel qui se répète chaque jour. La lumière éclabousse le ciel jouant avec les couleurs et les formes. Émerveillés de cette symphonie nous avançons durant une heure ou peut-être plus sans savoir où nous allons. L’espagnol-quechua est lourd dans nos oreilles françaises ! Parfois si rugueux que l’on se contente de hocher la tête en espérant avoir bien répondu. Nous passons un col. Sur l’autre versant nous rencontrons enfin le troupeau d’alpagas guidé par un couple et leur jeune enfant. Nous déjeunons ensemble les quelques fruits et le pain que nous avons apporté, le tout dans l’ambiance calme des matins et timide des montagnards.

(Sourire de la montagne – Pérou 2012)

(Le soleil se lève sur les transhumances – Pérou 2012)

Javier, le couple et leur enfant, les trois chiens, le cheval, les alpagas, Nina et moi prenons la route des transhumances. Nous devons rejoindre un autre camp de l’autre côté des montagnes. Le petit Christian se retrouve rapidement sur mes épaules au-dessus du sac à dos. Son sourire accrocheur, son caractère fanfaron et son innocence en ont vite fait mon ami ! Quelques heures de marche ne suffisent pas à délier les langues des montagnards mais peuvent faire d’un enfant votre meilleur ami.

Nous voici au deuxième camp. Quelques petites maisons posées au milieu d’une plaine nichée à 4800 m entre les sommets de la cordillère. Les bêtes sont réunies dans un parc. Les quelques habitants du lieu s’activent et rassemblent leurs affaires. C’est le grand départ ! On ne redescend pas dans la vallée tous les quatre matins. Dans trois jours le mariage de la sœur de Javier sera célébré. Personne ne veut rater la fête. Nous ne la raterons pas non plus puisque nous y sommes invités.

(Les couleurs du coeur – Pérou 2012)

En attendant, il faut patienter, le camion doit revenir nous chercher. Le voilà qu’il arrive. Une partie du troupeau est amenée devant le véhicule. Le choix commence ! Et un à un les malheureux qui sont choisis par les éleveurs se retrouvent dans la benne serrés comme des sardines. Vingt sept alpagas, cinq moutons et quelques chèvres et poulets. Peut-être les changent-ils de camp ? Je tente la question sans trop de conviction mais avec un peu d’espoir. Eh ben non, ce sera bel et bien la viande pour le mariage.

Toute la cargaison est entassée dans le véhicule. Les dizaines de bêtes et les vingt humains. Nous sommes en équilibre sur les barres de la benne au-dessus des têtes d’alpagas qui vivent sans doute leurs dernières heures. La route dans la cordillère est magnifique avec vue sur les sommets de plus de 6000 m. Les bêtes ne les voient pas. Sur la bétaillère, l’alcool et la coca circulent. On se passe les bouteilles et des poignées de feuilles. Les blagues déclenchent le rire des femmes. Les enfants s’endorment entrelacés avec les chèvres. Mes jambes tétanisées retiennent mon poids et celle du sac posé sur moi. J’apprécie tout de même pleinement cet instant de bonheur simple au vent frais et pur de la cordillère.

A l’arrivée au village quelques 2000 m plus bas, les animaux sont déchargés dans la cour des futurs mariés. Nous allons maintenant rentrer à Sicuani une dizaine de kilomètres plus loin. Comme il n’est que le début de l’après-midi nous allons pouvoir nous promener comme prévu avec Maria la sœur de Ravelina. C’était sans compter sur la cérémonie !

Nous l’ignorions mais maintenant que la famille, amis proches et les animaux sont là, il y a la cérémonie qui précède le mariage. Et bien sûr nous y sommes conviés. Invités dans le cercle des proches, nous nous y assoyons timidement. Chaque seconde les paroles du maître de cérémonie, celles des mariés puis les rituels nous plongent un peu plus dans le Pérou traditionnel.

(Les futurs mariés prient à travers la coca – Pérou 2012)

La coca est omniprésente lors de la cérémonie. Les feuilles sont triées et rangées en lot puis distribuées à chacun. Et chacun se doit, nous compris, d’entreprendre des rituels avec la feuille sacrée. Les prières se tournent vers les dieux et notamment Pachamama la terre-mère. Une prière chrétienne faite à genoux par toute l’assemblée est la seule inscription du Vatican dans la cérémonie. Le reste est pure tradition animiste et ancestrale. Certains rituels nous frappent par leurs similitudes avec ceux des religions animistes africaines.

Puis les alpagas sont aspergés par les futurs mariés de bière fraîche.  Le coup d’envoi est donné. Devant nos yeux, six heures durant, les vingt sept alpagas sont exécutés. Attrapés par les pattes, un à un, ils sont frappés derrière la nuque par un gros bâton puis égorgés dans la foulée. Les gestes sont rapides et précis. Les couteaux sont aiguisés sans cesse. Le sang coule à flots. Je ne pense pas en avoir déjà vu autant dans ma vie. Ils semblent faire en sorte de ne pas infliger de souffrance à la bête. Mais c’est nier que ces animaux pensent et ont une âme car c’est devant le regard anéanti de ceux qui ne sont pas encore mort que les autres sont exécutés et dépecés. Les alpagas vivants finissent par se tourner contre le mur. Ils évitent d’eux-mêmes cette souffrance. Ils ne bougent plus. Sont aussi stoïques que moi. Lorsque les hommes viennent les prendre ils s’agenouillent comme pour supplier. Puis dans une fatalité déconcertante se laissent sacrifier sans lutter.

On me demande de photographier et de filmer pour les souvenirs de la famille. Cela me permet peut-être de mettre un filtre entre moi et la scène réelle qui se déroule sous mes yeux. Nous aimerions fuir. Mais nous ne pouvons pas manquer de respect à nos hôtes. Javier est fier et heureux de nous inviter au cœur de leurs traditions et de leurs modes de vie. Pour moi qui suis végétarien, la journée est dur. Autour de nous le sang et la mort.

(Alpagas sacrifiés – Pérou 2012)

(Dépeçage d’alpaga – Pérou 2012)

Les hommes abattent les bêtes et les dépècent d’une main sûre et habille. Les femmes récupèrent le sang et les abats. Elles vident les boyaux et les trient. Chacun est venue aider et les trente personnes présentes ont tous leurs rôles établis.

En début d’après-midi nous avons eu le droit à une soupe à la viande d’alpaga. En début de soirée nous est servi un ragoût d’abats. Ces mêmes abats qui ont été vidé devant nos yeux. Je ne peux pas manger. Je tente quand même d’en boire le jus par politesse mais un haut de cœur à chaque lichée me stop. Nina fait l’effort de terminer. La soirée continue dans la même ambiance alcoolisée que l’après-midi. Les alcools locaux et les bières s’enchainent sans répit. Peut-être l’alcool donne-t-il la force d’accomplir la tâche ?

L’Homme est sauvage c’est certain. Abattre ainsi des bêtes lorsqu’on les a élevées. Mais je pense à ceux qui se contentent de l’acheter sous vide préférant oublier que c’est une vie. Combien de carnivores seraient capables d’élever et d’abattre soi-même leurs viandes ? Les taches délicates sont laissées aux autres. L’Homme moderne n’aime pas se salir les mains et préfère l’ignorer lorsqu’il se les salit quand même. Ces éleveurs ont au moins le mérite de savoir et d’être conscient de ce qu’ils mangent.

(L’Homme est-il innocent? – Pérou 2012)

à 22 h nous rentrons à Sicuani. Ravelina nous attend. Elle est heureuse d’apprendre que nous avons assisté à tout. Nous sommes retournés et fatigués. Notre esprit doit digérer cette journée intense. 20 h après s’être levés cette journée de voyage s’achève enfin !

« Chercher l’authenticité peut parfois donner la nausée. »

La journée du Mariage dans un prochain article !

Julien Masson

(Mon ami Christian – Pérou 2012)

Le Machu Picchu oublié – CHOQUEQUIRAO (PEROU)

Certains voyageurs sont poussés par l’envie « moutonesque » de visiter ce que le vénérable UNESCO a classé. Et par-dessus tout, pour pouvoir fièrement cocher une case de plus sur leurs listes de choses à faire dans cette courte vie – qu’ils courent et qu’ils courent ! comme un train qui se glisse dans l’espace sans changer à l’intérieur -, ils se précipitent sur les – soi-disant – 7 merveilles du monde. Et en haut du classement des patrimoines « exotiques » presque mystiques ou mythiques, le fameux Machu Picchu ! devenu à lui seul emblème du Pérou et même de toutes les Andes. Alors tout un monde soucieux de son curriculum vitae de voyageur qui a tout « fait »  et peu soucieux de ce qui se défait, se précipite sur les hauteurs du majestueux site pour lui arracher une photo et en faire un profil Facebook. Tel un trophée, une case cochée, un « ça c’est fait », le symbole de la folie Inca est figé dans le temps 20 000 fois par jour par ces hordes de touristes IN. à moins de 100 km de là des tribus isolées sont condamnées, mais ça les touristes l’ignorent et d’ailleurs s’en contrefichent car ils ne sont pas là pour cela. Non ! eux sont là pour la citadelle la plus célèbre du monde qui à elle seule justifie parfois le voyage. La visitant ils espèrent toucher à cette gloire. Loin de chez eux non pour découvrir le monde, le comprendre ou l’aimer, mais pour le consommer, le « voir », l’immortaliser en images mortes.

