L’aimant des villes

La tradition scrute la modernité - La Paz (Bolivie)

La tradition scrute la modernité – La Paz (Bolivie)

Perché dans les airs, profanant le royaume des êtres à plumes, dans un de ces oiseaux de fer qui polluent l’atmosphère et sa légèreté, je survol l’Amérique des grandes plaines. Souvent, les Etats-Unis, dans nos idées atrophiées, ce sont les grandes villes. Ce qui m’amène ici c’est tout le contraire. Ce sont les grands espaces que le vieux continent, depuis trop longtemps peuplé par l’Homme blanc, son ambition ravageuse, sa curiosité mal placée et son orgueil démesuré, n’ont pas sus préserver. Ces grandes plaines qui sont synonymes mêmes de la liberté. Là où ont couru Sitting Bull et Crazy Horse, là où des nuées de Bisons détallaient librement avant que le visage pâle, en quatre siècles, réduisit leur nombre de plus de 50 000 000 à 750 ! Ces plaines qui se confondent avec le ciel, défiant l’horizon, concrétisant la notion étrangère à notre esprit, d’infinité, de la non-limite, de l’expantion éternelle. Perché là-haut, où devrait être l’aigle et non l’Homme, je rêve de courir comme un Sioux, dans les herbes de la plaine. Lire la suite

Publicités

Le voyage – Mon école

Pourquoi suis-je parti à 18 ans en Afrique ? Voilà une question que l’on me pose souvent. Une question sans trop de réponse. N’avez-vous jamais ressenti le souffle de la vie ? Un souffle qui vous conte les rêves les plus fous ? Un souffle, un esprit, une conscience, des signes, une énergie qui vous dit : vas-y c’est maintenant ! Où ? Nous l’ignorons et c’est pour cela qu’il est délicat de s’en aller. Contre toute opinion, parfois toute logique, il faut lâcher la laisse, se laisser porter par les vents de l’inconnu vers nos rêves les plus fous.

La vie est mouvement. Le souffle de la vie, la langue du monde, l’énergie de l’univers portent les âmes légères. C’est ce que j’ai voulu lorsque je suis parti pour la première fois en Afrique, lâcher prise, balancer un avenir certain, une routine alarmante, un Julien qui n’était pas moi.

J’ai fêté mes 19 ans au Bénin, je fête aujourd’hui mes 26 ans en Colombie. Qui a-t-il entre les deux ? Qu’en est-il  7 ans plus tard ? Lire la suite

Une mer à 4000 m (BOLIVIE)

Un bleu profond comme celui des calos de l’ONU, un air marin presque méditérannéen, un crie de mouette, une cordillère Royale et un soleil qui plonge dans ce tableau.  Le lac Titicaca fait rêver depuis des milliers d’années. Les Incas ont vu en lui la naissance de leur monde, lorsque certains en ont vu la fin, sacrifié face au soleil couchant.

Prisonnier du temps qui forme le visage de la patate que nous peuplons, Titicaca fut emprisonné par les robustes sommets enneigés. Pénible destin pour un bout d’océan forcé à devenir un lac. Mais quel lac ! D’anonymes morceaux d’océan  il est devenu le plus haut lac navigable du monde et père d’une cosmogonie qui régit la vie d’une région entière.

Copacabana , aux allures de station azurienne, nichée au creux d’une crique au sud-est du lac, vend ses excursions à ceux qui veulent rêver avec le lac. La cathédrale dressée par les Espagnols témoigne de leur machiavélisme. Le soleil se couche en éblouissant les trois croix copiant ainsi le temple du soleil de l’Isla del Sol. Tout est bon pour convertir ! A coup de massue sur les cultures et les croyances, de détermination et de persévérance, de trahisons et de stratégies douteuses, l’Amérique du Sud s’est vue agenouillée devant la toute-puissance du Vatican. Le temps n’y a rien changé, aucun ne retourne sa veste et tous prient le Dieu des Chrétiens.

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, dans le temps il en est aussi le mouton.

(Le soleil sur les croix de Copacabana – Bolivie 2012)

L’isla del Sol est une perle qui flotte sur ce bleu marin. Des aires majorquais, quelque peu corse sur cette île symbole de l’Empire Inca. Des plages de sable blanc, des eaux lucides, des campeurs et des lamas. Le nord de l’île garde un semblant d’authenticité. Les habitants élèvent cochons et moutons en attendant de vendre quelques truites aux touristes. Un sentier à guichets sillonne les crêtes qui se perchent 200m au-dessus des eaux. Le sud de l’île c’est « mercantile island ». Pizzerias en souvenir culinaire Inca, groupes d’Allemands en bermuda et bateaux folkloriques avec équipage déguisé. Le charme de l’île est sans appel, les agences et les guides le savent.

