SOURIRE DU CONGO

Sourire du Congo

Le quartier n’a ni eau courante, ni électricité, ni hôpital, ni école… les cicatrices de la guerre sont omniprésentes – dans les habitudes, les réflexes vifs, les souvenirs – et pourtant il est là – Précieux – lui et tant d’autres, et son sourire radieux, son rire sincère et profond, et ses yeux, oh! ses yeux qui pleurent de joie!

Il est là Précieux,  et il éclabousse le monde de sa simplicité, de son bonheur intemporel, de cet instant de grâce qui défie toutes les médiocrités des hommes.

Ils sont là, les joyaux du Congo, dans ces rires éclatants!

Julien Masson

Le voyage – Mon école

Pourquoi suis-je parti à 18 ans en Afrique ? Voilà une question que l’on me pose souvent. Une question sans trop de réponse. N’avez-vous jamais ressenti le souffle de la vie ? Un souffle qui vous conte les rêves les plus fous ? Un souffle, un esprit, une conscience, des signes, une énergie qui vous dit : vas-y c’est maintenant ! Où ? Nous l’ignorons et c’est pour cela qu’il est délicat de s’en aller. Contre toute opinion, parfois toute logique, il faut lâcher la laisse, se laisser porter par les vents de l’inconnu vers nos rêves les plus fous.

La vie est mouvement. Le souffle de la vie, la langue du monde, l’énergie de l’univers portent les âmes légères. C’est ce que j’ai voulu lorsque je suis parti pour la première fois en Afrique, lâcher prise, balancer un avenir certain, une routine alarmante, un Julien qui n’était pas moi.

J’ai fêté mes 19 ans au Bénin, je fête aujourd’hui mes 26 ans en Colombie. Qui a-t-il entre les deux ? Qu’en est-il  7 ans plus tard ? Lire la suite

Le monde du voyageur est beau (?!) – Fin d’une légende

« Tout est beau en voyage » c’est pour les premières années lorsqu’on pense avoir révolutionné la pensée humaine parce que nous avons mis notre vie dans un sac. Une panglossémie qui fait rêver les autres. On se vante par fausse humilité d’avoir rencontré plein de monde et qu’ailleurs les gens sont mieux. Affirmer ça en fuyant le pas de sa porte pour celui d’un bout du monde c’est être celui qu’on pense que lorsqu’on le veut (ou qu’on le peut).

Tout n’est pas beau en voyage. Pour la simple raison que voyager c’est aller à la rencontre de la vie et du monde. Si dans un premier temps nous admirons ce que l’on croyait perdu ou que l’on n’avait pas pris le temps de voir chez son voisin, très vite nous sommes confrontés à la décadence, au vacarme, au dégueuli de notre monde. La gerbe de notre société éclaboussée aux quatre coins du globe. Les démunis, les réfugiés, les exclus, les clochards, ceux qui se morfondent sous le bruit de nos bottes. Ceux qui plient sous le poids de notre système. Les mendiants sans jambes de Cotonou abandonnés à un enfer quotidien, les enfants des rues de Kinshasa adossés à un destin misérable, les rues dégueulasses de Brazzaville, les déserts redécorés de sachets plastiques et les lacs où flottent des bouteilles qui rêves d’être des bateaux. Et puis la plus grande misère de l’Homme, sa cupidité universelle, ses yeux de bâtard qui brillent devant l’or, son obsession mondiale pour l’ »avoir », ses manies de conquistadors, de missionnaires corrompues, son regard de chien battu et son comportement de mouton. Celui qui vénère quelques peuples ou culture qui sois n’a pas dépassé l’étape de la panglossémie.

(Entre rire et pleur dans les rues de Brazzaville – CONGO 2012)

Moi l’optimiste baroudeur je suis valdingué dans ce monde obscur. Parcours les terres en espérant capter de la lumière pour grandir mon optimisme. J’essaie même parfois de convertir ceux qui se décompose devant l’état du monde. Mais je suis obligé de courber l’échine devant une vérité qui n’a pas de maître : notre monde est laid. Pas le monde, mais le nôtre. Et voyager c’est se confronter à cette réalité. Celui qui ne veut pas la voir voyage naïvement pensant qu’il est un nouvel explorateur et découvre ce que les autres ignorent. Celui qui n’est pas près et qui tombe nez à nez avec cette réalité se retrouve submergé et chute avec elle dans les méandres d’une société qui n’a aucune pitié.