Et j’ai souvent du mal à comprendre comment l’on peut résumer un pays à des sites « morts », à des ruines figées dans un temps disparu, lorsque la vie continue dans son mouvement permanent. Si voyager c’est courir après le passé du monde autant le faire dans un musée. Si je pars sur les routes c’est bien pour faire la connaissance de ce qui est vivant ! « Pour découvrir un autre monde sans le conquérir, l’apprécier sans le déprécier, le partager sans le confisquer. » comme l’écrit si bien Franck Michel. Mais non ! la foule enragée est toujours la même qu’au temps des colons et des conquistadors, elle se rue sur le monde avec l’appétit d’un ogre ! Et alors que l’UNESCO l’a classé parmi les sites en dangers et recommande vivement de limiter les visites à 800 par jour, les vieilles ruines incas sont envahies chaque jour par 2000 pairs de jambes. Oh oui ! l’affaire est trop juteuse et la gourmandise n’a pas de nationalité. A environ 45 dollars l’entrée (2012) on comprend l’engouement. Et puis il y a l’Orient Express, cette firme anglaise qui s’est emparée de toutes les concessions autour de la poule aux œufs d’or. Acheter une bouteille d’eau ou aller aux toilettes et c’est dans leurs poches profondes que tombe votre monnaie. Mais le clou de l’affaire c’est le train. Le train que la majorité des visiteurs prennent (environ 40 dollars) appartient lui aussi à l’Orient Express.

Et puisque le vice n’a pas de morale et que dans le monde capital l’humain est un profit ou une perte, l’Orient Express a racheté la ligne populaire reliant Puno à Cuzco. Transformé en train de luxe, cette ligne jadis utilisée par les locaux, est devenue le chemin de fer le plus cher du monde au kilomètre ! Joyeux sont les chanceux qui profitent de la cuisine à bord et photographient les « pauvres » autochtones – véridique j’en fus témoin – en traversant les villages depuis leur wagon d’or. Et une fois encore, les réflexions de Franck Michel sonnent terriblement juste lorsqu’il écrit dans  Eloge du voyage désorganisé « Pouvoirs publics et entreprises privées se pressent au chevet des merveilles du monde, ici en sursis, là déjà à l’agonie. Mais des affaires restent encore à faire. »

Alors il n’y a aucun doute, le Machu Picchu doit être exceptionnel, unique, magnifique et mystérieux. Mais exclu du monde capital-profit le raisonnement du voyageur pourrait-il dépasser son ambition à vouloir – à tous prix – voir ce qui doit l’être ? Et se poser une question simple : Dois-je mettre au-dessus de moi l’Histoire et la condition humaine ? A ceux qui n’auraient pas compris : La visite d’un site aussi magnifique soit-il me donne-t-il le droit de consciemment participer à sa destruction, de favoriser les inégalités et de contribuer au vol culturel et économique d’une région ?

Chacun pourra répondre à cette question sans que mon cœur en soi le juge. Certains dilemmes ne peuvent appartenir qu’à la conscience de chacun. Que le mouton devienne un loup en se le cachant n’a rien d’effrayant que pour les autres moutons. Il est amusant – ou non – de constater que l’Empire Inca reste encore aujourd’hui une mine d’or pour les âmes de conquistadors qui ne cessent – toujours pas – de le souiller de leurs sales bottes. Tant qu’il reste à détruire, détruisons tant que l’on s’enrichit. Parole d’homme moderne.

( chemin abrupte vers le Choquequirao - Perou 2012)

( chemin abrupte vers le Choquequirao – Perou 2012)

A 70 km des troupeaux de touristes, se cache un autre site. Un des seuls à n’avoir jamais été découvert par les Espagnols. Un site 7 à 8 fois plus étendu que le Machu Picchu, perché à 3100 m d’altitude dans les pentes abruptes de sommets recouverts de la haute Amazonie. Un site qui a hébergé la résistance Inca et en a initié les Rois. Un site ni envahi à l’époque par les conquistadors, ni aujourd’hui par leurs descendants, les touristes avides.

Le Choquequirao (le « Berceau d’or » en Quechua) est fier d’être oublié. C’est son destin.

Aucune route n’y conduit, aucun train, aucune concession de l’Orient Express. Aucun poster ne le vend aux quatre coins du monde, aucune agence de voyages ne le classe en tête de liste. Même celle de Cuzco le rajoute comme un vendeur de glaces ajoute un parfum jamais acheté pour ameuter ceux qui vont où il y a le plus de choix – comme pour se sentir libre. Mais ils n’y vont pas. Trop loin, trop dur, trop pénible (et pas à la mode).

Après avoir pris bus et taxis collectifs, quatre jours de marche sont nécessaires. Plus de 3000 m de dénivelé positif et autant de négatifs. On descend la vallée pour la remonter puis on recommence. Les chemins sont raides et escarpés. On boit l’eau des rivières et on se fait littéralement manger par des pucerons démoniaques. Il faut s’attendre à avoir mal aux pieds, peut-être aux genoux, et se préparer aux centaines de piqûres qui vous démangeront toutes les nuits. Les moins téméraires pourront être aidés de mules et de muletiers rendant le parcours beaucoup plus accessible. Pour les autres, il leur faudra porter leur tente, leur sac de couchage et leur nourriture. Un magnifique trek en autonomie avec nuit à la belle étoile dans un décor féerique. Au-dessus des têtes baissées par la fatigue, des sommets enneigés s’élèvent vers les cieux et à leurs pieds, d’autres recouverts de jungle.

Marcher sur les pentes abruptes de cette vallée ramène aux bonheurs simples. De quoi se met-on à rêver devant un dénivelé qui n’en finit pas ? Eh bien on rêve du plat de pâtes de mauvaise qualité et de sa sauce tomate en sachet que l’on mangera le soir venu. Un plat de bagnard qui devient celui d’un Ritz. Et le soir venu la gamelle de ration est savourée et procure un réel bonheur, un bonheur simple. Et s’étend la vallée encaissée et les nuages filtrent les couleurs du crépuscule, comme des ombres chinoises, les mythes et les légendes jouent leurs scènes théâtrales. Ces nuits à la belle étoile, autour d’un feu, avec les amis, ou seul devant un plafond infini, on se retrouve à sa place. Sa simple place dans la nature. Et l’esprit s’apaise et l’on pénètre les sphères intérieures, le cœur s’ouvre au monde, et on se sent comme ces vallées encaissées qui s’ouvrent enfin sur un horizon plein, un horizon vide, un horizon infini. A l’aurore, – alors que le rideau de la brume est transpercé de quelques rayons de soleil qui le déchirent paisiblement – sans faire plus de bruit que le vent on reprend la marche, et parfois la fatigue s’oublie et laisse pénétrer une méditation inconsciente mais active qui réveille les sens. Chaque ascension est une initiation. Le sol dur nous rappelle l’existence, la douceur de la nuit celle de nos rêves, et dans l’effort nait la conviction que toutes réalisations passent par l’action. On se reconnecte durant ces treks autonomes, durant ces marches rudes, le poids sur les épaules qui aide à porter celui de la vie. Et si l’objectif final est – d’apparence – le site archéologique, il y aura toujours la rencontre avec soi et la nature.

( Terrasses de Choquequirao - Perou 2012)

( Terrasses de Choquequirao – Perou 2012)

Le Choquequirao se mérite.

Des dizaines de terrasses surplombent des précipites vertigineux. Son étendue est fascinante – bien plus d’une journée est nécessaire à qui veut l’explorer – et son emplacement incompréhensible. Lorsque l’on arrive sur le site on s’exclame : « ils sont fous ces Incas ! ». Ahah ! que j’aimerais connaitre l’architecte qui s’est pointé un jour chez le grand Inca pour lui dire : « Bonjours, J’ai trouvé un lieu idéal pour construire une cité.

–  Ah bon où ça ? lui demande alors le grand Inca.

–  Perché sur un col à plus de 3000 m, entouré de falaises, une bonne prise au vent, environ 4 jours de marche depuis le Machu Picchu, peut-être 10 depuis Cuzco. Il y a beaucoup de moustiques, c’est très difficile mais je vous assure que personne ne nous trouvera ! »

Et personne ne les trouva.

( Partie supérieur du site du Choquequirao - Perou 2012)

( Partie supérieur du site du Choquequirao – Perou 2012)

Mais je me demande encore et toujours ce que le voyageur ou touriste peut chercher dans ces ruines d’un passé perdu lorsqu’il ne se déplace – quasiment – que pour cela? Quelle gloire va-t-il placer dans le passé ? Pourquoi tente-t-il toujours d’y voir un âge d’or qui aurait péri ? Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas plus au monde qui l’entoure et qui lui, est bien vivant, bien présent, et qui a besoin de bien plus d’énergies et d’actions positives pour se construire sur une voie plus juste, plus égale, plus respectueuse de la vie, sur une Autre voie ! Non ! Il préfère pleurer ou s’extasier devant un passé perdu – et qu’il a détruit – et végéter son présent, le vivre sans s’y engager, en l’ignorant. Et les descendants d’Incas ou des autres ethnies  – à l’époque opprimées par les incas – vivent à l’ombre de leurs ancêtres comme si leurs cultures, leurs traditions, leurs coutumes d’aujourd’hui, sont exemptes d’intérêt ? Faut-il qu’elles meurent elles aussi (comme c’est d’ailleurs le cas) pour qu’enfin elles deviennent dignes d’intérêt ?

