Frisco: La ville de la baie [2/2]

Chinatown et ses histoires de vieilles triades, les bars à striptease, les pubs, le quartier hippie, le quartier gay, ou encore celui des affaires. Chacun a son existence, sa place, son droit d’exister, de palabrer, de se pavaner sans complexe sur la scène de la société. La grande affiche porte toutes les couleurs, toutes les langues, tous les symboles. Lire la suite

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Frisco: La ville de la baie [1/2]

           C’est de la baie de San Francisco, que Buck fut arraché à sa vie sédentaire et conduit vers l’aventure du grand nord, de la ruée vers l’or du Klondike. Souvenir de Jack London né le 12 janvier 1876 à San Francisco, lui qui a inspiré tant d’Hommes à entendre l’appel du sauvage, de l’instinct, et qui conta mieux que personne la ruée vers l’or et l’aventure du cœur de certains hommes. Car en effet, c’est cette ruée vers l’or et la peuplade d’aventuriers en blue-jean Levi’ Strauss  qui bâtirent San Francisco. La ville était le terminus du fameux chemin de fer transcontinental qui accéléra l’enfermement des milliers d’Indiens des plaines dans leurs réserves respectives. La conquête de l’ouest dorénavant accessible à tous. A une traînée de fumée, à quelques pelletées de charbon ardent, et l’avenir avait la saveur de l’espoir. Tout au bout, en équilibre entre terre et océan, San Francisco. Lire la suite

Aux Hommes Libres

AlcatrazIci, au-dessus du Golden Bridge, de nouveaux voiliers font la sérénade, dans un sens et dans l’autre sur l’ombre du pont. Je scrute un de ces cailloux mystérieux qui jaillit des eaux en tache d’argent. Il porte sur son dos Alcatraz, prison tristement célèbre. A quelques kilomètres des terres, au milieu de la baie, l’emblème de l’enfermement, le fantôme des prisonniers, sort de l’eau comme une brume qui ne peut se dissiper. Je songe alors à ces prisonniers, d’Alcatraz ou de la Santé, de Thaïlande ou de Lomé, les Hommes mis en cage, criminels ou non, bloqués entre les murs de l’irrationnel humain, protégeant dans leur agonie, la société. Loin de nos yeux et de nos cœurs, dans nos normes bien faites, dans nos doctrines aux normes parfaites, le prisonnier est à l’abri de notre conscience. Il a bravé la règle, qui juste ou non est juge et bride de l’Homme. Il se meurt dans la crasse, à l’abri des regards, avec ceux de sa race de damnés, de barrés, de lépreux du système qui les a enfantés. En ce pays où je me trouve, première démocratie du monde, moraliste et moralisatrice, la peine de mort est d’usage. On préfère en finir avec le cancer que de le laisser agoniser dans la souffrance de la cage fermée. Parce que le juste est souvent juge.

« Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » s’exclama Jésus devant la foule enragée qui s’apprêtait à lapider Marie Madeleine. Peuple du monde, je jouis de te voir ainsi parfait, toi qui sans pardon jettes la flamme du diable au nom de la liberté à sauvegarder, et pis encore de la justice que tu oses parfois nommer « divine ».

Mais quelle liberté ? Celle de se mouvoir dans nos illusions ? Celle du confort des biens matériels ? Cette vie soigné, sécurisé, aseptisé, but ultime d’une vie réussie dans cet univers de paraître et de paillettes ? Ce monde qui blâme le vagabond, l’ermite, le sauvage qui va hors la loi à la conquête des espaces sans traces ? Celui qui voit le fou comme un sage et le sage comme un fou ? Celui qui opprime et hais l’homme des bois, le nomade des steppes ? Celui qui crée des guerres pour la paix, vend des armes pour s’enrichir, massacre les « non civilisés », pille des régions du monde, condamne des peuples, et rédige les droits de l’Homme jugeant ceux qui ne les respectent pas ? Lire la suite

La côte nord de Californie

Assis, les pieds dans une terre rouge issue de la roche des nombreuses collines environnantes, je laisse mon esprit planer comme le faucon, qui à quelques pieds, flotte dans l’air qui le soulève au-dessus du Golden Bridge. Ce fameux pont, couleur âpre, rouge sang rouillé, orange internationale dit-on officiellement, traverse avec ingéniosité l’estuaire de la baie de San Francisco qui s’ouvre sur le grand Pacifique. Ce pont suspendu, aux larges structures, reconnu ouvrage d’art utile (devons-nous comprendre que certains, peut-être plus émotif ou sensitif, ne le sont pas ?) pourrait paraître bien disgracieux en d’autres circonstances, mais n’est-il pas ici, la porte de la ville mythique de San Francisco, la cristallisation des rêves de tant de gens ? Il prend là toute sa grâce, relient la ville magique aux collines vêtues d’un maquis fourni en papillons et oiseaux de toutes sortes, enivrant les promeneurs d’une myriade d’odeurs, tantôt d’un vert sombre ou strict, tantôt de l’or des pailles qui brillent au soleil californien. Sous la symphonie des oiseaux et la brise de l’océan qui lape mon visage, j’ai ce pont et cette ville sous mes pieds, et je ne m’en lasse point. Un voilier franchit, sur le dos de l’estuaire qui scintille d’un bleu acier, l’ombre du pont suspendu. Je pensais qu’il n’y avait pas meilleure façon d’enter dans la ville qu’en empruntant en voiture cette voie singulière et historique. Mais, en admirant le foc prendre la poupe et franchir dans un plein silence, sous le vacarme des voitures, la porte de la ville, je ne doute pas que la magie de cet instant éclipse la lourdeur du véhicule motorisé.

"Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon."

« Cette route côtière se tourmente sans cesse afin de suivre, le plus sincèrement possible, le littoral déchiqueté par la puissance de Poséidon. »

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