Frisco: La ville de la baie [1/2]

           C’est de la baie de San Francisco, que Buck fut arraché à sa vie sédentaire et conduit vers l’aventure du grand nord, de la ruée vers l’or du Klondike. Souvenir de Jack London né le 12 janvier 1876 à San Francisco, lui qui a inspiré tant d’Hommes à entendre l’appel du sauvage, de l’instinct, et qui conta mieux que personne la ruée vers l’or et l’aventure du cœur de certains hommes. Car en effet, c’est cette ruée vers l’or et la peuplade d’aventuriers en blue-jean Levi’ Strauss  qui bâtirent San Francisco. La ville était le terminus du fameux chemin de fer transcontinental qui accéléra l’enfermement des milliers d’Indiens des plaines dans leurs réserves respectives. La conquête de l’ouest dorénavant accessible à tous. A une traînée de fumée, à quelques pelletées de charbon ardent, et l’avenir avait la saveur de l’espoir. Tout au bout, en équilibre entre terre et océan, San Francisco. Lire la suite

Publicités

La côte nord de Californie

Assis, les pieds dans une terre rouge issue de la roche des nombreuses collines environnantes, je laisse mon esprit planer comme le faucon, qui à quelques pieds, flotte dans l’air qui le soulève au-dessus du Golden Bridge. Ce fameux pont, couleur âpre, rouge sang rouillé, orange internationale dit-on officiellement, traverse avec ingéniosité l’estuaire de la baie de San Francisco qui s’ouvre sur le grand Pacifique. Ce pont suspendu, aux larges structures, reconnu ouvrage d’art utile (devons-nous comprendre que certains, peut-être plus émotif ou sensitif, ne le sont pas ?) pourrait paraître bien disgracieux en d’autres circonstances, mais n’est-il pas ici, la porte de la ville mythique de San Francisco, la cristallisation des rêves de tant de gens ? Il prend là toute sa grâce, relient la ville magique aux collines vêtues d’un maquis fourni en papillons et oiseaux de toutes sortes, enivrant les promeneurs d’une myriade d’odeurs, tantôt d’un vert sombre ou strict, tantôt de l’or des pailles qui brillent au soleil californien. Sous la symphonie des oiseaux et la brise de l’océan qui lape mon visage, j’ai ce pont et cette ville sous mes pieds, et je ne m’en lasse point. Un voilier franchit, sur le dos de l’estuaire qui scintille d’un bleu acier, l’ombre du pont suspendu. Je pensais qu’il n’y avait pas meilleure façon d’enter dans la ville qu’en empruntant en voiture cette voie singulière et historique. Mais, en admirant le foc prendre la poupe et franchir dans un plein silence, sous le vacarme des voitures, la porte de la ville, je ne doute pas que la magie de cet instant éclipse la lourdeur du véhicule motorisé.

"Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon."

« Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon. »

Lire la suite

Le souffle d’une recontre

"le souffle d'une rencontre" - Seattle

« le souffle d’une rencontre » – Seattle

Le saloon est bâti comme les chalets canadiens, en rondin de bois croisés, comme les jeux de constructions de notre enfance. Aucun placo ou lambris artificiel n’est venu polir le naturel du sapin. Un long bar le coupe. Quelques manches à pression en sortent. Un gros barbu en salopette y est accoudé et se tourne la nuque chaque fois qu’elle passe dans son dos. Elle, a un mini short en jean, la taille fine, et est blonde comme une cigarette. Son sourire est affiché comme une publicité, mais son allure et sa façon de servir les vieux ours du coin, démontre un caractère trempé. Lire la suite

L’aimant des villes

La tradition scrute la modernité - La Paz (Bolivie)

La tradition scrute la modernité – La Paz (Bolivie)