(criques au sable blanc – Isla del Sol – 2012)

Mais Titicaca c’est des centaines d’îles et même des artificielles ! Fabriqués par les Amérindiens Oruros pour fuir les Tiwanakus. Les milliardaires Qataris n’ont rien inventé ! Les îles flottent toujours du côté de Puno au Perou habitées par des usurpateurs, des pseudos descendants d’Oruros qui exploitent le filon pour survivre sur le lac des dieux.

A 3850m les eaux des océans lointains ont fait naitre les mythes les plus extraordinaires et enfantent encore aujourd’hui dans l’imaginaire des touristes les fantasmes les plus fous. On y vient en masse profiter de ses secrets, de son calme et de son soleil si vénéré.

 

Julien Masson

PS: De plus en plus de visite par jour. Merci à vous qui lisez, suivez et partagez.  N’hésitez pas à vous inscrire sur la droite du blog pour être averti des nouveaux articles sur votre boite mail.

(île perdu dans les eaux de Titicaca – Bolivie 2012)

 

(enfants sur un ponton de l’Île du Soleil – Bolivie 2012)

 

Sur les traces des Tiwanakus et des Incas (BOLIVIE)

Lorsque la société vous pèse, la nature vous allège. Après tout elle est notre mère et nous vivons en son sein. Parfois (même souvent) il est bon de marcher, de s’évader et de se reconnecter à Pachamama. Un trek en autonomie en est un bon moyen.

Un chemin préhispanique faisant partie du  Qhapaq Nanquitte la Cumbre (4650m) pour franchir un col à 4900m et plonger  dans une magnifique vallée qui en perdant de l’altitude voit s’inviter sur ses flancs une vaste forêt : la haute Amazonie.

Le vent froid nous gèle les oreilles jusqu’au col où nous découvrons une gorge ouverte et profonde dans laquelle nous devons descendre. Une vieille voirie Tiwanaku récupéré de force par les Incas et utilisée aujourd’hui par les paysans, s’élance dans cette descente infernale. Se courbant une dizaine de fois sans se mordre la queue, elle vient se soulager à 4400m contre la rivière Lama Khuchu. Les ruines du tombeau Lama Khuchu  demanderaient beaucoup d’imagination à celui qui tenterait une reproduction mentale des scènes de vie de jadis.

(Tombeau Lama Khuchu – Bolivie 2012)

Quelques paysans grimpent courageusement, seuls ou accompagnés de lamas, dans l’espoir de vendre leurs pommes de terre à ceux qui partent nourrir les millions de Citadins de la Paz.

La vallée dresse des murs de roche en barricades accrochant les nuages sur ses sommets, s’isolant un peu plus . Comme une route céleste le bleu du ciel indique la voie. Après quelques heures de marche le seul village que nous verrons en trois jours se présente à nous. Construites de pierres, les maisons ne détonnent pas avec l’environnement. Les filles vêtues de leurs tenues traditionnelles jouent au foot supportées par leurs congénères masculins . La jeunesse de ce village doit se sentir bien emprisonné par ces pierres venues des sommets. La Paz est à 2 jours de marche lorsque pour Coroico il faut en compter 3. La glue du temps doit peser sur les âmes vagabondes. Mais le calme ramène les esprits à la plenitude. Comme  tous ceux qui ne sont pas natifs de ce village isolé nous continuons nos foulées. Petit à petits, alors que le soleil est en fin de course, la végétation s’épaissit.  Nous pénétrons les Yungas ces vallées chaudes et humides de la haute Amazonie. Après un pont de singe qui s’est vu amélioré par une modernité cablique, nous plantons notre tente (pas imperméable) sous un abri proposé par une famille sédentarisé sur ce bord de rivière. Le ciel abat ses gouttes toute la nuit. Désormais l’humidité nous habite. Toute la journée suivante les eaux des dieux nous alourdissent le pas et le rendent glissant. Ce deuxième jour nous tiendrons  la courbe de niveau de 2900m. Malheureusement sans voir l’ombre d’un plat. Que de descente succédant à des montées… Les pieds se ramollissent mais nous conduisent jusqu’à un autre camp proposant un abri semblable au précédent.

