Le Machu Picchu oublié – CHOQUEQUIRAO (PEROU)

Certains voyageurs sont poussés par l’envie « moutonesque » de visiter ce que le vénérable UNESCO a classé. Et par-dessus tout, pour pouvoir fièrement cocher une case de plus sur leurs listes de choses à faire dans cette courte vie – qu’ils courent et qu’ils courent ! comme un train qui se glisse dans l’espace sans changer à l’intérieur -, ils se précipitent sur les – soi-disant – 7 merveilles du monde. Et en haut du classement des patrimoines « exotiques » presque mystiques ou mythiques, le fameux Machu Picchu ! devenu à lui seul emblème du Pérou et même de toutes les Andes. Alors tout un monde soucieux de son curriculum vitae de voyageur qui a tout « fait »  et peu soucieux de ce qui se défait, se précipite sur les hauteurs du majestueux site pour lui arracher une photo et en faire un profil Facebook. Tel un trophée, une case cochée, un « ça c’est fait », le symbole de la folie Inca est figé dans le temps 20 000 fois par jour par ces hordes de touristes IN. à moins de 100 km de là des tribus isolées sont condamnées, mais ça les touristes l’ignorent et d’ailleurs s’en contrefichent car ils ne sont pas là pour cela. Non ! eux sont là pour la citadelle la plus célèbre du monde qui à elle seule justifie parfois le voyage. La visitant ils espèrent toucher à cette gloire. Loin de chez eux non pour découvrir le monde, le comprendre ou l’aimer, mais pour le consommer, le « voir », l’immortaliser en images mortes.

Et j’ai souvent du mal à comprendre comment l’on peut résumer un pays à des sites « morts », à des ruines figées dans un temps disparu, lorsque la vie continue dans son mouvement permanent. Si voyager c’est courir après le passé du monde autant le faire dans un musée. Si je pars sur les routes c’est bien pour faire la connaissance de ce qui est vivant ! « Pour découvrir un autre monde sans le conquérir, l’apprécier sans le déprécier, le partager sans le confisquer. » comme l’écrit si bien Franck Michel. Mais non ! la foule enragée est toujours la même qu’au temps des colons et des conquistadors, elle se rue sur le monde avec l’appétit d’un ogre ! Et alors que l’UNESCO l’a classé parmi les sites en dangers et recommande vivement de limiter les visites à 800 par jour, les vieilles ruines incas sont envahies chaque jour par 2000 pairs de jambes. Oh oui ! l’affaire est trop juteuse et la gourmandise n’a pas de nationalité. A environ 45 dollars l’entrée (2012) on comprend l’engouement. Et puis il y a l’Orient Express, cette firme anglaise qui s’est emparée de toutes les concessions autour de la poule aux œufs d’or. Acheter une bouteille d’eau ou aller aux toilettes et c’est dans leurs poches profondes que tombe votre monnaie. Mais le clou de l’affaire c’est le train. Le train que la majorité des visiteurs prennent (environ 40 dollars) appartient lui aussi à l’Orient Express.

Et puisque le vice n’a pas de morale et que dans le monde capital l’humain est un profit ou une perte, l’Orient Express a racheté la ligne populaire reliant Puno à Cuzco. Transformé en train de luxe, cette ligne jadis utilisée par les locaux, est devenue le chemin de fer le plus cher du monde au kilomètre ! Joyeux sont les chanceux qui profitent de la cuisine à bord et photographient les « pauvres » autochtones – véridique j’en fus témoin – en traversant les villages depuis leur wagon d’or. Et une fois encore, les réflexions de Franck Michel sonnent terriblement juste lorsqu’il écrit dans  Eloge du voyage désorganisé « Pouvoirs publics et entreprises privées se pressent au chevet des merveilles du monde, ici en sursis, là déjà à l’agonie. Mais des affaires restent encore à faire. »

Alors il n’y a aucun doute, le Machu Picchu doit être exceptionnel, unique, magnifique et mystérieux. Mais exclu du monde capital-profit le raisonnement du voyageur pourrait-il dépasser son ambition à vouloir – à tous prix – voir ce qui doit l’être ? Et se poser une question simple : Dois-je mettre au-dessus de moi l’Histoire et la condition humaine ? A ceux qui n’auraient pas compris : La visite d’un site aussi magnifique soit-il me donne-t-il le droit de consciemment participer à sa destruction, de favoriser les inégalités et de contribuer au vol culturel et économique d’une région ?

Chacun pourra répondre à cette question sans que mon cœur en soi le juge. Certains dilemmes ne peuvent appartenir qu’à la conscience de chacun. Que le mouton devienne un loup en se le cachant n’a rien d’effrayant que pour les autres moutons. Il est amusant – ou non – de constater que l’Empire Inca reste encore aujourd’hui une mine d’or pour les âmes de conquistadors qui ne cessent – toujours pas – de le souiller de leurs sales bottes. Tant qu’il reste à détruire, détruisons tant que l’on s’enrichit. Parole d’homme moderne.

( chemin abrupte vers le Choquequirao - Perou 2012)

( chemin abrupte vers le Choquequirao – Perou 2012)

A 70 km des troupeaux de touristes, se cache un autre site. Un des seuls à n’avoir jamais été découvert par les Espagnols. Un site 7 à 8 fois plus étendu que le Machu Picchu, perché à 3100 m d’altitude dans les pentes abruptes de sommets recouverts de la haute Amazonie. Un site qui a hébergé la résistance Inca et en a initié les Rois. Un site ni envahi à l’époque par les conquistadors, ni aujourd’hui par leurs descendants, les touristes avides.

Le Choquequirao (le « Berceau d’or » en Quechua) est fier d’être oublié. C’est son destin.

Aucune route n’y conduit, aucun train, aucune concession de l’Orient Express. Aucun poster ne le vend aux quatre coins du monde, aucune agence de voyages ne le classe en tête de liste. Même celle de Cuzco le rajoute comme un vendeur de glaces ajoute un parfum jamais acheté pour ameuter ceux qui vont où il y a le plus de choix – comme pour se sentir libre. Mais ils n’y vont pas. Trop loin, trop dur, trop pénible (et pas à la mode).

