L’aimant des villes

La tradition scrute la modernité - La Paz (Bolivie)

La tradition scrute la modernité – La Paz (Bolivie)

Perché dans les airs, profanant le royaume des êtres à plumes, dans un de ces oiseaux de fer qui polluent l’atmosphère et sa légèreté, je survol l’Amérique des grandes plaines. Souvent, les Etats-Unis, dans nos idées atrophiées, ce sont les grandes villes. Ce qui m’amène ici c’est tout le contraire. Ce sont les grands espaces que le vieux continent, depuis trop longtemps peuplé par l’Homme blanc, son ambition ravageuse, sa curiosité mal placée et son orgueil démesuré, n’ont pas sus préserver. Ces grandes plaines qui sont synonymes mêmes de la liberté. Là où ont couru Sitting Bull et Crazy Horse, là où des nuées de Bisons détallaient librement avant que le visage pâle, en quatre siècles, réduisit leur nombre de plus de 50 000 000 à 750 ! Ces plaines qui se confondent avec le ciel, défiant l’horizon, concrétisant la notion étrangère à notre esprit, d’infinité, de la non-limite, de l’expantion éternelle. Perché là-haut, où devrait être l’aigle et non l’Homme, je rêve de courir comme un Sioux, dans les herbes de la plaine. Lire la suite

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Le voyage – Mon école

Pourquoi suis-je parti à 18 ans en Afrique ? Voilà une question que l’on me pose souvent. Une question sans trop de réponse. N’avez-vous jamais ressenti le souffle de la vie ? Un souffle qui vous conte les rêves les plus fous ? Un souffle, un esprit, une conscience, des signes, une énergie qui vous dit : vas-y c’est maintenant ! Où ? Nous l’ignorons et c’est pour cela qu’il est délicat de s’en aller. Contre toute opinion, parfois toute logique, il faut lâcher la laisse, se laisser porter par les vents de l’inconnu vers nos rêves les plus fous.

La vie est mouvement. Le souffle de la vie, la langue du monde, l’énergie de l’univers portent les âmes légères. C’est ce que j’ai voulu lorsque je suis parti pour la première fois en Afrique, lâcher prise, balancer un avenir certain, une routine alarmante, un Julien qui n’était pas moi.

J’ai fêté mes 19 ans au Bénin, je fête aujourd’hui mes 26 ans en Colombie. Qui a-t-il entre les deux ? Qu’en est-il  7 ans plus tard ? Lire la suite

Face à la Nature (BENIN)

N’avez-vous jamais rêvé de voir comment évoluerait la nature sans l’intervention de l’Homme ? Alors suivez-nous au nord du Bénin, dans le parc de la Penjari !

Après avoir franchi l’entrée du parc, dans le petit village de Batia, nous croisons déjà la route d’un troupeau d’éléphants. Un peu plus loin ce sont les babouins qui nous souhaitent la bienvenue. C’est parti nous voilà au cœur de la nature avec un grand N. Nous roulons le long de la chaine de l’Atakora. La seule chaine de montagnes (ou de collines…) que compte le pays. Les petites montagnes, dont la plus haute culmine à 800m à peine, sont souvent couvertes de jolies forêts alors qu’elles se terminent souvent par des falaises rocheuses. A leurs  pieds de verte prairies nous prouvent que la saison des pluies vient de commencer après 6 longs mois de sécheresse. Puis à perte de vue s’élance la grande savane africaine. Cette grande savane qui fait rêver, rêver d’évasion, de grands espaces, de liberté !

Dans ces grands espaces de liberté, les antilopes galopent en troupeaux et jouent à bondir . A notre vue, elles nous observent, et le moment venue fuient la présence de ces inconnus que nous sommes. Tels des joueurs de rugby, feintent et crochètent dans un sens puis dans l’autre, tel des sauteurs de haies, elles s’élancent par-dessus rivières et arbres couchés, tels des sprinters s’évadent plus loin, là où l’Homme, le plus grand prédateur ne met pas les pieds.