 

Deuxième nuit, deuxième plâtrée de pâte, mate de coca, et toujours pas de douche. L’humidité de la nature et celle de notre transpiration font drôles de ménage. Notre tente miniature mouillée de cette atmosphère conserve cette odeur bestiale. Ajoutée à cela celle de nos pieds qui se décomposent lentement, notre humble demeure n’est pas en état de recevoir quelconque invité. Même les insectes – excepté les mouches – nous évitent.

Malgré cela, cette végétation dense et cette verdure nous font du bien. Voilà deux mois que la nature luxuriante nous fait défaut. Même la pluie est appréciée.

(pont suspendu du Choro trek – Bolivie 2012)

Les quelques habitants que nous croisons, bien que soulagés des maux et des cries de notre société, ont une vie bien ardue. Leurs cultures de bananes, pommes de terre et maniocs sont accrochées à des pentes abruptes qu’ils ont débarassées de la forêt. Leurs dos sont cassés par les charges qu’ils transportent jusqu’au village. Les coups de bêche, les reins qui faiblissent, la vie qui marque.

Le dernier jour de marche dans les Yungas jusqu’au village de Chairo fut marqué par de fortes éclaircies. Des paysages toujours aussi beaux et luxuriants. Des cascades d’eaux et de fougères, des lianes éclaboussées par les quelques rayons de soleil qui percent la densité du feuillage, et des vues qui forces l’arrêt sur cette vallée surprenante.

Après avoir croisé un petit hameau et rencontré le chef du secteur, nous reprenons le chemin qui serpente sans arrêt dans une vertigineuse descente pour nous ramener 800m de dénivelé plus bas à Chairo.

(Yungas – Bolivie 2012)

De là, nous faisons du stop jusqu’à Coroico où nos pieds peuvent enfin se reposer. Le village est calme et exotique. Une autre Bolivie. Celle qui a vue s’installer les afro-boliviens. Les seules noires du pays. Apporté en Bolivie en 1550 pour travailler comme esclave (bien-sûr) dans les mines d’argent de Potosi suite à la reconnaissance par l’Eglise de l’existence d’une âme chez les Amérindiens. Ce n’était pas le cas pour les noires… Les survivants sont parties s’installer dans ces vallées chaudes et fertiles des Yungas où ils ne furent libres qu’en 1953. De leur rythme est né la lambada. Les transhumances forcées des noirs Africains ont donné naissance à de nombreux rythmes et danses : salsa, rumba, cubain, lambada etc… Rythmes jadis sacrées et sortis des couvents, seule moyen de garder un semblant de racine, de culture, et de moyen de communication.

Toujours est-il que ces Africains semblent bien intégrés dans ces vallées où les femmes portent le chapeau melon bolivien et les jupes andines. Une autre Bolivie comme je vous le disais !

 

Julien Masson

Plus de photos cliquez ici!

La tête dans les étoiles (BOLIVIE)

Si j’arrive parfois à garder les pieds sur terre, j’ai du mal à ne pas avoir la tête dans les étoiles. Divaguer, dériver, réamarrer entre les vagues de l’esprit. Besoin d’échapper à ce monde qui veut nous formater, à cette société monolithique qui veut nous apprivoiser voir nous dompter. Mon esprit se débat afin d’éviter la robotisation, la lobotisation qui l’attend.

Les étoiles brillent dans le ciel mais aussi dans le cœur des Hommes. Se laisser emporter par leur beauté est sûrement ce qu’il y a de plus vivant. Chacun rêve ; ce qui est dommage c’est de ne pas le faire éveiller. Ce qui est triste c’est de ne pas essayer de les réaliser. Ce qui est mortel c’est de s’en éloigner. Les enfants veulent vivre leurs rêves. Les adultes en compte le prix, les rangent et les oublient.

(levé de soleil sur la cordillère Royale – Bolivie 2012)

La Bolivie est propice aux rêves, aux mystères, aux envolées fantastiques de l’esprit vagabond qui sommeille en nous. Et puis sur ces altitudes andines il n’y a plus qu’à lever le doigt pour toucher les étoiles. Moi que l’on accuse depuis enfant d’avoir la tête qui s’égare là-haut, comment aurais-je pu refuser de m’y aventurer ? En voyage l’imprévu frappe souvent à la porte, ne pas lui ouvrir c’est s’enfermer dans le sous-sol de la vie. Là-bas où survivent machinalement les humains enchaînés à l’habitude mortelle. Ceux qui cherchent le bonheur dans l’usine mercantile et illusoire de la vie réussite. Sans fenêtre, ni porte de sortie, les morts-vivants s’entendent entre eux, se rassurent pour se suffire de la médiocrité. Échapper à ce sous-sol c’est partir vers l’inconnu par la porte de l’imprévu.