Perché dans les airs, profanant le royaume des êtres à plumes, dans un de ces oiseaux de fer qui polluent l’atmosphère et sa légèreté, je survol l’Amérique des grandes plaines. Souvent, les Etats-Unis, dans nos idées atrophiées, ce sont les grandes villes. Ce qui m’amène ici c’est tout le contraire. Ce sont les grands espaces que le vieux continent, depuis trop longtemps peuplé par l’Homme blanc, son ambition ravageuse, sa curiosité mal placée et son orgueil démesuré, n’ont pas sus préserver. Ces grandes plaines qui sont synonymes mêmes de la liberté. Là où ont couru Sitting Bull et Crazy Horse, là où des nuées de Bisons détallaient librement avant que le visage pâle, en quatre siècles, réduisit leur nombre de plus de 50 000 000 à 750 ! Ces plaines qui se confondent avec le ciel, défiant l’horizon, concrétisant la notion étrangère à notre esprit, d’infinité, de la non-limite, de l’expantion éternelle. Perché là-haut, où devrait être l’aigle et non l’Homme, je rêve de courir comme un Sioux, dans les herbes de la plaine. Lire la suite

La tête de la pieuvre

Ce parc gigantesque (Central Park), faussement naturel, poumon artificiel des citadins New-Yorkais, s’étale dans Manhattan, séparant Harlem et le Bronx du sud de la ville. Là-bas où brille Time square, Chelsea, Broadway, et le nouveau World Trade Center. Les rues sont larges, mais la hauteur invraisemblable des bâtiments, donne au tout, un aspect encaissé. A l’ombre des tours, la fourmilière grouille, chacun s’active à sa tache, à son rôle, au bon déroulement du système. Lorsque midi approche, les vendeurs de donuts laissent place à ceux de hot dog, et toujours dans la même frénésie, chacun se ravitaille sans perdre de temps, dans les fast-foods, les pizzas sur le pouce, les tacos ou les sandwichs orientaux dégoulinants de sauce.

Au pied du nouveau World Trade Center, on s’imagine la chute des jumelles qui le précédaient. C’est tout un symbole qui fut frappé ce tragique premier jour – selon le calendrier copte (premier calendrier Chrétien) – du 3ème millénaire. Nous sommes les jeunes de cette génération. Celle de la cristallisation du nouvel ordre mondial. De la dictature mondiale du marché, de l’économie, de la pensée. Ce fut le point zéro. Parce que l’histoire a besoin de dates, l’Homme de chronologie, de repère dans le temps qui s’évade. Chacun des jeunes de ma génération se souviendra du 11 septembre 2001. Du crie sourd de la peur. La peur, de la terreur qui s’immisce dans la peau, franchissant les seuils de nos chaumières par la boîte à image, par les ondes des radios et de l’internet. La division, le règne sur le troupeau de bêtes. Lire la suite

Le chant d’Harlem

Browstones de Harlem - Série de maisons en grès rouge, identiques, construites au XIX siècle. Browstones de Harlem – Série de maisons en grès rouge, identiques, construites au XIX siècle.

Sur la 125ème, entre vendeurs Portoricains de donuts, et vendeurs noirs à la sauvette, quelques camés finissent leur nuit d’épaves échouées sur les trottoirs d’Harlem où naviguent des sachets plastiques balayés par les vents printaniers. A deux carrés, une église nous accueille pour le sermon du dimanche. Les chœurs gospels emplissent les âmes vides et emportent les âmes pleines. Voilà une démonstration d’amour qui s’échappe des Hommes, une étincelle divine qui transite par une trachée pour éclabousser la foule de l’énergie de la vie. Et les paroles de Louis Armstrong prennent là tout leur sens :

« Ce que nous jouons, c’est la vie ! » Lire la suite

Voyage dans l’espace – temps

"Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent... " Pérou

« Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent…  » Pérou

 

« No puedes comprar mi vida » – Tu ne peux pas acheter ma vie

Calle 13

Dans les rues du Bronx chante le lingala, les pantalons se portent bas, le noir ne détonne pas, Malcolm X est un roi, les bières sont des cerveza et la nuit les boomers des caisses customisées bombardent du Calle 13.

