Terre des Aieux (TOGO)

« Drôle » de pays qu’est le Togo ! Un pays qui, malgré son éloignement, est depuis longtemps proche de moi. Des heures, des jours, des mois, des années à côtoyer des exilés et des réfugiés ont encrés en moi la mémoire et la souffrance collective du peuple togolais. C’est comme avoir vécu le Togo avant même d’y avoir mis les pieds.

C’est donc avec émotion que je traverse la frontière pour pénétrer dans une des plus terribles dictatures du monde. Celui qui ne le sait pas sera vite avisé et forcé de constater que l’argent du pays n’est pas engagé pour la population. En effet l’état des routes est plus que laborieux quand les écoles sont loin de pouvoir résister à des intempéries et que l’Observatoire international du Bonheur vient de classer le Togo (mi 2011) comme étant le pays le plus malheureux du monde… Alors que déjà en juillet 2010  le magazine Forbes avait publié le résultat des recherches (faites entre 2005 -2010) de « Gallup World Pull » qui classent le Togo dernier des pays de la planète en termes de bien-être de la population.

Et pourtant cette petite bande de terre qu’est le Togo est riche, très riche même, grâce notamment à son phosphate. Cette matière première qui fait la richesse … de Faure Gnassingbé le président monarque élu par le sang en 2005 succédant ainsi en « bon uniforme » à son père le vaillant sanguinaire dictateur Gnassingbé Eyadema qui venait de décéder.

Mais quelles mouches ont piqué les présidents français qui depuis l’assassinat de Sylvius Olympio (premier président du Togo) en 1963 soutiennent celui qui a fièrement revendiqué ce crime ? Et pire, qui soutiennent depuis son coup d’Etat en 1967 son régime totalitaire ? Quelle mouche a piqué Jacques Chirac quand il annonce au peuple togolais en 1998 qui venait de se faire massacrer par milliers qu’aucune irrégularité ne peut remettre en cause l’élection de son ami, le président Gnassingbé Eyadema ? Quelle mouche l’a encore piqué lorsqu’il déclare à la mort du défunt dictateur : « avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel » ?

Quels liens occultes lient notre république si fièrement humaniste à cette république si banalement bananière ? « La France n’a pas d’ami, elle a des intérêts » disait François Mitterrand. Ces intérêts suffisent-ils à expliquer l’implication de la France dans les milliers de morts, de torturés et d’exilés que le régime togolais a faits ? Expliquent-ils à eux seules le droit de veto qu’a posé la France aux Nations Unies lorsqu’il s’agit du Togo ? Voilà une question qui ne devrait pas rester muette lors des débats politiques français. Les Français comme les Togolais où autres peuples victimes de la politique impérialiste de la France sont en droit de savoir ce qu’il en est.

Et une fois de plus ce 12 juin, alors que nous sommes parfaitement accueillis par nos amis Togolais, les lacrymogènes, les balles en caoutchouc, celles réelles et les matraques, répriment violemment hommes, femmes et enfants qui manifestaient ou non pour qu’un semblant de démocratie puisse naitre un jour dans ce pays.

A quelques kilomètres de là, la vie semble suivre son cours à Togoville, cette petite ville en bordure du lac Togo. Les pirogues traversent le lac, les pécheurs vérifient leurs installations à crevettes et crabes, alors qu’un peu plus haut, le monde s’anime dans un marché coloré qui anéantit le peu de trafic qu’il y a. C’est certain, les violences n’ont pas encore débordé de Lomé, ici on mange encore les beignets de banane.

Le 13 juin les violences battent leur plein. Les taxis ne vont plus à Lomé. La capitale est livrée à elle-même. La carrière de phosphate d’Hahote, elle, tourne à plein régime. Des énormes machines sorties droit de l’enfer creusent la terre mère pour en extraire cette matière jaunâtre qui est la sueur des Togolais. Elles avancent dans leurs vacarmes vers des villages qui sentent leurs fins arriver. Les numéros peints sur les murs des maisons leur annoncent leurs morts prochaines. En effet, ceux qui ont le malheur d’être nés, d’avoir construit, de cultiver, de rire, de pleurer, de vivre sur du phosphate, de gré (contre quelques billets) ou de force sont contraints de tout abandonner pour que les machines de l’enfer puissent continuer d’enrichir leur président monarque.

Au village on s’active aux tâches quotidiennes. Une pompe crache de l’eau grâce à l’énergie d’un groupe électrogène. C’est des dizaines et des dizaines de personnes qui, bassine sur la tête, font le plein les unes après les autres de l’élément indispensable à la vie. Les vieux assis à l’ombre dans leur pagne sont heureux de recevoir notre visite et de nous accueillir. C’est l’occasion d’ouvrir leur bouteille de rhum brun qui attendait patiemment l’occasion idéale pour révéler sa saveur. C’est avec plaisir qu’ils nous font pénétrer dans leur couvent et nous présente leur vodou. Puis fièrement on nous amène à la rencontre des plus grands oiseaux du monde : les autruches et leur majestueux plumage.