Après avoir pris bus et taxis collectifs, quatre jours de marche sont nécessaires. Plus de 3000 m de dénivelé positif et autant de négatifs. On descend la vallée pour la remonter puis on recommence. Les chemins sont raides et escarpés. On boit l’eau des rivières et on se fait littéralement manger par des pucerons démoniaques. Il faut s’attendre à avoir mal aux pieds, peut-être aux genoux, et se préparer aux centaines de piqûres qui vous démangeront toutes les nuits. Les moins téméraires pourront être aidés de mules et de muletiers rendant le parcours beaucoup plus accessible. Pour les autres, il leur faudra porter leur tente, leur sac de couchage et leur nourriture. Un magnifique trek en autonomie avec nuit à la belle étoile dans un décor féerique. Au-dessus des têtes baissées par la fatigue, des sommets enneigés s’élèvent vers les cieux et à leurs pieds, d’autres recouverts de jungle.

Marcher sur les pentes abruptes de cette vallée ramène aux bonheurs simples. De quoi se met-on à rêver devant un dénivelé qui n’en finit pas ? Eh bien on rêve du plat de pâtes de mauvaise qualité et de sa sauce tomate en sachet que l’on mangera le soir venu. Un plat de bagnard qui devient celui d’un Ritz. Et le soir venu la gamelle de ration est savourée et procure un réel bonheur, un bonheur simple. Et s’étend la vallée encaissée et les nuages filtrent les couleurs du crépuscule, comme des ombres chinoises, les mythes et les légendes jouent leurs scènes théâtrales. Ces nuits à la belle étoile, autour d’un feu, avec les amis, ou seul devant un plafond infini, on se retrouve à sa place. Sa simple place dans la nature. Et l’esprit s’apaise et l’on pénètre les sphères intérieures, le cœur s’ouvre au monde, et on se sent comme ces vallées encaissées qui s’ouvrent enfin sur un horizon plein, un horizon vide, un horizon infini. A l’aurore, – alors que le rideau de la brume est transpercé de quelques rayons de soleil qui le déchirent paisiblement – sans faire plus de bruit que le vent on reprend la marche, et parfois la fatigue s’oublie et laisse pénétrer une méditation inconsciente mais active qui réveille les sens. Chaque ascension est une initiation. Le sol dur nous rappelle l’existence, la douceur de la nuit celle de nos rêves, et dans l’effort nait la conviction que toutes réalisations passent par l’action. On se reconnecte durant ces treks autonomes, durant ces marches rudes, le poids sur les épaules qui aide à porter celui de la vie. Et si l’objectif final est – d’apparence – le site archéologique, il y aura toujours la rencontre avec soi et la nature.

( Terrasses de Choquequirao - Perou 2012)

( Terrasses de Choquequirao – Perou 2012)

Le Choquequirao se mérite.

Des dizaines de terrasses surplombent des précipites vertigineux. Son étendue est fascinante – bien plus d’une journée est nécessaire à qui veut l’explorer – et son emplacement incompréhensible. Lorsque l’on arrive sur le site on s’exclame : « ils sont fous ces Incas ! ». Ahah ! que j’aimerais connaitre l’architecte qui s’est pointé un jour chez le grand Inca pour lui dire : « Bonjours, J’ai trouvé un lieu idéal pour construire une cité.

–  Ah bon où ça ? lui demande alors le grand Inca.

–  Perché sur un col à plus de 3000 m, entouré de falaises, une bonne prise au vent, environ 4 jours de marche depuis le Machu Picchu, peut-être 10 depuis Cuzco. Il y a beaucoup de moustiques, c’est très difficile mais je vous assure que personne ne nous trouvera ! »

Et personne ne les trouva.

( Partie supérieur du site du Choquequirao - Perou 2012)

( Partie supérieur du site du Choquequirao – Perou 2012)

Mais je me demande encore et toujours ce que le voyageur ou touriste peut chercher dans ces ruines d’un passé perdu lorsqu’il ne se déplace – quasiment – que pour cela? Quelle gloire va-t-il placer dans le passé ? Pourquoi tente-t-il toujours d’y voir un âge d’or qui aurait péri ? Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas plus au monde qui l’entoure et qui lui, est bien vivant, bien présent, et qui a besoin de bien plus d’énergies et d’actions positives pour se construire sur une voie plus juste, plus égale, plus respectueuse de la vie, sur une Autre voie ! Non ! Il préfère pleurer ou s’extasier devant un passé perdu – et qu’il a détruit – et végéter son présent, le vivre sans s’y engager, en l’ignorant. Et les descendants d’Incas ou des autres ethnies  – à l’époque opprimées par les incas – vivent à l’ombre de leurs ancêtres comme si leurs cultures, leurs traditions, leurs coutumes d’aujourd’hui, sont exemptes d’intérêt ? Faut-il qu’elles meurent elles aussi (comme c’est d’ailleurs le cas) pour qu’enfin elles deviennent dignes d’intérêt ?

Je refuse de croire que voyager c’est se déplacer dans l’espace pour observer un temps révolu et oublier le présent et le vivant. Le monde n’est pas un musée d’œuvres mortes. Le monde est une biosphère remplie d’être vivant. Parmi eux des humains qui ne vivent pas toujours dans des conditions dignes et acceptables. Et ils valent plus que quelques ruines qui finiront tôt ou tard  – et plus tôt que tard si nous continuons de les consommer (consumer !) – par disparaître. Et je doute que les visiteurs de ces sites historiques soient tous des passionnés d’histoires !

Ce texte est alors dédié aux  vivants. Ceux que l’on oublie, ceux que l’on ne juge pas digne d’intérêt ni aujourd’hui qu’ils sont en vie, ni demain lorsqu’ils seront mort, car notre civilisation mercantile les a placé dans les pertes nécessaires à son exponentielle évolution destructrice – et sans doute le Macchu Pichu aussi en fait-il parti – .