« Soy, soy lo que dejaron, soy las sobras de lo que te robaron… »

Je ressens soudain le souffle du temps m’aspirer de nouveau dans la cantine de mes souvenirs. Du Bronx, je m’envole pour Santa Marta en Colombie. Le marché grouille de monde. Les bananes sont empilées à l’arrière des pick-up, quelques noirs aux dents d’ors, les jettent par-dessus bord, afin qu’elles s’étallent sur les comptoirs des vendeuses. L’odeur des fruits et des légumes, se mélange aux gazes d’échappement, aux cris incessants et à la chaleur latine, qui émane, telle une saveur, des hommes nés sous les tropiques. Juteux et sucrés comme leurs fruits colorés, l’humain des tropiques, qu’importe sa race, sa couleur ou sa foi, agite son postérieur au rythme des tambours, de la houle et de la mélodie de la joie. Les anges chantent au soleil. Le diable joue au tamtam, soulèvent d’un souffle les jupes légères, et en diapason avec les dieux bienveillants, emporte le bonheur des instants éternels sous les latitudes que notre machine économique à l’habitude d’écraser. Le Bronx reprend de la couleur.

« Soy Latina America, un pueblo sin piernas pero que camina… » Lire la suite

La folie citadine

Broadway - New York 2013

Broadway – New York 2013

Je me balade sur Broadway avec la démarche des Gendarmes, la tête qui oscille vers les cieux, et Saez qui hurle dans mes oreilles d’une voix nasillarde : « God blesse America ». Je ne peux pas m’empêcher de sourire bêtement, comme un enfant, c’est que j’ai l’impression d’être dans un film. Étrange ressenti. New-York, on a l’impression de connaitre pis en même temps, on ne connaît pas. Si bien que, lorsqu’on y est, ça semble irréel  spectateurs une fois de plus, du rêve américain, du délire mégalomane d’un pays prophète, d’une propagande bien faite. « America is God ! » pour bien du monde, mais pas pour le bien du monde. Les drapeaux flottent patriotiquement sur les façades des tours de Babel, qui s’élancent comme des minarets vers le ciel, caressent les dieux, insolents, d’acier et de ciment, de brique et de fric, de sueur et de labeur. L’irrégularité, l’imperfection, qui par leur dichotomie en font la perfection est anéanti dans la construction des démons fait homme, en éloge de la ligne droite, du carré, du parallèle et du perpendiculaire. L’architecte à équerre n’est qu’un profane de la nature qu’il blasphème. Elle, d’un nombre d’or ou de rien, souffle la vie dans chaque recoin. Lire la suite

La silhouette de la liberté

Le fameux drapeau Américain, qui flotte patriotiquement, sur les façades des tours de Babel. USA 2013

Le fameux drapeau Américain, qui flotte patriotiquement, sur les façades des tours de Babel. USA 2013

Le temps passe et fidèle à moi-même, je le laisse faire, sans tenir la discipline qui fait l’être, en me laissant balancer par le vent que j’admire. Presque 5 mois passé en France depuis le retour d’Amérique du Sud, et pas un article. Mais me voici, depuis quelques semaines, de nouveau sur les routes. Une destination qui c’est un peu décidé au dernier moment. Nous hésitions, notre cœur balançait, Afrique de l’Est ? du Sud peut-être ? et pourquoi pas USA ? Lire la suite

Il était une fois un mariage ! (PEROU)

Le marié passe l’anneau au doigt de sa nouvelle épouse. Même si cela fait trente ans qu’ils partagent leurs repas, leurs quotidiens, leurs vies. Trente ans de vie commune ont précédé ce grand jour. C’est aujourd’hui, qu’enfin ils s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’œil bienveillant de Dieu. Ils ont surmonté tous les obstacles de la vie et mis au monde trois enfants avant de valider l’acte devant des témoins. Ce n’est pas par souci de vérifier préalablement l’amour avant de s’engager qui pousse à patienter, mais les économies nécessaires à la réalisation du mariage. Et le récit qui va suivre vous le fera comprendre !