Les Hommes voyagent et reviennent conquis par les ruines de civilisations qui ont prospéré comme la nôtre, en sacrifiant humains et animaux et en opprimant les minorités. Ils ne comprennent pas que ce passé est notre futur et qu’a quelques pas ou même sous leur pas vivent ces minorités opprimées. Nous continuons à les mortifier en clamant que le monde est beau. Et nous rentrons donnant des leçons à ceux qui n’ont pas bougé. Tels des enfants qui préfèrent les jouets des voisins, nous préférons les pays lointains.

Que de mensonges!

Passer un mois ou deux dans un pays permet-il d’en discerner les réalités ? Ou seulement d’en efleurer le mythe qui lui colle à la peau ? Un voyageur qui divague tout azimute de contrée en contrée peut-il se permettre de tirer des conclusions ? La patience doit être au voyageur ce que le carburant est à la voiture. Voir le monde n’est pas le comprendre. J’ai pensé dans un premier temps que voyager ouvrait l’esprit. C’est faux ! Je crois aujourd’hui après avoir rencontré un tas d’autres voyageurs que voyager enferme plutôt dans sa connerie ! Certains font le tour du monde, se disent roots, voyageurs vétérés, squattent les parcs publics (ça fait bien), jouent de la guitare aux coins des rues (ça fait rêver) et collectionnent les conclusions attives. Disent préférer vivre avec les pauvres (comme si c’était un hobbie) parcqu’ils sont plus heureux et gentilles. « Quand on est nue, même au diable on souhaite la bienvenue » chante Tiken Jah Fakoly. Ils osent affirmer que les pauvres sont les plus heureux. Et bien côtoyez un long moment les pauvres et on en reparlera. Connaitre la faim, perdre un enfant à cause d’une simple anémie, ne pas pouvoir soigner son frère d’une banale maladie, mourir et dépérir d’un banal accident de la route, devoir mendier, vous pensez que ça rend heureux ? Devoir déféquer dans les lieux les plus sordides de la planète, craindre une diarrhé et ne jamais savoir quand tout cela cessera, ça rend heureux ? Vivre avec les « pauvres » une semaine ou un mois, on voit des sourires, y rester de long mois et on voit la souffrance, la fatalité et l’injustice d’un monde nauséabond.

(Cicatrices de guerres – centre de Mostar – Bosnie 2011)

Les sentiments des Hommes sont les mêmes dans toutes les classes sociales et tous les pays . Partout on s’aime et on se hait. Partout j’ai vu le racisme, l’intolérance et la jalousie. Partout j’ai vu l’Homme se déchirer, convoiter son frère, et participer à l’effondrement de Babel. Et où j’ai eu le plus peur c’est qu’en chacun d’eux je me suis vu. Triste réalité que de constater que nous ne valons pas mieux que celui qui tente d’ensorceler son voisin parce que son commerce fonctionne, que nous ne valons pas mieux que celui qui lève son doigt quand on le klaxon, que celui qui exploite un peuple pour son pétrole. Je ne vaux pas mieux parce que tout ça c’est moi. Parce que tous ces maux sont en nous et que si le monde est malade c’est parce que nous le sommes.

Tout est beau en voyage pour celui qui lit les grands titres ou qui court les grands sites de l’UNESCO . C’est mieux ailleurs et une légende que les voyageurs aiment conter pour épater leurs auditeurs incarcérés dans leur vie, pour justifier le fait qu’ils ne trouvent pas leur place. C’est partout le même scénario avec de bons côtés et de terribles, avec la façade et l’intérieur, avec la vie et la mort.

Penser comprendre ce que les autres ignorent c’est ignorer à soi-même que l’on ne sait rien.

Julien Masson

(« Où est l’humanité? » – Congo 2012)

Brazza la Verte! (CONGO)

L’avion est rempli (ou presque) de Congolais qui rentrent au pays pour de brèves visites familiales, portant fièrement leur réussite ou masquant leurs difficultés derrière un accoutrement élégant. Mais surtout l’avion est bondé de colons chargés de leurs jeunes progénitures ,qui grandissant dans les écoles d’expatriés et autres fils de ministres, s’en iront sans doute, agrandir les foules de ces pédants représentants d’un système qui noie l’Afrique.  Chacun se raconte ses vacances en France en illustrant leurs récits avec leur I-pad, s’échangeant les derniers « sons » du « mouv » avec leur I-pod, et leur nouveau numéro avec leur I-phone. Lorsque l’un se vante de passer par la zone VIP grâce  son passeport diplomatique (s’il vous plaît), l’autre riposte en affirmant de ne pas être  qu’une riche à Brazza et une pauvre en France mais bien riche dans les deux cas (ça vous en bouche un coin…) . Mais pas de touriste à l’horizon (on les aurait reconnue à leur dégaine – sans doute proche de la mienne…) et une jeune fille le regard plein d’intention mais manifestement un peu perdu qui semblait être une nouvelle  humanitaire (on l’a reconnu à sa dégaine) sauveuse du monde et porteuse (surement) de la bonne nouvelle. Bref un bon plateau mixte prêt à fouler le tarmac d’un aéroport tout neuf (enfin bientôt fini).