Nous, perchés sur le toit du 4X4, nous observons ce spectacle fabuleux. Nos narines hument des parfums naturels envoutants, nos sens s’éveillent, le vent nous caresse et nous permet de supporter l’hardeur du soleil.

C’est la grande mélodie de la nature et le chant d’une multitude d’oiseaux tous plus colorés les uns que les autres qui fait danser antilopes, antilopes cheval, buffles, phacochère, éléphant, singes etc..

Le spectacle est grandiose, étourdissant et nous en savourons chaque instant.

A midi, alors que nous sommes dans le parc depuis 7h du matin, nous pic-niquons à l’ombre d’un arbre avec les employés d’un des 2 hôtels du parc.  Fermé depuis le 31 mai, il rouvrira en décembre pour la saison sèche (et saison touristique) . Après avoir dégusté les mangues du marché de Tanguieta nous reprenons notre aventure dans la savane béninoise. Nous longeons la rivière Penjari qui fait frontière avec le Burkina voisin, et devant nos yeux, comme depuis le matin, le plus beau spectacle qui m’a été donné de voir continue.

Nous nous arrêtons à la mare sacrée. En saison sèche tous les animaux s’y rejoignent pour trouver à boire. C’est donc un point d’observation privilégier. Comme les pluies ont déjà commencé depuis un mois, les points d’eau perdent de leur intérêt pour le visiteur qui à plutôt intérêt à arpenter les pistes pour croiser les troupeaux. Cependant le lieu prête au repos et à la tranquillité. Ça tombe bien puisque c’est l’heure de la sieste. Nous devions rester là jusqu’à 16h et faire comme les animaux : se cacher de la chaleur de l’après-midi. Mais alors que nous observons les hippopotames et crocodiles, le ciel alors parfaitement dégagé, se charge en très peu de temps. Rapidement il s’assombrit et il ne faudra pas attendre longtemps pour que la pluie, précédée d’un fort vent, se mettent à battre son plein. Alors que nous nous hâtons de nous mettre à l’abri, nous pouvons constater que l’animal le plus évolué (paraît-il) est le seul à craindre la pluie. Les autres restent de marbre face aux trombes d’eaux qui s’abattent. Au contraire ils semblent jouir de cette eau qui leur tombe sur la tête, et même les oiseaux jouent avec le vent qui les berce,les bouscule et les stimule.

A 16h, comme prévus, nous reprenons la piste. La pluie a cessé depuis un petit moment. Et jusqu’à la fin de journée nous observons la nature dans son état le plus brute.

Nous gagnons le lieu de bivouac. Alors que nous échangeons avec Jacques, notre guide. Le jeune apprenti s’occupe de ramasser du bois et de faire le feu. Jacques est un fervent défenseur des traditions, des valeurs simples que cultivaient les Africains, et de son environnement. Il fuit la modernité destructrice et les désirs qu’elle provoque. Il se plaint de voir petit à petit les jeunes de sa génération ou des suivantes, oublier d’où ils viennent et de caricaturer un monde qu’ils ne connaissent pas ou qu’à travers le cinéma (des scénarios comme il dit). «  Pourquoi veulent-ils ressembler à des hipopiens ? Que trouvent-ils à s’éterniser devant des sénarios et des gens qui tirent sur tout ce qui bouge ? Avant les vieux racontaient des histoires aux jeunes garçons, et les vieilles aux jeunes filles. ça les éduquait. Qu’elle est leur éducation aujourd’hui ? Ce sont des fainéants qui prennent tout le négatif d’un monde qu’ils ne connaissent même pas. »

