SOURIRE DU CONGO

Sourire du Congo

Le quartier n’a ni eau courante, ni électricité, ni hôpital, ni école… les cicatrices de la guerre sont omniprésentes – dans les habitudes, les réflexes vifs, les souvenirs – et pourtant il est là – Précieux – lui et tant d’autres, et son sourire radieux, son rire sincère et profond, et ses yeux, oh! ses yeux qui pleurent de joie!

Il est là Précieux,  et il éclabousse le monde de sa simplicité, de son bonheur intemporel, de cet instant de grâce qui défie toutes les médiocrités des hommes.

Ils sont là, les joyaux du Congo, dans ces rires éclatants!

Julien Masson

La tête de la pieuvre

Ce parc gigantesque (Central Park), faussement naturel, poumon artificiel des citadins New-Yorkais, s’étale dans Manhattan, séparant Harlem et le Bronx du sud de la ville. Là-bas où brille Time square, Chelsea, Broadway, et le nouveau World Trade Center. Les rues sont larges, mais la hauteur invraisemblable des bâtiments, donne au tout, un aspect encaissé. A l’ombre des tours, la fourmilière grouille, chacun s’active à sa tache, à son rôle, au bon déroulement du système. Lorsque midi approche, les vendeurs de donuts laissent place à ceux de hot dog, et toujours dans la même frénésie, chacun se ravitaille sans perdre de temps, dans les fast-foods, les pizzas sur le pouce, les tacos ou les sandwichs orientaux dégoulinants de sauce.

Au pied du nouveau World Trade Center, on s’imagine la chute des jumelles qui le précédaient. C’est tout un symbole qui fut frappé ce tragique premier jour – selon le calendrier copte (premier calendrier Chrétien) – du 3ème millénaire. Nous sommes les jeunes de cette génération. Celle de la cristallisation du nouvel ordre mondial. De la dictature mondiale du marché, de l’économie, de la pensée. Ce fut le point zéro. Parce que l’histoire a besoin de dates, l’Homme de chronologie, de repère dans le temps qui s’évade. Chacun des jeunes de ma génération se souviendra du 11 septembre 2001. Du crie sourd de la peur. La peur, de la terreur qui s’immisce dans la peau, franchissant les seuils de nos chaumières par la boîte à image, par les ondes des radios et de l’internet. La division, le règne sur le troupeau de bêtes. Lire la suite

Voyage dans l’espace – temps

"Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent... " Pérou

« Les couleurs émerveillent, les masquent ensorcellent…  » Pérou

 

« No puedes comprar mi vida » – Tu ne peux pas acheter ma vie

Calle 13

Dans les rues du Bronx chante le lingala, les pantalons se portent bas, le noir ne détonne pas, Malcolm X est un roi, les bières sont des cerveza et la nuit les boomers des caisses customisées bombardent du Calle 13.

« Soy, soy lo que dejaron, soy las sobras de lo que te robaron… »

Je ressens soudain le souffle du temps m’aspirer de nouveau dans la cantine de mes souvenirs. Du Bronx, je m’envole pour Santa Marta en Colombie. Le marché grouille de monde. Les bananes sont empilées à l’arrière des pick-up, quelques noirs aux dents d’ors, les jettent par-dessus bord, afin qu’elles s’étallent sur les comptoirs des vendeuses. L’odeur des fruits et des légumes, se mélange aux gazes d’échappement, aux cris incessants et à la chaleur latine, qui émane, telle une saveur, des hommes nés sous les tropiques. Juteux et sucrés comme leurs fruits colorés, l’humain des tropiques, qu’importe sa race, sa couleur ou sa foi, agite son postérieur au rythme des tambours, de la houle et de la mélodie de la joie. Les anges chantent au soleil. Le diable joue au tamtam, soulèvent d’un souffle les jupes légères, et en diapason avec les dieux bienveillants, emporte le bonheur des instants éternels sous les latitudes que notre machine économique à l’habitude d’écraser. Le Bronx reprend de la couleur.

« Soy Latina America, un pueblo sin piernas pero que camina… » Lire la suite

MAUX DU BOUT DU MONDE (COLOMBIE)

 De l’horizon jaillissent des fuseaux de pensées bercés par les lueurs d’un monde fantastique qui parait aussi abstrait qu’un rêve, et pourtant, aussi réel que notre présent. D’un orange profond s’évade des teintes rosées qui enchantent le ciel au bleu persan. Ces jets de couleurs qui s’exhortent de l’horizon m’apportent par leur grâce les mots de cette lettre. Du bout du monde, là où l’imaginaire s’envole, là où les sentiments s’affolent ou se taisent, la plénitude s’installe et nous murmure les mots du cœur, les maux de la terre. Les teintes orangées viennent colorer le sable sous mes pieds nus, ici, au bout de la péninsule de la Guajira. Lire la suite

Il était une fois un mariage ! (PEROU)

Le marié passe l’anneau au doigt de sa nouvelle épouse. Même si cela fait trente ans qu’ils partagent leurs repas, leurs quotidiens, leurs vies. Trente ans de vie commune ont précédé ce grand jour. C’est aujourd’hui, qu’enfin ils s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’œil bienveillant de Dieu. Ils ont surmonté tous les obstacles de la vie et mis au monde trois enfants avant de valider l’acte devant des témoins. Ce n’est pas par souci de vérifier préalablement l’amour avant de s’engager qui pousse à patienter, mais les économies nécessaires à la réalisation du mariage. Et le récit qui va suivre vous le fera comprendre !

(Les mariés s’unissent par la bénédiction du prêtre et sous l’oeil bienveillant de Dieu – Pérou 2012)

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Un jour au Pérou…

Le bruit de la porte en métal raisonne. Nous sommes déjà réveillés depuis quelques minutes. Il est l’heure de partir. Le sac est près. Nous le sommes aussi. Bien habillés, nous prenons les couvertures en laine d’alpaga que Ravelina nous a préparé, et rejoignons Javier dans la cour de la modeste maison familiale. Il est deux heures du matin à Sicuani et les rues sont mortes. Dans le silence et l’obscurité nous marchons jusqu’à la station-service. Un camion nous y attend. Alors que Javier accompagne le chauffeur dans sa cabine nous sommes invités à nous installer inconfortablement dans la benne à bestiaux. Aucun animal avec nous, seulement des pattes d’alpagas sacrifiés pour remplir le ventre des hommes.

Dans un raffut qui brise le silence de la nuit, le camion prend la route de la cordillère. La lune est quasiment pleine et le ciel parfaitement dégagé. Pas de goudron sur la piste mais de la poussière. Le froid nous gèle les pieds et les secousses retournent l’estomac. Recroquevillés dans un coin sous nos couvertures nous encaissons les -10 degrés et les kilomètres qui nous rapprochent de la brillance de l’astre qui s’oppose au soleil.

Puis comme une délivrance, après quatre heures de calvaire, le camion s’arrête enfin. Juste à temps pour que nous puissions contempler le lever du soleil. Mais nous n’avons pas de temps à perdre, le troupeau doit déjà être parti. Derrière Javier qui trotte comme un cabri, nous marchons à près de 5000 m d’altitude dans le paysage grandiose et sauvage de la cordillère.

(A l’aube dans la cordillère péruvienne – 2012)

Alors que le soleil se lève calmement, la lune à son opposé brille encore, comme pour résister à l’ordre naturel qui se répète chaque jour. La lumière éclabousse le ciel jouant avec les couleurs et les formes. Émerveillés de cette symphonie nous avançons durant une heure ou peut-être plus sans savoir où nous allons. L’espagnol-quechua est lourd dans nos oreilles françaises ! Parfois si rugueux que l’on se contente de hocher la tête en espérant avoir bien répondu. Nous passons un col. Sur l’autre versant nous rencontrons enfin le troupeau d’alpagas guidé par un couple et leur jeune enfant. Nous déjeunons ensemble les quelques fruits et le pain que nous avons apporté, le tout dans l’ambiance calme des matins et timide des montagnards.

(Sourire de la montagne – Pérou 2012)

(Le soleil se lève sur les transhumances – Pérou 2012)

Javier, le couple et leur enfant, les trois chiens, le cheval, les alpagas, Nina et moi prenons la route des transhumances. Nous devons rejoindre un autre camp de l’autre côté des montagnes. Le petit Christian se retrouve rapidement sur mes épaules au-dessus du sac à dos. Son sourire accrocheur, son caractère fanfaron et son innocence en ont vite fait mon ami ! Quelques heures de marche ne suffisent pas à délier les langues des montagnards mais peuvent faire d’un enfant votre meilleur ami.

Nous voici au deuxième camp. Quelques petites maisons posées au milieu d’une plaine nichée à 4800 m entre les sommets de la cordillère. Les bêtes sont réunies dans un parc. Les quelques habitants du lieu s’activent et rassemblent leurs affaires. C’est le grand départ ! On ne redescend pas dans la vallée tous les quatre matins. Dans trois jours le mariage de la sœur de Javier sera célébré. Personne ne veut rater la fête. Nous ne la raterons pas non plus puisque nous y sommes invités.

(Les couleurs du coeur – Pérou 2012)

En attendant, il faut patienter, le camion doit revenir nous chercher. Le voilà qu’il arrive. Une partie du troupeau est amenée devant le véhicule. Le choix commence ! Et un à un les malheureux qui sont choisis par les éleveurs se retrouvent dans la benne serrés comme des sardines. Vingt sept alpagas, cinq moutons et quelques chèvres et poulets. Peut-être les changent-ils de camp ? Je tente la question sans trop de conviction mais avec un peu d’espoir. Eh ben non, ce sera bel et bien la viande pour le mariage.