Le chef du village est un homme calme et serein et c’est pour ça qu’il a été choisi. Seule la sagesse doit conduire l’Homme à être chef. Quelle autre compétence est plus importante lorsqu’il s’agit d’être responsable de ses prochains ?Il est enchanté de nous recevoir au moins autant que nous le sommes de le rencontrer. Le tambour chante dans le couvent, les fétiches sont avertis de notre arrivée.

Le village vit son quotidien ignorant les violences de Lomé mais sachant pertinemment que le pays est sous le joug d’un dictateur et pas passif devant ce fait qui complique la vie à toute la population.

Les agriculteurs fiers de leur métier sont heureux de nous présenter leur champ d’ananas et de nous en offrir quelques-uns.

C’est ça la vie dans les villages africains. Ce n’est pas simple, c’est même très dur surtout dans des pays où le gouvernement vous ignore et peut vendre vos terres sans même vous avertir. Mais dans les villages, on sait vivre avec l’autre. On connaît et respecte le monde des dieux, celui de la nature et celui de l’Homme. Une source d’eau est un point central qui relie tout le monde. Que se passerait-il si un jour chacun avait son robinet ? Voilà une question que devraient se poser les ONG au grand cœur qui pense bien et font mal.

La vie dans les villages c’est la vie sans télé mais avec les contes des vieux et les enfants qui apprennent. La vie dans les villages c’est sans goudron mais avec la terre qui est la même partout, dans sa maison, dans la rue, sur la place. La vie dans les villages c’est le contact avec la dureté de la terre mais aussi avec sa simplicité qui offre à ceux qui l’ont, la chance d’être heureux même avec peu.

Si le Togo est une dictature violente c’est aussi un peuple. Un peuple accueillant, souriant, chantant qui garde en mémoire que leur terre est la terre des aïeux. Et c’est pourquoi, coup de matraque après coup de matraque, il se relève toujours montrant au diable que l’ange est immortel.

Adolf Teacher, Ras Ly, Foo Yao, chantent cette âme d’un Togo fort et fière qui ne pourra jamais mourir ni s’écraser sous le fracas des bottes. Parce que si certains voient le Togo comme du phosphate, eux savent que le Togo c’est avant tout les Togolais.

Julien

Pour plus de photos: http://www.flickr.com/photos/julien-masson/

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Grand Popo et après? (BENIN)

Grand popo est considérée comme la plus belle plage du Bénin. Même si l’océan est puissant et dangereux, l’étendue du sable à perte de vue, les pirogues qui attendent de prendre le large, et les cocotiers inspirent au calme et à la tranquillité. Passage obligé des touristes, point de repos des expatriés le temps d’un weekend, mais aussi l’endroit idéal pour tout jeune Béninois qui compte offrir à sa petite – ou future petite – amie un weekend de rêve.  Grand Popo, jadis petit village de pêcheurs, attire du monde, de plus en plus de monde et devient petit à petit une station balnéaire qui perd ses charmes.

Il est loin le Grand Popo de 2005 (année où je l’ai découvert). Et j’ai peur, comme beaucoup de nostalgique d’une époque où Grand Popo était synonyme d’amusement, de calme, de sérénité, de fraternité, que dans quelques années il n’y en ait plus aucune trace . Grand Popo se résumait alors en Peace and Love. Les tambours battaient le rythme enjoué par le balafon, harmonica et guitare. Les ballets passaient et repassaient, en danse, en chanson, sur échasse ou en acrobatie. On dormait là où on était et mangeait tous ensemble. Il y avait Coco Beach qui accueillait tous les rastas et ceux qui voulaient l’être le temps d’un séjour, on buvait un coup au milieu de la nuit chez Thomas, on errait sous les cocotiers ou en pirogue sur le fleuve Mono avec les hippopotames.

Huit ans après, la plage est toujours là, les cocotiers un peu, quant aux hôtels, ils se sont multipliés chacun dans son style, sans se soucier de l’Environnement ou du voisin. Les murs de béton se montent comme des châteaux de sable, et les petites paillotes roots de l’époque ont laissé place à des étages  robustes bien que posés sur du sable…

Chaque année Grand Popo perd un peu de son âme et emporte avec lui la simplicité de son village d’antan.

Ce weekend il y avait la célèbre fête de Novitcha, célébré depuis 1921 pour la Pentecôte. C’est la fête de la fraternité,  celle pour qui tous les Xwala et Xwéda (ethnies de la région de Grand Popo) , peu importe où ils ont élu domicile, se réunissent le temps d’un weekend de joie. Les djembés reprennent du volume, les trompettes, trombones et autres les accompagnent, et ensemble font danser les Popos et les invités de cette fête annuelle.