Jacques construit avec patience un campement (hôtel) naturel et écologique. Avec les savoir-faire ancestraux. Il se demande encore pourquoi les gens remplacent leur toit de chaume par de la taule qui n’isole pas de la chaleur, rouille, coute cher, et rend malade. Il s’étonne de voir ses frères construire des mûrs de ciment qui n’isolent pas de la chaleur ni du froid alors que les ciments de terre rouge font tout cela. Il s’étonne, et ça le ronge, de voir son peuple plonger tête baissée dans la modernité qui leur fait perdre leur identité et leurs connaissances. Il s’efforce de préserver le savoir-faire traditionnel que ce soit dans l’agriculture, le bâtiment ou les plantes médicinales. Comme l’Artemisia Anna  qui empêche le palu et que l’OMS sous la pression de l’industrie pharmaceutique avait fait interdire ( même de la cultiver). Depuis l’année dernière, grâce à des pays comme le Ghana, l’interdiction est tombée et Jacques en est bien heureux. Cette tisane, prise en cure une fois par an, permet au corps de rejeter le plasmodium transmis par les moustiques et cause du paludisme. Comme un vaccin naturel.

Nous parlons aussi de ses projets pour la suite. S’enrichir  avec le tourisme ? Non, mais en faire profiter les plus démunis de façon intelligente et durable. Avec des prêts d’animaux, de bétails, de graines etc… De l’aide durable, de la formation, et réapprendre à ceux qui ont oublié le savoir-faire des anciens.

Nous mangeons autour du feu, alors que les singes jouent en sautant de branche en branche et que les antilopes, à quelques pas de là, nous ignorent. La nuit tombe, les bruits de hyènes se font entendre puis celui du lion . Le lion rugi, nous sommes sur son territoire, il aime passer ses nuits là où nous avons décidé de planter les tentes. Mais Jacques nous rassure avec un conte africain  qui explique comment, depuis le jour où une lionne pour se venger de son lion l’a envoyé se battre contre un homme armé d’un arc, celui-ci n’attaque plus les humains, le plus grand prédateur. C’est alors qu’avec le bruit des animaux et notamment celui du lion, nous passons la soirée à discuter et écouter des contes et légendes africains. Jacques et Achille (son apprenti) prennent plaisir à nous les raconter et à se souvenir des vieux qui leur contaient le soir au village.

Le matin le réveille est prévu pour 6h. Ça fait deux nuits déjà que nous dormons peu. Il est temps d’aller rejoindre nos tentes Quechua seuls abris contre les lions. Ce soir nous sommes seuls dans tout le parc, même les gardes sont en weekend. Aucun autre visiteur, aucun autre guide. Les deux seules autres véhicules de visiteurs ne passaient pas la nuit dans le parc. Nous sommes seuls, Jacques, Achille, Nina et moi, face à la nature, et surtout au lion. Mais pas de panique nous avons une tente !

C’est cette nuit-là, alors que le lion ne cesse pas de rugir et de se rapprocher du campement, que Nina a choisi pour avoir de la fièvre. Jacques nous a dit de ne dormir que sur une oreille, je ne me suis pas fait prier pour le faire. Et dans la nuit, alors que nous venions de rentrer dans la tente après en être sorti pour le pipi, un animal au pas bien lourd et rapide est passé non loin de la tente nous jetant un bon coup de stress. Le lion ? Sans doute puisque après ça son rugissement était dans le sens opposé.

A 6h, on se hâte afin de surprendre le lion qui ne doit pas être loin vue la nuit qu’il nous a fait passer. Malheureusement nous ne le verrons pas bien que nous l’avons abondamment entendu… Sûrement que lui ne nous a pas ratés…

Puis nous reprenons notre safari et notre admiration pour cette nature à l’état pur. La savane, les forêts, la brousse, les prairies et les mares se juxtaposent pour le plaisir de nos yeux, de nos oreilles et de notre nez. Les verts qui témoignent des pluies contrastent avec les jaunes pastel qui restent de la saison sèche. Nous en prenons  pleins les yeux et lorsque notre souffle n’est pas coupé devant cette beauté, nous en profitons pour respirer à plein poumon cet air pur.