(Les mariés s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’oeil bienveillant de Dieu – Pérou 2012)

Lire la suite

Pensées en blog-notes – 1

Dans le bus de nuit entre Abancay et Ica (Pérou). Le chauffeur roule vite, très vite, façon sportive, tendance veut gagner un rallye  Le bus est haut, très haut, pour mieux tanguer, pour plus de sensation ! Mais ce n’est pas un simulateur, c’est bel et bien un bus péruvien. Alors je pense :

–          L’Homme est sociable mais sauvage. S’exprime mais hypocritement. Sait aimer mais préfère haïr. L’Homme est un paradoxe complexe qui se complaît de la facilité.

 

–          L’Homme moderne est un arbre sans branche, j’espère au moins qu’il a des racines.

 

–          L’Homme moderne est pressé. Pressé comme un citron avec la même amertume. Lorsqu’il n’a plus de jus on le jette.

 

–          L’Homme n’existe qu’en philosophie. Il n’a ni tête, ni cœur, ni jambe, ni bras. Il est une idée utopique, une unité insoluble. Un rêve d’humaniste ou un futur lointain.

 

–          Si comme le pense Berkeley le monde n’existe pas en dehors de notre pensée. Peut-être devrions nous fermer les yeux et le penser différemment.

 

–          Le pessimisme s’est faire preuve de réalisme tout en niant le poids de sa propre pensée.

 

–          Dans notre consommation excessive nous ne connaissons plus la durabilité, que ce soit des objets, des relations ou des bâtiments. Jamais notre monde n’a été aussi éphémère et jamais nous ne nous sommes sentis aussi éternels et invulnérables.

 

–          Le cœur n’a pas d’œil mais il guide les gens heureux. La tête qui voit clair guide les peureux.

 

–          « –  On n’a qu’une vie !  clame le prétentieux pour justifier son insouciance.

–  En es-tu sûre ?  lui rétorque le sage.»

 

–          S’attacher à un passé c’est construire sa prison.

            Ruminer un passé c’est boire un poison.

           Vivre dans le passé c’est être un mort-vivant .

 

–          Chercher l’authenticité peut parfois provoquer des nausés. (Les voyageurs me comprendront…)

 

–          La solitude est nécessaire à la construction de l’être. Ne pas savoir être seul c’est ne pas s’accepter.

 

–          Que cherche-t-on en ouvrant les yeux dans une piscine ? Le clore qui les pique ?

 

–          Parfois être humaniste ça fatigue comme de ne croire en rien.

 

 

–          Avoir des idéaux ça rassure comme de se construire un clocher. Eh bien j’aime quand les pigeons chient sur le mien. ça me rappelle qu’ils ne valent rien.

 

–          Toute personne qui n’éprouve pas de plaisir en mangeant un plat délicieux (tout en ayant ses sens) est réduit à l’état de machine.

 

–          Le bonheur ne se cherche pas il se vit.

 

–          Le bonheur n’existe que dans l’instant.

 

–          Les Hommes aiment être jugent. Pour cela des fois, ils s’assoient sur un banc public.

 

–          Être tiède c’est facile dans un mode qui ne demande que ça. « Mettre de l’eau dans son vin » dit-on. Mais le dit-on à un oenologue ? Exister c’est être chaud ou froid, noir ou blanc. Le gris c’est la transparence, l’inexistence.

 

–          L’ordre et la sécurité c’est ce que demandent les moutons à leur berger en n de leur laine. Vivre tranquille, sans danger, surveillés, protégés et bien guidés c’est ce qu’ils demandent à leur bourreau en échange de leur viande.

 

–          Une fourmi demande à un termite :

           « Comment fait-on un palais ? »

           « Avec de la terre et des mythes . »

           Nos rois avaient tout compris.

