La côte nord de Californie

Assis, les pieds dans une terre rouge issue de la roche des nombreuses collines environnantes, je laisse mon esprit planer comme le faucon, qui à quelques pieds, flotte dans l’air qui le soulève au-dessus du Golden Bridge. Ce fameux pont, couleur âpre, rouge sang rouillé, orange internationale dit-on officiellement, traverse avec ingéniosité l’estuaire de la baie de San Francisco qui s’ouvre sur le grand Pacifique. Ce pont suspendu, aux larges structures, reconnu ouvrage d’art utile (devons-nous comprendre que certains, peut-être plus émotif ou sensitif, ne le sont pas ?) pourrait paraître bien disgracieux en d’autres circonstances, mais n’est-il pas ici, la porte de la ville mythique de San Francisco, la cristallisation des rêves de tant de gens ? Il prend là toute sa grâce, relient la ville magique aux collines vêtues d’un maquis fourni en papillons et oiseaux de toutes sortes, enivrant les promeneurs d’une myriade d’odeurs, tantôt d’un vert sombre ou strict, tantôt de l’or des pailles qui brillent au soleil californien. Sous la symphonie des oiseaux et la brise de l’océan qui lape mon visage, j’ai ce pont et cette ville sous mes pieds, et je ne m’en lasse point. Un voilier franchit, sur le dos de l’estuaire qui scintille d’un bleu acier, l’ombre du pont suspendu. Je pensais qu’il n’y avait pas meilleure façon d’enter dans la ville qu’en empruntant en voiture cette voie singulière et historique. Mais, en admirant le foc prendre la poupe et franchir dans un plein silence, sous le vacarme des voitures, la porte de la ville, je ne doute pas que la magie de cet instant éclipse la lourdeur du véhicule motorisé.

"Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon."

« Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon. »

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La larme d’asphalte

Tel un fin turban ou un mètre de couturier, la route est déroulée sur la moquette des aiguilliers. Là où nul droit ne devrait avoir notre civilisation, la lame de goudron, s’étend comme la larme de l’esprit d’Orego. Comme ce bitume pesant qui, aux quatre coins du globe, s’arrache les derniers bastions de sauvage, du « wild », de la contré non explorable mais à explorer, le royaume perdu, celui que l’aventurier recherche par goût de l’inconnu, de l’existence propre à l’espace et à l’expression du temps laissé à lui-même. Maupassant s’en plaignait déjà en son temps en écrivant dans sa chronique « Au pays des roses » :

« Elles sont rares aujourd’hui, les contrées inexplorées et désertes, surtout quand on ne veut point sortir de France ». Lire la suite

Dans l’esprit d’Orego

"une gerbe vieille de 1300 ans s’étale en flaque noire brillante au milieu de la grande forêt" Newberry national volcanic monument - Oregon

C’est ici, à Portland que nous pénétrons l’état de l’Oregon. Quatre fois plus grand que le Washington et deux fois moins peuplé. Sur l’ouest et le centre s’étale une jungle de conifères au vert aussi profond et sombre que l’histoire. L’odeur mielleuse de résine active en ce printemps, chatouille les conduits nasaux, prophète d’un été certain, éternel retour des cycles. La démographie quelque peu dépouillée offre par sa timidité de longues distances de paix sans Homme. Le « wild », sauvage libre, vie expansive, s’en donne à cœur joie et l’humus est empreint de ses traces. La route se délie dans cet univers vert bleuté, cet océan forestier, épousant ce relief parfois vallonné, d’autres fois escarpé, toujours brute, formé par les éruptions des volcans. Lire la suite

Le souffle d’une recontre

"le souffle d'une rencontre" - Seattle

« le souffle d’une rencontre » – Seattle

Le saloon est bâti comme les chalets canadiens, en rondin de bois croisés, comme les jeux de constructions de notre enfance. Aucun placo ou lambris artificiel n’est venu polir le naturel du sapin. Un long bar le coupe. Quelques manches à pression en sortent. Un gros barbu en salopette y est accoudé et se tourne la nuque chaque fois qu’elle passe dans son dos. Elle, a un mini short en jean, la taille fine, et est blonde comme une cigarette. Son sourire est affiché comme une publicité, mais son allure et sa façon de servir les vieux ours du coin, démontre un caractère trempé. Lire la suite