Les marques d’eau, de boissons diverses, de télécoms et autres s’en donnent à cœur joie pour distribuer leur pub et leurs business. Heureusement le tout dans une atmosphère bon enfant où chacun se souhaite bonne fête et s’échange les rires, sourires et plaisanteries les plus béninoises qu’il soit. Le temps d’un weekend peut-être que Grand Popo retrouve quelques choses de son âme.

Les pécheurs eux ne prennent pas le temps de s’amuser trop longuement, le poisson n’attend pas et est déjà bien assez rare. Avant même que le soleil n’apparaisse ils tirent les filets qu’ils ont dispersés la veille. En rythme, en chanson et dans un effort colossal, des heures durant, ils tirent les filets pour les ramener du large.

Le soleil est à son zénith, de plus en plus de monde se joint à la tache de plus en plus hard. C’est en début d’après-midi, alors que nous sommes plusieurs dizaines que nous en venons à bout. Le filet est sorti de l’eau. Mais comme chaque jour la pêche est bien maigre. En dehors d’un gros baracouda, seules des dizaines de petits poissons, juste bon pour de la friture, se trémoussent entre les quelques méduses et sachets plastiques.

Je regarde autour de moi, nous sommes plusieurs dizaines à avoir tiré les filets. Le maigre butin sera partagé en autant de familles. Déjà les femmes sont là, on leur remplie leurs bassines (à peine 5), elles les déposent sur leur tête et s’en vont déjà les vendre.

Les pécheurs n’ont pas fini la journée. Alors que d’autres sont partis en mer pour les filets du lendemain, ceux restés lavent, et enroulent les filets qu’ils viennent de tirer.

Pas de fête pour ces pêcheurs qui souffrent du manque de poisson. Mais que s’est-il passé ? Les chalutiers trop nombreux me dit-on. Ils passent et repassent au large à des distances qu’ils leur sont interdites. Les licences sont délivrées trop facilement pour les firmes de la pêche. Et puis, il y a le phosphate relâché dans l’océan au Togo voisin (15 km). Les phytoplanctons sont détruits par le phosphate, les poissons qui s’en nourrissent disparaissent. Ah vraiment ce n’est pas simple…

La côte du Nigeria est ravagée par le pétrole, une marrée noire continuelle se déverse dans le golf du Bénin depuis plus de 25 ans. Au Togo le phosphate se rabats sur les côtes, au Ghana s’est le mercure et autres métaux issus de l’électronique. Et puis il y a les ports,les plateformes pétrolières qui jaillissent,  les chalutiers etc…

Ah vraiment ce n’est pas simple… Surtout pour les habitants de cette longue côte ouest-africaine. S’étonnerons-nous encore, comme en Somalie, lorsque dans quelques années des pirates naitrons de cette côte qui souffre de notre mondialisation libérale et incontrôlée ?

Grand Popo se modernise selon certain. Elle s’adapte aux demandes des touristes. Chacun veut en tirer parti et bâti son business. Mais quel exemple suivent-ils ? Celui de nos stations balnéaires que les gens sensés se mettent à fuir ? Pourquoi ne pas anticiper et investir dans un tourisme responsable et plus humain ? Avoir un train de retard n’est pas forcément une tare mais peut être, au contraire, un avantage permettant d’ anticiper l’avenir en évitant le temps des erreurs. Mais j’ai peur qu’une grande partie de Grand Popo ait préféré au développement durable, responsable et à la conservation de la culture, un développement économique, capitaliste basé sur la rentabilité rapide et sans loi.

Bien sûr nous sommes encore loin d’un tourisme de masse et même de celui de la côte sénégalaise. Mais faut-il attendre qu’il soit trop tard pour tirer la sonnette d’alarme ? Heureusement tous n’ont pas été amadoué par la tentation, bien au contraire, conscient, et même en pleine conscience, des artistes refusent de vendre leur culture et luttent plutôt pour la conserver. La conserver, la préserver en formant la jeunesse, en revitalisant la vieillesse et en partageant leurs arts et leur culture avec tous. Sans rien attendre en retour, ils diffusent leurs connaissances et se basent sur le partage pour faire avancer le Schimlblick. Certains des plus engagées se sont réunis dans l’association du CLAN (Contes et Légendes d’Afrique Noire) et ont créé le Centre Académique des Arts Africains et d’Ecoute. Ils forment tous les enfants qui le souhaitent au théâtre  à l’art de la marionnette, à la peinture, au batik, à la musique et à la danse. Parallèlement  ils diffusent le savoir ancestrale lié aux plantes médicinales et aux tisanes. Ils organisent des spectacles et concerts régulièrement. Motivés, de bon cœur, et vraiment conscient que le monde a besoin de revivre son humanité, ils donnent toutes leurs énergies dans cette œuvre collective. (Nous préparons un reportage sur le centre).