 

 

 

Fin.

 

Julien Masson

Le Machu Picchu oublié – Choquequirao (Pérou)

Certains voyageurs sont poussés par l’envie « moutonesque » de visiter ce que le vénérable UNESCO a classé. Et par-dessus tout, pour pouvoir fièrement cocher une case de plus sur leurs listes de choses à faire dans cette courte vie – qu’ils courent et qu’ils courent ! comme un train qui se glisse dans l’espace sans changer à l’intérieur -, ils se précipitent sur les – soi-disant – 7 merveilles du monde. Et en haut du classement des patrimoines « exotiques » presque mystiques ou mythiques, le fameux Machu Picchu ! devenu à lui seul emblème du Pérou et même de toutes les Andes. Alors tout un monde soucieux de son curriculum vitae de voyageur qui a tout « fait »  et peu soucieux de ce qui se défait, se précipite sur les hauteurs du majestueux site pour lui arracher une photo et en faire un profil Facebook. Tel un trophée, une case cochée, un « ça c’est fait », le symbole de la folie Inca est figé dans le temps 20 000 fois par jour par ces hordes de touristes IN. à moins de 100 km de là des tribus isolées sont condamnées, mais ça les touristes l’ignorent et d’ailleurs s’en contrefichent car ils ne sont pas là pour cela. Non ! eux sont là pour la citadelle la plus célèbre du monde qui à elle seule justifie parfois le voyage. La visitant ils espèrent toucher à cette gloire. Loin de chez eux non pour découvrir le monde, le comprendre ou l’aimer, mais pour le consommer, le « voir », l’immortaliser en images mortes.

Et j’ai souvent du mal à comprendre comment l’on peut résumer un pays à des sites « morts », à des ruines figées dans un temps disparu, lorsque la vie continue dans son mouvement permanent. Si voyager c’est courir après le passé du monde autant le faire dans un musée. Si je pars sur les routes c’est bien pour faire la connaissance de ce qui est vivant ! « Pour découvrir un autre monde sans le conquérir, l’apprécier sans le déprécier, le partager sans le confisquer. » comme l’écrit si bien Franck Michel. Mais non ! la foule enragée est toujours la même qu’au temps des colons et des conquistadors, elle se rue sur le monde avec l’appétit d’un ogre ! Et alors que l’UNESCO l’a classé parmi les sites en dangers et recommande vivement de limiter les visites à 800 par jour, les vieilles ruines incas sont envahies chaque jour par 2000 pairs de jambes. Oh oui ! l’affaire est trop juteuse et la gourmandise n’a pas de nationalité. A environ 45 dollars l’entrée (2012) on comprend l’engouement. Et puis il y a l’Orient Express, cette firme anglaise qui s’est emparée de toutes les concessions autour de la poule aux œufs d’or. Acheter une bouteille d’eau ou aller aux toilettes et c’est dans leurs poches profondes que tombe votre monnaie. Mais le clou de l’affaire c’est le train. Le train que la majorité des visiteurs prennent (environ 40 dollars) appartient lui aussi à l’Orient Express.

Et puisque le vice n’a pas de morale et que dans le monde capital l’humain est un profit ou une perte, l’Orient Express a racheté la ligne populaire reliant Puno à Cuzco. Transformé en train de luxe, cette ligne jadis utilisée par les locaux, est devenue le chemin de fer le plus cher du monde au kilomètre ! Joyeux sont les chanceux qui profitent de la cuisine à bord et photographient les « pauvres » autochtones – véridique j’en fus témoin – en traversant les villages depuis leur wagon d’or. Et une fois encore, les réflexions de Franck Michel sonnent terriblement juste lorsqu’il écrit dans  Eloge du voyage désorganisé « Pouvoirs publics et entreprises privées se pressent au chevet des merveilles du monde, ici en sursis, là déjà à l’agonie. Mais des affaires restent encore à faire. »