Ouah ! La classe ! L’aéroport flambant neuf (pour sa partie achevée) est d’un standard européen, moderne et accueillant. Certes ce n’est pas Charles de Gaulle mais quand même. La cargaison de néo colons que venait de déposer l’avion et le standing surprenant de l’aéroport m’ont tout de suite averti : Congo Brazzaville zone située en Pétro-dollars !

Une avenue tout fraichement goudronnée nous fait quitter l’aéroport pour nous conduire dans Brazzaville. Vraiment la ville a l’air développée. Aie aie que n’avais-je pas osé penser ! La réalité rattrape vite les rêves (ou illusions). Où sont les expatriés ? Où sont les affaires ? Où sont les pétro-dollars ? Au centre-ville bien sûr ! Et le reste de Brazzaville me diriez-vous ?

Brazzaville, comme un apartheid, est divisée en deux zones : quartier nord, majoritairement derrière le pouvoir en place, et les quartiers sud, ceux qui ont subi la guerre, les quartiers oubliés et frappés de pleins fouet par ce qu’on appelle dans le journal télévisé : la précarité.

Deux zones séparées par  Poto-poto, centre-ville, l’arrondissement 1 qui regroupe le quartier des affaires et autres commerces. Peuplé majoritairement par les «  Loungari » ( les ouest-africains), mais aussi par beaucoup d’autres étrangers, Libanais, Chinois, et les Kinois voisins qui sont devenues presque plus nombreux au Congo que les congolais eux-mêmes. «  La France » l’appelaient-ils encore avant la guerre, ce petit Congo français qui faisait face au géant centre-africain , le ZAIRE Ex-Congo-belge.

Après la fin du conflit de 1997, et la prise de pouvoir (pour la deuxième fois)  de Sassou NGuesso, il a été décidé de réduire massivement la population du Pool. Un vieux présage congolais dit que le Pool est la tête du Congo, tenir le pool c’est tenir le Congo. Mais le Pool était majoritairement derrière l’opposant principal Bernard Kolélas. Celui-ci dû s’exiler en France laissant derrière lui sa milice privée, les Ninjas. Ces derniers ont été récupéré par le Pasteur NToumi qui deviendra en un éclair un chef de guerre. Le service de sécurité de  Kolélas a perdu le contrôle de sa milice qui joue maintenant, sous les ordres et manipulation du pasteur, une rébellion. De l’autre côté Sassou Nguesso «  les Cobras » (sa milice privée) se voit gonfler par l’arrivée massive de mercenaires venus des quatre coins d’Afrique : Tchadiens, Rwandais, Angolais, Kinois etc… Leur rôle : réduire massivement la population du Pool sous couvert de repousser la rébellion des Ninjas.

Si en 97 la guerre avait vidé les quartiers nord et le centre Potopoto, en 99 tout le sud de Brazzaville est réduit à l’exil. C’est le néant. Partis à pied dans les villages lointains, les habitants sont massacrés tantôt par les Cobras, et tantôt par les Ninjas supposés être leurs alliés. Mais le pasteur est dans la confidence de Sassou NGuessoLes Ninjas sont devenues fous, drogués, manipulés, gonflés par des hordes d’enfants soldats, à l’instar des Cobra formé à cela, il massacre tout et tout le monde.

Brazzaville n’a pas encore pansé ses plaies, les quartiers sud aujourd’hui peuplés comme avant et même plus, n’ont aucune infrastructure, on cherche les écoles, on ne trouve peu d’hôpitaux, ni de clinique  ou même de dispensaire. Les pharmacies comme beaucoup d’habitations ne sont que des cabanes de taules. Les caniveaux sont pleins, les ruelles qui s’enfoncent dans l’obscurité d’une brousse en pleine ville sont jonchées de déchets, le réseau électrique n’est présent que chez les plus chanceux et parmi ces plus chanceux, il faut l’être encore plus pour que le réseau ne soit pas en délestage. L’eau courante manque, et certains quartiers subissent des coupures de plusieurs semaines ; j’en passe et des meilleurs (enfin ça dépend pour qui…)

Le sud de la ville vit au rythme d’un abandon continuel auquel ils font face grâce à une étonnante adaptation, une débrouillardise fabuleuse le tout dans une fatalité déroutante.