Comme toujours, là où les choses perdent leurs valeurs, naissent des Hommes, des mouvements, des idées qui luttent pour les préserver, pour louer la Vie, pour transmettre l’Amour et aider les Hommes à redevenir Humain. Garant de ce qui peut  pousser l’humanité  à s’élever, nous ne pouvons que les encourager et surtout se joindre à eux pour participer au grand changement qui s’opère partout autour de la planète.

Malgré les interférences et l’appelle du dieu argent, Grand Popo est donc toujours, dans la conscience de beaucoup, un lieu magique qui se doit d’être préservé à tout prix. Un lieu à part où les énergies positives vont bon train et emportent avec elles les plus volatiles d’entre nous, prêt à se laisser aller.

Julien

10 bonnes raisons de visiter le Bénin!

1 : Le Bénin est un pays tranquille, stable ou l’accueil et l’hospitalité est exemplaire.

2 : Histoire : Une page importante de l’histoire de l’esclavage c’est déroulée sur la terre béninoise, entre Abomey et Ouidah. Tragédie pas si lointaine puisque vous pourrez encore voir les places ou même la cour du fort portugais dans laquelle étaient « stockés » les esclaves. Mais aussi l’arbre autour duquel ils tournaient avant d’emprunter la route  qui les menaient sur la plage de Ouidah sur laquelle s’élève aujourd’hui le modeste monument de la Porte du « Non-retour ».

3 : Culture : Nombreuses ethnies du Nord au Sud peuplent cette terre. Toutes ont leur culture et la conserve. Et puis le Bénin ne l’oublions pas est le berceau du Vodou ! Encore omniprésent et pratiqué par une très large majorité de béninois. Nombreuses cérémonies ont lieu tout au long de l’année. Le 10 janvier à Grand Popo c’est LA fête mondiale du Vodou qui rassemble les plus grands représentants de cette religion à travers le monde.

4 : Abomey : Ville centrale du royaume de Dahomey. Deux rois se battent encore le trône de la région. Vous pouvez les rencontrer tous les deux, découvrir l’histoire passionnante de cette ville et visiter les palais.

5 : Les Tata-Somba : Dans la savane du nord-ouest du pays, tout le long de la chaine de l’Atacora, se dressent comme des termitières, ces mini-châteaux forts dans lesquelles vivent les Batammariba (« les bons maçons » dans leur langue le ditamari). Un peuple d’agriculteur insoumis qui a gardé un mode de vie rudimentaire.

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Le Grand Marché Dantokpa! (BENIN)

Le marché aux Fétiches

De la couleur du marché au pagne au bazar de celui de l’éléctronique, des clefs à molette aux transistors en passant par les peaux de crocodiles et autres cadavres à sorcellerie, le marché Dantokpa, le cœur de la fourmilière est le lieu d’Afrique de l’ouest où vous trouverez tout ce que vous voulez. De la couleur, des odeurs, du monde encore du monde, de la chaleur, du bruit, mais tellement de vie ! Des rencontres, des négociations sans fin, des marchandages pour tout et rien, vous découvrirez ici le moteur de la vie béninoise et même plus.

Au centre de Cotonou, dans une pollution sans équivalence, dans une cacophonie venue droit de l’enfer, le marché Dantokpa se tient là, mélangeant sans pudeur le moderne au traditionnel, l’alimentation à la mécanique, la bijouterie à l’électroménager, ainsi que des gens de tout horizon. Les nigérian échangent toutes les monnaies sur des tables de bois au milieu des taxis, les Mamas benz vendent leurs pagnes essayant de maintenir encore leur fortune face à la concurrence libanaise et maintenant chinoise, les nigérien vendent leurs bijoux, les mina leur cuisine quand au fon, maitre de la région ils tiennent se marché comme il se doit. Chaque jour de l’année lorsque le soleil pointe le boue de son nez, les centaines de portes en taule s’ouvrent laissant apparaitre leur trésors. A peine ces trésors révélés que le marché s’anime comme s’animerai un manège. Jusqu’à ce que le soleil tombe derrière l’horizon, sans répit des milliers de personnes se croiseront dans ce qui semble être devenue le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest !

Ne pas venir se perdre au marché Dantokpa lors d’un séjour au Bénin serait plus que dommage, car même  si cette visite risque d’être épuisante, vous découvrirez un endroit qui n’a rien d’ordinaire. N’ayez pas peur de la foule, n’ayez pas peur non plus des chariots qui manque de vous écraser ou de vous aventurer dans le marché aux fétiches.

Cotonou est un monde à part et le marché Dantokpa est le centre de ce monde.