La montagne, que je la côtoie depuis mon plus jeune âge m’a toujours fascinée. La congrégation des forces de la nature, la violence et le choc de ce qui a de plus dur pour s’élever sans crainte vers le ciel. Elle se dresse avec fierté et nous remet à notre place de petit humain.

Petit humain, c’est ce que j’étais sous le plafond éclairé d’un million d’étoiles. Tenant fermement mon piolet, avançant mon corps lentement, ma frontale éclaire le mètre qui devance mes pas. La lumière des Hommes scintille quelques 1500m plus bas quand celle de l’univers se disperse vers l’infini dévoilant un mystèrieux passé que l’orgueil de la science tente d’élucider. Je pense à mon père qui m’a rapproché de la montagne, je pense à la montagne dont je me rapproche. Puis je ne pense plus, je vis le rythme de la nature pulsé par le vent glacial qui caresse mon visage. Les mots n’ont plus de sens si un jour en ont-ils eu. La paix est ici, où l’Homme ne va pas farouchement, là où il doute, là où sa prétention ne peut que se morfondre. Là où naît le voyage, le véritable voyage, celui que nous faisons en sois lorsqu’enfin nous comprenons que la nature, sois-même et les autres ne sont qu’UN .

L’altitude se fait sentir sur la faiblesse de nos poumons . Notre cœur veut de l’oxygène et s’emballe pour avoir sa dose. Les pas sont lourd et l’esprit s’allège. La montagne est calme, mon cœur pulse à son rythme. J’ose lui murmurer mon émotion. Timide, je m’invite sur son corps. Elle accepte et me laisse me glisser jusqu’à son sommet. Que puis-je dire ? Me voici plus proche que jamais des étoiles qui m’offrent tant de rêves et de perspectives. Me voici à 6088m sur le sommet du Huayna Potosi.

(Je profite des premiers rayons de soleil – sommet du Huayana Potosi 6088m)

La nuit continue de m’émerveiller par ses soleils qui brillent. Assis là au porche de l’univers je patiente facilement que le soleil, cette étoile si proche, vienne lécher mon visage de ses premiers rayons. Les couleurs s’échangent, se confondent et se croisent pour que dans l’ordre des choses le noir devienne bleu. Que les étoiles tirent leur révérence et qu’un nouveau jour s’affiche au calendrier des Hommes préssés. Le spectacle étourdissant enveloppe mon âme et la nourrit plus que les centaines de livres qui pensent à notre place.

Nous voici bien pâle, nous voici bien gringalet devant l’Odyssé de la nature, de ces cycles, de ces éléments et de son humilité. Nous voici bien prétentieux devant un monde si merveilleux. J e me sens si bien là-haut que je comprends le syndrome du Grand-Bleu. Mais si les rêves nous font naviguer, ils ne doivent pas nous faire chavirer. Je le laisse alors me ramener sur la grève, là où les houles de la vie nous bousculent afin de nous rappeler que nous sommes bien vivants et que nos pieds doivent rester sur terre.

(levé de soleil sur les flancs du Huayna Potosi – Bolivie 2012)

La montée fut calme, contemplative, presque méditative. La descente est empreinte d’excitation. La montagne m’a chargée de son énergie et surtout de son bonheur.

On ne peut pas vivre la tête dans les étoiles. Mais il est bon de laisser parfois son esprit s’égarer dans les contrées lointaines de notre univers qui ne sont rien d’autre qu’une expansion de soi ou une continuité de l’être que nous sommes.

Merci à mon père le montagnard et à Miguel le chaleureux guide bolivien qui m’a conduit vers les étoiles.

Julien Masson

Pour plus de photos cliquez-ici

Ferro-Bus! (BOLVIE)

Il est 8h15 nous arrivons sac sur le dos au sommet de la pénible butte à flanc de montagne sur laquelle sont posées les vieux rails du fameux ferro-bus. Une vieille à couettes attend patiemment avec son lourd fardeau rempli de légumes qu’elle espère vendre à Vila-Vila. Bientôt d’autres arrivent. Tous portent leur cargaison sur le dos dans des baluchons colorés. Nous sommes rassurés. Si autant de monde attend le ferro-bus c’est qu’il ne fera pas faux bond aujourd’hui. Les hommes assis à l’ombre mâchent leurs feuilles de coca devant un jeune garçon qui, chapeau de cow-boy sur la tête, tente de les imiter.