Je refuse de croire que voyager c’est se déplacer dans l’espace pour observer un temps révolu et oublier le présent et le vivant. Le monde n’est pas un musée d’œuvres mortes. Le monde est une biosphère remplie d’être vivant. Parmi eux des humains qui ne vivent pas toujours dans des conditions dignes et acceptables. Et ils valent plus que quelques ruines qui finiront tôt ou tard  – et plus tôt que tard si nous continuons de les consommer (consumer !) – par disparaître. Et je doute que les visiteurs de ces sites historiques soient tous des passionnés d’histoires !

Ce texte est alors dédié aux  vivants. Ceux que l’on oublie, ceux que l’on ne juge pas digne d’intérêt ni aujourd’hui qu’ils sont en vie, ni demain lorsqu’ils seront mort, car notre civilisation mercantile les a placé dans les pertes nécessaires à son exponentielle évolution destructrice – et sans doute le Macchu Pichu aussi en fait-il parti – .

Bien sûr ces ruines riches d’histoire sont des témoignages qu’il convient d’étudier et de préserver mais surtout pas de vendre et de consommer sous prétexte que le monde – le plus riche – doit pouvoir s’instruire. Ce n’est pas de l’instruction que de conquérir indéfiniment une histoire qui fut déjà écrite, ne l’oublions-pas, par les vainqueurs.

Et j’aime me rappeler que lorsque Cuzco fut pris par nos amis conquistadors, les habitants du Machu Picchu ont fui vers la cité cachée de Choquequirao. Détruisant derrière eux le chemin qui y menait, ils ont isolé le site encore plus qu’il ne l’était .Voici à quoi fut destiné le Choquequirao : au mystère, au silence, à l’oubli. Et aujourd’hui encore il attire ceux qui fuient le vacarme, la masse touristique et moderne, les chemins tracés, la facilité. Il appelle ceux qui veulent mériter ce que leurs yeux voient, mériter d’accéder à l’Histoire humblement, au passé et à la beauté naturelle de la nature.

Le Machu Picchu oublié, le Choquequirao,  n’est étrangement pas inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – et paradoxalement c’est peut-être ce qui le préserve -, il n’est pas inscrit non plus sur les tours opérateurs, ni dans les catalogues de voyages à ne pas rater. Peut-être sont-elles, ces vieilles ruines, un symbole de ces peuples bien vivants, de ces histoires, de ces résistances que l’on oublie – intentionnellement – et qui fleurissent ou fanent, vivent ou survivent, en marge de La Grande Civilisation, partout autour de la planète. Et il est là, comme il a toujours été, dans l’ombre de la gloire des Hommes, à la lumière de la gloire éternelle.

Julien

(Vue depuis le site sur la vallée de l'Apurimac - Perou 2012)

(Vue depuis le site sur la vallée de l’Apurimac – Perou 2012)

(Magie de la nature - Perou 2012)

(Magie de la nature – Perou 2012)

 

Une mer à 4000 m (BOLIVIE)

Un bleu profond comme celui des calos de l’ONU, un air marin presque méditérannéen, un crie de mouette, une cordillère Royale et un soleil qui plonge dans ce tableau.  Le lac Titicaca fait rêver depuis des milliers d’années. Les Incas ont vu en lui la naissance de leur monde, lorsque certains en ont vu la fin, sacrifié face au soleil couchant.

Prisonnier du temps qui forme le visage de la patate que nous peuplons, Titicaca fut emprisonné par les robustes sommets enneigés. Pénible destin pour un bout d’océan forcé à devenir un lac. Mais quel lac ! D’anonymes morceaux d’océan  il est devenu le plus haut lac navigable du monde et père d’une cosmogonie qui régit la vie d’une région entière.

Copacabana , aux allures de station azurienne, nichée au creux d’une crique au sud-est du lac, vend ses excursions à ceux qui veulent rêver avec le lac. La cathédrale dressée par les Espagnols témoigne de leur machiavélisme. Le soleil se couche en éblouissant les trois croix copiant ainsi le temple du soleil de l’Isla del Sol. Tout est bon pour convertir ! A coup de massue sur les cultures et les croyances, de détermination et de persévérance, de trahisons et de stratégies douteuses, l’Amérique du Sud s’est vue agenouillée devant la toute-puissance du Vatican. Le temps n’y a rien changé, aucun ne retourne sa veste et tous prient le Dieu des Chrétiens.

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, dans le temps il en est aussi le mouton.

(Le soleil sur les croix de Copacabana – Bolivie 2012)

L’isla del Sol est une perle qui flotte sur ce bleu marin. Des aires majorquais, quelque peu corse sur cette île symbole de l’Empire Inca. Des plages de sable blanc, des eaux lucides, des campeurs et des lamas. Le nord de l’île garde un semblant d’authenticité. Les habitants élèvent cochons et moutons en attendant de vendre quelques truites aux touristes. Un sentier à guichets sillonne les crêtes qui se perchent 200m au-dessus des eaux. Le sud de l’île c’est « mercantile island ». Pizzerias en souvenir culinaire Inca, groupes d’Allemands en bermuda et bateaux folkloriques avec équipage déguisé. Le charme de l’île est sans appel, les agences et les guides le savent.

(criques au sable blanc – Isla del Sol – 2012)

Mais Titicaca c’est des centaines d’îles et même des artificielles ! Fabriqués par les Amérindiens Oruros pour fuir les Tiwanakus. Les milliardaires Qataris n’ont rien inventé ! Les îles flottent toujours du côté de Puno au Perou habitées par des usurpateurs, des pseudos descendants d’Oruros qui exploitent le filon pour survivre sur le lac des dieux.

A 3850m les eaux des océans lointains ont fait naitre les mythes les plus extraordinaires et enfantent encore aujourd’hui dans l’imaginaire des touristes les fantasmes les plus fous. On y vient en masse profiter de ses secrets, de son calme et de son soleil si vénéré.

 

Julien Masson

PS: De plus en plus de visite par jour. Merci à vous qui lisez, suivez et partagez.  N’hésitez pas à vous inscrire sur la droite du blog pour être averti des nouveaux articles sur votre boite mail.

(île perdu dans les eaux de Titicaca – Bolivie 2012)

 

(enfants sur un ponton de l’Île du Soleil – Bolivie 2012)

 

Sur les traces des Tiwanakus et des Incas (BOLIVIE)

Lorsque la société vous pèse, la nature vous allège. Après tout elle est notre mère et nous vivons en son sein. Parfois (même souvent) il est bon de marcher, de s’évader et de se reconnecter à Pachamama. Un trek en autonomie en est un bon moyen.

Un chemin préhispanique faisant partie du  Qhapaq Nanquitte la Cumbre (4650m) pour franchir un col à 4900m et plonger  dans une magnifique vallée qui en perdant de l’altitude voit s’inviter sur ses flancs une vaste forêt : la haute Amazonie.

Le vent froid nous gèle les oreilles jusqu’au col où nous découvrons une gorge ouverte et profonde dans laquelle nous devons descendre. Une vieille voirie Tiwanaku récupéré de force par les Incas et utilisée aujourd’hui par les paysans, s’élance dans cette descente infernale. Se courbant une dizaine de fois sans se mordre la queue, elle vient se soulager à 4400m contre la rivière Lama Khuchu. Les ruines du tombeau Lama Khuchu  demanderaient beaucoup d’imagination à celui qui tenterait une reproduction mentale des scènes de vie de jadis.

(Tombeau Lama Khuchu – Bolivie 2012)

Quelques paysans grimpent courageusement, seuls ou accompagnés de lamas, dans l’espoir de vendre leurs pommes de terre à ceux qui partent nourrir les millions de Citadins de la Paz.

La vallée dresse des murs de roche en barricades accrochant les nuages sur ses sommets, s’isolant un peu plus . Comme une route céleste le bleu du ciel indique la voie. Après quelques heures de marche le seul village que nous verrons en trois jours se présente à nous. Construites de pierres, les maisons ne détonnent pas avec l’environnement. Les filles vêtues de leurs tenues traditionnelles jouent au foot supportées par leurs congénères masculins . La jeunesse de ce village doit se sentir bien emprisonné par ces pierres venues des sommets. La Paz est à 2 jours de marche lorsque pour Coroico il faut en compter 3. La glue du temps doit peser sur les âmes vagabondes. Mais le calme ramène les esprits à la plenitude. Comme  tous ceux qui ne sont pas natifs de ce village isolé nous continuons nos foulées. Petit à petits, alors que le soleil est en fin de course, la végétation s’épaissit.  Nous pénétrons les Yungas ces vallées chaudes et humides de la haute Amazonie. Après un pont de singe qui s’est vu amélioré par une modernité cablique, nous plantons notre tente (pas imperméable) sous un abri proposé par une famille sédentarisé sur ce bord de rivière. Le ciel abat ses gouttes toute la nuit. Désormais l’humidité nous habite. Toute la journée suivante les eaux des dieux nous alourdissent le pas et le rendent glissant. Ce deuxième jour nous tiendrons  la courbe de niveau de 2900m. Malheureusement sans voir l’ombre d’un plat. Que de descente succédant à des montées… Les pieds se ramollissent mais nous conduisent jusqu’à un autre camp proposant un abri semblable au précédent.

