L’aimant des villes

La tradition scrute la modernité - La Paz (Bolivie)

La tradition scrute la modernité – La Paz (Bolivie)

Perché dans les airs, profanant le royaume des êtres à plumes, dans un de ces oiseaux de fer qui polluent l’atmosphère et sa légèreté, je survol l’Amérique des grandes plaines. Souvent, les Etats-Unis, dans nos idées atrophiées, ce sont les grandes villes. Ce qui m’amène ici c’est tout le contraire. Ce sont les grands espaces que le vieux continent, depuis trop longtemps peuplé par l’Homme blanc, son ambition ravageuse, sa curiosité mal placée et son orgueil démesuré, n’ont pas sus préserver. Ces grandes plaines qui sont synonymes mêmes de la liberté. Là où ont couru Sitting Bull et Crazy Horse, là où des nuées de Bisons détallaient librement avant que le visage pâle, en quatre siècles, réduisit leur nombre de plus de 50 000 000 à 750 ! Ces plaines qui se confondent avec le ciel, défiant l’horizon, concrétisant la notion étrangère à notre esprit, d’infinité, de la non-limite, de l’expantion éternelle. Perché là-haut, où devrait être l’aigle et non l’Homme, je rêve de courir comme un Sioux, dans les herbes de la plaine. Lire la suite

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Le voyage – Mon école

Pourquoi suis-je parti à 18 ans en Afrique ? Voilà une question que l’on me pose souvent. Une question sans trop de réponse. N’avez-vous jamais ressenti le souffle de la vie ? Un souffle qui vous conte les rêves les plus fous ? Un souffle, un esprit, une conscience, des signes, une énergie qui vous dit : vas-y c’est maintenant ! Où ? Nous l’ignorons et c’est pour cela qu’il est délicat de s’en aller. Contre toute opinion, parfois toute logique, il faut lâcher la laisse, se laisser porter par les vents de l’inconnu vers nos rêves les plus fous.

La vie est mouvement. Le souffle de la vie, la langue du monde, l’énergie de l’univers portent les âmes légères. C’est ce que j’ai voulu lorsque je suis parti pour la première fois en Afrique, lâcher prise, balancer un avenir certain, une routine alarmante, un Julien qui n’était pas moi.

J’ai fêté mes 19 ans au Bénin, je fête aujourd’hui mes 26 ans en Colombie. Qui a-t-il entre les deux ? Qu’en est-il  7 ans plus tard ? Lire la suite

Le monde du voyageur est beau (?!) – Fin d’une légende

« Tout est beau en voyage » c’est pour les premières années lorsqu’on pense avoir révolutionné la pensée humaine parce que nous avons mis notre vie dans un sac. Une panglossémie qui fait rêver les autres. On se vante par fausse humilité d’avoir rencontré plein de monde et qu’ailleurs les gens sont mieux. Affirmer ça en fuyant le pas de sa porte pour celui d’un bout du monde c’est être celui qu’on pense que lorsqu’on le veut (ou qu’on le peut).

Tout n’est pas beau en voyage. Pour la simple raison que voyager c’est aller à la rencontre de la vie et du monde. Si dans un premier temps nous admirons ce que l’on croyait perdu ou que l’on n’avait pas pris le temps de voir chez son voisin, très vite nous sommes confrontés à la décadence, au vacarme, au dégueuli de notre monde. La gerbe de notre société éclaboussée aux quatre coins du globe. Les démunis, les réfugiés, les exclus, les clochards, ceux qui se morfondent sous le bruit de nos bottes. Ceux qui plient sous le poids de notre système. Les mendiants sans jambes de Cotonou abandonnés à un enfer quotidien, les enfants des rues de Kinshasa adossés à un destin misérable, les rues dégueulasses de Brazzaville, les déserts redécorés de sachets plastiques et les lacs où flottent des bouteilles qui rêves d’être des bateaux. Et puis la plus grande misère de l’Homme, sa cupidité universelle, ses yeux de bâtard qui brillent devant l’or, son obsession mondiale pour l’ »avoir », ses manies de conquistadors, de missionnaires corrompues, son regard de chien battu et son comportement de mouton. Celui qui vénère quelques peuples ou culture qui sois n’a pas dépassé l’étape de la panglossémie.