(Dans l’attente du Ferro-bus – Bolivie 2012)

9h 30, alors que le bruit strident du ferro-bus se fait entendre, sa silhouette se dessine à l’horizon. Il s’arrête là, au milieu de rien, là où ni panneau, ni gare ne signal un arrêt. Les marchandises sont entassées sur le toit du vieux bus Mercedez devenue train. Une promotion incongrue ! Le chauffeur tire sur le sifflet et lance le coup d’envoi de cette aventure andine.

A travers des villages de plus en plus perdus nous chargeons du monde et de la marchandise. Puis au milieu de rien nous en déchargeons un peu. Un manège qui se répète tout le long du voyage . Au milieu de ces montagnes arides, en surplomb d’une rivière presque asséchée, cet insolite moyen de transport nous conduit avec nonchalance et parfois vacarme vers Cochabamba. Les charmantes vieilles à couettes sont heureuses de se retrouver et échanger les derniers potins. Les hommes discutent entre eux quand d’autres sommeillent et que nous, nous sommes tantôt le nez dehors à admirer les paysages, tantôt dedans à observer l’ambiance du wagon.

Vers 13h le ferro-bus se stoppe dans un patelin. Seule pause pipi et culinaire du voyage. Les femmes sont au rendez-vous pour vendre leurs ragouts, leurs patates à l’eau, leurs cuisses de poulet et leurs riz. Chacun se ravitaille. Tout est prévu. On peut même prendre à emporter dans des barquettes en plastique qui finiront jetées par les fenêtres. Pourquoi des gens qui vénèrent autant Pachamama se laissent aller à se genre de facilité ? L’ignorance tentent certains. Pour ma part je n’en suis pas sûr mais n’ai pas d’explication.

(Ferro-bus en pause ravitaillement – Bolivie 2012)

Nous reprenons notre route secoués comme des pruniers tout le long, passant par mainte tunnels et tout autant de ponts. Le soleil est ardu dans cette contrée andine et même si nous gagnons petit à petit de l’altitude nous ne sommes pas près de mettre un gilet.

Il est presque 16 h, une énième fois le ferro-bus s’arrête dans un village qui a l’air bien triste. Qui va descendre cette fois ? Et bien apparemment c’est nous ! Nous voici à Tarata, 33km de Cochabamba. A peine nos sacs sont-ils au sol que le ferro-bus reprend sa course en sifflant. Une fois sur la place centrale nous sommes rassurés. Il y a de la vie ! La place à son charme avec ses bâtisses coloniales. Demain ou plus tard, nous reprendrons la route vers Cochabamba.

Le ferro-bus ? Un bus posé sur des rails se faufile dans une vallée aride pour desservir des villages isolés. Une ambiance sincère, de la vie, des couleurs, des odeurs, du bazarre, du bavardage, des vieilles, des enfants, de la Bolivie ! Inoubliable, authentique, charmant et nonchalant. Un bon moyen de prendre le pouls d’une région peu visité de ce magnifique et sincère pays.

 

Julien Masson

La capitale sucrée (BOLIVIE)

Comme une cerise sur le gâteau, Sucre est sur les Andes. Une douceur dans l’aridité de l’altitude. Une ville haute en couleur mais surtout majestueuse. Capitale  éclipsé par la Paz mais qui garde toute son importance historique lorsqu’on sait que c’est ici, à la Casa de la Libertad que fut signée l’indépendance de la Bolivie  le 6 août 1825. Toute l’élégance d’une ville coiffée par l’Histoire. De ses ruelles pavées à son architecture coloniale, de ses églises splendides à son blanc immaculé qui contraste le bleu du ciel azur.

Son marché central s’anime tous les jours. Le matin les jus de fruits frais se vendent comme des petits pains. Pour les plus gourmands des salades de fruits sortis d’un monde enchanté se déguste assis sur un banc en admirant ces femmes qui les préparent. Gâteaux, beignets, empanadas se vendent dans les rues. A l’étage du marché central, les veilles dames vendent d’abondantes assiettes dans lesquels cohabitent patates, riz, salades, viande, œufs, oignons et betteraves. On mange ensemble, on savoure et on admire cette cuisine populaire .

Les monuments historiques, les musées et les places ne manquent pas d’intérêt ni de laisser sous le charme. Comme le parc Bolivar qui accueille chaque soir des centaines de personnes de tous les âges qui viennent développer leur talent de danseur ! Incroyable ballet qui se joue sous le regard des plus timides. Les fanfares jouent dans tous les coins et font danser les citadins dans une bonne humeur contagieuse.