Toute la cargaison est entassée dans le véhicule. Les dizaines de bêtes et les vingt humains. Nous sommes en équilibre sur les barres de la benne au-dessus des têtes d’alpagas qui vivent sans doute leurs dernières heures. La route dans la cordillère est magnifique avec vue sur les sommets de plus de 6000 m. Les bêtes ne les voient pas. Sur la bétaillère, l’alcool et la coca circulent. On se passe les bouteilles et des poignées de feuilles. Les blagues déclenchent le rire des femmes. Les enfants s’endorment entrelacés avec les chèvres. Mes jambes tétanisées retiennent mon poids et celle du sac posé sur moi. J’apprécie tout de même pleinement cet instant de bonheur simple au vent frais et pur de la cordillère.

A l’arrivée au village quelques 2000 m plus bas, les animaux sont déchargés dans la cour des futurs mariés. Nous allons maintenant rentrer à Sicuani une dizaine de kilomètres plus loin. Comme il n’est que le début de l’après-midi nous allons pouvoir nous promener comme prévu avec Maria la sœur de Ravelina. C’était sans compter sur la cérémonie !

Nous l’ignorions mais maintenant que la famille, amis proches et les animaux sont là, il y a la cérémonie qui précède le mariage. Et bien sûr nous y sommes conviés. Invités dans le cercle des proches, nous nous y assoyons timidement. Chaque seconde les paroles du maître de cérémonie, celles des mariés puis les rituels nous plongent un peu plus dans le Pérou traditionnel.

(Les futurs mariés prient à travers la coca – Pérou 2012)

La coca est omniprésente lors de la cérémonie. Les feuilles sont triées et rangées en lot puis distribuées à chacun. Et chacun se doit, nous compris, d’entreprendre des rituels avec la feuille sacrée. Les prières se tournent vers les dieux et notamment Pachamama la terre-mère. Une prière chrétienne faite à genoux par toute l’assemblée est la seule inscription du Vatican dans la cérémonie. Le reste est pure tradition animiste et ancestrale. Certains rituels nous frappent par leurs similitudes avec ceux des religions animistes africaines.

Puis les alpagas sont aspergés par les futurs mariés de bière fraîche.  Le coup d’envoi est donné. Devant nos yeux, six heures durant, les vingt sept alpagas sont exécutés. Attrapés par les pattes, un à un, ils sont frappés derrière la nuque par un gros bâton puis égorgés dans la foulée. Les gestes sont rapides et précis. Les couteaux sont aiguisés sans cesse. Le sang coule à flots. Je ne pense pas en avoir déjà vu autant dans ma vie. Ils semblent faire en sorte de ne pas infliger de souffrance à la bête. Mais c’est nier que ces animaux pensent et ont une âme car c’est devant le regard anéanti de ceux qui ne sont pas encore mort que les autres sont exécutés et dépecés. Les alpagas vivants finissent par se tourner contre le mur. Ils évitent d’eux-mêmes cette souffrance. Ils ne bougent plus. Sont aussi stoïques que moi. Lorsque les hommes viennent les prendre ils s’agenouillent comme pour supplier. Puis dans une fatalité déconcertante se laissent sacrifier sans lutter.

On me demande de photographier et de filmer pour les souvenirs de la famille. Cela me permet peut-être de mettre un filtre entre moi et la scène réelle qui se déroule sous mes yeux. Nous aimerions fuir. Mais nous ne pouvons pas manquer de respect à nos hôtes. Javier est fier et heureux de nous inviter au cœur de leurs traditions et de leurs modes de vie. Pour moi qui suis végétarien, la journée est dur. Autour de nous le sang et la mort.

(Alpagas sacrifiés – Pérou 2012)

(Dépeçage d’alpaga – Pérou 2012)

Les hommes abattent les bêtes et les dépècent d’une main sûre et habille. Les femmes récupèrent le sang et les abats. Elles vident les boyaux et les trient. Chacun est venue aider et les trente personnes présentes ont tous leurs rôles établis.

En début d’après-midi nous avons eu le droit à une soupe à la viande d’alpaga. En début de soirée nous est servi un ragoût d’abats. Ces mêmes abats qui ont été vidé devant nos yeux. Je ne peux pas manger. Je tente quand même d’en boire le jus par politesse mais un haut de cœur à chaque lichée me stop. Nina fait l’effort de terminer. La soirée continue dans la même ambiance alcoolisée que l’après-midi. Les alcools locaux et les bières s’enchainent sans répit. Peut-être l’alcool donne-t-il la force d’accomplir la tâche ?

L’Homme est sauvage c’est certain. Abattre ainsi des bêtes lorsqu’on les a élevées. Mais je pense à ceux qui se contentent de l’acheter sous vide préférant oublier que c’est une vie. Combien de carnivores seraient capables d’élever et d’abattre soi-même leurs viandes ? Les taches délicates sont laissées aux autres. L’Homme moderne n’aime pas se salir les mains et préfère l’ignorer lorsqu’il se les salit quand même. Ces éleveurs ont au moins le mérite de savoir et d’être conscient de ce qu’ils mangent.

(L’Homme est-il innocent? – Pérou 2012)

à 22 h nous rentrons à Sicuani. Ravelina nous attend. Elle est heureuse d’apprendre que nous avons assisté à tout. Nous sommes retournés et fatigués. Notre esprit doit digérer cette journée intense. 20 h après s’être levés cette journée de voyage s’achève enfin !

« Chercher l’authenticité peut parfois donner la nausée. »

La journée du Mariage dans un prochain article !

Julien Masson

(Mon ami Christian – Pérou 2012)

Le Machu Picchu oublié – CHOQUEQUIRAO (PEROU)

Certains voyageurs sont poussés par l’envie « moutonesque » de visiter ce que le vénérable UNESCO a classé. Et par-dessus tout, pour pouvoir fièrement cocher une case de plus sur leurs listes de choses à faire dans cette courte vie – qu’ils courent et qu’ils courent ! comme un train qui se glisse dans l’espace sans changer à l’intérieur -, ils se précipitent sur les – soi-disant – 7 merveilles du monde. Et en haut du classement des patrimoines « exotiques » presque mystiques ou mythiques, le fameux Machu Picchu ! devenu à lui seul emblème du Pérou et même de toutes les Andes. Alors tout un monde soucieux de son curriculum vitae de voyageur qui a tout « fait »  et peu soucieux de ce qui se défait, se précipite sur les hauteurs du majestueux site pour lui arracher une photo et en faire un profil Facebook. Tel un trophée, une case cochée, un « ça c’est fait », le symbole de la folie Inca est figé dans le temps 20 000 fois par jour par ces hordes de touristes IN. à moins de 100 km de là des tribus isolées sont condamnées, mais ça les touristes l’ignorent et d’ailleurs s’en contrefichent car ils ne sont pas là pour cela. Non ! eux sont là pour la citadelle la plus célèbre du monde qui à elle seule justifie parfois le voyage. La visitant ils espèrent toucher à cette gloire. Loin de chez eux non pour découvrir le monde, le comprendre ou l’aimer, mais pour le consommer, le « voir », l’immortaliser en images mortes.

Et j’ai souvent du mal à comprendre comment l’on peut résumer un pays à des sites « morts », à des ruines figées dans un temps disparu, lorsque la vie continue dans son mouvement permanent. Si voyager c’est courir après le passé du monde autant le faire dans un musée. Si je pars sur les routes c’est bien pour faire la connaissance de ce qui est vivant ! « Pour découvrir un autre monde sans le conquérir, l’apprécier sans le déprécier, le partager sans le confisquer. » comme l’écrit si bien Franck Michel. Mais non ! la foule enragée est toujours la même qu’au temps des colons et des conquistadors, elle se rue sur le monde avec l’appétit d’un ogre ! Et alors que l’UNESCO l’a classé parmi les sites en dangers et recommande vivement de limiter les visites à 800 par jour, les vieilles ruines incas sont envahies chaque jour par 2000 pairs de jambes. Oh oui ! l’affaire est trop juteuse et la gourmandise n’a pas de nationalité. A environ 45 dollars l’entrée (2012) on comprend l’engouement. Et puis il y a l’Orient Express, cette firme anglaise qui s’est emparée de toutes les concessions autour de la poule aux œufs d’or. Acheter une bouteille d’eau ou aller aux toilettes et c’est dans leurs poches profondes que tombe votre monnaie. Mais le clou de l’affaire c’est le train. Le train que la majorité des visiteurs prennent (environ 40 dollars) appartient lui aussi à l’Orient Express.

Et puisque le vice n’a pas de morale et que dans le monde capital l’humain est un profit ou une perte, l’Orient Express a racheté la ligne populaire reliant Puno à Cuzco. Transformé en train de luxe, cette ligne jadis utilisée par les locaux, est devenue le chemin de fer le plus cher du monde au kilomètre ! Joyeux sont les chanceux qui profitent de la cuisine à bord et photographient les « pauvres » autochtones – véridique j’en fus témoin – en traversant les villages depuis leur wagon d’or. Et une fois encore, les réflexions de Franck Michel sonnent terriblement juste lorsqu’il écrit dans  Eloge du voyage désorganisé « Pouvoirs publics et entreprises privées se pressent au chevet des merveilles du monde, ici en sursis, là déjà à l’agonie. Mais des affaires restent encore à faire. »

Alors il n’y a aucun doute, le Machu Picchu doit être exceptionnel, unique, magnifique et mystérieux. Mais exclu du monde capital-profit le raisonnement du voyageur pourrait-il dépasser son ambition à vouloir – à tous prix – voir ce qui doit l’être ? Et se poser une question simple : Dois-je mettre au-dessus de moi l’Histoire et la condition humaine ? A ceux qui n’auraient pas compris : La visite d’un site aussi magnifique soit-il me donne-t-il le droit de consciemment participer à sa destruction, de favoriser les inégalités et de contribuer au vol culturel et économique d’une région ?

Chacun pourra répondre à cette question sans que mon cœur en soi le juge. Certains dilemmes ne peuvent appartenir qu’à la conscience de chacun. Que le mouton devienne un loup en se le cachant n’a rien d’effrayant que pour les autres moutons. Il est amusant – ou non – de constater que l’Empire Inca reste encore aujourd’hui une mine d’or pour les âmes de conquistadors qui ne cessent – toujours pas – de le souiller de leurs sales bottes. Tant qu’il reste à détruire, détruisons tant que l’on s’enrichit. Parole d’homme moderne.