(Entre rire et pleur dans les rues de Brazzaville – CONGO 2012)

Moi l’optimiste baroudeur je suis valdingué dans ce monde obscur. Parcours les terres en espérant capter de la lumière pour grandir mon optimisme. J’essaie même parfois de convertir ceux qui se décompose devant l’état du monde. Mais je suis obligé de courber l’échine devant une vérité qui n’a pas de maître : notre monde est laid. Pas le monde, mais le nôtre. Et voyager c’est se confronter à cette réalité. Celui qui ne veut pas la voir voyage naïvement pensant qu’il est un nouvel explorateur et découvre ce que les autres ignorent. Celui qui n’est pas près et qui tombe nez à nez avec cette réalité se retrouve submergé et chute avec elle dans les méandres d’une société qui n’a aucune pitié.

Les Hommes voyagent et reviennent conquis par les ruines de civilisations qui ont prospéré comme la nôtre, en sacrifiant humains et animaux et en opprimant les minorités. Ils ne comprennent pas que ce passé est notre futur et qu’a quelques pas ou même sous leur pas vivent ces minorités opprimées. Nous continuons à les mortifier en clamant que le monde est beau. Et nous rentrons donnant des leçons à ceux qui n’ont pas bougé. Tels des enfants qui préfèrent les jouets des voisins, nous préférons les pays lointains.

Que de mensonges!

Passer un mois ou deux dans un pays permet-il d’en discerner les réalités ? Ou seulement d’en efleurer le mythe qui lui colle à la peau ? Un voyageur qui divague tout azimute de contrée en contrée peut-il se permettre de tirer des conclusions ? La patience doit être au voyageur ce que le carburant est à la voiture. Voir le monde n’est pas le comprendre. J’ai pensé dans un premier temps que voyager ouvrait l’esprit. C’est faux ! Je crois aujourd’hui après avoir rencontré un tas d’autres voyageurs que voyager enferme plutôt dans sa connerie ! Certains font le tour du monde, se disent roots, voyageurs vétérés, squattent les parcs publics (ça fait bien), jouent de la guitare aux coins des rues (ça fait rêver) et collectionnent les conclusions attives. Disent préférer vivre avec les pauvres (comme si c’était un hobbie) parcqu’ils sont plus heureux et gentilles. « Quand on est nue, même au diable on souhaite la bienvenue » chante Tiken Jah Fakoly. Ils osent affirmer que les pauvres sont les plus heureux. Et bien côtoyez un long moment les pauvres et on en reparlera. Connaitre la faim, perdre un enfant à cause d’une simple anémie, ne pas pouvoir soigner son frère d’une banale maladie, mourir et dépérir d’un banal accident de la route, devoir mendier, vous pensez que ça rend heureux ? Devoir déféquer dans les lieux les plus sordides de la planète, craindre une diarrhé et ne jamais savoir quand tout cela cessera, ça rend heureux ? Vivre avec les « pauvres » une semaine ou un mois, on voit des sourires, y rester de long mois et on voit la souffrance, la fatalité et l’injustice d’un monde nauséabond.

(Cicatrices de guerres – centre de Mostar – Bosnie 2011)

Les sentiments des Hommes sont les mêmes dans toutes les classes sociales et tous les pays . Partout on s’aime et on se hait. Partout j’ai vu le racisme, l’intolérance et la jalousie. Partout j’ai vu l’Homme se déchirer, convoiter son frère, et participer à l’effondrement de Babel. Et où j’ai eu le plus peur c’est qu’en chacun d’eux je me suis vu. Triste réalité que de constater que nous ne valons pas mieux que celui qui tente d’ensorceler son voisin parce que son commerce fonctionne, que nous ne valons pas mieux que celui qui lève son doigt quand on le klaxon, que celui qui exploite un peuple pour son pétrole. Je ne vaux pas mieux parce que tout ça c’est moi. Parce que tous ces maux sont en nous et que si le monde est malade c’est parce que nous le sommes.

Tout est beau en voyage pour celui qui lit les grands titres ou qui court les grands sites de l’UNESCO . C’est mieux ailleurs et une légende que les voyageurs aiment conter pour épater leurs auditeurs incarcérés dans leur vie, pour justifier le fait qu’ils ne trouvent pas leur place. C’est partout le même scénario avec de bons côtés et de terribles, avec la façade et l’intérieur, avec la vie et la mort.

Penser comprendre ce que les autres ignorent c’est ignorer à soi-même que l’on ne sait rien.

Julien Masson

(« Où est l’humanité? » – Congo 2012)

10 bonnes raisons de visiter le Bénin!

1 : Le Bénin est un pays tranquille, stable ou l’accueil et l’hospitalité est exemplaire.

2 : Histoire : Une page importante de l’histoire de l’esclavage c’est déroulée sur la terre béninoise, entre Abomey et Ouidah. Tragédie pas si lointaine puisque vous pourrez encore voir les places ou même la cour du fort portugais dans laquelle étaient « stockés » les esclaves. Mais aussi l’arbre autour duquel ils tournaient avant d’emprunter la route  qui les menaient sur la plage de Ouidah sur laquelle s’élève aujourd’hui le modeste monument de la Porte du « Non-retour ».