Bien sûr ces ruines riches d’histoire sont des témoignages qu’il convient d’étudier et de préserver mais surtout pas de vendre et de consommer sous prétexte que le monde – le plus riche – doit pouvoir s’instruire. Ce n’est pas de l’instruction que de conquérir indéfiniment une histoire qui fut déjà écrite, ne l’oublions-pas, par les vainqueurs.

Et j’aime me rappeler que lorsque Cuzco fut pris par nos amis conquistadors, les habitants du Machu Picchu ont fui vers la cité cachée de Choquequirao. Détruisant derrière eux le chemin qui y menait, ils ont isolé le site encore plus qu’il ne l’était .Voici à quoi fut destiné le Choquequirao : au mystère, au silence, à l’oubli. Et aujourd’hui encore il attire ceux qui fuient le vacarme, la masse touristique et moderne, les chemins tracés, la facilité. Il appelle ceux qui veulent mériter ce que leurs yeux voient, mériter d’accéder à l’Histoire humblement, au passé et à la beauté naturelle de la nature.

Le Machu Picchu oublié, le Choquequirao,  n’est étrangement pas inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – et paradoxalement c’est peut-être ce qui le préserve -, il n’est pas inscrit non plus sur les tours opérateurs, ni dans les catalogues de voyages à ne pas rater. Peut-être sont-elles, ces vieilles ruines, un symbole de ces peuples bien vivants, de ces histoires, de ces résistances que l’on oublie – intentionnellement – et qui fleurissent ou fanent, vivent ou survivent, en marge de La Grande Civilisation, partout autour de la planète. Et il est là, comme il a toujours été, dans l’ombre de la gloire des Hommes, à la lumière de la gloire éternelle.

Julien

(Vue depuis le site sur la vallée de l'Apurimac - Perou 2012)

(Vue depuis le site sur la vallée de l’Apurimac – Perou 2012)

(Magie de la nature - Perou 2012)

(Magie de la nature – Perou 2012)

 

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Une mer à 4000 m (BOLIVIE)

Un bleu profond comme celui des calos de l’ONU, un air marin presque méditérannéen, un crie de mouette, une cordillère Royale et un soleil qui plonge dans ce tableau.  Le lac Titicaca fait rêver depuis des milliers d’années. Les Incas ont vu en lui la naissance de leur monde, lorsque certains en ont vu la fin, sacrifié face au soleil couchant.

Prisonnier du temps qui forme le visage de la patate que nous peuplons, Titicaca fut emprisonné par les robustes sommets enneigés. Pénible destin pour un bout d’océan forcé à devenir un lac. Mais quel lac ! D’anonymes morceaux d’océan  il est devenu le plus haut lac navigable du monde et père d’une cosmogonie qui régit la vie d’une région entière.

Copacabana , aux allures de station azurienne, nichée au creux d’une crique au sud-est du lac, vend ses excursions à ceux qui veulent rêver avec le lac. La cathédrale dressée par les Espagnols témoigne de leur machiavélisme. Le soleil se couche en éblouissant les trois croix copiant ainsi le temple du soleil de l’Isla del Sol. Tout est bon pour convertir ! A coup de massue sur les cultures et les croyances, de détermination et de persévérance, de trahisons et de stratégies douteuses, l’Amérique du Sud s’est vue agenouillée devant la toute-puissance du Vatican. Le temps n’y a rien changé, aucun ne retourne sa veste et tous prient le Dieu des Chrétiens.

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, dans le temps il en est aussi le mouton.

(Le soleil sur les croix de Copacabana – Bolivie 2012)

L’isla del Sol est une perle qui flotte sur ce bleu marin. Des aires majorquais, quelque peu corse sur cette île symbole de l’Empire Inca. Des plages de sable blanc, des eaux lucides, des campeurs et des lamas. Le nord de l’île garde un semblant d’authenticité. Les habitants élèvent cochons et moutons en attendant de vendre quelques truites aux touristes. Un sentier à guichets sillonne les crêtes qui se perchent 200m au-dessus des eaux. Le sud de l’île c’est « mercantile island ». Pizzerias en souvenir culinaire Inca, groupes d’Allemands en bermuda et bateaux folkloriques avec équipage déguisé. Le charme de l’île est sans appel, les agences et les guides le savent.

(criques au sable blanc – Isla del Sol – 2012)

Mais Titicaca c’est des centaines d’îles et même des artificielles ! Fabriqués par les Amérindiens Oruros pour fuir les Tiwanakus. Les milliardaires Qataris n’ont rien inventé ! Les îles flottent toujours du côté de Puno au Perou habitées par des usurpateurs, des pseudos descendants d’Oruros qui exploitent le filon pour survivre sur le lac des dieux.

A 3850m les eaux des océans lointains ont fait naitre les mythes les plus extraordinaires et enfantent encore aujourd’hui dans l’imaginaire des touristes les fantasmes les plus fous. On y vient en masse profiter de ses secrets, de son calme et de son soleil si vénéré.

 

Julien Masson

PS: De plus en plus de visite par jour. Merci à vous qui lisez, suivez et partagez.  N’hésitez pas à vous inscrire sur la droite du blog pour être averti des nouveaux articles sur votre boite mail.

(île perdu dans les eaux de Titicaca – Bolivie 2012)

 

(enfants sur un ponton de l’Île du Soleil – Bolivie 2012)

 

Sur les traces des Tiwanakus et des Incas (BOLIVIE)

Lorsque la société vous pèse, la nature vous allège. Après tout elle est notre mère et nous vivons en son sein. Parfois (même souvent) il est bon de marcher, de s’évader et de se reconnecter à Pachamama. Un trek en autonomie en est un bon moyen.