( chemin abrupte vers le Choquequirao - Perou 2012)

( chemin abrupte vers le Choquequirao – Perou 2012)

A 70 km des troupeaux de touristes, se cache un autre site. Un des seuls à n’avoir jamais été découvert par les Espagnols. Un site 7 à 8 fois plus étendu que le Machu Picchu, perché à 3100 m d’altitude dans les pentes abruptes de sommets recouverts de la haute Amazonie. Un site qui a hébergé la résistance Inca et en a initié les Rois. Un site ni envahi à l’époque par les conquistadors, ni aujourd’hui par leurs descendants, les touristes avides.

Le Choquequirao (le « Berceau d’or » en Quechua) est fier d’être oublié. C’est son destin.

Aucune route n’y conduit, aucun train, aucune concession de l’Orient Express. Aucun poster ne le vend aux quatre coins du monde, aucune agence de voyages ne le classe en tête de liste. Même celle de Cuzco le rajoute comme un vendeur de glaces ajoute un parfum jamais acheté pour ameuter ceux qui vont où il y a le plus de choix – comme pour se sentir libre. Mais ils n’y vont pas. Trop loin, trop dur, trop pénible (et pas à la mode).

Après avoir pris bus et taxis collectifs, quatre jours de marche sont nécessaires. Plus de 3000 m de dénivelé positif et autant de négatifs. On descend la vallée pour la remonter puis on recommence. Les chemins sont raides et escarpés. On boit l’eau des rivières et on se fait littéralement manger par des pucerons démoniaques. Il faut s’attendre à avoir mal aux pieds, peut-être aux genoux, et se préparer aux centaines de piqûres qui vous démangeront toutes les nuits. Les moins téméraires pourront être aidés de mules et de muletiers rendant le parcours beaucoup plus accessible. Pour les autres, il leur faudra porter leur tente, leur sac de couchage et leur nourriture. Un magnifique trek en autonomie avec nuit à la belle étoile dans un décor féerique. Au-dessus des têtes baissées par la fatigue, des sommets enneigés s’élèvent vers les cieux et à leurs pieds, d’autres recouverts de jungle.

Marcher sur les pentes abruptes de cette vallée ramène aux bonheurs simples. De quoi se met-on à rêver devant un dénivelé qui n’en finit pas ? Eh bien on rêve du plat de pâtes de mauvaise qualité et de sa sauce tomate en sachet que l’on mangera le soir venu. Un plat de bagnard qui devient celui d’un Ritz. Et le soir venu la gamelle de ration est savourée et procure un réel bonheur, un bonheur simple. Et s’étend la vallée encaissée et les nuages filtrent les couleurs du crépuscule, comme des ombres chinoises, les mythes et les légendes jouent leurs scènes théâtrales. Ces nuits à la belle étoile, autour d’un feu, avec les amis, ou seul devant un plafond infini, on se retrouve à sa place. Sa simple place dans la nature. Et l’esprit s’apaise et l’on pénètre les sphères intérieures, le cœur s’ouvre au monde, et on se sent comme ces vallées encaissées qui s’ouvrent enfin sur un horizon plein, un horizon vide, un horizon infini. A l’aurore, – alors que le rideau de la brume est transpercé de quelques rayons de soleil qui le déchirent paisiblement – sans faire plus de bruit que le vent on reprend la marche, et parfois la fatigue s’oublie et laisse pénétrer une méditation inconsciente mais active qui réveille les sens. Chaque ascension est une initiation. Le sol dur nous rappelle l’existence, la douceur de la nuit celle de nos rêves, et dans l’effort nait la conviction que toutes réalisations passent par l’action. On se reconnecte durant ces treks autonomes, durant ces marches rudes, le poids sur les épaules qui aide à porter celui de la vie. Et si l’objectif final est – d’apparence – le site archéologique, il y aura toujours la rencontre avec soi et la nature.

( Terrasses de Choquequirao - Perou 2012)

( Terrasses de Choquequirao – Perou 2012)

Le Choquequirao se mérite.

Des dizaines de terrasses surplombent des précipites vertigineux. Son étendue est fascinante – bien plus d’une journée est nécessaire à qui veut l’explorer – et son emplacement incompréhensible. Lorsque l’on arrive sur le site on s’exclame : « ils sont fous ces Incas ! ». Ahah ! que j’aimerais connaitre l’architecte qui s’est pointé un jour chez le grand Inca pour lui dire : « Bonjours, J’ai trouvé un lieu idéal pour construire une cité.

–  Ah bon où ça ? lui demande alors le grand Inca.

–  Perché sur un col à plus de 3000 m, entouré de falaises, une bonne prise au vent, environ 4 jours de marche depuis le Machu Picchu, peut-être 10 depuis Cuzco. Il y a beaucoup de moustiques, c’est très difficile mais je vous assure que personne ne nous trouvera ! »

Et personne ne les trouva.

( Partie supérieur du site du Choquequirao - Perou 2012)

( Partie supérieur du site du Choquequirao – Perou 2012)

Mais je me demande encore et toujours ce que le voyageur ou touriste peut chercher dans ces ruines d’un passé perdu lorsqu’il ne se déplace – quasiment – que pour cela? Quelle gloire va-t-il placer dans le passé ? Pourquoi tente-t-il toujours d’y voir un âge d’or qui aurait péri ? Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas plus au monde qui l’entoure et qui lui, est bien vivant, bien présent, et qui a besoin de bien plus d’énergies et d’actions positives pour se construire sur une voie plus juste, plus égale, plus respectueuse de la vie, sur une Autre voie ! Non ! Il préfère pleurer ou s’extasier devant un passé perdu – et qu’il a détruit – et végéter son présent, le vivre sans s’y engager, en l’ignorant. Et les descendants d’Incas ou des autres ethnies  – à l’époque opprimées par les incas – vivent à l’ombre de leurs ancêtres comme si leurs cultures, leurs traditions, leurs coutumes d’aujourd’hui, sont exemptes d’intérêt ? Faut-il qu’elles meurent elles aussi (comme c’est d’ailleurs le cas) pour qu’enfin elles deviennent dignes d’intérêt ?

Je refuse de croire que voyager c’est se déplacer dans l’espace pour observer un temps révolu et oublier le présent et le vivant. Le monde n’est pas un musée d’œuvres mortes. Le monde est une biosphère remplie d’être vivant. Parmi eux des humains qui ne vivent pas toujours dans des conditions dignes et acceptables. Et ils valent plus que quelques ruines qui finiront tôt ou tard  – et plus tôt que tard si nous continuons de les consommer (consumer !) – par disparaître. Et je doute que les visiteurs de ces sites historiques soient tous des passionnés d’histoires !

Ce texte est alors dédié aux  vivants. Ceux que l’on oublie, ceux que l’on ne juge pas digne d’intérêt ni aujourd’hui qu’ils sont en vie, ni demain lorsqu’ils seront mort, car notre civilisation mercantile les a placé dans les pertes nécessaires à son exponentielle évolution destructrice – et sans doute le Macchu Pichu aussi en fait-il parti – .

Bien sûr ces ruines riches d’histoire sont des témoignages qu’il convient d’étudier et de préserver mais surtout pas de vendre et de consommer sous prétexte que le monde – le plus riche – doit pouvoir s’instruire. Ce n’est pas de l’instruction que de conquérir indéfiniment une histoire qui fut déjà écrite, ne l’oublions-pas, par les vainqueurs.

Et j’aime me rappeler que lorsque Cuzco fut pris par nos amis conquistadors, les habitants du Machu Picchu ont fui vers la cité cachée de Choquequirao. Détruisant derrière eux le chemin qui y menait, ils ont isolé le site encore plus qu’il ne l’était .Voici à quoi fut destiné le Choquequirao : au mystère, au silence, à l’oubli. Et aujourd’hui encore il attire ceux qui fuient le vacarme, la masse touristique et moderne, les chemins tracés, la facilité. Il appelle ceux qui veulent mériter ce que leurs yeux voient, mériter d’accéder à l’Histoire humblement, au passé et à la beauté naturelle de la nature.

Le Machu Picchu oublié, le Choquequirao,  n’est étrangement pas inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – et paradoxalement c’est peut-être ce qui le préserve -, il n’est pas inscrit non plus sur les tours opérateurs, ni dans les catalogues de voyages à ne pas rater. Peut-être sont-elles, ces vieilles ruines, un symbole de ces peuples bien vivants, de ces histoires, de ces résistances que l’on oublie – intentionnellement – et qui fleurissent ou fanent, vivent ou survivent, en marge de La Grande Civilisation, partout autour de la planète. Et il est là, comme il a toujours été, dans l’ombre de la gloire des Hommes, à la lumière de la gloire éternelle.

Julien

(Vue depuis le site sur la vallée de l'Apurimac - Perou 2012)

(Vue depuis le site sur la vallée de l’Apurimac – Perou 2012)

(Magie de la nature - Perou 2012)

(Magie de la nature – Perou 2012)

 

Le monde du voyageur est beau (?!) – Fin d’une légende

« Tout est beau en voyage » c’est pour les premières années lorsqu’on pense avoir révolutionné la pensée humaine parce que nous avons mis notre vie dans un sac. Une panglossémie qui fait rêver les autres. On se vante par fausse humilité d’avoir rencontré plein de monde et qu’ailleurs les gens sont mieux. Affirmer ça en fuyant le pas de sa porte pour celui d’un bout du monde c’est être celui qu’on pense que lorsqu’on le veut (ou qu’on le peut).