Malheureusement l’état de Nina ne va pas en s’arrangeant. Son mal de tête ne cesse d’empirer et sa fièvre d’augmenter. La fatigue ? Nous avons très peu dormi depuis quelques jours, entre le concert de Segun et Aston à Cotonou, le voyage de 12h en bus, le départ avant l’aube pour le parc, le nuit dans la tente avec le lion etc. Ou palud ? Elle ne cesse de se faire piquer depuis notre arrivée à Brazza, et à Cotonou ça ne c’est pas calmé.

Nous ne trainons pas trop, bien que nous profitons quand même de la matinée pour observer les troupeaux comme celui de buffle qui a traversé la piste à toute allure, 5m devant le véhicule. Impressionnant, des dizaines et des dizaines de buffles en pleine course devant et derrière le 4X4. Assis sur le toit, nous ne sommes pas rassurés mais admirons le spectacle grandiose que nous vivons . On se rend bien compte de notre faiblesse face à de tels animaux.

En fin de matinée nous sortons du parc et longeons la chaine de l’Atacora en traversant les villages permanents et traditionnels des autochtones, ainsi que ceux éphémères des nomades peuls venus s’installer, comme chaque année, à flanc de montagne pour cultiver les terres durant la saison des pluies. A la saison sèche ils reprendront la route avec leurs troupeaux. Sur la piste, des dizaines de femmes et enfants se dirigent à pied, avec cargaison sur la tête, dans la même direction que nous : vers Tanougou. C’est le jour du grand marché. En effet, chaque dimanche, un marché auquel participent tous les villages des alentours se tient dans le petit village de Tanougou. Un village à flanc de montagne qui veut dire « porte des montagnes ».  C’est ici que les ancêtres traversaient la chaine de l’Atacora. Le village est donc resté un carrefour commerciale où chacun vient vendre ses céréales, ses produits animaliers ou artisanaux. Mais nous, en dehors du marché, c’est les cascades qui nous attirent ici. De majestueuses chutes qui coulent des roches lisses de l’Atacora. Le lieu est magique, au fond du village, plusieurs cascades qui s’enchainent dont une grande de plusieurs dizaines de mètres. Nous en profitons pour manger mais ne nous attardons pas trop, l’état de Nina s’aggrave sérieusement. Ce n’est surement pas la fatigue.

Ce qui est rassurant c’est qu’à Tanguieta il y a un hôpital tenu par des Italiens qui est réputé dans toute l’Afrique de l’Ouest. Nous en avons même entendu parler jusqu’à Nouadhibou en Mauritanie, à Nioro du Sahel au Mali et bien souvent à Cotonou.

Arrivé là-bas, après avoir tout de même prie une douche (après une nuit dans la savane, c’est la moindre des choses…), nous constatons que le « meilleur hôpital » du Bénin ne donne pas envie d’y rester trop longtemps… Ce n’est peut-être pas plus mal, ça peut faire effet placebo… Le médecin qui nous reçoit, apparemment pas inquiet par l’état de Nina, nous demande de patienter pendant qu’il termine sa pintade et son riz qu’il mange à la main sur le bureau des consultations.  Après plusieurs minutes, l’assiette est vide, il demande les symptômes, prend la température, constate la fièvre, me demande d’aller cherché un ticket à la caisse et fait appeler un médecin. « A  parce que vous n’êtes pas médecin? Non, le dimanche ils ne travaillent pas, mais il va venir, allez chercher un ticket à la caisse pour le dossier ». Je fais la queue à la caisse un petit moment (comme au supermarché) jusqu’à ce qu’enfin l’hôtesse, ou la caissière, me présente la facture et le ticket. Ça y est Nina a le droit de voir le médecin. Mais le dernier n’est pas encore là puisqu’il ne travaille pas, nous sommes dimanche. Mais Nina est déjà sous perfusion. Nous patientons une bonne heure quand enfin le médecin arrive. Bien agréable, très courtois, aussi gentil que l’infirmier qui nous a acceuilli avec sa pintade et qui depuis a mangé un autre plat de pâte et … de pintade. Étonné par le nom de Nina il demande d’où elle vient : « ah tient une voisine, moi je suis Kinois ». Ben voilà comment se faire soigner dans un village du nord du Bénin par un Congolais. Prise de sang et compagnie. Le temps passe, ça va mieux, le médecin rentre chez lui en nous rassurant, s’il y a un problème il n’habite pas loin. Les résultats arrivent un bon moment plus tard, rien d’inquiétant, petit début de palud, on peut rentrer chez Jacques. Pour une fois ce n’est pas moi qui est eut la perf !