Un chemin préhispanique faisant partie du  Qhapaq Nanquitte la Cumbre (4650m) pour franchir un col à 4900m et plonger  dans une magnifique vallée qui en perdant de l’altitude voit s’inviter sur ses flancs une vaste forêt : la haute Amazonie.

Le vent froid nous gèle les oreilles jusqu’au col où nous découvrons une gorge ouverte et profonde dans laquelle nous devons descendre. Une vieille voirie Tiwanaku récupéré de force par les Incas et utilisée aujourd’hui par les paysans, s’élance dans cette descente infernale. Se courbant une dizaine de fois sans se mordre la queue, elle vient se soulager à 4400m contre la rivière Lama Khuchu. Les ruines du tombeau Lama Khuchu  demanderaient beaucoup d’imagination à celui qui tenterait une reproduction mentale des scènes de vie de jadis.

(Tombeau Lama Khuchu – Bolivie 2012)

Quelques paysans grimpent courageusement, seuls ou accompagnés de lamas, dans l’espoir de vendre leurs pommes de terre à ceux qui partent nourrir les millions de Citadins de la Paz.

La vallée dresse des murs de roche en barricades accrochant les nuages sur ses sommets, s’isolant un peu plus . Comme une route céleste le bleu du ciel indique la voie. Après quelques heures de marche le seul village que nous verrons en trois jours se présente à nous. Construites de pierres, les maisons ne détonnent pas avec l’environnement. Les filles vêtues de leurs tenues traditionnelles jouent au foot supportées par leurs congénères masculins . La jeunesse de ce village doit se sentir bien emprisonné par ces pierres venues des sommets. La Paz est à 2 jours de marche lorsque pour Coroico il faut en compter 3. La glue du temps doit peser sur les âmes vagabondes. Mais le calme ramène les esprits à la plenitude. Comme  tous ceux qui ne sont pas natifs de ce village isolé nous continuons nos foulées. Petit à petits, alors que le soleil est en fin de course, la végétation s’épaissit.  Nous pénétrons les Yungas ces vallées chaudes et humides de la haute Amazonie. Après un pont de singe qui s’est vu amélioré par une modernité cablique, nous plantons notre tente (pas imperméable) sous un abri proposé par une famille sédentarisé sur ce bord de rivière. Le ciel abat ses gouttes toute la nuit. Désormais l’humidité nous habite. Toute la journée suivante les eaux des dieux nous alourdissent le pas et le rendent glissant. Ce deuxième jour nous tiendrons  la courbe de niveau de 2900m. Malheureusement sans voir l’ombre d’un plat. Que de descente succédant à des montées… Les pieds se ramollissent mais nous conduisent jusqu’à un autre camp proposant un abri semblable au précédent.

 

Deuxième nuit, deuxième plâtrée de pâte, mate de coca, et toujours pas de douche. L’humidité de la nature et celle de notre transpiration font drôles de ménage. Notre tente miniature mouillée de cette atmosphère conserve cette odeur bestiale. Ajoutée à cela celle de nos pieds qui se décomposent lentement, notre humble demeure n’est pas en état de recevoir quelconque invité. Même les insectes – excepté les mouches – nous évitent.

Malgré cela, cette végétation dense et cette verdure nous font du bien. Voilà deux mois que la nature luxuriante nous fait défaut. Même la pluie est appréciée.

(pont suspendu du Choro trek – Bolivie 2012)

Les quelques habitants que nous croisons, bien que soulagés des maux et des cries de notre société, ont une vie bien ardue. Leurs cultures de bananes, pommes de terre et maniocs sont accrochées à des pentes abruptes qu’ils ont débarassées de la forêt. Leurs dos sont cassés par les charges qu’ils transportent jusqu’au village. Les coups de bêche, les reins qui faiblissent, la vie qui marque.

Le dernier jour de marche dans les Yungas jusqu’au village de Chairo fut marqué par de fortes éclaircies. Des paysages toujours aussi beaux et luxuriants. Des cascades d’eaux et de fougères, des lianes éclaboussées par les quelques rayons de soleil qui percent la densité du feuillage, et des vues qui forces l’arrêt sur cette vallée surprenante.

Après avoir croisé un petit hameau et rencontré le chef du secteur, nous reprenons le chemin qui serpente sans arrêt dans une vertigineuse descente pour nous ramener 800m de dénivelé plus bas à Chairo.

(Yungas – Bolivie 2012)

De là, nous faisons du stop jusqu’à Coroico où nos pieds peuvent enfin se reposer. Le village est calme et exotique. Une autre Bolivie. Celle qui a vue s’installer les afro-boliviens. Les seules noires du pays. Apporté en Bolivie en 1550 pour travailler comme esclave (bien-sûr) dans les mines d’argent de Potosi suite à la reconnaissance par l’Eglise de l’existence d’une âme chez les Amérindiens. Ce n’était pas le cas pour les noires… Les survivants sont parties s’installer dans ces vallées chaudes et fertiles des Yungas où ils ne furent libres qu’en 1953. De leur rythme est né la lambada. Les transhumances forcées des noirs Africains ont donné naissance à de nombreux rythmes et danses : salsa, rumba, cubain, lambada etc… Rythmes jadis sacrées et sortis des couvents, seule moyen de garder un semblant de racine, de culture, et de moyen de communication.

Toujours est-il que ces Africains semblent bien intégrés dans ces vallées où les femmes portent le chapeau melon bolivien et les jupes andines. Une autre Bolivie comme je vous le disais !

 

Julien Masson

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La tête dans les étoiles (BOLIVIE)

Si j’arrive parfois à garder les pieds sur terre, j’ai du mal à ne pas avoir la tête dans les étoiles. Divaguer, dériver, réamarrer entre les vagues de l’esprit. Besoin d’échapper à ce monde qui veut nous formater, à cette société monolithique qui veut nous apprivoiser voir nous dompter. Mon esprit se débat afin d’éviter la robotisation, la lobotisation qui l’attend.