3 : Culture : Nombreuses ethnies du Nord au Sud peuplent cette terre. Toutes ont leur culture et la conserve. Et puis le Bénin ne l’oublions pas est le berceau du Vodou ! Encore omniprésent et pratiqué par une très large majorité de béninois. Nombreuses cérémonies ont lieu tout au long de l’année. Le 10 janvier à Grand Popo c’est LA fête mondiale du Vodou qui rassemble les plus grands représentants de cette religion à travers le monde.

4 : Abomey : Ville centrale du royaume de Dahomey. Deux rois se battent encore le trône de la région. Vous pouvez les rencontrer tous les deux, découvrir l’histoire passionnante de cette ville et visiter les palais.

5 : Les Tata-Somba : Dans la savane du nord-ouest du pays, tout le long de la chaine de l’Atacora, se dressent comme des termitières, ces mini-châteaux forts dans lesquelles vivent les Batammariba (« les bons maçons » dans leur langue le ditamari). Un peuple d’agriculteur insoumis qui a gardé un mode de vie rudimentaire.

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Le Grand Marché Dantokpa! (BENIN)

Le marché aux Fétiches

De la couleur du marché au pagne au bazar de celui de l’éléctronique, des clefs à molette aux transistors en passant par les peaux de crocodiles et autres cadavres à sorcellerie, le marché Dantokpa, le cœur de la fourmilière est le lieu d’Afrique de l’ouest où vous trouverez tout ce que vous voulez. De la couleur, des odeurs, du monde encore du monde, de la chaleur, du bruit, mais tellement de vie ! Des rencontres, des négociations sans fin, des marchandages pour tout et rien, vous découvrirez ici le moteur de la vie béninoise et même plus.

Au centre de Cotonou, dans une pollution sans équivalence, dans une cacophonie venue droit de l’enfer, le marché Dantokpa se tient là, mélangeant sans pudeur le moderne au traditionnel, l’alimentation à la mécanique, la bijouterie à l’électroménager, ainsi que des gens de tout horizon. Les nigérian échangent toutes les monnaies sur des tables de bois au milieu des taxis, les Mamas benz vendent leurs pagnes essayant de maintenir encore leur fortune face à la concurrence libanaise et maintenant chinoise, les nigérien vendent leurs bijoux, les mina leur cuisine quand au fon, maitre de la région ils tiennent se marché comme il se doit. Chaque jour de l’année lorsque le soleil pointe le boue de son nez, les centaines de portes en taule s’ouvrent laissant apparaitre leur trésors. A peine ces trésors révélés que le marché s’anime comme s’animerai un manège. Jusqu’à ce que le soleil tombe derrière l’horizon, sans répit des milliers de personnes se croiseront dans ce qui semble être devenue le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest !

Ne pas venir se perdre au marché Dantokpa lors d’un séjour au Bénin serait plus que dommage, car même  si cette visite risque d’être épuisante, vous découvrirez un endroit qui n’a rien d’ordinaire. N’ayez pas peur de la foule, n’ayez pas peur non plus des chariots qui manque de vous écraser ou de vous aventurer dans le marché aux fétiches.

Cotonou est un monde à part et le marché Dantokpa est le centre de ce monde.

Aventure en Taxi-Brousse! (BENIN)

Des taxis pourris en Afrique, malheureusement, c’est monnaie courante. A vrai dire, j’en ai pris des tas et des tas d’entre vous on du en prendre un paquet!

Mais pourtant, une anecdote, une aventure même, me revient souvent en tête:

Nous sommes en 2006 au mois d’aout si je ne me trompe pas. Je suis avec Yannick à qui je fais visiter le sud du Bénin. Après un séjour à Abomey, nous avons passé quelques jours dans les collines de Dassa. Voilà le jour où nous devons rentrer à Cotonou.

Dassa-Cotonou se fait normalement sans problème dans la journée. (230 km)
Dans la matinée, tranquillement, nous prenons un taxi brousse direction Bohicon. Tout le monde embarque dans un 504 break (comme on en trouve à la pelle en Afrique de l’Ouest). Tout le monde c’est 11 personnes pour 7 places. Jusque là, rien d’anormale. Mais on ajoute à ça trois passagers sur le toit. A tout ce paquetage vous pouvez encore ajouter baguages, marchandises et quelques chèvres…

Mais me direz-vous, on en a vue d’autres, et c’est vrai.

Mais attendez la suite !

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