 

Deuxième nuit, deuxième plâtrée de pâte, mate de coca, et toujours pas de douche. L’humidité de la nature et celle de notre transpiration font drôles de ménage. Notre tente miniature mouillée de cette atmosphère conserve cette odeur bestiale. Ajoutée à cela celle de nos pieds qui se décomposent lentement, notre humble demeure n’est pas en état de recevoir quelconque invité. Même les insectes – excepté les mouches – nous évitent.

Malgré cela, cette végétation dense et cette verdure nous font du bien. Voilà deux mois que la nature luxuriante nous fait défaut. Même la pluie est appréciée.

(pont suspendu du Choro trek – Bolivie 2012)

Les quelques habitants que nous croisons, bien que soulagés des maux et des cries de notre société, ont une vie bien ardue. Leurs cultures de bananes, pommes de terre et maniocs sont accrochées à des pentes abruptes qu’ils ont débarassées de la forêt. Leurs dos sont cassés par les charges qu’ils transportent jusqu’au village. Les coups de bêche, les reins qui faiblissent, la vie qui marque.

Le dernier jour de marche dans les Yungas jusqu’au village de Chairo fut marqué par de fortes éclaircies. Des paysages toujours aussi beaux et luxuriants. Des cascades d’eaux et de fougères, des lianes éclaboussées par les quelques rayons de soleil qui percent la densité du feuillage, et des vues qui forces l’arrêt sur cette vallée surprenante.

Après avoir croisé un petit hameau et rencontré le chef du secteur, nous reprenons le chemin qui serpente sans arrêt dans une vertigineuse descente pour nous ramener 800m de dénivelé plus bas à Chairo.

(Yungas – Bolivie 2012)

De là, nous faisons du stop jusqu’à Coroico où nos pieds peuvent enfin se reposer. Le village est calme et exotique. Une autre Bolivie. Celle qui a vue s’installer les afro-boliviens. Les seules noires du pays. Apporté en Bolivie en 1550 pour travailler comme esclave (bien-sûr) dans les mines d’argent de Potosi suite à la reconnaissance par l’Eglise de l’existence d’une âme chez les Amérindiens. Ce n’était pas le cas pour les noires… Les survivants sont parties s’installer dans ces vallées chaudes et fertiles des Yungas où ils ne furent libres qu’en 1953. De leur rythme est né la lambada. Les transhumances forcées des noirs Africains ont donné naissance à de nombreux rythmes et danses : salsa, rumba, cubain, lambada etc… Rythmes jadis sacrées et sortis des couvents, seule moyen de garder un semblant de racine, de culture, et de moyen de communication.

Toujours est-il que ces Africains semblent bien intégrés dans ces vallées où les femmes portent le chapeau melon bolivien et les jupes andines. Une autre Bolivie comme je vous le disais !

 

Julien Masson

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La tête dans les étoiles (BOLIVIE)

Si j’arrive parfois à garder les pieds sur terre, j’ai du mal à ne pas avoir la tête dans les étoiles. Divaguer, dériver, réamarrer entre les vagues de l’esprit. Besoin d’échapper à ce monde qui veut nous formater, à cette société monolithique qui veut nous apprivoiser voir nous dompter. Mon esprit se débat afin d’éviter la robotisation, la lobotisation qui l’attend.

Les étoiles brillent dans le ciel mais aussi dans le cœur des Hommes. Se laisser emporter par leur beauté est sûrement ce qu’il y a de plus vivant. Chacun rêve ; ce qui est dommage c’est de ne pas le faire éveiller. Ce qui est triste c’est de ne pas essayer de les réaliser. Ce qui est mortel c’est de s’en éloigner. Les enfants veulent vivre leurs rêves. Les adultes en compte le prix, les rangent et les oublient.

(levé de soleil sur la cordillère Royale – Bolivie 2012)

La Bolivie est propice aux rêves, aux mystères, aux envolées fantastiques de l’esprit vagabond qui sommeille en nous. Et puis sur ces altitudes andines il n’y a plus qu’à lever le doigt pour toucher les étoiles. Moi que l’on accuse depuis enfant d’avoir la tête qui s’égare là-haut, comment aurais-je pu refuser de m’y aventurer ? En voyage l’imprévu frappe souvent à la porte, ne pas lui ouvrir c’est s’enfermer dans le sous-sol de la vie. Là-bas où survivent machinalement les humains enchaînés à l’habitude mortelle. Ceux qui cherchent le bonheur dans l’usine mercantile et illusoire de la vie réussite. Sans fenêtre, ni porte de sortie, les morts-vivants s’entendent entre eux, se rassurent pour se suffire de la médiocrité. Échapper à ce sous-sol c’est partir vers l’inconnu par la porte de l’imprévu.

La montagne, que je la côtoie depuis mon plus jeune âge m’a toujours fascinée. La congrégation des forces de la nature, la violence et le choc de ce qui a de plus dur pour s’élever sans crainte vers le ciel. Elle se dresse avec fierté et nous remet à notre place de petit humain.

Petit humain, c’est ce que j’étais sous le plafond éclairé d’un million d’étoiles. Tenant fermement mon piolet, avançant mon corps lentement, ma frontale éclaire le mètre qui devance mes pas. La lumière des Hommes scintille quelques 1500m plus bas quand celle de l’univers se disperse vers l’infini dévoilant un mystèrieux passé que l’orgueil de la science tente d’élucider. Je pense à mon père qui m’a rapproché de la montagne, je pense à la montagne dont je me rapproche. Puis je ne pense plus, je vis le rythme de la nature pulsé par le vent glacial qui caresse mon visage. Les mots n’ont plus de sens si un jour en ont-ils eu. La paix est ici, où l’Homme ne va pas farouchement, là où il doute, là où sa prétention ne peut que se morfondre. Là où naît le voyage, le véritable voyage, celui que nous faisons en sois lorsqu’enfin nous comprenons que la nature, sois-même et les autres ne sont qu’UN .

L’altitude se fait sentir sur la faiblesse de nos poumons . Notre cœur veut de l’oxygène et s’emballe pour avoir sa dose. Les pas sont lourd et l’esprit s’allège. La montagne est calme, mon cœur pulse à son rythme. J’ose lui murmurer mon émotion. Timide, je m’invite sur son corps. Elle accepte et me laisse me glisser jusqu’à son sommet. Que puis-je dire ? Me voici plus proche que jamais des étoiles qui m’offrent tant de rêves et de perspectives. Me voici à 6088m sur le sommet du Huayna Potosi.

(Je profite des premiers rayons de soleil – sommet du Huayana Potosi 6088m)

La nuit continue de m’émerveiller par ses soleils qui brillent. Assis là au porche de l’univers je patiente facilement que le soleil, cette étoile si proche, vienne lécher mon visage de ses premiers rayons. Les couleurs s’échangent, se confondent et se croisent pour que dans l’ordre des choses le noir devienne bleu. Que les étoiles tirent leur révérence et qu’un nouveau jour s’affiche au calendrier des Hommes préssés. Le spectacle étourdissant enveloppe mon âme et la nourrit plus que les centaines de livres qui pensent à notre place.

Nous voici bien pâle, nous voici bien gringalet devant l’Odyssé de la nature, de ces cycles, de ces éléments et de son humilité. Nous voici bien prétentieux devant un monde si merveilleux. J e me sens si bien là-haut que je comprends le syndrome du Grand-Bleu. Mais si les rêves nous font naviguer, ils ne doivent pas nous faire chavirer. Je le laisse alors me ramener sur la grève, là où les houles de la vie nous bousculent afin de nous rappeler que nous sommes bien vivants et que nos pieds doivent rester sur terre.

(levé de soleil sur les flancs du Huayna Potosi – Bolivie 2012)

La montée fut calme, contemplative, presque méditative. La descente est empreinte d’excitation. La montagne m’a chargée de son énergie et surtout de son bonheur.

On ne peut pas vivre la tête dans les étoiles. Mais il est bon de laisser parfois son esprit s’égarer dans les contrées lointaines de notre univers qui ne sont rien d’autre qu’une expansion de soi ou une continuité de l’être que nous sommes.

Merci à mon père le montagnard et à Miguel le chaleureux guide bolivien qui m’a conduit vers les étoiles.

Julien Masson

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Ferro-Bus! (BOLVIE)

Il est 8h15 nous arrivons sac sur le dos au sommet de la pénible butte à flanc de montagne sur laquelle sont posées les vieux rails du fameux ferro-bus. Une vieille à couettes attend patiemment avec son lourd fardeau rempli de légumes qu’elle espère vendre à Vila-Vila. Bientôt d’autres arrivent. Tous portent leur cargaison sur le dos dans des baluchons colorés. Nous sommes rassurés. Si autant de monde attend le ferro-bus c’est qu’il ne fera pas faux bond aujourd’hui. Les hommes assis à l’ombre mâchent leurs feuilles de coca devant un jeune garçon qui, chapeau de cow-boy sur la tête, tente de les imiter.