Tout n’est pas beau en voyage. Pour la simple raison que voyager c’est aller à la rencontre de la vie et du monde. Si dans un premier temps nous admirons ce que l’on croyait perdu ou que l’on n’avait pas pris le temps de voir chez son voisin, très vite nous sommes confrontés à la décadence, au vacarme, au dégueuli de notre monde. La gerbe de notre société éclaboussée aux quatre coins du globe. Les démunis, les réfugiés, les exclus, les clochards, ceux qui se morfondent sous le bruit de nos bottes. Ceux qui plient sous le poids de notre système. Les mendiants sans jambes de Cotonou abandonnés à un enfer quotidien, les enfants des rues de Kinshasa adossés à un destin misérable, les rues dégueulasses de Brazzaville, les déserts redécorés de sachets plastiques et les lacs où flottent des bouteilles qui rêves d’être des bateaux. Et puis la plus grande misère de l’Homme, sa cupidité universelle, ses yeux de bâtard qui brillent devant l’or, son obsession mondiale pour l’ »avoir », ses manies de conquistadors, de missionnaires corrompues, son regard de chien battu et son comportement de mouton. Celui qui vénère quelques peuples ou culture qui sois n’a pas dépassé l’étape de la panglossémie.

(Entre rire et pleur dans les rues de Brazzaville – CONGO 2012)

Moi l’optimiste baroudeur je suis valdingué dans ce monde obscur. Parcours les terres en espérant capter de la lumière pour grandir mon optimisme. J’essaie même parfois de convertir ceux qui se décompose devant l’état du monde. Mais je suis obligé de courber l’échine devant une vérité qui n’a pas de maître : notre monde est laid. Pas le monde, mais le nôtre. Et voyager c’est se confronter à cette réalité. Celui qui ne veut pas la voir voyage naïvement pensant qu’il est un nouvel explorateur et découvre ce que les autres ignorent. Celui qui n’est pas près et qui tombe nez à nez avec cette réalité se retrouve submergé et chute avec elle dans les méandres d’une société qui n’a aucune pitié.

Les Hommes voyagent et reviennent conquis par les ruines de civilisations qui ont prospéré comme la nôtre, en sacrifiant humains et animaux et en opprimant les minorités. Ils ne comprennent pas que ce passé est notre futur et qu’a quelques pas ou même sous leur pas vivent ces minorités opprimées. Nous continuons à les mortifier en clamant que le monde est beau. Et nous rentrons donnant des leçons à ceux qui n’ont pas bougé. Tels des enfants qui préfèrent les jouets des voisins, nous préférons les pays lointains.

Que de mensonges!

Passer un mois ou deux dans un pays permet-il d’en discerner les réalités ? Ou seulement d’en efleurer le mythe qui lui colle à la peau ? Un voyageur qui divague tout azimute de contrée en contrée peut-il se permettre de tirer des conclusions ? La patience doit être au voyageur ce que le carburant est à la voiture. Voir le monde n’est pas le comprendre. J’ai pensé dans un premier temps que voyager ouvrait l’esprit. C’est faux ! Je crois aujourd’hui après avoir rencontré un tas d’autres voyageurs que voyager enferme plutôt dans sa connerie ! Certains font le tour du monde, se disent roots, voyageurs vétérés, squattent les parcs publics (ça fait bien), jouent de la guitare aux coins des rues (ça fait rêver) et collectionnent les conclusions attives. Disent préférer vivre avec les pauvres (comme si c’était un hobbie) parcqu’ils sont plus heureux et gentilles. « Quand on est nue, même au diable on souhaite la bienvenue » chante Tiken Jah Fakoly. Ils osent affirmer que les pauvres sont les plus heureux. Et bien côtoyez un long moment les pauvres et on en reparlera. Connaitre la faim, perdre un enfant à cause d’une simple anémie, ne pas pouvoir soigner son frère d’une banale maladie, mourir et dépérir d’un banal accident de la route, devoir mendier, vous pensez que ça rend heureux ? Devoir déféquer dans les lieux les plus sordides de la planète, craindre une diarrhé et ne jamais savoir quand tout cela cessera, ça rend heureux ? Vivre avec les « pauvres » une semaine ou un mois, on voit des sourires, y rester de long mois et on voit la souffrance, la fatalité et l’injustice d’un monde nauséabond.

(Cicatrices de guerres – centre de Mostar – Bosnie 2011)

Les sentiments des Hommes sont les mêmes dans toutes les classes sociales et tous les pays . Partout on s’aime et on se hait. Partout j’ai vu le racisme, l’intolérance et la jalousie. Partout j’ai vu l’Homme se déchirer, convoiter son frère, et participer à l’effondrement de Babel. Et où j’ai eu le plus peur c’est qu’en chacun d’eux je me suis vu. Triste réalité que de constater que nous ne valons pas mieux que celui qui tente d’ensorceler son voisin parce que son commerce fonctionne, que nous ne valons pas mieux que celui qui lève son doigt quand on le klaxon, que celui qui exploite un peuple pour son pétrole. Je ne vaux pas mieux parce que tout ça c’est moi. Parce que tous ces maux sont en nous et que si le monde est malade c’est parce que nous le sommes.

Tout est beau en voyage pour celui qui lit les grands titres ou qui court les grands sites de l’UNESCO . C’est mieux ailleurs et une légende que les voyageurs aiment conter pour épater leurs auditeurs incarcérés dans leur vie, pour justifier le fait qu’ils ne trouvent pas leur place. C’est partout le même scénario avec de bons côtés et de terribles, avec la façade et l’intérieur, avec la vie et la mort.

Penser comprendre ce que les autres ignorent c’est ignorer à soi-même que l’on ne sait rien.

Julien Masson

(« Où est l’humanité? » – Congo 2012)

Une mer à 4000 m (BOLIVIE)

Un bleu profond comme celui des calos de l’ONU, un air marin presque méditérannéen, un crie de mouette, une cordillère Royale et un soleil qui plonge dans ce tableau.  Le lac Titicaca fait rêver depuis des milliers d’années. Les Incas ont vu en lui la naissance de leur monde, lorsque certains en ont vu la fin, sacrifié face au soleil couchant.

Prisonnier du temps qui forme le visage de la patate que nous peuplons, Titicaca fut emprisonné par les robustes sommets enneigés. Pénible destin pour un bout d’océan forcé à devenir un lac. Mais quel lac ! D’anonymes morceaux d’océan  il est devenu le plus haut lac navigable du monde et père d’une cosmogonie qui régit la vie d’une région entière.

Copacabana , aux allures de station azurienne, nichée au creux d’une crique au sud-est du lac, vend ses excursions à ceux qui veulent rêver avec le lac. La cathédrale dressée par les Espagnols témoigne de leur machiavélisme. Le soleil se couche en éblouissant les trois croix copiant ainsi le temple du soleil de l’Isla del Sol. Tout est bon pour convertir ! A coup de massue sur les cultures et les croyances, de détermination et de persévérance, de trahisons et de stratégies douteuses, l’Amérique du Sud s’est vue agenouillée devant la toute-puissance du Vatican. Le temps n’y a rien changé, aucun ne retourne sa veste et tous prient le Dieu des Chrétiens.

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, dans le temps il en est aussi le mouton.

(Le soleil sur les croix de Copacabana – Bolivie 2012)

L’isla del Sol est une perle qui flotte sur ce bleu marin. Des aires majorquais, quelque peu corse sur cette île symbole de l’Empire Inca. Des plages de sable blanc, des eaux lucides, des campeurs et des lamas. Le nord de l’île garde un semblant d’authenticité. Les habitants élèvent cochons et moutons en attendant de vendre quelques truites aux touristes. Un sentier à guichets sillonne les crêtes qui se perchent 200m au-dessus des eaux. Le sud de l’île c’est « mercantile island ». Pizzerias en souvenir culinaire Inca, groupes d’Allemands en bermuda et bateaux folkloriques avec équipage déguisé. Le charme de l’île est sans appel, les agences et les guides le savent.

(criques au sable blanc – Isla del Sol – 2012)

Mais Titicaca c’est des centaines d’îles et même des artificielles ! Fabriqués par les Amérindiens Oruros pour fuir les Tiwanakus. Les milliardaires Qataris n’ont rien inventé ! Les îles flottent toujours du côté de Puno au Perou habitées par des usurpateurs, des pseudos descendants d’Oruros qui exploitent le filon pour survivre sur le lac des dieux.

A 3850m les eaux des océans lointains ont fait naitre les mythes les plus extraordinaires et enfantent encore aujourd’hui dans l’imaginaire des touristes les fantasmes les plus fous. On y vient en masse profiter de ses secrets, de son calme et de son soleil si vénéré.

 

Julien Masson

PS: De plus en plus de visite par jour. Merci à vous qui lisez, suivez et partagez.  N’hésitez pas à vous inscrire sur la droite du blog pour être averti des nouveaux articles sur votre boite mail.

(île perdu dans les eaux de Titicaca – Bolivie 2012)

 

(enfants sur un ponton de l’Île du Soleil – Bolivie 2012)

 

La tête dans les étoiles (BOLIVIE)

Si j’arrive parfois à garder les pieds sur terre, j’ai du mal à ne pas avoir la tête dans les étoiles. Divaguer, dériver, réamarrer entre les vagues de l’esprit. Besoin d’échapper à ce monde qui veut nous formater, à cette société monolithique qui veut nous apprivoiser voir nous dompter. Mon esprit se débat afin d’éviter la robotisation, la lobotisation qui l’attend.

Les étoiles brillent dans le ciel mais aussi dans le cœur des Hommes. Se laisser emporter par leur beauté est sûrement ce qu’il y a de plus vivant. Chacun rêve ; ce qui est dommage c’est de ne pas le faire éveiller. Ce qui est triste c’est de ne pas essayer de les réaliser. Ce qui est mortel c’est de s’en éloigner. Les enfants veulent vivre leurs rêves. Les adultes en compte le prix, les rangent et les oublient.