Vivant dans des dépotoirs rendus vivables par le décor de brousse et de verdure qui envahit la ville, les Brazzavillois tiennent leur maison avec beaucoup de soin, se créant de petites cours qui peuvent être très agréable. Brazzaville a réussie à devenir une ville de plusieurs millions d’habitants tout en préservant la verdoyante nature dans laquelle elle s’est invitée. Cette ville est étonnante et ses ruelles ressemblant à des sentiers menant à des villages lui donnent un charme et une originalité certaine et évidente ! Rapidement on comprend le surnom qui lui est donné : Brazza la verte !

Dans la zone sud de Brazza, on marche beaucoup car certaines zones ne sont ni accessibles en voiture ni même en moto. Le relief colinéaire ne facilite pas l’écoulement des eaux qui a chaque pluie façonne un peu plus les sols.

On survie plus qu’on ne vit dans Brazza mais ce qui est sûr c’est que le mouvement de la vie est bien présent. Les foules en mouvements animent la ville et les centres commerçants comme le grand marché Total de Makélékélé (le plus grand marché du Congo).

Et puis à Brazza, on sait danser, et on danse ! Sans cesse, chaque fois que la lumière, après être passé par des oranges et autres couleurs surnaturelles, se tamise jusqu’à plonger la ville dans l’obscurité. Les Nganda s’animent aux sons des rumba, salsa, et autres rythmes qui font dandiner tous bons congolais qui se respectent ! La Primus (bière locale) coule alors à flot, et jusqu’à 2h du matin on oublie un peu qu’une fois le soleil levé, il va faire chaud, très chaud et ça va être chaud, très chaud…

Bien qu’entassé dans des bus, bousculé dans les marchés, enjambant les caniveaux, le Congolais en homme fier a toujours la classe ! Cette classe devenue pour certain une religion : la Sapologie ! Même si le costume n’est pas de mise au quotidien, on fait attention, on s’habille, on se sape, et on ne sort pas en culotte (en short), ni en sandale plastique ! Non vraiment, le Congolais à la classe et il sait danser !

Si le Congolais a la classe, la Congolaise sait cuisiner et pas qu’un peu ! Les légumes locaux s’agitent dans les marmites posées sur des feu de bois et charbons. Le manioc accompagne tous les plats, quand la pâte d’arachide s’invite souvent et que les légumes s’imposent toujours. Du Sakasaka (qui se prépare une journée durant) au Ndogodogo, en passant par le 3 pièces, poissons salés et autres plats au goût bien  éloigné de l’Europe mais tellement chaleureux !

Malheureusement tout le monde ne mange pas à sa faim, et les vieux qui n’ont pas de retraite ont parfois du mal à trouver de l’aide chez les jeunes qui n’ont pas de travail… Heureusement , pour sauver le pire, la solidarité familiale que l’on trouve en Afrique est ici plus que présente. La famille c’est large, c’est grand, c’est presque infini, c’est souvent 4 à 5 générations qui se côtoient, qui s’entraident, qui vivent ensemble pour le pire et le meilleur. Il n’y a que des mamies, papy, maman, papa, tonton, tantine, et frère et sœur. Le cousin n’existe pas, c’est un frère, la tante n’existe pas, c’est une maman, les sœurs de la mamie, sont elles aussi mamies. Et il n’y a pas de distinction, chacune de ces mamans peut être apte à éduquer ce que nous appelons leurs neveux. Quant aux tontons, c’est souvent les amis proches qui sont alors levés au rang de nos oncles et tantes . La famille africaine est soudée, elle ne s’ignore pas, mais vie vraiment ensemble et se respecte profondément même si cela n’est pas toujours sans histoire.

A Brazza, avec les Brazzavillois, on vit des moments irréelles, surnaturels, et on se dit souvent que ces moments ne pourraient sans doute se vivre nuls par ailleurs. Brazzaville c’est un ovni au milieu des capitales du monde, une ville dans la verdure, une ville qui défie les codes, qui survit sans infrastructure, qui bouge au rythme de la Rumba, qui danse, qui s’active, et qui rêve ( parfois un peu trop). Une ville à laquelle on s’attache et surtout des habitants auxquels on s’attache rapidement et avec lesquels on aimerait vivre encore et toujours, ces aventures, ces rires, ces moments que l’on ne vivrait pas ailleurs.

Comment un pays qui amasse autant d’argent et de pétro-dollars peut délester autant sa population et sa capitale ? Une population si digne et fière et une capitale si extraordinaire ?

Les Brazzavillois ne doivent pas avoir honte de leur ville, ils doivent en être fier, et doivent cristalliser cette fierté dans la préservation de ce qui fait son identité.

Julien