Les étoiles brillent dans le ciel mais aussi dans le cœur des Hommes. Se laisser emporter par leur beauté est sûrement ce qu’il y a de plus vivant. Chacun rêve ; ce qui est dommage c’est de ne pas le faire éveiller. Ce qui est triste c’est de ne pas essayer de les réaliser. Ce qui est mortel c’est de s’en éloigner. Les enfants veulent vivre leurs rêves. Les adultes en compte le prix, les rangent et les oublient.

(levé de soleil sur la cordillère Royale – Bolivie 2012)

La Bolivie est propice aux rêves, aux mystères, aux envolées fantastiques de l’esprit vagabond qui sommeille en nous. Et puis sur ces altitudes andines il n’y a plus qu’à lever le doigt pour toucher les étoiles. Moi que l’on accuse depuis enfant d’avoir la tête qui s’égare là-haut, comment aurais-je pu refuser de m’y aventurer ? En voyage l’imprévu frappe souvent à la porte, ne pas lui ouvrir c’est s’enfermer dans le sous-sol de la vie. Là-bas où survivent machinalement les humains enchaînés à l’habitude mortelle. Ceux qui cherchent le bonheur dans l’usine mercantile et illusoire de la vie réussite. Sans fenêtre, ni porte de sortie, les morts-vivants s’entendent entre eux, se rassurent pour se suffire de la médiocrité. Échapper à ce sous-sol c’est partir vers l’inconnu par la porte de l’imprévu.

La montagne, que je la côtoie depuis mon plus jeune âge m’a toujours fascinée. La congrégation des forces de la nature, la violence et le choc de ce qui a de plus dur pour s’élever sans crainte vers le ciel. Elle se dresse avec fierté et nous remet à notre place de petit humain.

Petit humain, c’est ce que j’étais sous le plafond éclairé d’un million d’étoiles. Tenant fermement mon piolet, avançant mon corps lentement, ma frontale éclaire le mètre qui devance mes pas. La lumière des Hommes scintille quelques 1500m plus bas quand celle de l’univers se disperse vers l’infini dévoilant un mystèrieux passé que l’orgueil de la science tente d’élucider. Je pense à mon père qui m’a rapproché de la montagne, je pense à la montagne dont je me rapproche. Puis je ne pense plus, je vis le rythme de la nature pulsé par le vent glacial qui caresse mon visage. Les mots n’ont plus de sens si un jour en ont-ils eu. La paix est ici, où l’Homme ne va pas farouchement, là où il doute, là où sa prétention ne peut que se morfondre. Là où naît le voyage, le véritable voyage, celui que nous faisons en sois lorsqu’enfin nous comprenons que la nature, sois-même et les autres ne sont qu’UN .

L’altitude se fait sentir sur la faiblesse de nos poumons . Notre cœur veut de l’oxygène et s’emballe pour avoir sa dose. Les pas sont lourd et l’esprit s’allège. La montagne est calme, mon cœur pulse à son rythme. J’ose lui murmurer mon émotion. Timide, je m’invite sur son corps. Elle accepte et me laisse me glisser jusqu’à son sommet. Que puis-je dire ? Me voici plus proche que jamais des étoiles qui m’offrent tant de rêves et de perspectives. Me voici à 6088m sur le sommet du Huayna Potosi.

(Je profite des premiers rayons de soleil – sommet du Huayana Potosi 6088m)

La nuit continue de m’émerveiller par ses soleils qui brillent. Assis là au porche de l’univers je patiente facilement que le soleil, cette étoile si proche, vienne lécher mon visage de ses premiers rayons. Les couleurs s’échangent, se confondent et se croisent pour que dans l’ordre des choses le noir devienne bleu. Que les étoiles tirent leur révérence et qu’un nouveau jour s’affiche au calendrier des Hommes préssés. Le spectacle étourdissant enveloppe mon âme et la nourrit plus que les centaines de livres qui pensent à notre place.

Nous voici bien pâle, nous voici bien gringalet devant l’Odyssé de la nature, de ces cycles, de ces éléments et de son humilité. Nous voici bien prétentieux devant un monde si merveilleux. J e me sens si bien là-haut que je comprends le syndrome du Grand-Bleu. Mais si les rêves nous font naviguer, ils ne doivent pas nous faire chavirer. Je le laisse alors me ramener sur la grève, là où les houles de la vie nous bousculent afin de nous rappeler que nous sommes bien vivants et que nos pieds doivent rester sur terre.

(levé de soleil sur les flancs du Huayna Potosi – Bolivie 2012)

La montée fut calme, contemplative, presque méditative. La descente est empreinte d’excitation. La montagne m’a chargée de son énergie et surtout de son bonheur.

On ne peut pas vivre la tête dans les étoiles. Mais il est bon de laisser parfois son esprit s’égarer dans les contrées lointaines de notre univers qui ne sont rien d’autre qu’une expansion de soi ou une continuité de l’être que nous sommes.

Merci à mon père le montagnard et à Miguel le chaleureux guide bolivien qui m’a conduit vers les étoiles.

Julien Masson

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Ferro-Bus! (BOLVIE)

Il est 8h15 nous arrivons sac sur le dos au sommet de la pénible butte à flanc de montagne sur laquelle sont posées les vieux rails du fameux ferro-bus. Une vieille à couettes attend patiemment avec son lourd fardeau rempli de légumes qu’elle espère vendre à Vila-Vila. Bientôt d’autres arrivent. Tous portent leur cargaison sur le dos dans des baluchons colorés. Nous sommes rassurés. Si autant de monde attend le ferro-bus c’est qu’il ne fera pas faux bond aujourd’hui. Les hommes assis à l’ombre mâchent leurs feuilles de coca devant un jeune garçon qui, chapeau de cow-boy sur la tête, tente de les imiter.

(Dans l’attente du Ferro-bus – Bolivie 2012)

9h 30, alors que le bruit strident du ferro-bus se fait entendre, sa silhouette se dessine à l’horizon. Il s’arrête là, au milieu de rien, là où ni panneau, ni gare ne signal un arrêt. Les marchandises sont entassées sur le toit du vieux bus Mercedez devenue train. Une promotion incongrue ! Le chauffeur tire sur le sifflet et lance le coup d’envoi de cette aventure andine.