Alors il n’y a aucun doute, le Machu Picchu doit être exceptionnel, unique, magnifique et mystérieux. Mais exclu du monde capital-profit le raisonnement du voyageur pourrait-il dépasser son ambition à vouloir – à tous prix – voir ce qui doit l’être ? Et se poser une question simple : Dois-je mettre au-dessus de moi l’Histoire et la condition humaine ? A ceux qui n’auraient pas compris : La visite d’un site aussi magnifique soit-il me donne-t-il le droit de consciemment participer à sa destruction, de favoriser les inégalités et de contribuer au vol culturel et économique d’une région ?

Chacun pourra répondre à cette question sans que mon cœur en soi le juge. Certains dilemmes ne peuvent appartenir qu’à la conscience de chacun. Que le mouton devienne un loup en se le cachant n’a rien d’effrayant que pour les autres moutons. Il est amusant – ou non – de constater que l’Empire Inca reste encore aujourd’hui une mine d’or pour les âmes de conquistadors qui ne cessent – toujours pas – de le souiller de leurs sales bottes. Tant qu’il reste à détruire, détruisons tant que l’on s’enrichit. Parole d’homme moderne.

( chemin abrupte vers le Choquequirao - Perou 2012)

( chemin abrupte vers le Choquequirao – Perou 2012)

A 70 km des troupeaux de touristes, se cache un autre site. Un des seuls à n’avoir jamais été découvert par les Espagnols. Un site 7 à 8 fois plus étendu que le Machu Picchu, perché à 3100 m d’altitude dans les pentes abruptes de sommets recouverts de la haute Amazonie. Un site qui a hébergé la résistance Inca et en a initié les Rois. Un site ni envahi à l’époque par les conquistadors, ni aujourd’hui par leurs descendants, les touristes avides.

Le Choquequirao (le « Berceau d’or » en Quechua) est fier d’être oublié. C’est son destin.

Aucune route n’y conduit, aucun train, aucune concession de l’Orient Express. Aucun poster ne le vend aux quatre coins du monde, aucune agence de voyages ne le classe en tête de liste. Même celle de Cuzco le rajoute comme un vendeur de glaces ajoute un parfum jamais acheté pour ameuter ceux qui vont où il y a le plus de choix – comme pour se sentir libre. Mais ils n’y vont pas. Trop loin, trop dur, trop pénible (et pas à la mode).

Après avoir pris bus et taxis collectifs, quatre jours de marche sont nécessaires. Plus de 3000 m de dénivelé positif et autant de négatifs. On descend la vallée pour la remonter puis on recommence. Les chemins sont raides et escarpés. On boit l’eau des rivières et on se fait littéralement manger par des pucerons démoniaques. Il faut s’attendre à avoir mal aux pieds, peut-être aux genoux, et se préparer aux centaines de piqûres qui vous démangeront toutes les nuits. Les moins téméraires pourront être aidés de mules et de muletiers rendant le parcours beaucoup plus accessible. Pour les autres, il leur faudra porter leur tente, leur sac de couchage et leur nourriture. Un magnifique trek en autonomie avec nuit à la belle étoile dans un décor féerique. Au-dessus des têtes baissées par la fatigue, des sommets enneigés s’élèvent vers les cieux et à leurs pieds, d’autres recouverts de jungle.