Prendre de la hauteur en grimpant par le chemin de croix sur le cerro Churuquella en humant le parfum envoûtant des eucalyptus ou admirer la vue sur la ville depuis la place du monastère La Recolta permet outre  de passer un agréable moment, se rendre compte que la capitale de la Bolivie n’est pas à mettre dans le sac des grands centres urbains sans âme.

Le 2 septembre en Bolivie, c’est la journée sans voiture ! Nous avons pu profiter pleinement de la perle des Andes dans un silence édifiant. Les enfants jouent dans les rues, les vélos circulent sans crainte et défilent  fièrement, les vieux savourent une glace, la ville est plus vivante que jamais.

Ah que c’est bon une ville sans klaxon sans fumée d’échappement, sans embouteillage. Une ville pleine de piétons aux  parcs pleins de danseurs, d’enfants, de vieux et d’amoureux. Le soir la musique bas son plein comme le cœur de cette capitale qui pour une fois n’a rien en commun avec les autres. Sucre, nichée entre les montagnes, à l’air semblable à celui du midi, n’a pas de mal à nous faire comprendre pourquoi ici les Hommes ont aimé rester.

 

Julien Masson

La Montagne de l’Enfer (BOLIVIE)

Il était une fois une ville où l’argent coulait à flots. Plus riche que Paris ou Londres. Une ville bâtie par les conquistadors et les missionnaires les plus avides de fortunes. Si l’Eldorado est resté une légende, Potosi, la ville de l’argent ne le fut pas.

Construite à 4200m d’altitude la ville la plus haute du monde s’étale à flanc de montagne. Et quelle montagne ! Celle du diable : le Cerro Rico (la montagne riche). La plus grande réserve d’argent du monde à portée de l’homme le plus avide. Les Espagnols ne mirent pas longtemps à bâtir Potosi plus étincelante que les capitales du vieux continent. Ils ne mirent pas longtemps non plus à réduire en esclavage les Amérindiens locaux. Eux qui s’étaient abstenus, non par ignorance mais par respect, d’extraire l’argent du Cerro, se retrouvèrent à y travailler 20h sur 24h et y moururent dans des conditions atroces.

La richesse du Cerro Rico a servi à financer la « Renaissance » et les «  Lumières » du vieux continent. Un âge d’or en Europe issu d’un âge des ténèbres pour les Africains et les Amérindiens. Un passé, un « détail », que l’on oublie volontiers dans nos livres d’Histoire si fier des siècles des Lumières.

Puis le Cerro Rico ayant offert toute son argent, les Espagnols se sont retirés laissant les mineurs flirter avec le diable. El Tio, le dieu des mines, celui que vénèrent les mineurs, celui qu’ils craignent, celui à qui ils offrent alcool, cigarettes et coca. Jadis, les Espagnols leur contaient que Dieu les tuerait s’ils ne travaillaient pas. Dio ! En quetchua (langue locale), le « T » n’existait pas, c’est ainsi que Dio s’est transformé en Tio, un frère de Satan qui trône dans les profondeurs sombre et brulante (35°) du Cerro Rico.

Aujourd’hui, les mineurs travaillent et meurent toujours dans les mêmes conditions, troquant leur vie contre de l’étain, du zinc, du plomb ou de l’argent qui seront exportés en Europe. Un pacte avec El Tio qui prend leur vie petit à petit afin que leur famille puisse manger. La poussière s’infiltre dans les poumons et après quelques années de travail éprouvant, dans des conditions qui n’ont pas changé depuis 300 ans les mineurs meurent en crachant du sang. C’est la silicose. Si aujourd’hui près de 20 000 mineurs dont environ 800 enfants se meurent dans les quelque 5000 galeries qui se perdent sous le Cerro, 8 millions d’autres y sont déjà mort dans des conditions épouvantables.

La malédiction de la richesse a frappé bien des peuples, celui de Potosi ne fut pas épargné et ne l’est toujours pas. Le chômage hante les rues, et Potosi, le camp des mineurs et les environs sont belles et bien dans le côté tiers-monde de notre civilisation moderne.

« Le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Nous Européens, l’oublions souvent, eux, le savent très bien . Et puisque notre orgueil et notre ego n’ont aucune limite, les Européens de passage, touristes aventuriers de l’extrême (bêtise) ne se gênent pas pour visiter ses « pauvres » qui meurent avec des tours opérators qui mettent en avant le caractère très unique de visiter les mines du diable ! Et ils courent, ils courent, heureux de se retrouver dans Germinal et d’offrir une cigarette à un mineur et pourquoi pas pour le grand frisson, à El Tio !