Le lendemain journée de repos, on décale le retour sur Cotonou. Malheureusement le mal perdure, ce n’est pas que le palu mais bien une sinusite qui s’est infectée. Nina ne quitte pas la chambre de toute la journée. Sa tête lui fait mal même si elle n’a pas de fièvre. Le lendemain nous prenons le bus tout de même pour rentrer à Cotonou. Ce fut un véritable calvaire pour Nina. 11h de bus avec un mal de tête insupportable et un chauffeur qui klaxonne sans cesse et sans raison. Ajouté à cela un enchaînement de séries ghanéennes et nigérianes avec un doublage surnaturel. Lorsque enfin le bus s’arrête à St Michel près de la maison, nous sommes bien heureux et Nina se hâte d’aller se coucher.

L’aventure nord Bénin, comme à chaque fois que j’y suis allé, restera une fois de plus dans les annales.

Tanguieta est un lieu magique, authentique et chaleureux. La majorité des maisons sont encore traditionnelles, les femmes portent les habits traditionnels,  la bonne humeur et la politesse sont une tradition. La chaleur et la tranquillité de la région de Tanguieta, ajouté à cela ses paysages, sa faune et sa flore, en font pour moi le plus beau coin du Bénin.

Julien

Pour tous ceux qui souhaitent s’y rendre, voici l’email de Jacques : samhmal@yahoo.fr

Plus que votre guide, il sera votre ami tout le long de votre séjour et fera tout pour vous arranger. De plus son hôtel dispose de chambres confortables mais aussi de cases traditionnelles et d’une véritable Tata Somba. Pour plus d’informations contactez-moi.

Grand Popo et après? (BENIN)

Grand popo est considérée comme la plus belle plage du Bénin. Même si l’océan est puissant et dangereux, l’étendue du sable à perte de vue, les pirogues qui attendent de prendre le large, et les cocotiers inspirent au calme et à la tranquillité. Passage obligé des touristes, point de repos des expatriés le temps d’un weekend, mais aussi l’endroit idéal pour tout jeune Béninois qui compte offrir à sa petite – ou future petite – amie un weekend de rêve.  Grand Popo, jadis petit village de pêcheurs, attire du monde, de plus en plus de monde et devient petit à petit une station balnéaire qui perd ses charmes.

Il est loin le Grand Popo de 2005 (année où je l’ai découvert). Et j’ai peur, comme beaucoup de nostalgique d’une époque où Grand Popo était synonyme d’amusement, de calme, de sérénité, de fraternité, que dans quelques années il n’y en ait plus aucune trace . Grand Popo se résumait alors en Peace and Love. Les tambours battaient le rythme enjoué par le balafon, harmonica et guitare. Les ballets passaient et repassaient, en danse, en chanson, sur échasse ou en acrobatie. On dormait là où on était et mangeait tous ensemble. Il y avait Coco Beach qui accueillait tous les rastas et ceux qui voulaient l’être le temps d’un séjour, on buvait un coup au milieu de la nuit chez Thomas, on errait sous les cocotiers ou en pirogue sur le fleuve Mono avec les hippopotames.

Huit ans après, la plage est toujours là, les cocotiers un peu, quant aux hôtels, ils se sont multipliés chacun dans son style, sans se soucier de l’Environnement ou du voisin. Les murs de béton se montent comme des châteaux de sable, et les petites paillotes roots de l’époque ont laissé place à des étages  robustes bien que posés sur du sable…

Chaque année Grand Popo perd un peu de son âme et emporte avec lui la simplicité de son village d’antan.