A travers des villages de plus en plus perdus nous chargeons du monde et de la marchandise. Puis au milieu de rien nous en déchargeons un peu. Un manège qui se répète tout le long du voyage . Au milieu de ces montagnes arides, en surplomb d’une rivière presque asséchée, cet insolite moyen de transport nous conduit avec nonchalance et parfois vacarme vers Cochabamba. Les charmantes vieilles à couettes sont heureuses de se retrouver et échanger les derniers potins. Les hommes discutent entre eux quand d’autres sommeillent et que nous, nous sommes tantôt le nez dehors à admirer les paysages, tantôt dedans à observer l’ambiance du wagon.

Vers 13h le ferro-bus se stoppe dans un patelin. Seule pause pipi et culinaire du voyage. Les femmes sont au rendez-vous pour vendre leurs ragouts, leurs patates à l’eau, leurs cuisses de poulet et leurs riz. Chacun se ravitaille. Tout est prévu. On peut même prendre à emporter dans des barquettes en plastique qui finiront jetées par les fenêtres. Pourquoi des gens qui vénèrent autant Pachamama se laissent aller à se genre de facilité ? L’ignorance tentent certains. Pour ma part je n’en suis pas sûr mais n’ai pas d’explication.

(Ferro-bus en pause ravitaillement – Bolivie 2012)

Nous reprenons notre route secoués comme des pruniers tout le long, passant par mainte tunnels et tout autant de ponts. Le soleil est ardu dans cette contrée andine et même si nous gagnons petit à petit de l’altitude nous ne sommes pas près de mettre un gilet.

Il est presque 16 h, une énième fois le ferro-bus s’arrête dans un village qui a l’air bien triste. Qui va descendre cette fois ? Et bien apparemment c’est nous ! Nous voici à Tarata, 33km de Cochabamba. A peine nos sacs sont-ils au sol que le ferro-bus reprend sa course en sifflant. Une fois sur la place centrale nous sommes rassurés. Il y a de la vie ! La place à son charme avec ses bâtisses coloniales. Demain ou plus tard, nous reprendrons la route vers Cochabamba.

Le ferro-bus ? Un bus posé sur des rails se faufile dans une vallée aride pour desservir des villages isolés. Une ambiance sincère, de la vie, des couleurs, des odeurs, du bazarre, du bavardage, des vieilles, des enfants, de la Bolivie ! Inoubliable, authentique, charmant et nonchalant. Un bon moyen de prendre le pouls d’une région peu visité de ce magnifique et sincère pays.

 

Julien Masson

La capitale sucrée (BOLIVIE)

Comme une cerise sur le gâteau, Sucre est sur les Andes. Une douceur dans l’aridité de l’altitude. Une ville haute en couleur mais surtout majestueuse. Capitale  éclipsé par la Paz mais qui garde toute son importance historique lorsqu’on sait que c’est ici, à la Casa de la Libertad que fut signée l’indépendance de la Bolivie  le 6 août 1825. Toute l’élégance d’une ville coiffée par l’Histoire. De ses ruelles pavées à son architecture coloniale, de ses églises splendides à son blanc immaculé qui contraste le bleu du ciel azur.

Son marché central s’anime tous les jours. Le matin les jus de fruits frais se vendent comme des petits pains. Pour les plus gourmands des salades de fruits sortis d’un monde enchanté se déguste assis sur un banc en admirant ces femmes qui les préparent. Gâteaux, beignets, empanadas se vendent dans les rues. A l’étage du marché central, les veilles dames vendent d’abondantes assiettes dans lesquels cohabitent patates, riz, salades, viande, œufs, oignons et betteraves. On mange ensemble, on savoure et on admire cette cuisine populaire .

Les monuments historiques, les musées et les places ne manquent pas d’intérêt ni de laisser sous le charme. Comme le parc Bolivar qui accueille chaque soir des centaines de personnes de tous les âges qui viennent développer leur talent de danseur ! Incroyable ballet qui se joue sous le regard des plus timides. Les fanfares jouent dans tous les coins et font danser les citadins dans une bonne humeur contagieuse.

Prendre de la hauteur en grimpant par le chemin de croix sur le cerro Churuquella en humant le parfum envoûtant des eucalyptus ou admirer la vue sur la ville depuis la place du monastère La Recolta permet outre  de passer un agréable moment, se rendre compte que la capitale de la Bolivie n’est pas à mettre dans le sac des grands centres urbains sans âme.

Le 2 septembre en Bolivie, c’est la journée sans voiture ! Nous avons pu profiter pleinement de la perle des Andes dans un silence édifiant. Les enfants jouent dans les rues, les vélos circulent sans crainte et défilent  fièrement, les vieux savourent une glace, la ville est plus vivante que jamais.

Ah que c’est bon une ville sans klaxon sans fumée d’échappement, sans embouteillage. Une ville pleine de piétons aux  parcs pleins de danseurs, d’enfants, de vieux et d’amoureux. Le soir la musique bas son plein comme le cœur de cette capitale qui pour une fois n’a rien en commun avec les autres. Sucre, nichée entre les montagnes, à l’air semblable à celui du midi, n’a pas de mal à nous faire comprendre pourquoi ici les Hommes ont aimé rester.

 

Julien Masson

Voyage au pays des merveilles! (BOLIVIE)

Une immense étendue presque infinie s’offre à nous. Se dressent, imperturbables, de majestueux sommets volcaniques recouverts d’un doux manteau neigeux qui peine à persister face aux violentes attaques incessantes du soleil. Que dire, que faire, dans cette immensité que l’Homme ne peut pénétrer que timidement ? Tantôt assis dans le 4X4 qui se frais un chemin dans ce décor fantastique qui soutire toutes les expressions que nous connaissons, tantôt stoïque devant un spectacle qui n’a pas sa place dans notre imaginaire. En effet, plus un mot ne s’échappe de nos bouches béantes. Seul ce sentiment d’être au pays des merveilles dans un lieu de paysages figés méprisant le temps et les attaques de l’homme. A plus de 4000m le Sud Lipez rit de nous voir défiler dans nos 4X4.