On nous a vus en Thaïlande photographier  les femmes aux longs coups, en Afrique jeter des bonbons aux enfants, à Rio visiter une favela, nous voici aussi à Potosi jouer le temps de 3h au mineur à côté d’enfants sans père qui meurent pour nourrir leur sœur. L’expérience est intense et le souvenir sera grand. Dans leur salon, à côté de la photo du Machu Picchu avant qu’il ne se soit effondré, ils seront en photo à côté d’El Tio et d’un mineur qu’il aura déjà emporté.Aucune limite, aucune honte chez ce touriste  qui aime les pauvres parcqu’à côté d’eux il se sent bien et riche.

Par contre combien s’aventurent seuls dans les camps de mineurs pour prendre le temps d’échanger avec eux ? Sur leur condition de travail, sur leurs conditions de vie, sur les injustices qui font qu’eux meurent pour quelque pauvre bolivianos quand les coopératives des mineurs s’en mettent plein les poches ? Pourquoi eux grattent à la main ou à la dynamite dans les tréfonds de la montagne quand une entreprise européenne explote  l’or sur le sommet du Cerro ? Combien ont pris le temps avant de se jeter dans les mines derrière leur guide de se demander ce qu’en pensaient les mineurs ? Et ceux qui meurent chaque semaine laissant femme et enfants, auront-ils quelque chose pour leur famille ? Pourquoi les tours opérators qui sont en accord avec les coopératives minières ne reversent pas l’argent des visites à ses familles démunies ?

Les mines du diable sont pour ces touristes des trains fantôme, des attractions, quand pour d’autres, elles sont l’enfer. Le véritable enfer, celui décrit dans la Bible. Cette même Bible qui dit « aime ton prochain », celle qui demande à l’Homme d’aimer et de ne point tuer, de partager et de respecter.

Une équipe de mineurs rentre de leur dur labeur. Partage un verre et quelques feuilles de coca avant de rentrer au camp se reposer pour le lendemain.

Alors sous les chants des mineurs et le regard courageux de Che Guevara l’espoir pali sans jamais s’effondrer. Le Cerro Rico est belle et bien la montagne de l’enfer et sous ses entrailles, Potosi fait triste mine.

Julien

Voyage au pays des merveilles! (BOLIVIE)

Une immense étendue presque infinie s’offre à nous. Se dressent, imperturbables, de majestueux sommets volcaniques recouverts d’un doux manteau neigeux qui peine à persister face aux violentes attaques incessantes du soleil. Que dire, que faire, dans cette immensité que l’Homme ne peut pénétrer que timidement ? Tantôt assis dans le 4X4 qui se frais un chemin dans ce décor fantastique qui soutire toutes les expressions que nous connaissons, tantôt stoïque devant un spectacle qui n’a pas sa place dans notre imaginaire. En effet, plus un mot ne s’échappe de nos bouches béantes. Seul ce sentiment d’être au pays des merveilles dans un lieu de paysages figés méprisant le temps et les attaques de l’homme. A plus de 4000m le Sud Lipez rit de nous voir défiler dans nos 4X4.

Les volcans surplombent la laguna Blanco, Verde, Colorado ou autres. Les flamants roses nous ignorent et font leur vie à ces altitudes hors du commun pour ces drôles d’oiseaux au long bec. Les sommets aux napperons blancs se reflètent parfaitement dans les eaux cristallines des lagunas. Et nous, nous admirons sans savoir quoi penser ni faire de ce qui s’offre à nous. Quelques photos pour immortaliser cette beauté, mais surtout de longs moments de contemplation qui n’ont d’égale que la sérénité du lieu.

L’immensité presque infinie du Sud Lipez est pourtant épargnée de la monotonie grâce à un visage maquillé de toutes les couleurs et à une parure étincelante aux mille éclats qui se changent sans cesse nous dévoilant de nouveaux présages. Des rêves, des contes sans mots, sans parole en l’air. A cet instant même, alors que j’écris ces mots je ne sais quoi décrire ni même exprimer. Le calme, la nature, presque le vide. Un vide comblé de l’amour et de la beauté d’une création artistique isolée de tout contexte et de tout jugement. La terreur , la violence et la dureté de ce qui a façonné ces terres à pourtant enfanter ce monde fantastique qui aujourd’hui attire tous les voyageurs de passage sur cette terre incroyable et unique qu’est la Bolivie.