Ce weekend il y avait la célèbre fête de Novitcha, célébré depuis 1921 pour la Pentecôte. C’est la fête de la fraternité,  celle pour qui tous les Xwala et Xwéda (ethnies de la région de Grand Popo) , peu importe où ils ont élu domicile, se réunissent le temps d’un weekend de joie. Les djembés reprennent du volume, les trompettes, trombones et autres les accompagnent, et ensemble font danser les Popos et les invités de cette fête annuelle.

Les marques d’eau, de boissons diverses, de télécoms et autres s’en donnent à cœur joie pour distribuer leur pub et leurs business. Heureusement le tout dans une atmosphère bon enfant où chacun se souhaite bonne fête et s’échange les rires, sourires et plaisanteries les plus béninoises qu’il soit. Le temps d’un weekend peut-être que Grand Popo retrouve quelques choses de son âme.

Les pécheurs eux ne prennent pas le temps de s’amuser trop longuement, le poisson n’attend pas et est déjà bien assez rare. Avant même que le soleil n’apparaisse ils tirent les filets qu’ils ont dispersés la veille. En rythme, en chanson et dans un effort colossal, des heures durant, ils tirent les filets pour les ramener du large.

Le soleil est à son zénith, de plus en plus de monde se joint à la tache de plus en plus hard. C’est en début d’après-midi, alors que nous sommes plusieurs dizaines que nous en venons à bout. Le filet est sorti de l’eau. Mais comme chaque jour la pêche est bien maigre. En dehors d’un gros baracouda, seules des dizaines de petits poissons, juste bon pour de la friture, se trémoussent entre les quelques méduses et sachets plastiques.

Je regarde autour de moi, nous sommes plusieurs dizaines à avoir tiré les filets. Le maigre butin sera partagé en autant de familles. Déjà les femmes sont là, on leur remplie leurs bassines (à peine 5), elles les déposent sur leur tête et s’en vont déjà les vendre.

Les pécheurs n’ont pas fini la journée. Alors que d’autres sont partis en mer pour les filets du lendemain, ceux restés lavent, et enroulent les filets qu’ils viennent de tirer.

Pas de fête pour ces pêcheurs qui souffrent du manque de poisson. Mais que s’est-il passé ? Les chalutiers trop nombreux me dit-on. Ils passent et repassent au large à des distances qu’ils leur sont interdites. Les licences sont délivrées trop facilement pour les firmes de la pêche. Et puis, il y a le phosphate relâché dans l’océan au Togo voisin (15 km). Les phytoplanctons sont détruits par le phosphate, les poissons qui s’en nourrissent disparaissent. Ah vraiment ce n’est pas simple…

La côte du Nigeria est ravagée par le pétrole, une marrée noire continuelle se déverse dans le golf du Bénin depuis plus de 25 ans. Au Togo le phosphate se rabats sur les côtes, au Ghana s’est le mercure et autres métaux issus de l’électronique. Et puis il y a les ports,les plateformes pétrolières qui jaillissent,  les chalutiers etc…

Ah vraiment ce n’est pas simple… Surtout pour les habitants de cette longue côte ouest-africaine. S’étonnerons-nous encore, comme en Somalie, lorsque dans quelques années des pirates naitrons de cette côte qui souffre de notre mondialisation libérale et incontrôlée ?

Grand Popo se modernise selon certain. Elle s’adapte aux demandes des touristes. Chacun veut en tirer parti et bâti son business. Mais quel exemple suivent-ils ? Celui de nos stations balnéaires que les gens sensés se mettent à fuir ? Pourquoi ne pas anticiper et investir dans un tourisme responsable et plus humain ? Avoir un train de retard n’est pas forcément une tare mais peut être, au contraire, un avantage permettant d’ anticiper l’avenir en évitant le temps des erreurs. Mais j’ai peur qu’une grande partie de Grand Popo ait préféré au développement durable, responsable et à la conservation de la culture, un développement économique, capitaliste basé sur la rentabilité rapide et sans loi.