(levé de soleil sur la cordillère Royale – Bolivie 2012)

La Bolivie est propice aux rêves, aux mystères, aux envolées fantastiques de l’esprit vagabond qui sommeille en nous. Et puis sur ces altitudes andines il n’y a plus qu’à lever le doigt pour toucher les étoiles. Moi que l’on accuse depuis enfant d’avoir la tête qui s’égare là-haut, comment aurais-je pu refuser de m’y aventurer ? En voyage l’imprévu frappe souvent à la porte, ne pas lui ouvrir c’est s’enfermer dans le sous-sol de la vie. Là-bas où survivent machinalement les humains enchaînés à l’habitude mortelle. Ceux qui cherchent le bonheur dans l’usine mercantile et illusoire de la vie réussite. Sans fenêtre, ni porte de sortie, les morts-vivants s’entendent entre eux, se rassurent pour se suffire de la médiocrité. Échapper à ce sous-sol c’est partir vers l’inconnu par la porte de l’imprévu.

La montagne, que je la côtoie depuis mon plus jeune âge m’a toujours fascinée. La congrégation des forces de la nature, la violence et le choc de ce qui a de plus dur pour s’élever sans crainte vers le ciel. Elle se dresse avec fierté et nous remet à notre place de petit humain.

Petit humain, c’est ce que j’étais sous le plafond éclairé d’un million d’étoiles. Tenant fermement mon piolet, avançant mon corps lentement, ma frontale éclaire le mètre qui devance mes pas. La lumière des Hommes scintille quelques 1500m plus bas quand celle de l’univers se disperse vers l’infini dévoilant un mystèrieux passé que l’orgueil de la science tente d’élucider. Je pense à mon père qui m’a rapproché de la montagne, je pense à la montagne dont je me rapproche. Puis je ne pense plus, je vis le rythme de la nature pulsé par le vent glacial qui caresse mon visage. Les mots n’ont plus de sens si un jour en ont-ils eu. La paix est ici, où l’Homme ne va pas farouchement, là où il doute, là où sa prétention ne peut que se morfondre. Là où naît le voyage, le véritable voyage, celui que nous faisons en sois lorsqu’enfin nous comprenons que la nature, sois-même et les autres ne sont qu’UN .

L’altitude se fait sentir sur la faiblesse de nos poumons . Notre cœur veut de l’oxygène et s’emballe pour avoir sa dose. Les pas sont lourd et l’esprit s’allège. La montagne est calme, mon cœur pulse à son rythme. J’ose lui murmurer mon émotion. Timide, je m’invite sur son corps. Elle accepte et me laisse me glisser jusqu’à son sommet. Que puis-je dire ? Me voici plus proche que jamais des étoiles qui m’offrent tant de rêves et de perspectives. Me voici à 6088m sur le sommet du Huayna Potosi.

(Je profite des premiers rayons de soleil – sommet du Huayana Potosi 6088m)

La nuit continue de m’émerveiller par ses soleils qui brillent. Assis là au porche de l’univers je patiente facilement que le soleil, cette étoile si proche, vienne lécher mon visage de ses premiers rayons. Les couleurs s’échangent, se confondent et se croisent pour que dans l’ordre des choses le noir devienne bleu. Que les étoiles tirent leur révérence et qu’un nouveau jour s’affiche au calendrier des Hommes préssés. Le spectacle étourdissant enveloppe mon âme et la nourrit plus que les centaines de livres qui pensent à notre place.

Nous voici bien pâle, nous voici bien gringalet devant l’Odyssé de la nature, de ces cycles, de ces éléments et de son humilité. Nous voici bien prétentieux devant un monde si merveilleux. J e me sens si bien là-haut que je comprends le syndrome du Grand-Bleu. Mais si les rêves nous font naviguer, ils ne doivent pas nous faire chavirer. Je le laisse alors me ramener sur la grève, là où les houles de la vie nous bousculent afin de nous rappeler que nous sommes bien vivants et que nos pieds doivent rester sur terre.

(levé de soleil sur les flancs du Huayna Potosi – Bolivie 2012)

La montée fut calme, contemplative, presque méditative. La descente est empreinte d’excitation. La montagne m’a chargée de son énergie et surtout de son bonheur.

On ne peut pas vivre la tête dans les étoiles. Mais il est bon de laisser parfois son esprit s’égarer dans les contrées lointaines de notre univers qui ne sont rien d’autre qu’une expansion de soi ou une continuité de l’être que nous sommes.

Merci à mon père le montagnard et à Miguel le chaleureux guide bolivien qui m’a conduit vers les étoiles.

Julien Masson

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Ferro-Bus! (BOLVIE)

Il est 8h15 nous arrivons sac sur le dos au sommet de la pénible butte à flanc de montagne sur laquelle sont posées les vieux rails du fameux ferro-bus. Une vieille à couettes attend patiemment avec son lourd fardeau rempli de légumes qu’elle espère vendre à Vila-Vila. Bientôt d’autres arrivent. Tous portent leur cargaison sur le dos dans des baluchons colorés. Nous sommes rassurés. Si autant de monde attend le ferro-bus c’est qu’il ne fera pas faux bond aujourd’hui. Les hommes assis à l’ombre mâchent leurs feuilles de coca devant un jeune garçon qui, chapeau de cow-boy sur la tête, tente de les imiter.

(Dans l’attente du Ferro-bus – Bolivie 2012)

9h 30, alors que le bruit strident du ferro-bus se fait entendre, sa silhouette se dessine à l’horizon. Il s’arrête là, au milieu de rien, là où ni panneau, ni gare ne signal un arrêt. Les marchandises sont entassées sur le toit du vieux bus Mercedez devenue train. Une promotion incongrue ! Le chauffeur tire sur le sifflet et lance le coup d’envoi de cette aventure andine.

A travers des villages de plus en plus perdus nous chargeons du monde et de la marchandise. Puis au milieu de rien nous en déchargeons un peu. Un manège qui se répète tout le long du voyage . Au milieu de ces montagnes arides, en surplomb d’une rivière presque asséchée, cet insolite moyen de transport nous conduit avec nonchalance et parfois vacarme vers Cochabamba. Les charmantes vieilles à couettes sont heureuses de se retrouver et échanger les derniers potins. Les hommes discutent entre eux quand d’autres sommeillent et que nous, nous sommes tantôt le nez dehors à admirer les paysages, tantôt dedans à observer l’ambiance du wagon.

Vers 13h le ferro-bus se stoppe dans un patelin. Seule pause pipi et culinaire du voyage. Les femmes sont au rendez-vous pour vendre leurs ragouts, leurs patates à l’eau, leurs cuisses de poulet et leurs riz. Chacun se ravitaille. Tout est prévu. On peut même prendre à emporter dans des barquettes en plastique qui finiront jetées par les fenêtres. Pourquoi des gens qui vénèrent autant Pachamama se laissent aller à se genre de facilité ? L’ignorance tentent certains. Pour ma part je n’en suis pas sûr mais n’ai pas d’explication.

(Ferro-bus en pause ravitaillement – Bolivie 2012)

Nous reprenons notre route secoués comme des pruniers tout le long, passant par mainte tunnels et tout autant de ponts. Le soleil est ardu dans cette contrée andine et même si nous gagnons petit à petit de l’altitude nous ne sommes pas près de mettre un gilet.

Il est presque 16 h, une énième fois le ferro-bus s’arrête dans un village qui a l’air bien triste. Qui va descendre cette fois ? Et bien apparemment c’est nous ! Nous voici à Tarata, 33km de Cochabamba. A peine nos sacs sont-ils au sol que le ferro-bus reprend sa course en sifflant. Une fois sur la place centrale nous sommes rassurés. Il y a de la vie ! La place à son charme avec ses bâtisses coloniales. Demain ou plus tard, nous reprendrons la route vers Cochabamba.

Le ferro-bus ? Un bus posé sur des rails se faufile dans une vallée aride pour desservir des villages isolés. Une ambiance sincère, de la vie, des couleurs, des odeurs, du bazarre, du bavardage, des vieilles, des enfants, de la Bolivie ! Inoubliable, authentique, charmant et nonchalant. Un bon moyen de prendre le pouls d’une région peu visité de ce magnifique et sincère pays.

 

Julien Masson

Voyage au pays des merveilles! (BOLIVIE)

Une immense étendue presque infinie s’offre à nous. Se dressent, imperturbables, de majestueux sommets volcaniques recouverts d’un doux manteau neigeux qui peine à persister face aux violentes attaques incessantes du soleil. Que dire, que faire, dans cette immensité que l’Homme ne peut pénétrer que timidement ? Tantôt assis dans le 4X4 qui se frais un chemin dans ce décor fantastique qui soutire toutes les expressions que nous connaissons, tantôt stoïque devant un spectacle qui n’a pas sa place dans notre imaginaire. En effet, plus un mot ne s’échappe de nos bouches béantes. Seul ce sentiment d’être au pays des merveilles dans un lieu de paysages figés méprisant le temps et les attaques de l’homme. A plus de 4000m le Sud Lipez rit de nous voir défiler dans nos 4X4.

Les volcans surplombent la laguna Blanco, Verde, Colorado ou autres. Les flamants roses nous ignorent et font leur vie à ces altitudes hors du commun pour ces drôles d’oiseaux au long bec. Les sommets aux napperons blancs se reflètent parfaitement dans les eaux cristallines des lagunas. Et nous, nous admirons sans savoir quoi penser ni faire de ce qui s’offre à nous. Quelques photos pour immortaliser cette beauté, mais surtout de longs moments de contemplation qui n’ont d’égale que la sérénité du lieu.

L’immensité presque infinie du Sud Lipez est pourtant épargnée de la monotonie grâce à un visage maquillé de toutes les couleurs et à une parure étincelante aux mille éclats qui se changent sans cesse nous dévoilant de nouveaux présages. Des rêves, des contes sans mots, sans parole en l’air. A cet instant même, alors que j’écris ces mots je ne sais quoi décrire ni même exprimer. Le calme, la nature, presque le vide. Un vide comblé de l’amour et de la beauté d’une création artistique isolée de tout contexte et de tout jugement. La terreur , la violence et la dureté de ce qui a façonné ces terres à pourtant enfanter ce monde fantastique qui aujourd’hui attire tous les voyageurs de passage sur cette terre incroyable et unique qu’est la Bolivie.