Alors que nous sommes déjà comblés au plus profond de nous, que nous avons admiré des eaux aussi brillantes que du cristal, d’autre aussi verte que de l’herbe, rouge que du sang, traversé des déserts, des coulées de laves cristallisées, des formations rocheuses plus qu’étonnantes, roulé à près de 5000m, marché entre les fumées des geysers, s’être baigné dans de l’eau à 35° à 4300m, le plus spectaculaire se dévoile à nous : Le Salar d’Uyuni !

Une étendue majestueuse et éclatante d’un blanc renversant contrastant intensément le bleu profond du ciel nous prouve que notre imagination est encore loin de ce que toute réalité peut être.

Nous sommes bel et biens à 3700m en train de fouler le plus grand désert de sel du monde. Le soleil que nous avons vu se coucher et se lever sur ce royaume blanc est responsable de l’évaporation de l’eau de mer restée emprisonnée entre les volcans environnants créant ce désert vertigineux qui nous laisse sans voix.

Trois jours au pays des merveilles nous laissent sur un nuage. C’est l’arrivée à Uyuni qui nous remet les pieds sur terre lorsque sortis de ce paradis nous constatons les milliers de déchets plastiques emportés par le vent et retenus désormais par les broussailles épineuses. Un paysage saccagé par l’Homme qui me rappelle ceux du Niger.

Puis Uyuni balayé par un vent sec nous plonge directement dans une autre réalité : celle de la pauvreté de la Bolivie. Une Bolivie qui au premier coup d’œil sait vous avertir que vous n’êtes plus en Argentine ou au Chili. Ici, peu importe ce que c’est, c’est différent. Aussi vite que vous êtes averti, vous êtes accueilli. J’ai entendu beaucoup de mauvaises langues critiquer les Boliviens et leur froideur et leur manque d’intérêt pour les touristes. Que cherchent-ils ces touristes ? Qu’on leur lèche les bottes dès qu’ils arrivent ? Sachons sourire, les Boliviens le font très bien, sans hypocrisie, et leur accueil ne me donne pas du tout envie de partir.

Julien

Le temps file !

Qui ne s’est jamais aperçu que le temps est totalement subjectif ? Un vrai élastique ! Long, très long quand on est assis devant un professeur inintéressant ou devant sa machine à l’usine. Court, très court lorsque l’on est avec les gens que l’on aime ou … en voyage ! Eh oui, long ou court, lent ou rapide, subjectif ou non, pour nous pauvres humains qui vivons cloisonnés dans nos illusoires trois dimensions, le temps passe. Il y a un point, un autre, et le temps entre les deux. Que faire si ce n’est le suivre ? Certains tentent désespérément de le dompter, s’accrochant au passé, se projetant dans le futur, oubliant que l’important et la seule vérité reste le présent. Un présent qui porte d’ailleurs le nom d’un cadeau (un présent) est la seule chose qui importe car c’est en lui qu’est la vie. Celle du mouvement, celle qui nous emporte, celle qui nous porte. C’est dans ce présent qu’il y a le bonheur . Celui que tout le monde cherche, celui que peu trouvent. Le bonheur se fou du passé, le bonheur se fou de l’avenir. Nous ne sommes heureux ni dans l’espoir, ni dans le regret. Nous sommes heureux lorsque l’on vit pleinement, et on ne vit pleinement que dans le présent. Le reste c’est le vide, c’est non-mouvement, c’est la mort. La souffrance, si elle n’est pas physique, naît de la peur. La peur naît de la projection dans le futur (proche ou lointain) ou sur la remémoration (ou remastication intempestive) d’un passé. La clé est le présent, le seul instant, celui que l’on vit.

Tout ça pour vous dire, chers amis lecteurs, que dans le présent je n’ai pas eu le temps (celui qui passe si vite) pour me connecter à internet, patienter les longues (parfois très longues) minutes à charger les photos, puis les autres longues minutes à taper, frapper, maltraiter  le clavier (et le français) de mon ordinateur qui rame pour publier ces quelques articles. Articles que je ne manque pourtant pas d’écrire dans mon petit cahier acheté à Aregua au Paraguay (même si tout le monde s’en fout). Chose sûre,  même si le temps passe, lorsque je l’aurai avec moi  je le prendrai et m’en servirai pour vous publier la demi-douzaine d’articles qui attendent d’être lus et pourquoi pas commentés. Encore faut-il que vous en ayez le temps. Mais pour ceux qui le trouvent long (le temps pas l’article) profitez de m’écrire ou de commenter afin de le faire passer plus vite. Ça me fera plaisir !

Amicalement,

Julien (depuis la Bolivie)