(Dans l’attente du Ferro-bus – Bolivie 2012)

9h 30, alors que le bruit strident du ferro-bus se fait entendre, sa silhouette se dessine à l’horizon. Il s’arrête là, au milieu de rien, là où ni panneau, ni gare ne signal un arrêt. Les marchandises sont entassées sur le toit du vieux bus Mercedez devenue train. Une promotion incongrue ! Le chauffeur tire sur le sifflet et lance le coup d’envoi de cette aventure andine.

A travers des villages de plus en plus perdus nous chargeons du monde et de la marchandise. Puis au milieu de rien nous en déchargeons un peu. Un manège qui se répète tout le long du voyage . Au milieu de ces montagnes arides, en surplomb d’une rivière presque asséchée, cet insolite moyen de transport nous conduit avec nonchalance et parfois vacarme vers Cochabamba. Les charmantes vieilles à couettes sont heureuses de se retrouver et échanger les derniers potins. Les hommes discutent entre eux quand d’autres sommeillent et que nous, nous sommes tantôt le nez dehors à admirer les paysages, tantôt dedans à observer l’ambiance du wagon.

Vers 13h le ferro-bus se stoppe dans un patelin. Seule pause pipi et culinaire du voyage. Les femmes sont au rendez-vous pour vendre leurs ragouts, leurs patates à l’eau, leurs cuisses de poulet et leurs riz. Chacun se ravitaille. Tout est prévu. On peut même prendre à emporter dans des barquettes en plastique qui finiront jetées par les fenêtres. Pourquoi des gens qui vénèrent autant Pachamama se laissent aller à se genre de facilité ? L’ignorance tentent certains. Pour ma part je n’en suis pas sûr mais n’ai pas d’explication.

(Ferro-bus en pause ravitaillement – Bolivie 2012)

Nous reprenons notre route secoués comme des pruniers tout le long, passant par mainte tunnels et tout autant de ponts. Le soleil est ardu dans cette contrée andine et même si nous gagnons petit à petit de l’altitude nous ne sommes pas près de mettre un gilet.

Il est presque 16 h, une énième fois le ferro-bus s’arrête dans un village qui a l’air bien triste. Qui va descendre cette fois ? Et bien apparemment c’est nous ! Nous voici à Tarata, 33km de Cochabamba. A peine nos sacs sont-ils au sol que le ferro-bus reprend sa course en sifflant. Une fois sur la place centrale nous sommes rassurés. Il y a de la vie ! La place à son charme avec ses bâtisses coloniales. Demain ou plus tard, nous reprendrons la route vers Cochabamba.

Le ferro-bus ? Un bus posé sur des rails se faufile dans une vallée aride pour desservir des villages isolés. Une ambiance sincère, de la vie, des couleurs, des odeurs, du bazarre, du bavardage, des vieilles, des enfants, de la Bolivie ! Inoubliable, authentique, charmant et nonchalant. Un bon moyen de prendre le pouls d’une région peu visité de ce magnifique et sincère pays.

 

Julien Masson

Voyage au pays des merveilles! (BOLIVIE)

Une immense étendue presque infinie s’offre à nous. Se dressent, imperturbables, de majestueux sommets volcaniques recouverts d’un doux manteau neigeux qui peine à persister face aux violentes attaques incessantes du soleil. Que dire, que faire, dans cette immensité que l’Homme ne peut pénétrer que timidement ? Tantôt assis dans le 4X4 qui se frais un chemin dans ce décor fantastique qui soutire toutes les expressions que nous connaissons, tantôt stoïque devant un spectacle qui n’a pas sa place dans notre imaginaire. En effet, plus un mot ne s’échappe de nos bouches béantes. Seul ce sentiment d’être au pays des merveilles dans un lieu de paysages figés méprisant le temps et les attaques de l’homme. A plus de 4000m le Sud Lipez rit de nous voir défiler dans nos 4X4.

Les volcans surplombent la laguna Blanco, Verde, Colorado ou autres. Les flamants roses nous ignorent et font leur vie à ces altitudes hors du commun pour ces drôles d’oiseaux au long bec. Les sommets aux napperons blancs se reflètent parfaitement dans les eaux cristallines des lagunas. Et nous, nous admirons sans savoir quoi penser ni faire de ce qui s’offre à nous. Quelques photos pour immortaliser cette beauté, mais surtout de longs moments de contemplation qui n’ont d’égale que la sérénité du lieu.

L’immensité presque infinie du Sud Lipez est pourtant épargnée de la monotonie grâce à un visage maquillé de toutes les couleurs et à une parure étincelante aux mille éclats qui se changent sans cesse nous dévoilant de nouveaux présages. Des rêves, des contes sans mots, sans parole en l’air. A cet instant même, alors que j’écris ces mots je ne sais quoi décrire ni même exprimer. Le calme, la nature, presque le vide. Un vide comblé de l’amour et de la beauté d’une création artistique isolée de tout contexte et de tout jugement. La terreur , la violence et la dureté de ce qui a façonné ces terres à pourtant enfanter ce monde fantastique qui aujourd’hui attire tous les voyageurs de passage sur cette terre incroyable et unique qu’est la Bolivie.

Alors que nous sommes déjà comblés au plus profond de nous, que nous avons admiré des eaux aussi brillantes que du cristal, d’autre aussi verte que de l’herbe, rouge que du sang, traversé des déserts, des coulées de laves cristallisées, des formations rocheuses plus qu’étonnantes, roulé à près de 5000m, marché entre les fumées des geysers, s’être baigné dans de l’eau à 35° à 4300m, le plus spectaculaire se dévoile à nous : Le Salar d’Uyuni !

Une étendue majestueuse et éclatante d’un blanc renversant contrastant intensément le bleu profond du ciel nous prouve que notre imagination est encore loin de ce que toute réalité peut être.

Nous sommes bel et biens à 3700m en train de fouler le plus grand désert de sel du monde. Le soleil que nous avons vu se coucher et se lever sur ce royaume blanc est responsable de l’évaporation de l’eau de mer restée emprisonnée entre les volcans environnants créant ce désert vertigineux qui nous laisse sans voix.

Trois jours au pays des merveilles nous laissent sur un nuage. C’est l’arrivée à Uyuni qui nous remet les pieds sur terre lorsque sortis de ce paradis nous constatons les milliers de déchets plastiques emportés par le vent et retenus désormais par les broussailles épineuses. Un paysage saccagé par l’Homme qui me rappelle ceux du Niger.

Puis Uyuni balayé par un vent sec nous plonge directement dans une autre réalité : celle de la pauvreté de la Bolivie. Une Bolivie qui au premier coup d’œil sait vous avertir que vous n’êtes plus en Argentine ou au Chili. Ici, peu importe ce que c’est, c’est différent. Aussi vite que vous êtes averti, vous êtes accueilli. J’ai entendu beaucoup de mauvaises langues critiquer les Boliviens et leur froideur et leur manque d’intérêt pour les touristes. Que cherchent-ils ces touristes ? Qu’on leur lèche les bottes dès qu’ils arrivent ? Sachons sourire, les Boliviens le font très bien, sans hypocrisie, et leur accueil ne me donne pas du tout envie de partir.

Julien

Bienvenue dans MAD MAX! (R.D.C)

En 1910 Léopolville comptait moins de 10 000 habitants. Aujourd’hui, cent ans plus tard,qu’est devenue Léopolville  renommé, entre-temps, Kinshasa.

Aujourd’hui c’est plus de dix millions de personnes qui s’entassent dans les cités de Kinshasa devenue la plus grande ville d’Afrique centrale. Cette croissance exponentielle, que rien ne semble pouvoir arrêter, a apporté son lot de problèmes, si ce n’est de catastrophes. Catastrophes écologiques, sanitaires, sociales, et humanitaires. Quasi-inégalé dans le monde entier, les emplois créés par le secteur informel dépassent les 95% ! La misère et l’insalubrité se sont emparées de toute la capitale. Les restes d’un âge d’or de la cité tombent en ruine, à l’image du glorieux stade qui a accueilli le plus grand match de boxe du siècle dernier : Forman vs Ali.  Ce stade aujourd’hui délabré devient chaque nuit le refuge de milliers d’enfants des rues. Effectivement, Kinshasa est envahie par les enfants des rues, les shegués. C’est plus de vingt mille shegués qui airent nuit et jour dans le centre de la capitale. Le phénomène est parvenue à un point de non-retour puisque Kinshasa vient de voir naître la première génération de shegués nés de shegués… Un phénomène qui trouve sa source dans la misère de cette mégalopole  chaotique. La population déshéritée se réfugie dans des pseudos églises protestantes appelées églises du Réveille. De dangereuses sectes à la tête desquelles des prophètes ou pasteurs sans scrupule qui hypnotisent la foule et pillent les plus pauvres les suçant jusqu’à la moelle. Ceux qui ne donnent pas assez sont souvent amenés à abandonner un enfant accusé par ces pseudos pasteurs d’être des sorciers. Actuellement plus de 80% des shegués sont des enfants sorciers. Beaucoup d’entre eux ont été torturé, humilié en public, dans ces églises du réveille qui endorment les populations profitant de leurs misères. Le phénomène est plus qu’inquiétant ou révoltant, il est terrible, horrible et inhumain.