Marcher sur les pentes abruptes de cette vallée ramène aux bonheurs simples. De quoi se met-on à rêver devant un dénivelé qui n’en finit pas ? Eh bien on rêve du plat de pâtes de mauvaise qualité et de sa sauce tomate en sachet que l’on mangera le soir venu. Un plat de bagnard qui devient celui d’un Ritz. Et le soir venu la gamelle de ration est savourée et procure un réel bonheur, un bonheur simple. Et s’étend la vallée encaissée et les nuages filtrent les couleurs du crépuscule, comme des ombres chinoises, les mythes et les légendes jouent leurs scènes théâtrales. Ces nuits à la belle étoile, autour d’un feu, avec les amis, ou seul devant un plafond infini, on se retrouve à sa place. Sa simple place dans la nature. Et l’esprit s’apaise et l’on pénètre les sphères intérieures, le cœur s’ouvre au monde, et on se sent comme ces vallées encaissées qui s’ouvrent enfin sur un horizon plein, un horizon vide, un horizon infini. A l’aurore, – alors que le rideau de la brume est transpercé de quelques rayons de soleil qui le déchirent paisiblement – sans faire plus de bruit que le vent on reprend la marche, et parfois la fatigue s’oublie et laisse pénétrer une méditation inconsciente mais active qui réveille les sens. Chaque ascension est une initiation. Le sol dur nous rappelle l’existence, la douceur de la nuit celle de nos rêves, et dans l’effort naît la conviction que toutes réalisations passent par l’action. On se reconnecte durant ces treks autonomes, durant ces marches rudes, le poids sur les épaules qui aide à porter celui de la vie. Et si l’objectif final est – d’apparence – le site archéologique, il y aura toujours la rencontre avec soi et la nature.

( Terrasses de Choquequirao - Perou 2012)

( Terrasses de Choquequirao – Perou 2012)

Le Choquequirao se mérite.

Des dizaines de terrasses surplombent des précipites vertigineux. Son étendue est fascinante – bien plus d’une journée est nécessaire à qui veut l’explorer – et son emplacement incompréhensible. Lorsque l’on arrive sur le site on s’exclame : « ils sont fous ces Incas ! ». Ahah ! que j’aimerais connaitre l’architecte qui s’est pointé un jour chez le grand Inca pour lui dire : « Bonjours, J’ai trouvé un lieu idéal pour construire une cité.

–  Ah bon où ça ? lui demande alors le grand Inca.

–  Perché sur un col à plus de 3000 m, entouré de falaises, une bonne prise au vent, environ 4 jours de marche depuis le Machu Picchu, peut-être 10 depuis Cuzco. Il y a beaucoup de moustiques, c’est très difficile mais je vous assure que personne ne nous trouvera ! »

Et personne ne les trouva.

( Partie supérieur du site du Choquequirao - Perou 2012)

( Partie supérieur du site du Choquequirao – Perou 2012)

Mais je me demande encore et toujours ce que le voyageur ou touriste peut chercher dans ces ruines d’un passé perdu lorsqu’il ne se déplace – quasiment – que pour cela? Quelle gloire va-t-il placer dans le passé ? Pourquoi tente-t-il toujours d’y voir un âge d’or qui aurait péri ? Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas plus au monde qui l’entoure et qui lui, est bien vivant, bien présent, et qui a besoin de bien plus d’énergies et d’actions positives pour se construire sur une voie plus juste, plus égale, plus respectueuse de la vie, sur une Autre voie ! Non ! Il préfère pleurer ou s’extasier devant un passé perdu – et qu’il a détruit – et végéter son présent, le vivre sans s’y engager, en l’ignorant. Et les descendants d’Incas ou des autres ethnies  – à l’époque opprimées par les incas – vivent à l’ombre de leurs ancêtres comme si leurs cultures, leurs traditions, leurs coutumes d’aujourd’hui, sont exemptes d’intérêt ? Faut-il qu’elles meurent elles aussi (comme c’est d’ailleurs le cas) pour qu’enfin elles deviennent dignes d’intérêt ?

Je refuse de croire que voyager c’est se déplacer dans l’espace pour observer un temps révolu et oublier le présent et le vivant. Le monde n’est pas un musée d’œuvres mortes. Le monde est une biosphère remplie d’être vivant. Parmi eux des humains qui ne vivent pas toujours dans des conditions dignes et acceptables. Et ils valent plus que quelques ruines qui finiront tôt ou tard  – et plus tôt que tard si nous continuons de les consommer (consumer !) – par disparaître. Et je doute que les visiteurs de ces sites historiques soient tous des passionnés d’histoires !