Alors que nous sommes déjà comblés au plus profond de nous, que nous avons admiré des eaux aussi brillantes que du cristal, d’autre aussi verte que de l’herbe, rouge que du sang, traversé des déserts, des coulées de laves cristallisées, des formations rocheuses plus qu’étonnantes, roulé à près de 5000m, marché entre les fumées des geysers, s’être baigné dans de l’eau à 35° à 4300m, le plus spectaculaire se dévoile à nous : Le Salar d’Uyuni !

Une étendue majestueuse et éclatante d’un blanc renversant contrastant intensément le bleu profond du ciel nous prouve que notre imagination est encore loin de ce que toute réalité peut être.

Nous sommes bel et biens à 3700m en train de fouler le plus grand désert de sel du monde. Le soleil que nous avons vu se coucher et se lever sur ce royaume blanc est responsable de l’évaporation de l’eau de mer restée emprisonnée entre les volcans environnants créant ce désert vertigineux qui nous laisse sans voix.

Trois jours au pays des merveilles nous laissent sur un nuage. C’est l’arrivée à Uyuni qui nous remet les pieds sur terre lorsque sortis de ce paradis nous constatons les milliers de déchets plastiques emportés par le vent et retenus désormais par les broussailles épineuses. Un paysage saccagé par l’Homme qui me rappelle ceux du Niger.

Puis Uyuni balayé par un vent sec nous plonge directement dans une autre réalité : celle de la pauvreté de la Bolivie. Une Bolivie qui au premier coup d’œil sait vous avertir que vous n’êtes plus en Argentine ou au Chili. Ici, peu importe ce que c’est, c’est différent. Aussi vite que vous êtes averti, vous êtes accueilli. J’ai entendu beaucoup de mauvaises langues critiquer les Boliviens et leur froideur et leur manque d’intérêt pour les touristes. Que cherchent-ils ces touristes ? Qu’on leur lèche les bottes dès qu’ils arrivent ? Sachons sourire, les Boliviens le font très bien, sans hypocrisie, et leur accueil ne me donne pas du tout envie de partir.

Julien

RIO DE JANEIRO!

Résumer  Rio de Janeiro en deux mots serait grotesque mais  j’aimerai en choisir deux pour la décrire : CONTRASTE et MELANGE.

Le mélange, parceque ce qui saute aux yeux lorsqu’on est à Rio c’est la diversité qui anime la ville. La diversité des visages et le métissage  qui s’illustre à chaque centimètre de chaque rue. Le mélange entre les cultures, entre les peuples, entre les histoires. Des histoires qui sont complexes et parfois opposées. Des peuples très différents qui le sont parfois dangereusement.  Et des cultures parfois très éloignées que rien ne pouvait destiner à cohabiter, se retrouvent à Rio mêlées, mélangées, entrecroisées  créant ainsi une nouvelle histoire, une nouvelle culture, un nouveau peuple. Bien sûr tout n’est pas rose et des discriminations restent, de vieilles rancoeurs  perdurent, des idées reçues font la vie dure. Mais il est certain que le mélange a réussi, que cette culture, que ce peuple, aux multiples racines ne risque pas de s’effondrer à la première tempête.

La couleur enchante la ville la laissant s’envoler, au rythme de la samba,  sur un piédestal mérité.  Une danse chaleureuse qui invite sans attendre tous les Hommes de passages qui ne demandent qu’à s’imprégner du mélange le plus audacieux que la destinée de l’humanité  nous est offert.

Ce mélange qui parfois apporte des contrastes étonnant à l’image de ces églises ou ce Christ majestueux qui semble protéger la ville et ces offrandes posées sur les trottoirs pour les Orishas (divinités de la religion animiste fondée par les esclaves). Des contrastes à Rio il y en a partout et tout le temps. Ces  galeries marchandes modernes qui font concurrence aux vendeurs ambulants. Ces favelas qui arpentent les parois les plus raides et se dressent dans un équilibre surprenant défiant ces buildings qui témoignent de l’essor économique du Brésil et de la ville. Ces hommes d’affaires qui défilent dans les rues devant ces innombrables SDF qui airent une bouteille à la main. Ce monde sur les plages qui prend le temps de bronzer et celui qui s’entasse dans les transports en commun. Les graffitis qui colorent les murs de la ville et le triste gris des bâtiments de ciments. Les bus de la ville et les vans Volkswagen, les gros 4X4 et les magnifiques Coccinelles. Les boîtes de nuits modernes aux fêtes de quartier populaires, les routes de tarmac aux ruelles de pavées, des plages et de l’océan aux montagnes et aux forêts. Rio c’est tout ça, c’est ces mélanges, c’est ces contrastes. C’est les toucans qui se posent près des balcons, les perroquets qui parlent de chaque côté d’une rue, ou encore les singes qui viennent toquer à votre fenêtre alors que vous êtes dans une mégalopole de onze millions d’habitants.

Une ville dans la nature, une modernité qui s’est invitée au cœur d’un paradis terrestre que je ne peux m’empêcher d’imaginer encore vierge. Une ville où vous ne pouvez pas vous sentir enfermé parce qu’elle est ouverte. Ouverte sur le monde grâce à sa diversité, et ouverte sur la nature grâce à sa proximité. En quelques minutes vous vous baladez dans la jungle ou vous êtes dans l’océan.

Le dynamisme qui anime et qui pousse  la ville (et peut-être le Brésil) est palpable et impressionnant. Le dynamisme culturel et intellectuel se ressent à travers tous les projets sociaux et autres mais aussi à travers les fresques qui colorent les rues, les airs de musique qui s’échappent des fenêtres, des artistes qui rayonnent dans les quartiers et des expositions que l’on trouve un peu partout. Mais le dynamisme est aussi économique pour le pire et le meilleur. Le meilleur c’est sans doute la qualité de vie que beaucoup ont trouvée, le pire c’est ceux qui ont été laissé sur le bord. En effet cette poussée est si forte que beaucoup sont tombés du train où n’y ont pas eu leur place. Et Rio ne peut pas l’oublier car les favelas font parties du décor, elles s’entrelacent entre chaque quartier, dans chaque place qui aurait été inconstructible. Et puis, il y a tous ces gens sans abri réunies sur les places publiques ou recroquevillés sur un trottoir dans l’obscurité, dans l’oubli d’un monde qui parfois court  trop vite en oubliant de regarder derrière  lui.

Lorsque je vois ces SDF qui croupissent dans les endroits sombres du centre urbain, je me rappelle les cerfs-volants colorés des enfants des favelas, qui, perchés sur le toit de leurs modestes habitations font danser l’espoir dans le ciel de la ville.

Rio c’est donc un peu tout ça, les contrastes, les mélanges, des blancs, des noirs, des latinos, des Amérindiens. Des cultures, des histoires, des croyances, qui se sont mêlées  pour unir des gens différents de telle sorte que tout le monde puisse se retrouver un peu dans Rio. Comme si cette ville peut convenir, au moins pour un temps, a chacun s’il  a déjà sa place sur le train de Babylon ou  celui de Zion.

Julien

plus de photos de RIO: http://www.flickr.com/photos/julien-masson/

Terre des Aieux (TOGO)

« Drôle » de pays qu’est le Togo ! Un pays qui, malgré son éloignement, est depuis longtemps proche de moi. Des heures, des jours, des mois, des années à côtoyer des exilés et des réfugiés ont encrés en moi la mémoire et la souffrance collective du peuple togolais. C’est comme avoir vécu le Togo avant même d’y avoir mis les pieds.

C’est donc avec émotion que je traverse la frontière pour pénétrer dans une des plus terribles dictatures du monde. Celui qui ne le sait pas sera vite avisé et forcé de constater que l’argent du pays n’est pas engagé pour la population. En effet l’état des routes est plus que laborieux quand les écoles sont loin de pouvoir résister à des intempéries et que l’Observatoire international du Bonheur vient de classer le Togo (mi 2011) comme étant le pays le plus malheureux du monde… Alors que déjà en juillet 2010  le magazine Forbes avait publié le résultat des recherches (faites entre 2005 -2010) de « Gallup World Pull » qui classent le Togo dernier des pays de la planète en termes de bien-être de la population.

Et pourtant cette petite bande de terre qu’est le Togo est riche, très riche même, grâce notamment à son phosphate. Cette matière première qui fait la richesse … de Faure Gnassingbé le président monarque élu par le sang en 2005 succédant ainsi en « bon uniforme » à son père le vaillant sanguinaire dictateur Gnassingbé Eyadema qui venait de décéder.

Mais quelles mouches ont piqué les présidents français qui depuis l’assassinat de Sylvius Olympio (premier président du Togo) en 1963 soutiennent celui qui a fièrement revendiqué ce crime ? Et pire, qui soutiennent depuis son coup d’Etat en 1967 son régime totalitaire ? Quelle mouche a piqué Jacques Chirac quand il annonce au peuple togolais en 1998 qui venait de se faire massacrer par milliers qu’aucune irrégularité ne peut remettre en cause l’élection de son ami, le président Gnassingbé Eyadema ? Quelle mouche l’a encore piqué lorsqu’il déclare à la mort du défunt dictateur : « avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel » ?

Quels liens occultes lient notre république si fièrement humaniste à cette république si banalement bananière ? « La France n’a pas d’ami, elle a des intérêts » disait François Mitterrand. Ces intérêts suffisent-ils à expliquer l’implication de la France dans les milliers de morts, de torturés et d’exilés que le régime togolais a faits ? Expliquent-ils à eux seules le droit de veto qu’a posé la France aux Nations Unies lorsqu’il s’agit du Togo ? Voilà une question qui ne devrait pas rester muette lors des débats politiques français. Les Français comme les Togolais où autres peuples victimes de la politique impérialiste de la France sont en droit de savoir ce qu’il en est.