Ces shegués devenus adultes s’organisent alors en gangs armés jusqu’aux dents de machettes, coupes-coupes, lames et armes à feu. On les appelle les Kululnas (bandit en lingala). Ils sèment la terreur dans la ville, entre braquages, agressions violentes, meutres et enlèvements. La police les craints, ils n’ont pas peur de mourir ni même de tuer. Les kulunas sont là et il faut faire avec ! Enfin ça dépend quand… En effet lors d’évènements majeurs comme prochainement le sommet de la francophonie, pour lequel la France a débloqué plusieurs millions d’euros pour 3 pauvres jours de « dandinage » diplomatique, les pauvres shegués seront embarqués dans des camions par l’armée et la police pour être lâchés à quelques 300 km du centre… Le temps qu’ils reviennent les diplomates et gens de bonnes tenues seront repartis…

Les familles ne sont pas pauvres à Kinshasa, elles ont dépassé ce stade, elles sont littéralement dans la misère. Tout est saturé, que ce soit le sanitaire comme le transport. La fourmilière bouillonne et il ne manque qu’une étincelle pour que tout explose.

Alors Kinshasa c’est quoi cent ans plus tard ?

Kinshasa c’est MAD MAX, un monde post-apocalyptique, sans loi véritable, là où la police se confond avec les bandits, là où tout peut arriver surtout le pire. Une ville où il n’y a pas d’âge pour la prostitution, ni d’âge pour porter autour de la taille une machette. Kinshasa c’est l’échec de la modernité, c’est le revers de notre monde moderne, la conséquence de notre civilisation éclairée, c’est l’un des symboles de l’oubli de notre système et de nous-même qui en profitons. Kinshasa c’est là où on ne veut pas regarder pour ne pas être dérangé quand on remplit notre réservoir d’escence, qu’on allume notre lampe électrique à énergie nucléaire, que l’on rêve d’or, de diamants ou juste lorsqu’on écrit sur du papier issu de la déforestation. Chaque maison à sa poubelle, c’est bien connue l’Afrique est celle du monde, mais Kinshasa et sa grande sœur Lagos en sont sûrement le fond.

On parle souvent des villes de l’avenir, du futur, des voitures qui volent et des gratte-ciel qui chatouilles les Dieux. Et si les villes du futur c’étaient Kinshasa ou Lagos ? Des millions de cabanes en taules, des rues mélangeant la boue et les déchets, des familles qui mangent une fois tous les 3 jours, des milliers d’enfants errants et armées, des immeubles délabrés qui s’écroulent et quelques milliardaires qui passent au milieu de tout ça enfermés dans leurs 4X4 climatisés ?

Heureusement, il y a aussi l’espoir, la lumière qui jaillit de cette ombre, il y a les consciences. Les consciences qui s’éveillent (sans église du Réveille). Kinshasa se dresse entre mille et s’impose comme la capitale centre-africaine de l’art ! De l’art dans toutes ses formes :  musique, slame, arts plastiques, peinture, danse, cinéma etc… La création fait affront à la destruction. Refusant de sombrer dans les méandres et les enfers de notre monde, la ville bouge, se débat, la ville vit ! Nous prouvant que l’espoir ne doit jamais être terni par la réalité, que le courage et la volonté ne sont pas vains et que de l’obscurité peut jaillir la lumière.

Si Kinshasa est, comme beaucoup le disent, un enfer sur terre, alors souvent les démons doivent danser avec les anges.

Julien

Brazza la Verte! (CONGO)

L’avion est rempli (ou presque) de Congolais qui rentrent au pays pour de brèves visites familiales, portant fièrement leur réussite ou masquant leurs difficultés derrière un accoutrement élégant. Mais surtout l’avion est bondé de colons chargés de leurs jeunes progénitures ,qui grandissant dans les écoles d’expatriés et autres fils de ministres, s’en iront sans doute, agrandir les foules de ces pédants représentants d’un système qui noie l’Afrique.  Chacun se raconte ses vacances en France en illustrant leurs récits avec leur I-pad, s’échangeant les derniers « sons » du « mouv » avec leur I-pod, et leur nouveau numéro avec leur I-phone. Lorsque l’un se vante de passer par la zone VIP grâce  son passeport diplomatique (s’il vous plaît), l’autre riposte en affirmant de ne pas être  qu’une riche à Brazza et une pauvre en France mais bien riche dans les deux cas (ça vous en bouche un coin…) . Mais pas de touriste à l’horizon (on les aurait reconnue à leur dégaine – sans doute proche de la mienne…) et une jeune fille le regard plein d’intention mais manifestement un peu perdu qui semblait être une nouvelle  humanitaire (on l’a reconnu à sa dégaine) sauveuse du monde et porteuse (surement) de la bonne nouvelle. Bref un bon plateau mixte prêt à fouler le tarmac d’un aéroport tout neuf (enfin bientôt fini).

Ouah ! La classe ! L’aéroport flambant neuf (pour sa partie achevée) est d’un standard européen, moderne et accueillant. Certes ce n’est pas Charles de Gaulle mais quand même. La cargaison de néo colons que venait de déposer l’avion et le standing surprenant de l’aéroport m’ont tout de suite averti : Congo Brazzaville zone située en Pétro-dollars !

Une avenue tout fraichement goudronnée nous fait quitter l’aéroport pour nous conduire dans Brazzaville. Vraiment la ville a l’air développée. Aie aie que n’avais-je pas osé penser ! La réalité rattrape vite les rêves (ou illusions). Où sont les expatriés ? Où sont les affaires ? Où sont les pétro-dollars ? Au centre-ville bien sûr ! Et le reste de Brazzaville me diriez-vous ?

Brazzaville, comme un apartheid, est divisée en deux zones : quartier nord, majoritairement derrière le pouvoir en place, et les quartiers sud, ceux qui ont subi la guerre, les quartiers oubliés et frappés de pleins fouet par ce qu’on appelle dans le journal télévisé : la précarité.

Deux zones séparées par  Poto-poto, centre-ville, l’arrondissement 1 qui regroupe le quartier des affaires et autres commerces. Peuplé majoritairement par les «  Loungari » ( les ouest-africains), mais aussi par beaucoup d’autres étrangers, Libanais, Chinois, et les Kinois voisins qui sont devenues presque plus nombreux au Congo que les congolais eux-mêmes. «  La France » l’appelaient-ils encore avant la guerre, ce petit Congo français qui faisait face au géant centre-africain , le ZAIRE Ex-Congo-belge.

Après la fin du conflit de 1997, et la prise de pouvoir (pour la deuxième fois)  de Sassou NGuesso, il a été décidé de réduire massivement la population du Pool. Un vieux présage congolais dit que le Pool est la tête du Congo, tenir le pool c’est tenir le Congo. Mais le Pool était majoritairement derrière l’opposant principal Bernard Kolélas. Celui-ci dû s’exiler en France laissant derrière lui sa milice privée, les Ninjas. Ces derniers ont été récupéré par le Pasteur NToumi qui deviendra en un éclair un chef de guerre. Le service de sécurité de  Kolélas a perdu le contrôle de sa milice qui joue maintenant, sous les ordres et manipulation du pasteur, une rébellion. De l’autre côté Sassou Nguesso «  les Cobras » (sa milice privée) se voit gonfler par l’arrivée massive de mercenaires venus des quatre coins d’Afrique : Tchadiens, Rwandais, Angolais, Kinois etc… Leur rôle : réduire massivement la population du Pool sous couvert de repousser la rébellion des Ninjas.

Si en 97 la guerre avait vidé les quartiers nord et le centre Potopoto, en 99 tout le sud de Brazzaville est réduit à l’exil. C’est le néant. Partis à pied dans les villages lointains, les habitants sont massacrés tantôt par les Cobras, et tantôt par les Ninjas supposés être leurs alliés. Mais le pasteur est dans la confidence de Sassou NGuessoLes Ninjas sont devenues fous, drogués, manipulés, gonflés par des hordes d’enfants soldats, à l’instar des Cobra formé à cela, il massacre tout et tout le monde.

Brazzaville n’a pas encore pansé ses plaies, les quartiers sud aujourd’hui peuplés comme avant et même plus, n’ont aucune infrastructure, on cherche les écoles, on ne trouve peu d’hôpitaux, ni de clinique  ou même de dispensaire. Les pharmacies comme beaucoup d’habitations ne sont que des cabanes de taules. Les caniveaux sont pleins, les ruelles qui s’enfoncent dans l’obscurité d’une brousse en pleine ville sont jonchées de déchets, le réseau électrique n’est présent que chez les plus chanceux et parmi ces plus chanceux, il faut l’être encore plus pour que le réseau ne soit pas en délestage. L’eau courante manque, et certains quartiers subissent des coupures de plusieurs semaines ; j’en passe et des meilleurs (enfin ça dépend pour qui…)

Le sud de la ville vit au rythme d’un abandon continuel auquel ils font face grâce à une étonnante adaptation, une débrouillardise fabuleuse le tout dans une fatalité déroutante.

Vivant dans des dépotoirs rendus vivables par le décor de brousse et de verdure qui envahit la ville, les Brazzavillois tiennent leur maison avec beaucoup de soin, se créant de petites cours qui peuvent être très agréable. Brazzaville a réussie à devenir une ville de plusieurs millions d’habitants tout en préservant la verdoyante nature dans laquelle elle s’est invitée. Cette ville est étonnante et ses ruelles ressemblant à des sentiers menant à des villages lui donnent un charme et une originalité certaine et évidente ! Rapidement on comprend le surnom qui lui est donné : Brazza la verte !