Ce texte est alors dédié aux  vivants. Ceux que l’on oublie, ceux que l’on ne juge pas digne d’intérêt ni aujourd’hui qu’ils sont en vie, ni demain lorsqu’ils seront mort, car notre civilisation mercantile les a placé dans les pertes nécessaires à son exponentielle évolution destructrice – et sans doute le Macchu Pichu  fait-il aussi parti des (futurs) pertes – .

Bien sûr ces ruines riches d’histoire sont des témoignages qu’il convient d’étudier et de préserver mais surtout pas de vendre et de consommer sous prétexte que le monde – le plus riche – doit pouvoir s’instruire. Ce n’est pas de l’instruction que de conquérir indéfiniment une histoire qui fut déjà écrite, ne l’oublions-pas, par les vainqueurs.

Et j’aime me rappeler que lorsque Cuzco fut pris par nos amis conquistadors, les habitants du Machu Picchu ont fui vers la cité cachée de Choquequirao. Détruisant derrière eux le chemin qui y menait, ils ont isolé le site encore plus qu’il ne l’était .Voici à quoi fut destiné le Choquequirao : au mystère, au silence, à l’oubli. Et aujourd’hui encore il attire ceux qui fuient le vacarme, la masse touristique et moderne, les chemins tracés, la facilité. Il appelle ceux qui veulent mériter ce que leurs yeux voient, mériter d’accéder à l’Histoire humblement, au passé et à la beauté naturelle de la nature.

Le Machu Picchu oublié, le Choquequirao,  n’est étrangement pas inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – et paradoxalement c’est peut-être ce qui le préserve -, il n’est pas inscrit non plus sur les tours opérateurs, ni dans les catalogues de voyages à ne pas rater. Peut-être sont-elles, ces vieilles ruines, un symbole de ces peuples bien vivants, de ces histoires, de ces résistances que l’on oublie – intentionnellement – et qui fleurissent ou fanent, vivent ou survivent, en marge de La Grande Civilisation, partout autour de la planète. Et il est là, comme il a toujours été, dans l’ombre de la gloire des Hommes, à la lumière de la gloire éternelle.

Julien

(Vue depuis le site sur la vallée de l'Apurimac - Perou 2012)

(Vue depuis le site sur la vallée de l’Apurimac – Perou 2012)

(Magie de la nature - Perou 2012)

(Magie de la nature – Perou 2012)

Château Rouge et le 18ème!

De Barbés à Château Rouge en passant par la Goutte d’Or, vous voilà au cœur du Paris populaire le plus exotique qui soit. En quête d’épices, de nourritures tropicales, de vêtements bon marchés ou tout simplement de se retrouver dans un lieu animé, vivant et transpirant de réalité, vous êtes où il faut !

Château rouge c’est l’Afrique dans Paris ! Un continent entier dans un quartier ! Laissez vous déambuler dans son marché curieux de tout ces produits venues de si loin afin, sans doute, de laisser un goût d’Afrique, une odeur d’Afrique, un souvenir palpable à tout ceux qui ont dû la quitter. Et peut-être aussi pour offrir un parfum d’Afrique, une chaleur, un exemple de vie d’un continent qui dans la tête de beaucoup est mort et lointain.

Château rouge et tout le 18ème a aussi ces démons comme tous ces quartiers populaires qui mêlent leur richesse à la pauvreté, l’espoir et la vie à la misère proche. Mais Château rouge est tellement plus ! Ici la nostalgie de se retrouver loin de chez sois, la culpabilité d’avoir laissé les siens, la tristesse d’être si loin de ces racines laisse place à la joie, la couleur et la lumière d’un continent qui c’est fait sa petit place au cœur de Paris !

Château rouge vous ne connaissez pas encore ? Voilà un Paris qui ne vous laissera pas indifférent !