Les volcans surplombent la laguna Blanco, Verde, Colorado ou autres. Les flamants roses nous ignorent et font leur vie à ces altitudes hors du commun pour ces drôles d’oiseaux au long bec. Les sommets aux napperons blancs se reflètent parfaitement dans les eaux cristallines des lagunas. Et nous, nous admirons sans savoir quoi penser ni faire de ce qui s’offre à nous. Quelques photos pour immortaliser cette beauté, mais surtout de longs moments de contemplation qui n’ont d’égale que la sérénité du lieu.

L’immensité presque infinie du Sud Lipez est pourtant épargnée de la monotonie grâce à un visage maquillé de toutes les couleurs et à une parure étincelante aux mille éclats qui se changent sans cesse nous dévoilant de nouveaux présages. Des rêves, des contes sans mots, sans parole en l’air. A cet instant même, alors que j’écris ces mots je ne sais quoi décrire ni même exprimer. Le calme, la nature, presque le vide. Un vide comblé de l’amour et de la beauté d’une création artistique isolée de tout contexte et de tout jugement. La terreur , la violence et la dureté de ce qui a façonné ces terres à pourtant enfanter ce monde fantastique qui aujourd’hui attire tous les voyageurs de passage sur cette terre incroyable et unique qu’est la Bolivie.

Alors que nous sommes déjà comblés au plus profond de nous, que nous avons admiré des eaux aussi brillantes que du cristal, d’autre aussi verte que de l’herbe, rouge que du sang, traversé des déserts, des coulées de laves cristallisées, des formations rocheuses plus qu’étonnantes, roulé à près de 5000m, marché entre les fumées des geysers, s’être baigné dans de l’eau à 35° à 4300m, le plus spectaculaire se dévoile à nous : Le Salar d’Uyuni !

Une étendue majestueuse et éclatante d’un blanc renversant contrastant intensément le bleu profond du ciel nous prouve que notre imagination est encore loin de ce que toute réalité peut être.

Nous sommes bel et biens à 3700m en train de fouler le plus grand désert de sel du monde. Le soleil que nous avons vu se coucher et se lever sur ce royaume blanc est responsable de l’évaporation de l’eau de mer restée emprisonnée entre les volcans environnants créant ce désert vertigineux qui nous laisse sans voix.

Trois jours au pays des merveilles nous laissent sur un nuage. C’est l’arrivée à Uyuni qui nous remet les pieds sur terre lorsque sortis de ce paradis nous constatons les milliers de déchets plastiques emportés par le vent et retenus désormais par les broussailles épineuses. Un paysage saccagé par l’Homme qui me rappelle ceux du Niger.

Puis Uyuni balayé par un vent sec nous plonge directement dans une autre réalité : celle de la pauvreté de la Bolivie. Une Bolivie qui au premier coup d’œil sait vous avertir que vous n’êtes plus en Argentine ou au Chili. Ici, peu importe ce que c’est, c’est différent. Aussi vite que vous êtes averti, vous êtes accueilli. J’ai entendu beaucoup de mauvaises langues critiquer les Boliviens et leur froideur et leur manque d’intérêt pour les touristes. Que cherchent-ils ces touristes ? Qu’on leur lèche les bottes dès qu’ils arrivent ? Sachons sourire, les Boliviens le font très bien, sans hypocrisie, et leur accueil ne me donne pas du tout envie de partir.

Julien

Salta et ses Quebradas (ARGENTINE)

Imaginez une région multicolore ou chaque kilomètre vous dévoile de nouvelles formes, de nouvelles couleurs, de nouveaux paysages. Des routes qui s’élancent dans des vallées, des canyons, des Quebradas, grimpant sur des plateaux à plus de 3500m d’altitude , desservant des villages de quelques centaines d’âmes. Cachi et ses maisons blanches, Molinos au creux de sommets verdâtres  Angastaco balayé par le vent et l’air aride de son désert et de ses formations rocheuses aux multiples couleurs. La magnifique et rudimentaire RN 40 qui sillonne la vallée du Calchaqui entre les paysages lunaires, sableux, rocheux le long du Rio du même nom vous berce dans ces contrées sauvages.

Puis imaginez Cafayate entouré de vignes, elles-mêmes entourées de petites dunes de sable blanc sur lesquelles poussent de petits pins. Vous êtes aux portes de la Quebrada de las Conchas ! Sortie de la palette de couleurs des dieux, des formations rocheuses plus étonnantes les unes que les autres, des couleurs qu’on aurait eu peine à imaginer, des cayons, des gorges, du sable, du vert, du blanc, du rouge ! Une route qui s’élance dans ce chef-d’œuvre de la nature vous conduit à Salta. La grande ville de la région. 500 000 habitants nichés dans l’aridité des montagnes andines du nord de l’Argentine.

Mais l’éblouissement n’est pas terminé. Si on continue en direction de la Bolivie on découvre les paysages surréalistes  de la Quebrada de Humahuaca. Des montagnes encore différentes, de nouvelles couleurs, de nouvelles formations empruntent de l’érosion . Mais ce n’est pas tout, nous touchons à l’histoire des Incas. A Tilcara les ruines d’une  Pucara (forteresse), bâtie sur une colline recouverte de cactus,  dominent la vallée.. La région en compte un grand nombre, dont beaucoup reste encore inexploré. Témoignages d’une Histoire précolombienne qui n’avait rien à envier à celle du vieux continent.