Dans la zone sud de Brazza, on marche beaucoup car certaines zones ne sont ni accessibles en voiture ni même en moto. Le relief colinéaire ne facilite pas l’écoulement des eaux qui a chaque pluie façonne un peu plus les sols.

On survie plus qu’on ne vit dans Brazza mais ce qui est sûr c’est que le mouvement de la vie est bien présent. Les foules en mouvements animent la ville et les centres commerçants comme le grand marché Total de Makélékélé (le plus grand marché du Congo).

Et puis à Brazza, on sait danser, et on danse ! Sans cesse, chaque fois que la lumière, après être passé par des oranges et autres couleurs surnaturelles, se tamise jusqu’à plonger la ville dans l’obscurité. Les Nganda s’animent aux sons des rumba, salsa, et autres rythmes qui font dandiner tous bons congolais qui se respectent ! La Primus (bière locale) coule alors à flot, et jusqu’à 2h du matin on oublie un peu qu’une fois le soleil levé, il va faire chaud, très chaud et ça va être chaud, très chaud…

Bien qu’entassé dans des bus, bousculé dans les marchés, enjambant les caniveaux, le Congolais en homme fier a toujours la classe ! Cette classe devenue pour certain une religion : la Sapologie ! Même si le costume n’est pas de mise au quotidien, on fait attention, on s’habille, on se sape, et on ne sort pas en culotte (en short), ni en sandale plastique ! Non vraiment, le Congolais à la classe et il sait danser !

Si le Congolais a la classe, la Congolaise sait cuisiner et pas qu’un peu ! Les légumes locaux s’agitent dans les marmites posées sur des feu de bois et charbons. Le manioc accompagne tous les plats, quand la pâte d’arachide s’invite souvent et que les légumes s’imposent toujours. Du Sakasaka (qui se prépare une journée durant) au Ndogodogo, en passant par le 3 pièces, poissons salés et autres plats au goût bien  éloigné de l’Europe mais tellement chaleureux !

Malheureusement tout le monde ne mange pas à sa faim, et les vieux qui n’ont pas de retraite ont parfois du mal à trouver de l’aide chez les jeunes qui n’ont pas de travail… Heureusement , pour sauver le pire, la solidarité familiale que l’on trouve en Afrique est ici plus que présente. La famille c’est large, c’est grand, c’est presque infini, c’est souvent 4 à 5 générations qui se côtoient, qui s’entraident, qui vivent ensemble pour le pire et le meilleur. Il n’y a que des mamies, papy, maman, papa, tonton, tantine, et frère et sœur. Le cousin n’existe pas, c’est un frère, la tante n’existe pas, c’est une maman, les sœurs de la mamie, sont elles aussi mamies. Et il n’y a pas de distinction, chacune de ces mamans peut être apte à éduquer ce que nous appelons leurs neveux. Quant aux tontons, c’est souvent les amis proches qui sont alors levés au rang de nos oncles et tantes . La famille africaine est soudée, elle ne s’ignore pas, mais vie vraiment ensemble et se respecte profondément même si cela n’est pas toujours sans histoire.

A Brazza, avec les Brazzavillois, on vit des moments irréelles, surnaturels, et on se dit souvent que ces moments ne pourraient sans doute se vivre nuls par ailleurs. Brazzaville c’est un ovni au milieu des capitales du monde, une ville dans la verdure, une ville qui défie les codes, qui survit sans infrastructure, qui bouge au rythme de la Rumba, qui danse, qui s’active, et qui rêve ( parfois un peu trop). Une ville à laquelle on s’attache et surtout des habitants auxquels on s’attache rapidement et avec lesquels on aimerait vivre encore et toujours, ces aventures, ces rires, ces moments que l’on ne vivrait pas ailleurs.

Comment un pays qui amasse autant d’argent et de pétro-dollars peut délester autant sa population et sa capitale ? Une population si digne et fière et une capitale si extraordinaire ?

Les Brazzavillois ne doivent pas avoir honte de leur ville, ils doivent en être fier, et doivent cristalliser cette fierté dans la préservation de ce qui fait son identité.

Julien

En compagnie Touareg (NIGER)

Les chameaux sont près. Maya, le chamelier, a déjà parcouru 20 km à pied pour nous les amener.

Eddie et moi, sommes habillés en Touareg, nous devons nous fondre dans le paysage et je ne pense pas que se soit aisé. Drôle d’impression lorsque le chameau se lève, je suis haut, perché, et me sens maladroit sur cette bête qui a des aires de dinosaures. Les gens de la rue nous regardent partir, les enfants nous saluent en agitant leurs mains ; un signe universel je crois.

Notre petite caravane circule dans les rues d’Agadez. Puis nous y sommes, après les dernières habitations, telle une barrière, voir une frontière que nous franchissons, nous sommes dans le désert. Il n’y a pas de relief, pas d’arbre, plus rien. Un océan de sable, de terre fine. Les dromadaires marchent calmement, la ville s’éloigne doucement et pas à pas nous avançons vers l’inconnu.

Des heures assis sur nos nouveaux compagnons de route guère plus confortable que le bus qui nous a conduit jusqu’à cette contrée lointaine…

Après une première phase d’euphorie, le calme et la sérénité s’emparent de moi. Ce calme, cette sérénité qui nous est communiquée par la nature et sa grande sagesse. Ce même calme que l’on ressent en montagne lorsque les seuls bruits sont ceux des murmures de la terre-mère. On l’écoute, on l’entend, on s’enivre de son souffle de vie. Il nous pénètre et tel des enfants nous ne pouvons que lui rendre un sourire humble et modeste. La nature sait nous remplir le cœur et le corps de sa vie et de son amour. Trop souvent nous oublions de l’accepter et de le sentir, pourtant elle est toujours là prête à nous rassasier de sa Vie.

Les chameaux ne sont assurément pas les moyens de transport les plus rapides et tant mieux. Grâce à leur nonchalance poétique, je savoure l’instant. Quelle stupidité pourrait pousser l’Homme à découvrir un pareil lieu à la vitesse d’un 4X4 ? Et pourtant c’est si souvent fait… Fracassant ce silence harmonieux par un vacarme mécanique est un sacrilège. Narguer cette nature à la vitesse du vent, balayant cette douceur, est une provocation aux forces de notre terre. Les Touaregs le savent et peu d’entre eux ont troqué leurs vieux compagnons contre des pick-up.

Nous nous arrêtons après 4h dans une oasis artificielle. Je dis artificiel car c’est un puits qui anime le coin. L’eau tirée par un chameau irrigue les majestueuses pastèques et les succulentes dattes. Autour de ce coin de vie quelques personnes travaillent calmement au rythme des pas de chameaux.

Mes babines goûtent les meilleures pastèques qu’il ne leur sera jamais proposé. Une extase sous les 60° qui nous déshydrate. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’une pastèque pouvait procurer autant de bonheur ! Ah ce bonheur que nous compliquons et cherchons tellement que nous oublions qu’il est si simple et surtout à la portée de tous. Cette manie de tout compliquer, de tout vouloir comprendre et expliquer, nous torture plus qu’elle nous serre.

C’est à 16h après avoir échangé avec ces habitants d’un monde sans temps ni heure que nous reprenons notre chemin vers l’horizon. Comment savent-ils où nous allons ? Je l’ignore et m’en fou, je m’éloigne du monde et de mes repères et ça, ça me plaît.

3h plus tard, nous nous stoppons pour la nuit. Moussa fait un feu. Maya le chamelier nourrit les dinosaures. Cette première nuit à la belle étoile est une révélation. J’ignorais qu’il y avait autant d’étoiles… Je me prends à imaginer qu’autour de chacune de ces étoiles s’organise et vit un système planétaire… Mais que sommes-nous là au milieu ? Comment pouvons-nous oser être si prétentieux ?

Les étoiles filantes passent et repassent, j’épuise rapidement tous mes vœux. Je préfère les vivre que les rêver.

Le ciel, le désert me parle, j’entends son silence qui a chaque instant me pénètre un peu plus. Mais où allons-nous ? Où m’emmènent mes nouveaux amis Touaregs ? Ce voyage est-il seulement terrestre et physique ?

« Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de soi-même » Confucius

« Nous pouvons faire le tour du monde sans quitter notre chambre » Socrate

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers » Hermès Trismégiste

Moussa est heureux de nous annoncer chaque jour que « ça sange tous les jours »… mais chaque journée a le même rythme : nous avançons environ de 7h à 11h puis de 16h à 19h. Entre les deux nous restons à l’ombre pour se protéger d’un soleil aussi hostile que le grand froid des montagnes.

Les jours se ressemblent mais sont tous un pas de plus dans l’immensité du désert et en moi-même. Les paysages changent, Moussa a raison. Nous passons du sable au désert de pierre, franchissons des cols et suivons des plaines. Nous rencontrons les nomades, traversons et nous haletons dans les villages et autour des puits qui sont les principaux lieux de vie.

Les enfants sur dos d’âne charrient des bidons d’eaux. Ils nous regardent intrigués, je crois que nous faisons de même.