Bien sûr nous sommes encore loin d’un tourisme de masse et même de celui de la côte sénégalaise. Mais faut-il attendre qu’il soit trop tard pour tirer la sonnette d’alarme ? Heureusement tous n’ont pas été amadoué par la tentation, bien au contraire, conscient, et même en pleine conscience, des artistes refusent de vendre leur culture et luttent plutôt pour la conserver. La conserver, la préserver en formant la jeunesse, en revitalisant la vieillesse et en partageant leurs arts et leur culture avec tous. Sans rien attendre en retour, ils diffusent leurs connaissances et se basent sur le partage pour faire avancer le Schimlblick. Certains des plus engagées se sont réunis dans l’association du CLAN (Contes et Légendes d’Afrique Noire) et ont créé le Centre Académique des Arts Africains et d’Ecoute. Ils forment tous les enfants qui le souhaitent au théâtre  à l’art de la marionnette, à la peinture, au batik, à la musique et à la danse. Parallèlement  ils diffusent le savoir ancestrale lié aux plantes médicinales et aux tisanes. Ils organisent des spectacles et concerts régulièrement. Motivés, de bon cœur, et vraiment conscient que le monde a besoin de revivre son humanité, ils donnent toutes leurs énergies dans cette œuvre collective. (Nous préparons un reportage sur le centre).

Comme toujours, là où les choses perdent leurs valeurs, naissent des Hommes, des mouvements, des idées qui luttent pour les préserver, pour louer la Vie, pour transmettre l’Amour et aider les Hommes à redevenir Humain. Garant de ce qui peut  pousser l’humanité  à s’élever, nous ne pouvons que les encourager et surtout se joindre à eux pour participer au grand changement qui s’opère partout autour de la planète.

Malgré les interférences et l’appelle du dieu argent, Grand Popo est donc toujours, dans la conscience de beaucoup, un lieu magique qui se doit d’être préservé à tout prix. Un lieu à part où les énergies positives vont bon train et emportent avec elles les plus volatiles d’entre nous, prêt à se laisser aller.

Julien

10 bonnes raisons de visiter le Bénin!

1 : Le Bénin est un pays tranquille, stable ou l’accueil et l’hospitalité est exemplaire.

2 : Histoire : Une page importante de l’histoire de l’esclavage c’est déroulée sur la terre béninoise, entre Abomey et Ouidah. Tragédie pas si lointaine puisque vous pourrez encore voir les places ou même la cour du fort portugais dans laquelle étaient « stockés » les esclaves. Mais aussi l’arbre autour duquel ils tournaient avant d’emprunter la route  qui les menaient sur la plage de Ouidah sur laquelle s’élève aujourd’hui le modeste monument de la Porte du « Non-retour ».

3 : Culture : Nombreuses ethnies du Nord au Sud peuplent cette terre. Toutes ont leur culture et la conserve. Et puis le Bénin ne l’oublions pas est le berceau du Vodou ! Encore omniprésent et pratiqué par une très large majorité de béninois. Nombreuses cérémonies ont lieu tout au long de l’année. Le 10 janvier à Grand Popo c’est LA fête mondiale du Vodou qui rassemble les plus grands représentants de cette religion à travers le monde.

4 : Abomey : Ville centrale du royaume de Dahomey. Deux rois se battent encore le trône de la région. Vous pouvez les rencontrer tous les deux, découvrir l’histoire passionnante de cette ville et visiter les palais.

5 : Les Tata-Somba : Dans la savane du nord-ouest du pays, tout le long de la chaine de l’Atacora, se dressent comme des termitières, ces mini-châteaux forts dans lesquelles vivent les Batammariba (« les bons maçons » dans leur langue le ditamari). Un peuple d’agriculteur insoumis qui a gardé un mode de vie rudimentaire.