Et une fois de plus ce 12 juin, alors que nous sommes parfaitement accueillis par nos amis Togolais, les lacrymogènes, les balles en caoutchouc, celles réelles et les matraques, répriment violemment hommes, femmes et enfants qui manifestaient ou non pour qu’un semblant de démocratie puisse naitre un jour dans ce pays.

A quelques kilomètres de là, la vie semble suivre son cours à Togoville, cette petite ville en bordure du lac Togo. Les pirogues traversent le lac, les pécheurs vérifient leurs installations à crevettes et crabes, alors qu’un peu plus haut, le monde s’anime dans un marché coloré qui anéantit le peu de trafic qu’il y a. C’est certain, les violences n’ont pas encore débordé de Lomé, ici on mange encore les beignets de banane.

Le 13 juin les violences battent leur plein. Les taxis ne vont plus à Lomé. La capitale est livrée à elle-même. La carrière de phosphate d’Hahote, elle, tourne à plein régime. Des énormes machines sorties droit de l’enfer creusent la terre mère pour en extraire cette matière jaunâtre qui est la sueur des Togolais. Elles avancent dans leurs vacarmes vers des villages qui sentent leurs fins arriver. Les numéros peints sur les murs des maisons leur annoncent leurs morts prochaines. En effet, ceux qui ont le malheur d’être nés, d’avoir construit, de cultiver, de rire, de pleurer, de vivre sur du phosphate, de gré (contre quelques billets) ou de force sont contraints de tout abandonner pour que les machines de l’enfer puissent continuer d’enrichir leur président monarque.

Au village on s’active aux tâches quotidiennes. Une pompe crache de l’eau grâce à l’énergie d’un groupe électrogène. C’est des dizaines et des dizaines de personnes qui, bassine sur la tête, font le plein les unes après les autres de l’élément indispensable à la vie. Les vieux assis à l’ombre dans leur pagne sont heureux de recevoir notre visite et de nous accueillir. C’est l’occasion d’ouvrir leur bouteille de rhum brun qui attendait patiemment l’occasion idéale pour révéler sa saveur. C’est avec plaisir qu’ils nous font pénétrer dans leur couvent et nous présente leur vodou. Puis fièrement on nous amène à la rencontre des plus grands oiseaux du monde : les autruches et leur majestueux plumage.

Le chef du village est un homme calme et serein et c’est pour ça qu’il a été choisi. Seule la sagesse doit conduire l’Homme à être chef. Quelle autre compétence est plus importante lorsqu’il s’agit d’être responsable de ses prochains ?Il est enchanté de nous recevoir au moins autant que nous le sommes de le rencontrer. Le tambour chante dans le couvent, les fétiches sont avertis de notre arrivée.

Le village vit son quotidien ignorant les violences de Lomé mais sachant pertinemment que le pays est sous le joug d’un dictateur et pas passif devant ce fait qui complique la vie à toute la population.

Les agriculteurs fiers de leur métier sont heureux de nous présenter leur champ d’ananas et de nous en offrir quelques-uns.

C’est ça la vie dans les villages africains. Ce n’est pas simple, c’est même très dur surtout dans des pays où le gouvernement vous ignore et peut vendre vos terres sans même vous avertir. Mais dans les villages, on sait vivre avec l’autre. On connaît et respecte le monde des dieux, celui de la nature et celui de l’Homme. Une source d’eau est un point central qui relie tout le monde. Que se passerait-il si un jour chacun avait son robinet ? Voilà une question que devraient se poser les ONG au grand cœur qui pense bien et font mal.

La vie dans les villages c’est la vie sans télé mais avec les contes des vieux et les enfants qui apprennent. La vie dans les villages c’est sans goudron mais avec la terre qui est la même partout, dans sa maison, dans la rue, sur la place. La vie dans les villages c’est le contact avec la dureté de la terre mais aussi avec sa simplicité qui offre à ceux qui l’ont, la chance d’être heureux même avec peu.

Si le Togo est une dictature violente c’est aussi un peuple. Un peuple accueillant, souriant, chantant qui garde en mémoire que leur terre est la terre des aïeux. Et c’est pourquoi, coup de matraque après coup de matraque, il se relève toujours montrant au diable que l’ange est immortel.

Adolf Teacher, Ras Ly, Foo Yao, chantent cette âme d’un Togo fort et fière qui ne pourra jamais mourir ni s’écraser sous le fracas des bottes. Parce que si certains voient le Togo comme du phosphate, eux savent que le Togo c’est avant tout les Togolais.

Julien

Pour plus de photos: http://www.flickr.com/photos/julien-masson/

Face à la Nature (BENIN)

N’avez-vous jamais rêvé de voir comment évoluerait la nature sans l’intervention de l’Homme ? Alors suivez-nous au nord du Bénin, dans le parc de la Penjari !

Après avoir franchi l’entrée du parc, dans le petit village de Batia, nous croisons déjà la route d’un troupeau d’éléphants. Un peu plus loin ce sont les babouins qui nous souhaitent la bienvenue. C’est parti nous voilà au cœur de la nature avec un grand N. Nous roulons le long de la chaine de l’Atakora. La seule chaine de montagnes (ou de collines…) que compte le pays. Les petites montagnes, dont la plus haute culmine à 800m à peine, sont souvent couvertes de jolies forêts alors qu’elles se terminent souvent par des falaises rocheuses. A leurs  pieds de verte prairies nous prouvent que la saison des pluies vient de commencer après 6 longs mois de sécheresse. Puis à perte de vue s’élance la grande savane africaine. Cette grande savane qui fait rêver, rêver d’évasion, de grands espaces, de liberté !

Dans ces grands espaces de liberté, les antilopes galopent en troupeaux et jouent à bondir . A notre vue, elles nous observent, et le moment venue fuient la présence de ces inconnus que nous sommes. Tels des joueurs de rugby, feintent et crochètent dans un sens puis dans l’autre, tel des sauteurs de haies, elles s’élancent par-dessus rivières et arbres couchés, tels des sprinters s’évadent plus loin, là où l’Homme, le plus grand prédateur ne met pas les pieds.

Nous, perchés sur le toit du 4X4, nous observons ce spectacle fabuleux. Nos narines hument des parfums naturels envoutants, nos sens s’éveillent, le vent nous caresse et nous permet de supporter l’hardeur du soleil.

C’est la grande mélodie de la nature et le chant d’une multitude d’oiseaux tous plus colorés les uns que les autres qui fait danser antilopes, antilopes cheval, buffles, phacochère, éléphant, singes etc..

Le spectacle est grandiose, étourdissant et nous en savourons chaque instant.

A midi, alors que nous sommes dans le parc depuis 7h du matin, nous pic-niquons à l’ombre d’un arbre avec les employés d’un des 2 hôtels du parc.  Fermé depuis le 31 mai, il rouvrira en décembre pour la saison sèche (et saison touristique) . Après avoir dégusté les mangues du marché de Tanguieta nous reprenons notre aventure dans la savane béninoise. Nous longeons la rivière Penjari qui fait frontière avec le Burkina voisin, et devant nos yeux, comme depuis le matin, le plus beau spectacle qui m’a été donné de voir continue.

Nous nous arrêtons à la mare sacrée. En saison sèche tous les animaux s’y rejoignent pour trouver à boire. C’est donc un point d’observation privilégier. Comme les pluies ont déjà commencé depuis un mois, les points d’eau perdent de leur intérêt pour le visiteur qui à plutôt intérêt à arpenter les pistes pour croiser les troupeaux. Cependant le lieu prête au repos et à la tranquillité. Ça tombe bien puisque c’est l’heure de la sieste. Nous devions rester là jusqu’à 16h et faire comme les animaux : se cacher de la chaleur de l’après-midi. Mais alors que nous observons les hippopotames et crocodiles, le ciel alors parfaitement dégagé, se charge en très peu de temps. Rapidement il s’assombrit et il ne faudra pas attendre longtemps pour que la pluie, précédée d’un fort vent, se mettent à battre son plein. Alors que nous nous hâtons de nous mettre à l’abri, nous pouvons constater que l’animal le plus évolué (paraît-il) est le seul à craindre la pluie. Les autres restent de marbre face aux trombes d’eaux qui s’abattent. Au contraire ils semblent jouir de cette eau qui leur tombe sur la tête, et même les oiseaux jouent avec le vent qui les berce,les bouscule et les stimule.

A 16h, comme prévus, nous reprenons la piste. La pluie a cessé depuis un petit moment. Et jusqu’à la fin de journée nous observons la nature dans son état le plus brute.

Nous gagnons le lieu de bivouac. Alors que nous échangeons avec Jacques, notre guide. Le jeune apprenti s’occupe de ramasser du bois et de faire le feu. Jacques est un fervent défenseur des traditions, des valeurs simples que cultivaient les Africains, et de son environnement. Il fuit la modernité destructrice et les désirs qu’elle provoque. Il se plaint de voir petit à petit les jeunes de sa génération ou des suivantes, oublier d’où ils viennent et de caricaturer un monde qu’ils ne connaissent pas ou qu’à travers le cinéma (des scénarios comme il dit). «  Pourquoi veulent-ils ressembler à des hipopiens ? Que trouvent-ils à s’éterniser devant des sénarios et des gens qui tirent sur tout ce qui bouge ? Avant les vieux racontaient des histoires aux jeunes garçons, et les vieilles aux jeunes filles. ça les éduquait. Qu’elle est leur éducation aujourd’hui ? Ce sont des fainéants qui prennent tout le négatif d’un monde qu’ils ne connaissent même pas. »

Jacques construit avec patience un campement (hôtel) naturel et écologique. Avec les savoir-faire ancestraux. Il se demande encore pourquoi les gens remplacent leur toit de chaume par de la taule qui n’isole pas de la chaleur, rouille, coute cher, et rend malade. Il s’étonne de voir ses frères construire des mûrs de ciment qui n’isolent pas de la chaleur ni du froid alors que les ciments de terre rouge font tout cela. Il s’étonne, et ça le ronge, de voir son peuple plonger tête baissée dans la modernité qui leur fait perdre leur identité et leurs connaissances. Il s’efforce de préserver le savoir-faire traditionnel que ce soit dans l’agriculture, le bâtiment ou les plantes médicinales. Comme l’Artemisia Anna  qui empêche le palu et que l’OMS sous la pression de l’industrie pharmaceutique avait fait interdire ( même de la cultiver). Depuis l’année dernière, grâce à des pays comme le Ghana, l’interdiction est tombée et Jacques en est bien heureux. Cette tisane, prise en cure une fois par an, permet au corps de rejeter le plasmodium transmis par les moustiques et cause du paludisme. Comme un vaccin naturel.

