Frisco: La ville de la baie [2/2]

Chinatown et ses histoires de vieilles triades, les bars à striptease, les pubs, le quartier hippie, le quartier gay, ou encore celui des affaires. Chacun a son existence, sa place, son droit d’exister, de palabrer, de se pavaner sans complexe sur la scène de la société. La grande affiche porte toutes les couleurs, toutes les langues, tous les symboles. Lire la suite

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Aux Hommes Libres

AlcatrazIci, au-dessus du Golden Bridge, de nouveaux voiliers font la sérénade, dans un sens et dans l’autre sur l’ombre du pont. Je scrute un de ces cailloux mystérieux qui jaillit des eaux en tache d’argent. Il porte sur son dos Alcatraz, prison tristement célèbre. A quelques kilomètres des terres, au milieu de la baie, l’emblème de l’enfermement, le fantôme des prisonniers, sort de l’eau comme une brume qui ne peut se dissiper. Je songe alors à ces prisonniers, d’Alcatraz ou de la Santé, de Thaïlande ou de Lomé, les Hommes mis en cage, criminels ou non, bloqués entre les murs de l’irrationnel humain, protégeant dans leur agonie, la société. Loin de nos yeux et de nos cœurs, dans nos normes bien faites, dans nos doctrines aux normes parfaites, le prisonnier est à l’abri de notre conscience. Il a bravé la règle, qui juste ou non est juge et bride de l’Homme. Il se meurt dans la crasse, à l’abri des regards, avec ceux de sa race de damnés, de barrés, de lépreux du système qui les a enfantés. En ce pays où je me trouve, première démocratie du monde, moraliste et moralisatrice, la peine de mort est d’usage. On préfère en finir avec le cancer que de le laisser agoniser dans la souffrance de la cage fermée. Parce que le juste est souvent juge.

« Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » s’exclama Jésus devant la foule enragée qui s’apprêtait à lapider Marie Madeleine. Peuple du monde, je jouis de te voir ainsi parfait, toi qui sans pardon jettes la flamme du diable au nom de la liberté à sauvegarder, et pis encore de la justice que tu oses parfois nommer « divine ».

Mais quelle liberté ? Celle de se mouvoir dans nos illusions ? Celle du confort des biens matériels ? Cette vie soigné, sécurisé, aseptisé, but ultime d’une vie réussie dans cet univers de paraître et de paillettes ? Ce monde qui blâme le vagabond, l’ermite, le sauvage qui va hors la loi à la conquête des espaces sans traces ? Celui qui voit le fou comme un sage et le sage comme un fou ? Celui qui opprime et hais l’homme des bois, le nomade des steppes ? Celui qui crée des guerres pour la paix, vend des armes pour s’enrichir, massacre les « non civilisés », pille des régions du monde, condamne des peuples, et rédige les droits de l’Homme jugeant ceux qui ne les respectent pas ? Lire la suite

Voyage dans l’espace – temps

"Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent... " Pérou

« Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent…  » Pérou

 

« No puedes comprar mi vida » – Tu ne peux pas acheter ma vie

Calle 13

Dans les rues du Bronx chante le lingala, les pantalons se portent bas, le noir ne détonne pas, Malcolm X est un roi, les bières sont des cerveza et la nuit les boomers des caisses customisées bombardent du Calle 13.

« Soy, soy lo que dejaron, soy las sobras de lo que te robaron… »

Je ressens soudain le souffle du temps m’aspirer de nouveau dans la cantine de mes souvenirs. Du Bronx, je m’envole pour Santa Marta en Colombie. Le marché grouille de monde. Les bananes sont empilées à l’arrière des pick-up, quelques noirs aux dents d’ors, les jettent par-dessus bord, afin qu’elles s’étallent sur les comptoirs des vendeuses. L’odeur des fruits et des légumes, se mélange aux gazes d’échappement, aux cris incessants et à la chaleur latine, qui émane, telle une saveur, des hommes nés sous les tropiques. Juteux et sucrés comme leurs fruits colorés, l’humain des tropiques, qu’importe sa race, sa couleur ou sa foi, agite son postérieur au rythme des tambours, de la houle et de la mélodie de la joie. Les anges chantent au soleil. Le diable joue au tamtam, soulèvent d’un souffle les jupes légères, et en diapason avec les dieux bienveillants, emporte le bonheur des instants éternels sous les latitudes que notre machine économique à l’habitude d’écraser. Le Bronx reprend de la couleur.

« Soy Latina America, un pueblo sin piernas pero que camina… » Lire la suite

La folie citadine

Broadway - New York 2013

Broadway – New York 2013

Je me balade sur Broadway avec la démarche des Gendarmes, la tête qui oscille vers les cieux, et Saez qui hurle dans mes oreilles d’une voix nasillarde : « God blesse America ». Je ne peux pas m’empêcher de sourire bêtement, comme un enfant, c’est que j’ai l’impression d’être dans un film. Étrange ressenti. New-York, on a l’impression de connaitre pis en même temps, on ne connaît pas. Si bien que, lorsqu’on y est, ça semble irréel  spectateurs une fois de plus, du rêve américain, du délire mégalomane d’un pays prophète, d’une propagande bien faite. « America is God ! » pour bien du monde, mais pas pour le bien du monde. Les drapeaux flottent patriotiquement sur les façades des tours de Babel, qui s’élancent comme des minarets vers le ciel, caressent les dieux, insolents, d’acier et de ciment, de brique et de fric, de sueur et de labeur. L’irrégularité, l’imperfection, qui par leur dichotomie en font la perfection est anéanti dans la construction des démons fait homme, en éloge de la ligne droite, du carré, du parallèle et du perpendiculaire. L’architecte à équerre n’est qu’un profane de la nature qu’il blasphème. Elle, d’un nombre d’or ou de rien, souffle la vie dans chaque recoin. Lire la suite

Il était une fois un mariage ! (PEROU)

Le marié passe l’anneau au doigt de sa nouvelle épouse. Même si cela fait trente ans qu’ils partagent leurs repas, leurs quotidiens, leurs vies. Trente ans de vie commune ont précédé ce grand jour. C’est aujourd’hui, qu’enfin ils s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’œil bienveillant de Dieu. Ils ont surmonté tous les obstacles de la vie et mis au monde trois enfants avant de valider l’acte devant des témoins. Ce n’est pas par souci de vérifier préalablement l’amour avant de s’engager qui pousse à patienter, mais les économies nécessaires à la réalisation du mariage. Et le récit qui va suivre vous le fera comprendre !

(Les mariés s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’oeil bienveillant de Dieu – Pérou 2012)

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