Les Touaregs sont majestueux, leur terre, leur droiture, leur façon fière et humble de marcher… La vie ici se déroule comme il y a des milliers d’années, au rythme du soleil et du vent. Le progrès, la modernité à laquelle nous sommes assouvis peine à s’imposer dans ces territoires hostiles. Quelques montres, quelques bidons plastiques, quelques cigarettes… sinon rien que le fruit du travail, de la terre et de l’ingéniosité des Hommes des premières heures. Aussi posés et sages que leur demeure : le grand Sahara.

Chacun d’entre eux, comme le veut la tradition, porte une épée. Les haches et outils sont artisanaux et forgés de leurs mains. Seules leurs rares petites radios sont made in china. Leur joie et leur bonheur nous sont transmis chaque jour. Pas besoin de mot ou de long discours, leur vie est un exemple d’humilité.

Maya qui ne parle pas un mot ni d’anglais ni de français est un homme libre et heureux. Sa vie n’est pas facile, loin de là, mais il sait l’apprécier et la louer. Son regard en dit long. Son visage porte les traces du désert et son rire en dégage la chaleur.

Un matin, avant l’aube, Maya nous réveille, Agali et moi, Mouhamed (ce sont nos noms locaux). Il nous conduit dans des collines de pierre. Les singes sont là, à quelques dizaines de mètres. Ils sentent notre présence, nous scrutent méfiant. Nous ne pouvons pas nous approcher plus, ils n’ont pas l’habitude de la présence humaine, ils sont libres comme les habitants du désert.

Les villages des Touaregs qui nous accueillent sont bâtis de petites cases qui ressemblent à des yourtes ou des igloos de bois et de chaume. Lorsqu’ils déménagent pour poursuivre leur route de nomade, ils laissent tout là, pour les suivants voyageurs ou ceux qui portés par le vent ou le destin en auront besoin.

Les femmes restent au village. Elles s’occupent de la nourriture, des enfants et de l’artisanat. Elles sont le pilier de leur culture. Les hommes eux, partent parfois plusieurs jours avec les troupeaux ou travailler dans les oasis.

La vie se déroule calmement. Non facilement mais calmement. Sans vague ni tempête qui viendrait rendre plus hostile une vie qui l’est déjà bien assez. Qu’est-ce qui pourrait briser ces Hommes qui ont bravé depuis des milliers d’années la dureté du désert ? La menace des grands groupes occidentaux comme Areva peut-être ou ceux qui viennent de Chine ? Il est vrai que l’environnement est hostile mais jusqu’ici ils s’y sont accommodés. Les gouvernements leur sont hostiles mais ils savent les ignorer (pour la majorité). Mais le désert est de plus en plus aride et les gouvernements pantins des grandes industries, de plus en plus injustes et brutales. Certains s’en vont rejoindre les rebelles ou les groupes comme Aqmi lorsque d’autres se réfugient dans les bandes criminelles. La drogue en provenance d’Amérique du Sud transit par le port de Lomé (orchestré par la dictature de Gnyassimbé qui s’en sert pour endoctriner la jeunesse), de Cotonou ou Lagos. Puis elle continue son chemin vers l’Europe propageant en route la misère liée à sa consommation, contaminant les agglomérations et les ghettos refuges à l’exode rural qui touche tous les pays du continent. La tentation est forte pour certain qui se laisse embarquer dans l’engrenage du trafic. Armes, drogues, humains, les convoies, les 4X4 arpentent le désert, ce no man’s land naturel. Quant aux caravanes de chameaux, elles continuent leur route tachant d’ignorer ce côté sombre d’une zone pleine de foi mais sans loi.

Le troc, l’échange, l’entraide, rassemblent ces Hommes sous l’étendard des étoiles du désert. Cette carte ouverte qu’ils sont les seules avec les navigateurs à partager le secret. Une carte que nous avons cessé de lire, de regarder même, préférant nous pencher vers nos pieds ou sur nos écrans.

La tête vers le ciel à rêver, les pieds dans le sable bien encrés. Où sont réellement nos racines ? Sur la terre ou au ciel ? Je pense qu’elles sont aux deux. C’est justement cet équilibre entre ciel et terre, entre visible et invisible, entre le cœur et la tête, entre le bon sens et la raison, entre instinct et intuition qui nous conduit à être nous-même. Cet équilibre des forces, cet équilibre du Ying et du Yang qui nous permet de voyager au plus profond de notre monde, de notre univers et de notre esprit. Les Touaregs le savent naturellement et c’est les pieds nus sur le sable encore chaud de la journée qu’ils rêvent la tête dans les étoiles les plus éblouissantes qui soient.

Le 5ème soir alors que Moussa prépare le feu et que Maya grimpe aux arbres à la recherche de nourriture pour ses dinosaures, je regarde cette montagne d’environ 300m de dénivelé. Elle ressemble à un amas de pierres entassées. Mon instinct savoyard revient au galop : « Eddie, on monte ? » « Allez, go ! ». On s’équipe d’un bidon d’eau et c’est parti. Quel spectacle ! Nous sommes sur la tour Eiffel naturelle du Sahara. Perchés sur ces pierres nous contemplons le territoire que nous foulons depuis cinq jours. L’immensité nous encercle et à perte de vue, le désert. Aucune trace visible de l’Homme et de sa modernité. Aucun temple au monde ne doit dégager autant de sérénité et d’humilité. Nous restons là à s’émerveiller. Euphorique, je prends conscience d’où je suis, perché là, à 19 ans, au milieu du Sahara. Il y a 10 jours je ne savais même pas que j’irai au Niger. La vie est belle et je la remercie.

Cette nuit-là, apprenant notre présence, un groupe d’enfants venue d’un village voisin nous a rejoint. Ils ne parlent pas notre langue, nous ne parlons pas la leur. Mais nous chantons, dansons et échangeons des rires et sourires qui resteront à jamais gravés. Nous nous couchons la tête pleine d’idées, allongés sur le sable nous contemplons les étoiles. Après avoir compté 22 étoiles filantes en deux heures nous avons arrêté de compter, convaincus que nos rêves se réalisent déjà. L’univers est en mouvement, la vie en est le moteur.

Le matin, une merveilleuse nouvelle nous parvient par le biais du téléphone arable. Un messager apprend à Maya la naissance de son huitième enfant ! Il est heureux, chante et danse partout. Il veut lui donner notre nom en notre souvenir. C’est vrai que même si nous ne parlons pas la même langue nous avons tellement échangé… Elle est née il y a trois jours, c’est le temps qu’il a fallu pour que de village en village, de puits en puits, le désert souffle la nouvelle jusqu’aux oreilles de Maya. Nous sommes subjugués ! Il semble, en fin de compte, avoir plus de vie qu’il n’y paraît.

La dernière nuit est un peu plus stressante, des coyotes ou chiens sauvages nous encerclent. On ne les voit pas, on les entend. Pas facile de dormir. Mais nos amis Touaregs n’ont pas l’air dérangé.

Ça y est nous rentrons avec une chèvre comme nouveau passager. La pauvre sera sacrifiée pour la naissance de la fille à Maya.

Petit à petit la silhouette d’Agadez se dessine. Nous nous rapprochons de cette ville en terre cuite. Une semaine ça passe vite mais le temps s’est arrêté. Un retour aux sources, à la simplicité et à soi-même. La ville se rapproche mais toujours dans le calme. Agadez est une ville sans bruit, sans agitation, une ville humble comme les Touaregs qui l’habitent.

Nous pénétrons dans la ville en traversant en dromadaire la piste de l’aéroport. Un tarmac déroulé sur le sable attend au soleil qu’un avion s’y pose. Seule une compagnie libyenne s’y aventure une fois par semaine. Le reste du temps elle fait juste partie du décor.

Le désert, les Touaregs, leur sagesse et leur simplicité ont marqué ma vie. Ils m’ont apporté quelques réponses, quelques pistes à explorer mais m’ont laissé avec toujours plus de questions en tête.

Julien Masson

Aventure dans les Balkans: Episode 2 (BOSNIA)

Bosnie – Herzegovine

La Bosnie… On ne savait pas trop à quoi s’attendre. La seule image pour nous est celle de la guerre à une époque où nous jouions au ballon prisonnier dans la cour d’école. Mais c’était nos premières images de guerres, celles du JT, celles des réfugiés qui arrivaient à Albertville… Des images qui ont marqué notre jeunesse. Mais pour nous qui avons toujours connu la paix, la Bosnie c’était tout de même loin.

Déjà nous sommes arrivées dans le pays par une voie tertiaire, une frontière cachée, avec des douaniers… comment dire… hallucinés devant notre connerie. (On a ça en commun avec Clément, une connerie à toute épreuve.)

Nous voilà donc à Sarajevo. En chemin les paysages sont magnifiques mais nous commençons à nous faire une triste idée du pays: aucune maison n’a été épargné par la guerre, cimetière dans les jardins ect… 15 ans plus tard, ce ne sont pas des cicatrices de la guerre que nous découvrons mais des plaies encore béantes.

Une nouvelle nuit dans la voiture, il ne fait pas chaud mais on se marre bien en faisant le bilan de notre journée et des quelques rencontres insolites faites dans notre nouveau pays hôte: La Bosnie!!

Le centre de Sarajevo est presque entièrement reconstruit, et ce petit centre historique à ses charmes entre modernité et tradition sous ses aires de cité médiévale. Les églises flirtent avec les mosquées pour le pire et le meilleur… peut-être un jour…

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