Il y a ensuite la route qui conduit le voyageur au Chili via San Pedro de Atacama. Et là comme une cerise sur le gâteau, il y a le village de Purmamarca. Entouré de montagnes aux 7 couleurs. Un décor irréel qu’aucun artiste n’aurait pu oser peindre. Du vert, de l’ocre, des rouges etc… Les couleurs, les contrastes, les formes nous emportent avec elles dans l’extase d’une simple contemplation du monde que l’on habite. Du monde que l’on vit, celui dont nous faisons partie. Bien souvent, nous pensons en être le chef-d’œuvre… Orgueil et prétention déplacés face à l’immensité et à la merveille de ce qui nous entoure et fait notre environnement.

Et d’ailleurs cette merveille qui se présente sous nos yeux ne doit pas nous faire oublier que la région de Salta est la plus pauvre d’Argentine et que l’Homme, si prétentieux soit-il, a réussi à transformer pour certain un paradis que la nature nous a offert en un purgatoire. Quelle leçon avons-nous à donner à celle qui nous a tout offerts sur un plateau doré ?

Julien

RIO DE JANEIRO!

Résumer  Rio de Janeiro en deux mots serait grotesque mais  j’aimerai en choisir deux pour la décrire : CONTRASTE et MELANGE.

Le mélange, parceque ce qui saute aux yeux lorsqu’on est à Rio c’est la diversité qui anime la ville. La diversité des visages et le métissage  qui s’illustre à chaque centimètre de chaque rue. Le mélange entre les cultures, entre les peuples, entre les histoires. Des histoires qui sont complexes et parfois opposées. Des peuples très différents qui le sont parfois dangereusement.  Et des cultures parfois très éloignées que rien ne pouvait destiner à cohabiter, se retrouvent à Rio mêlées, mélangées, entrecroisées  créant ainsi une nouvelle histoire, une nouvelle culture, un nouveau peuple. Bien sûr tout n’est pas rose et des discriminations restent, de vieilles rancoeurs  perdurent, des idées reçues font la vie dure. Mais il est certain que le mélange a réussi, que cette culture, que ce peuple, aux multiples racines ne risque pas de s’effondrer à la première tempête.

La couleur enchante la ville la laissant s’envoler, au rythme de la samba,  sur un piédestal mérité.  Une danse chaleureuse qui invite sans attendre tous les Hommes de passages qui ne demandent qu’à s’imprégner du mélange le plus audacieux que la destinée de l’humanité  nous est offert.

Ce mélange qui parfois apporte des contrastes étonnant à l’image de ces églises ou ce Christ majestueux qui semble protéger la ville et ces offrandes posées sur les trottoirs pour les Orishas (divinités de la religion animiste fondée par les esclaves). Des contrastes à Rio il y en a partout et tout le temps. Ces  galeries marchandes modernes qui font concurrence aux vendeurs ambulants. Ces favelas qui arpentent les parois les plus raides et se dressent dans un équilibre surprenant défiant ces buildings qui témoignent de l’essor économique du Brésil et de la ville. Ces hommes d’affaires qui défilent dans les rues devant ces innombrables SDF qui airent une bouteille à la main. Ce monde sur les plages qui prend le temps de bronzer et celui qui s’entasse dans les transports en commun. Les graffitis qui colorent les murs de la ville et le triste gris des bâtiments de ciments. Les bus de la ville et les vans Volkswagen, les gros 4X4 et les magnifiques Coccinelles. Les boîtes de nuits modernes aux fêtes de quartier populaires, les routes de tarmac aux ruelles de pavées, des plages et de l’océan aux montagnes et aux forêts. Rio c’est tout ça, c’est ces mélanges, c’est ces contrastes. C’est les toucans qui se posent près des balcons, les perroquets qui parlent de chaque côté d’une rue, ou encore les singes qui viennent toquer à votre fenêtre alors que vous êtes dans une mégalopole de onze millions d’habitants.

Une ville dans la nature, une modernité qui s’est invitée au cœur d’un paradis terrestre que je ne peux m’empêcher d’imaginer encore vierge. Une ville où vous ne pouvez pas vous sentir enfermé parce qu’elle est ouverte. Ouverte sur le monde grâce à sa diversité, et ouverte sur la nature grâce à sa proximité. En quelques minutes vous vous baladez dans la jungle ou vous êtes dans l’océan.

Le dynamisme qui anime et qui pousse  la ville (et peut-être le Brésil) est palpable et impressionnant. Le dynamisme culturel et intellectuel se ressent à travers tous les projets sociaux et autres mais aussi à travers les fresques qui colorent les rues, les airs de musique qui s’échappent des fenêtres, des artistes qui rayonnent dans les quartiers et des expositions que l’on trouve un peu partout. Mais le dynamisme est aussi économique pour le pire et le meilleur. Le meilleur c’est sans doute la qualité de vie que beaucoup ont trouvée, le pire c’est ceux qui ont été laissé sur le bord. En effet cette poussée est si forte que beaucoup sont tombés du train où n’y ont pas eu leur place. Et Rio ne peut pas l’oublier car les favelas font parties du décor, elles s’entrelacent entre chaque quartier, dans chaque place qui aurait été inconstructible. Et puis, il y a tous ces gens sans abri réunies sur les places publiques ou recroquevillés sur un trottoir dans l’obscurité, dans l’oubli d’un monde qui parfois court  trop vite en oubliant de regarder derrière  lui.

Lorsque je vois ces SDF qui croupissent dans les endroits sombres du centre urbain, je me rappelle les cerfs-volants colorés des enfants des favelas, qui, perchés sur le toit de leurs modestes habitations font danser l’espoir dans le ciel de la ville.

Rio c’est donc un peu tout ça, les contrastes, les mélanges, des blancs, des noirs, des latinos, des Amérindiens. Des cultures, des histoires, des croyances, qui se sont mêlées  pour unir des gens différents de telle sorte que tout le monde puisse se retrouver un peu dans Rio. Comme si cette ville peut convenir, au moins pour un temps, a chacun s’il  a déjà sa place sur le train de Babylon ou  celui de Zion.

Julien

plus de photos de RIO: http://www.flickr.com/photos/julien-masson/