Nous parlons aussi de ses projets pour la suite. S’enrichir  avec le tourisme ? Non, mais en faire profiter les plus démunis de façon intelligente et durable. Avec des prêts d’animaux, de bétails, de graines etc… De l’aide durable, de la formation, et réapprendre à ceux qui ont oublié le savoir-faire des anciens.

Nous mangeons autour du feu, alors que les singes jouent en sautant de branche en branche et que les antilopes, à quelques pas de là, nous ignorent. La nuit tombe, les bruits de hyènes se font entendre puis celui du lion . Le lion rugi, nous sommes sur son territoire, il aime passer ses nuits là où nous avons décidé de planter les tentes. Mais Jacques nous rassure avec un conte africain  qui explique comment, depuis le jour où une lionne pour se venger de son lion l’a envoyé se battre contre un homme armé d’un arc, celui-ci n’attaque plus les humains, le plus grand prédateur. C’est alors qu’avec le bruit des animaux et notamment celui du lion, nous passons la soirée à discuter et écouter des contes et légendes africains. Jacques et Achille (son apprenti) prennent plaisir à nous les raconter et à se souvenir des vieux qui leur contaient le soir au village.

Le matin le réveille est prévu pour 6h. Ça fait deux nuits déjà que nous dormons peu. Il est temps d’aller rejoindre nos tentes Quechua seuls abris contre les lions. Ce soir nous sommes seuls dans tout le parc, même les gardes sont en weekend. Aucun autre visiteur, aucun autre guide. Les deux seules autres véhicules de visiteurs ne passaient pas la nuit dans le parc. Nous sommes seuls, Jacques, Achille, Nina et moi, face à la nature, et surtout au lion. Mais pas de panique nous avons une tente !

C’est cette nuit-là, alors que le lion ne cesse pas de rugir et de se rapprocher du campement, que Nina a choisi pour avoir de la fièvre. Jacques nous a dit de ne dormir que sur une oreille, je ne me suis pas fait prier pour le faire. Et dans la nuit, alors que nous venions de rentrer dans la tente après en être sorti pour le pipi, un animal au pas bien lourd et rapide est passé non loin de la tente nous jetant un bon coup de stress. Le lion ? Sans doute puisque après ça son rugissement était dans le sens opposé.

A 6h, on se hâte afin de surprendre le lion qui ne doit pas être loin vue la nuit qu’il nous a fait passer. Malheureusement nous ne le verrons pas bien que nous l’avons abondamment entendu… Sûrement que lui ne nous a pas ratés…

Puis nous reprenons notre safari et notre admiration pour cette nature à l’état pur. La savane, les forêts, la brousse, les prairies et les mares se juxtaposent pour le plaisir de nos yeux, de nos oreilles et de notre nez. Les verts qui témoignent des pluies contrastent avec les jaunes pastel qui restent de la saison sèche. Nous en prenons  pleins les yeux et lorsque notre souffle n’est pas coupé devant cette beauté, nous en profitons pour respirer à plein poumon cet air pur.

Malheureusement l’état de Nina ne va pas en s’arrangeant. Son mal de tête ne cesse d’empirer et sa fièvre d’augmenter. La fatigue ? Nous avons très peu dormi depuis quelques jours, entre le concert de Segun et Aston à Cotonou, le voyage de 12h en bus, le départ avant l’aube pour le parc, le nuit dans la tente avec le lion etc. Ou palud ? Elle ne cesse de se faire piquer depuis notre arrivée à Brazza, et à Cotonou ça ne c’est pas calmé.

Nous ne trainons pas trop, bien que nous profitons quand même de la matinée pour observer les troupeaux comme celui de buffle qui a traversé la piste à toute allure, 5m devant le véhicule. Impressionnant, des dizaines et des dizaines de buffles en pleine course devant et derrière le 4X4. Assis sur le toit, nous ne sommes pas rassurés mais admirons le spectacle grandiose que nous vivons . On se rend bien compte de notre faiblesse face à de tels animaux.

En fin de matinée nous sortons du parc et longeons la chaine de l’Atacora en traversant les villages permanents et traditionnels des autochtones, ainsi que ceux éphémères des nomades peuls venus s’installer, comme chaque année, à flanc de montagne pour cultiver les terres durant la saison des pluies. A la saison sèche ils reprendront la route avec leurs troupeaux. Sur la piste, des dizaines de femmes et enfants se dirigent à pied, avec cargaison sur la tête, dans la même direction que nous : vers Tanougou. C’est le jour du grand marché. En effet, chaque dimanche, un marché auquel participent tous les villages des alentours se tient dans le petit village de Tanougou. Un village à flanc de montagne qui veut dire « porte des montagnes ».  C’est ici que les ancêtres traversaient la chaine de l’Atacora. Le village est donc resté un carrefour commerciale où chacun vient vendre ses céréales, ses produits animaliers ou artisanaux. Mais nous, en dehors du marché, c’est les cascades qui nous attirent ici. De majestueuses chutes qui coulent des roches lisses de l’Atacora. Le lieu est magique, au fond du village, plusieurs cascades qui s’enchainent dont une grande de plusieurs dizaines de mètres. Nous en profitons pour manger mais ne nous attardons pas trop, l’état de Nina s’aggrave sérieusement. Ce n’est surement pas la fatigue.

Ce qui est rassurant c’est qu’à Tanguieta il y a un hôpital tenu par des Italiens qui est réputé dans toute l’Afrique de l’Ouest. Nous en avons même entendu parler jusqu’à Nouadhibou en Mauritanie, à Nioro du Sahel au Mali et bien souvent à Cotonou.

Arrivé là-bas, après avoir tout de même prie une douche (après une nuit dans la savane, c’est la moindre des choses…), nous constatons que le « meilleur hôpital » du Bénin ne donne pas envie d’y rester trop longtemps… Ce n’est peut-être pas plus mal, ça peut faire effet placebo… Le médecin qui nous reçoit, apparemment pas inquiet par l’état de Nina, nous demande de patienter pendant qu’il termine sa pintade et son riz qu’il mange à la main sur le bureau des consultations.  Après plusieurs minutes, l’assiette est vide, il demande les symptômes, prend la température, constate la fièvre, me demande d’aller cherché un ticket à la caisse et fait appeler un médecin. « A  parce que vous n’êtes pas médecin? Non, le dimanche ils ne travaillent pas, mais il va venir, allez chercher un ticket à la caisse pour le dossier ». Je fais la queue à la caisse un petit moment (comme au supermarché) jusqu’à ce qu’enfin l’hôtesse, ou la caissière, me présente la facture et le ticket. Ça y est Nina a le droit de voir le médecin. Mais le dernier n’est pas encore là puisqu’il ne travaille pas, nous sommes dimanche. Mais Nina est déjà sous perfusion. Nous patientons une bonne heure quand enfin le médecin arrive. Bien agréable, très courtois, aussi gentil que l’infirmier qui nous a acceuilli avec sa pintade et qui depuis a mangé un autre plat de pâte et … de pintade. Étonné par le nom de Nina il demande d’où elle vient : « ah tient une voisine, moi je suis Kinois ». Ben voilà comment se faire soigner dans un village du nord du Bénin par un Congolais. Prise de sang et compagnie. Le temps passe, ça va mieux, le médecin rentre chez lui en nous rassurant, s’il y a un problème il n’habite pas loin. Les résultats arrivent un bon moment plus tard, rien d’inquiétant, petit début de palud, on peut rentrer chez Jacques. Pour une fois ce n’est pas moi qui est eut la perf !

Le lendemain journée de repos, on décale le retour sur Cotonou. Malheureusement le mal perdure, ce n’est pas que le palu mais bien une sinusite qui s’est infectée. Nina ne quitte pas la chambre de toute la journée. Sa tête lui fait mal même si elle n’a pas de fièvre. Le lendemain nous prenons le bus tout de même pour rentrer à Cotonou. Ce fut un véritable calvaire pour Nina. 11h de bus avec un mal de tête insupportable et un chauffeur qui klaxonne sans cesse et sans raison. Ajouté à cela un enchaînement de séries ghanéennes et nigérianes avec un doublage surnaturel. Lorsque enfin le bus s’arrête à St Michel près de la maison, nous sommes bien heureux et Nina se hâte d’aller se coucher.

L’aventure nord Bénin, comme à chaque fois que j’y suis allé, restera une fois de plus dans les annales.

Tanguieta est un lieu magique, authentique et chaleureux. La majorité des maisons sont encore traditionnelles, les femmes portent les habits traditionnels,  la bonne humeur et la politesse sont une tradition. La chaleur et la tranquillité de la région de Tanguieta, ajouté à cela ses paysages, sa faune et sa flore, en font pour moi le plus beau coin du Bénin.

Julien

Pour tous ceux qui souhaitent s’y rendre, voici l’email de Jacques : samhmal@yahoo.fr

Plus que votre guide, il sera votre ami tout le long de votre séjour et fera tout pour vous arranger. De plus son hôtel dispose de chambres confortables mais aussi de cases traditionnelles et d’une véritable Tata Somba. Pour plus d’informations contactez-moi.