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Le Grand Marché Dantokpa! (BENIN)

Le marché aux Fétiches

De la couleur du marché au pagne au bazar de celui de l’éléctronique, des clefs à molette aux transistors en passant par les peaux de crocodiles et autres cadavres à sorcellerie, le marché Dantokpa, le cœur de la fourmilière est le lieu d’Afrique de l’ouest où vous trouverez tout ce que vous voulez. De la couleur, des odeurs, du monde encore du monde, de la chaleur, du bruit, mais tellement de vie ! Des rencontres, des négociations sans fin, des marchandages pour tout et rien, vous découvrirez ici le moteur de la vie béninoise et même plus.

Au centre de Cotonou, dans une pollution sans équivalence, dans une cacophonie venue droit de l’enfer, le marché Dantokpa se tient là, mélangeant sans pudeur le moderne au traditionnel, l’alimentation à la mécanique, la bijouterie à l’électroménager, ainsi que des gens de tout horizon. Les nigérian échangent toutes les monnaies sur des tables de bois au milieu des taxis, les Mamas benz vendent leurs pagnes essayant de maintenir encore leur fortune face à la concurrence libanaise et maintenant chinoise, les nigérien vendent leurs bijoux, les mina leur cuisine quand au fon, maitre de la région ils tiennent se marché comme il se doit. Chaque jour de l’année lorsque le soleil pointe le boue de son nez, les centaines de portes en taule s’ouvrent laissant apparaitre leur trésors. A peine ces trésors révélés que le marché s’anime comme s’animerai un manège. Jusqu’à ce que le soleil tombe derrière l’horizon, sans répit des milliers de personnes se croiseront dans ce qui semble être devenue le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest !

Ne pas venir se perdre au marché Dantokpa lors d’un séjour au Bénin serait plus que dommage, car même  si cette visite risque d’être épuisante, vous découvrirez un endroit qui n’a rien d’ordinaire. N’ayez pas peur de la foule, n’ayez pas peur non plus des chariots qui manque de vous écraser ou de vous aventurer dans le marché aux fétiches.

Cotonou est un monde à part et le marché Dantokpa est le centre de ce monde.

Savoie-Cotonou en Renault Master!

Juillet, août, septembre 2010, ma compagne Nina et moi même, avons rejoind le Bénin depuis la Savoie dans un renault Master de 1984! Bien aménagé en chalet savoyard! Quoi vous en douté?

J’avoue, nous ne sommes pas vraiment photographes et malheureusement nous n’avons pas encore pris l’habitude de sortir l’appareil photo fréquemment ou encore de se le trimbaler partout… Mais ça viendra ne vous en faites pas.

En attendant quelques récits de cette aventure voici un petit diaporama de nos quelques photos…

Aventure en Taxi-Brousse! (BENIN)

Des taxis pourris en Afrique, malheureusement, c’est monnaie courante. A vrai dire, j’en ai pris des tas et des tas d’entre vous on du en prendre un paquet!

Mais pourtant, une anecdote, une aventure même, me revient souvent en tête:

Nous sommes en 2006 au mois d’aout si je ne me trompe pas. Je suis avec Yannick à qui je fais visiter le sud du Bénin. Après un séjour à Abomey, nous avons passé quelques jours dans les collines de Dassa. Voilà le jour où nous devons rentrer à Cotonou.

Dassa-Cotonou se fait normalement sans problème dans la journée. (230 km)
Dans la matinée, tranquillement, nous prenons un taxi brousse direction Bohicon. Tout le monde embarque dans un 504 break (comme on en trouve à la pelle en Afrique de l’Ouest). Tout le monde c’est 11 personnes pour 7 places. Jusque là, rien d’anormale. Mais on ajoute à ça trois passagers sur le toit. A tout ce paquetage vous pouvez encore ajouter baguages, marchandises et quelques chèvres…

Mais me direz-vous, on en a vue d’autres, et c’est vrai.

Mais attendez la suite !

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